Devinez qui ...

Publié le par Claude Léa Schneider

Chronique Club Sandwich n° 11 du 27 novembre 2016

Chronique Club Sandwich n° 11 du 27 novembre 2016

Aventi !

Comme promis, mes chroniques jusqu’à Noël vont être constructives. C’est mon calendrier de l’Avent, ou plutôt le calendrier de l’ « Aventi ! ». Le calendrier qui fait avancer !

Et cette chronique va être le moins radiophonique possible. Eh oui, c’est un défi !  Puisque je vais vous décrire une photo. Et je vous garantis, chers auditeurs dominicaux, que personne dans ce studio n’a cette photo sous les yeux, même pas moi. Et vous qui lisez cet article, essayez de deviner avant d’aller voir la photo en fin d’article.

Laissez-vous guider

Allez, on commence… laissez-vous donc guider par vos images mentales ….

C’est une photo en noir et blanc, de format portrait. Elle représente un jeune homme. Il vient tout juste d’avoir 22 ans. En pantalon et veste assez longue sous laquelle on  devine une chemise blanche, un gilet, une cravate.  Il prend la pause pour la photo, debout – mais derrière lui il y a une chaise- sa main droite est appuyée sur l’angle d’un meuble. Le cadrage rapproché montre le jeune homme en entier, sauf ses pieds. On ne voit pas  ses chaussures et ce n’est certainement pas un hasard. Les chaussures en cuir sont chères, on a fait l’effort sur le costume pour qu’il soit présentable, mais le photographe a dû voir qu’il valait  mieux camoufler des chaussures un peu fatiguées.

Fils d'émigré italien

Revenons à son visage. Il a des cheveux bruns, partagés par une raie sur le côté gauche, le front dégagé. Il porte un collier de barbe fourni. Est-ce qu’il sourit au photographe ? Non, pas du tout ! Il nous regarde droit dans les yeux, mais sa bouche aux lèvres serrées  affiche une moue légèrement tordue et très contrite. On sent qu’il a accepté de se faire tirer le portrait, mais qu’il n’est pas, mais alors pas du tout à l’aise.

Il y a de quoi ! Il est fils d’un émigré italien. Ses parents étaient venus habiter dans une grande ville du sud de la France. Son père avait pourtant  réussi à se faire un nom dans son métier, mais par malchance il est mort prématurément.  À l’école, les copains du jeune de la photo se moquaient de lui parce qu’il avait un accent et qu’il  ne savait pas prononcer correctement le mot « saucisson ».

 Il a raison d'y croire

Avec sa mère, veuve, le jeune homme-fils unique-est monté à Paris. Sa mère n’a pas d’argent,  elle se sacrifie pour qu’il puisse poursuivre ses études. Et il vient de rater son bac ! Et impossible de le repasser. Déjà qu’ils logent dans un minuscule appartement minable. C’est donc la dèche, la mouise, la panade …. Et socialement, il est que dalle !

Il faut urgemment qu’il travaille.

Ça y est : il a trouvé du taf.  Il vient de rentrer chez Hachette. L’éditeur Hachette. À l’échelon le plus bas : il est manutentionnaire, toute la journée, il fait des paquets.

Voilà pourquoi il a l’air si contrit sur la photo ! Il sent qu’il a du potentiel en lui, il sent qu’il vaut beaucoup beaucoup mieux que ce mec minable et fauché qu’il est au moment où il pose pour cette photo. Oui, mais comment le faire savoir ? Comment ? Il fait bien des trucs, chez lui, comment se faire connaître ?

Pourtant, au fond de lui, il y croit et  il a raison d’y croire !

Cette photo, où il a 22 ans, elle a été prise en  …..

Si vous retrouvez ce paravent ...

Ah, j’ai oublié de vous dire. Quand il vivait encore dans le Midi, au lycée, ce jeune homme très mal dans sa peau avait tout de même un bon copain.

 Justement, un jour, il demande à ce copain :

  • Qu’est-ce que tu fais, cet aprem ?

Le copain lui répond :

  • Je vais peindre un paravent chez une dame, ça me fait un peu de thunes.

En effet comme ce copain est très doué en arts plastiques, il gagne un peu d’argent de poche en faisant des petits travaux de déco chez les gens.

Le jeune homme répond :

  • Oui, mais moi, je sais pas aussi bien dessiner que toi !

L’autre lui répond :

  • Ça fait rien, tu m’aideras quand même, viens avec moi, ce sera plus marrant.

À propos, si vous retrouvez ce paravent, un jour, dans un grenier du sud de la France, ne le mettez pas tout de suite aux encombrants, hein ?  Appelez-nous avant  à la radio au 03 80 30 07 48 !

Bravo Emile !

Ah oui, parce que le copain, peintre du paravent, c’est Paul ! Mais oui, Paul ! Vous connaissez bien Paul !

Donc, revenons chez Hachette : comme on s’aperçoit que ce jeune homme qui fait les paquets a une belle écriture, on le passe au Bureau des expéditions. Puis on s’aperçoit que non seulement il a une belle écriture, mais qu’il rédige bien : alors on lui fait écrire des pubs. Et ça marche : il sait trouver des arguments très convaincants pour faire acheter. Et  en 2 ans, à 24 ans, il se retrouve directeur de la pub chez Hachette, lui, le moins que rien,  sans bac !

Sa mère est très contente, elle le sent tiré d’affaire et elle le félicite. Elle lui dit :

  • Bravo Émile !

Prends confiance en toi

… Émile ! Mais, oui, vous le connaissez aussi,  Émile ! C’est Émile Zola, et son copain Paul, c’est Paul Cézanne, qui ne va pas tarder à le rejoindre à Paris.

Alors Toi, fille ou garçon,   qui nous écoutes, que tu aies 22 ans, moins, ou plus, voire beaucoup plus, prends confiance en ce que tu sens de positif en toi. Il n’est jamais trop tard. Si tu sens que tu es doué/e, crois-y fermement ! Ne te décourage pas !   Prends garde à toi tout de même. On le sait maintenant : Émile Zola est mort assassiné, à cause de ses idées, qui dérangeaient.    Mais quand même, quelle belle vie bien accomplie!

Finalement vous voudriez bien la voir,  la photo de 1862 sur laquelle Zola à 22 ans affiche cette moue  contrite, oui, mais je ne l’ai pas apportée, exprès. Pour que le message soit plus fort.

Et de toute façon, la photo, tout le monde pourra la découvrir prochainement avec le podcast du Club Sandwich  sur www.almanachdeclaudelea.com . Aventi !

Emile Zola à 22 ans, en 1862.

Emile Zola à 22 ans, en 1862.

La photo, vous l'avez découverte ci-dessus.

Le podcast complet du Club Sandwich n° 11

avec Christophe, et toute son équipe, il est ci-dessous.

http://radio-cultures-dijon.com/wp-content/uploads/Club%20Sandwich%20-%2027%20novembre%202016.mp3

A bientôt !

Publié dans Chroniques

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