Noël en banlieue au temps de la Guerre froide

Publié le par Claude Léa Schneider

Révolte des Améridiens contre le Dakota Access Pipeline (2016)

Révolte des Améridiens contre le Dakota Access Pipeline (2016)

Un conte de Noël écrit spécialement pour vous ! c'est ma dernière chronique du Club Sandwich 2016. (Club Sandwich n°14 du 18 décembre 2016)

Noël en banlieue au temps de la Guerre froide

L’histoire commence en banlieue parisienne à ¼ d’heure de Paris, quand j’étais enfant. Ma famille se partageait entre la banlieue sud-est et la banlieue ouest : Gare de Lyon, Gare St Lazare. J’aime les banlieues. Et j’aime les trains de banlieue.

Dans ma famille, certains du sud-est étaient plutôt à l’Ouest, enfin politiquement. Et d’autres de l’ouest penchaient un peu vers l’Est.  Parfois, grosses prises de bec Est-Ouest  le dimanche midi : le Rideau de Fer venait s’abattre au milieu la table de la salle à manger et la Guerre Froide  faisait refroidir le rosbif aux haricots verts.

Et puis, à l’heure du goûter, tout redevenait comme avant : personne n’ayant jamais convaincu personne.

L’éclaircie venait en milieu de semaine avec le Journal de Mickey que mon père rapportait avec Le Canard enchaîné dont certains dessins réconciliaient les adultes dans un même éclat de rire.

Canard enchaïné, dessin de Siné, construction de la tour Esso à La Défense, hall du CNIT et Journal de Mickey
Canard enchaïné, dessin de Siné, construction de la tour Esso à La Défense, hall du CNIT et Journal de Mickey
Canard enchaïné, dessin de Siné, construction de la tour Esso à La Défense, hall du CNIT et Journal de Mickey
Canard enchaïné, dessin de Siné, construction de la tour Esso à La Défense, hall du CNIT et Journal de Mickey
Canard enchaïné, dessin de Siné, construction de la tour Esso à La Défense, hall du CNIT et Journal de Mickey

Canard enchaïné, dessin de Siné, construction de la tour Esso à La Défense, hall du CNIT et Journal de Mickey

Dans ma famille, personne n’était franchement « communiste », ni « impérialiste ». Simplement, ils avaient deux façons de croire à la même utopie : celle du Progrès, avec P majuscule aussi haut que les Tours de la Défense  alors en construction.  C’était leur conte de Noël à eux, à la génération des grands-parents et des parents qui fredonnaient encore la chanson du film : « Si tous les gars du monde voulaient se donner la main. »

Aujourd’hui, on aimerait bien que Poutine et Donald Trump ne se la donnent pas trop, la main…

Chez nous le clivage est-ouest était beaucoup plus technologique qu’idéologique. C’était particulièrement sensible aux vacances de Noël quand on nous emmenait voir des spectacles à Paris dans les 2 immenses salles de cinéma qui nous éblouissaient de technique. On allait au Cinérama-technologie  américaine avec son écran courbe de 600 m2 -  voir La Conquête de l’Ouest ou au  Kinopanorama- technologie soviétique  avec ses 98 haut-parleurs- pour découvrir L’URSS à cœur ouvert. Deux beaux films de propagande, quoi !

 

Salle du Kinopanorama, affiches et  Renault Frégate transfluide.
Salle du Kinopanorama, affiches et  Renault Frégate transfluide.
Salle du Kinopanorama, affiches et  Renault Frégate transfluide.
Salle du Kinopanorama, affiches et  Renault Frégate transfluide.

Salle du Kinopanorama, affiches et Renault Frégate transfluide.

 Ça fait plaisir d’apprendre aujourd’hui que les Amérindiens sont en train de gagner leur combat contre le Dakota Access Pipeline.

 Et puis, vous ne saviez pas ? Le nom de naissance de Kirk Douglas, qui vient de fêter ses 100 ans,  c’est Issur Danielovitch,  fils de migrants juifs russes.

Certaines radios disaient que Youri Gagarine, avait vu dans l’espace « des couleurs qui n’existent pas sur Terre », ce qui nous faisait beaucoup rêver, mon père et moi. Impossible,  avait dit mon oncle, ingénieur et pragmatique, c’est  physiquement et physiologiquement impossible !

À l’école, nos maîtres et nos maîtresses nous faisaient écrire comment on voyait notre vie  à l’horizon du mythique an 2000. Et dans nos rédacs, on ne se déplaçait qu’en soucoupes volantes, vraiment plus rapides que les 2CV,  Simca et autre Frégate transfluide  et on ne se nourrissait que de pilules, bien moins dégueulasses que les endives qu’on nous forçait à finir dans nos assiettes.

 Et vous, vous la racontez comment  votre vie en … 2050 ?

Noël en banlieue au temps de la Guerre froide Noël en banlieue au temps de la Guerre froide

Dans les spectacles parisiens de fin d’année, il y avait aussi le duel Holiday on ice VS Ballets Moïsseïev. J’avais une nette préférence pour Moïsseïev et un léger tropisme vers l’Est, pour des raisons culturelles, préférant, à cet âge-là, la balalaïka à la musique country et les Contes et Légendes de la Taïga à ceux du Far West.

 Au retour du spectacle, sur notre chère ligne de banlieue omnibus, pleine à craquer, qui sentait le radiateur surchauffé et le tabac, j’écoutais l’accélération progressive du train et le bruit des bogies sur les rails que je rythmais dans ma tête sur l’air de Kalinka, ma danse russe préférée : Kalin Kamalin Kakalin Kamaya…

Et de retour à la maison, dans la chaufferie du sous-sol qui me servait à la fois de scène de théâtre et de piste de danse, je m’essayais aux sauts de chat des Danses  polovtsiennes du Prince Igor, de Borodine, un truc qui te tue littéralement  les genoux !

À la fin du 1er trimestre de 6ème, avant les vacances de Noël,  la prof de dessin nous ayant demandé de faire une carte de vœux, j’avais collé des clochers à bulbes en papier doré sur une feuille de Canson bleu nuit. Tiens, le Kremlin ! avait dit la prof sur un ton amusé. Et dans le regard crispé que m’avaient lancé certains de la classe, j’avais compris qu’un Rideau de Fer culturel passait aussi par-là !

Aujourd’hui, on dit sobrement « les années 2000 » que nous avons vécues … pour ce qu’elles valent. En cette fin 2016, Fidel Castro est mort. On ne se déplace toujours pas en soucoupe mais on croise encore des 2CV, c’est elles qui sont devenues mythiques !

 Il n’y a plus la Guerre Froide, on a délocalisé la Guerre brûlante et on a mis la Paix au congélateur. Aucune pilule ne remplace les endives et Thomas Pesquet, habillé comme vous et moi dans la Station spatiale devenue internationale, déguste des petits plats de grands chefs.

A Noël les  gens vont s’offrir des caméras 360° et des  casques de réalité virtuelle, mais malgré ça nos lignes de banlieue devenues  ligne L du Transilien et D du RER sont toujours aussi pleines à craquer. Seule l’odeur du tabac a disparu.

Et depuis le temps que je vis en Bourgogne, je rêve- c’est mon conte de Noël à moi- que Dijon serait le cœur  d’une immense étoile de lignes de RER, qui rayonneraient sur la région, comme les S autour de Berlin. Le surnombre des voitures individuelles étant devenu enfin obsolète,  ces trains nous emmèneraient tous à travers la campagne bourguignonne débarrassée à jamais de l’exploitation des animaux  et de la chimie tueuse,  et ils  ne laisseraient personne à quai, ni les démunis, ni les migrants, ni les exclus.

Et le bruit des bogies sur les rails, à chaque accélération ferait joyeusement….

Cliquez sur la vidéo ci-dessous pour écouter la musique de Kalinka.

deux liens : http://www.telerama.fr/cinema/films/la-conquete-de-l-ouest,404913.php

http://streaming202.com/20919-l-urss-a-coeur-ouvert-film-vf-en-streaming.html

Le podcast de l'émission complète, c'est ici :

http://radio-cultures-dijon.com/wp-content/uploads/club%20sandwich%20-%20SPECIALE%20NOEL.mp3

Club Sandwich  vous souhaite d'excellentes fêtes et vous dit à l'année prochaine.

Club Sandwich vous souhaite d'excellentes fêtes et vous dit à l'année prochaine.

Publié dans Chroniques

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