Désolé/e -Pas de souci !

Publié le par Claude Léa Schneider

Club Sandwich du 25 septembre 16.

Club Sandwich du 25 septembre 16.

Retrouvez le podcast de l'intégralité du Club Sandwich du dimanche 25/09, une émission de Christophe, animée par lui, avec Tristan, Julie, Sylvain et ma fraise (tagada) ici :

http://radio-cultures-dijon.com/wp-content/uploads/Club%20Sandwich%20-%20Dimanche%2025%20septembre%202016.mp3

Un jeune homme (vraiment) désolé

  • Imagine un peu : tu es un jeune homme de 18 ans, tu t’appelles Frédéric, tu es en conflit permanent avec un père violent qui pèse 120 kg et qui tape sur tout ce qui bouge.
  • Il t’a empêché de faire les études de ton choix. Pourtant tu es très doué.
  • Côté cœur, tu préfères les garçons, tu n’as pas choisi, c’est comme ça. Mais impossible d’en parler. Tu te sens très seul.
  • Alors, quand tu rencontres Hermann, ce jeune officier de 26 ans, vous projetez tous les deux de vous enfuir en Angleterre, où tu as de la famille.
  • Mais trop tard ! Ton père l’apprend. Et qu’est-ce qu’il fait ? Il fait décapiter Hermann et il t’oblige à regarder !
  • Ton père voulait te rendre insensible, ça n’a pas marché. Tu es profondément affligé de la mort injuste d'Hermann dont tu te sens responsable : ton cœur est dévasté, désolé.
Exécution de H.Hermann von Katte devant le futur Frédéric II, 1730.
Exécution de H.Hermann von Katte devant le futur Frédéric II, 1730.

Sans-souci.

  • Plus tard tu aboliras la torture et tu feras construire à Postdam, près de Berlin, une jolie résidence d’été dans les vignes, que tu appelleras Sans-Souci. Parce que les soucis, tu connais ! Tu es le roi Frédéric II de Prusse.
  • Et comme l’a écrit ton ami Voltaire :

« Dans Sans-Souci certain roi renommé

Fut de soucis quelquefois consumé. »

  • Ce petit prologue pour rappeler que souci et désolé ont été des mots au sens très fort.
  • Où est-ce que je veux en venir ? À notre tic de langage favori : D-PDS / Désolé-Pas De Souci qui, par glissements sémantiques successifs, est devenu le degré zéro de l’engagement personnel.
Postdam, château de Sans-Souci.
Postdam, château de Sans-Souci.

Désolé/e

  • Je m'explique :
  • Désolé signifie qu’on est très peiné, fortement contrarié.
  • Si je dis : Je suis désolé de vous avoir fait attendre, l’emploi de « Je suis », -pronom et verbe- marquent un engagement, je dois faire l’effort d’une phrase pour formuler une explication, une excuse, et je montre que j’ai des scrupules et que je vous prends en considération.
  • Mais remarquez que dans notre « désolé » tout court, le pronom personnel et le verbe ont aussi disparu ce qui vous met devant le fait accompli :
  • - Désolée, Julie, j’ai mangé toutes tes fraises Tagada !
  • Si j’arrive très en retard en disant seulement « Désolée » : ça me dédouane, ça glisse avec désinvolture, ça sous-entend : je n'ai pas à te fournir d’explication et d’ailleurs je me fiche des conséquences et de ce que tu peux penser de moi.
  • Comme dans ce texto véridique reçu récemment par une amie de son voisin alors qu’elle revenait de voyage : « Oups, désolé, j’ai oublié de donner à manger à ton chat pendant que tu étais partie en vacances. ». Point. Aucune considération pour le chat qui a jeûné une semaine !
Oups ! Désolé ...
Oups ! Désolé ...

Pas de souci !

  • Maintenant, si je dis ya pas de problème ça veut dire d’abord que j’ai envisagé qu’il pourrait y en avoir un, mais que cela ne pose pas de difficulté et que je sous-entends quelque chose comme ne t’inquiète pas, te fais pas de bile, c’est une formule destinée à te rassurer.
  • Mais si je te dis y a pas de souci, ça va te rassurer, mais ça va aussi me rassurer moi, parce que je n’aurai pas à me formuler mentalement quel problème ou scrupule il pourrait y avoir. C’est un cliché rassurant pour tout le monde.
  • Et puis tiens je supprime même le ya, allez : Pas de souci ! une vraie formule magique qui me désengage totalement.
  • Pas de souci pour remplacer le « oui » des gars pas vraiment concernés.
  • -Monsieur Narcisse, voulez-vous prendre pour épouse Melle Rose ? – Pas de souci !
Désolé/e -Pas de souci !

D-PDS : la formule magique

  • En tandem avec Désolé, D-PDS : ya plus de pronom, ya plus personne, tout le monde s’en fout ! ça enlève de l’importance à ce qui pourrait, ou devrait, en avoir.
  • D-PDS, idéal pour les événements de la vie et les relations diplomatiques. Je vous le recommande. Quelques exemples :
  • - Désolé/e, je te quitte !–Pas de souci ! sous-entendu : j’m'en tape !
  • - Désolé/e en reculant la voiture dans ton garage, j’ai écrasé ta belle-mère !- Pas de souci ! Elle gênait, alors…
  • - Désolé, j’ai détourné 800 millions d’euros, que j’ai planqués dans une banque des îles Club Sandwich !Pas de souci ! t’as qu’à jurer le contraire à l’Assemblée.
  • Allo Jean-Claude (Junker) ? C’est Viktor (Orban) désolé, je ferme mes frontières aux migrants !- Pas de souci ! on les laisse crever.
  • - Désolé, j’ai annexé la Crimée, parce que je considère que c’est un territoire russe !- Pas de souci ! Mais c’est quand même un viol du droit international, faudra pas recommencer, hein ?
  • - Désolée, Christophe, je m’arrête là parce que j’ai eu la flemme de chercher autre chose pour terminer ma chronique.
  • PAS DE SOUCI !

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Et pour terminer les 2 livres de Fabio GEDA que je vous ai brièvement présentés, mais chaudement recommandés.

Une courte vidéo sur l'histoire vraie racontée dans le livre "Dans la mer il y a des crocodiles" ici: http://www.lianalevi.fr/f/index.php?livre_id=401&sp=liv

Désolé/e -Pas de souci !
Désolé/e -Pas de souci !

Et pour terminer en musique.

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