Edouard Estaunié ingénieur et écrivain 3/4: ses expériences spirites

Publié le par Claude Léa Schneider

Edouard Estaunié ingénieur et écrivain 3/4: ses expériences spirites

Attention, cette 3ème partie est déconseillée aux personnes sensibles ! :-)

La 1ère expérience de spiritisme d'Edouard  Estaunié a lieu  en 1896, il a 34 ans, chez des amis, les Morel,  à Versailles, - M. Morel est inspecteur des postes et sa femme est médium. Il est secrétaire de séance et il note, en physicien :  
« mesure  de la table :1,20 m x 0,60m ;  température : 20° ; beau temps. » 

Il est impressionné par cette 1ère expérience. Mais pour l’instant il en reste là. En 1904 apprend que Pierre Curie « très préoccupé par les questions de métapsychisme » a commencé une série d’expériences, mais, poursuit Estaunié dans ses Souvenirs :

« Madame Curie, toute à son matérialisme et au surplus ne se souciant pas d’assumer le risque de polémique ou de ridicule, s’était empressée de détruire le dossier en cours. » 

Sur ce, Pierre Curie meurt accidentellement en avril 1906, et c’est la fin des expériences de métapsychisme.

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Mais Estaunié continue plus assidûment entre 1907 et 1908, avec les Arnal, les Morel et surtout sa mère. A  partir de cette période, il rédige un PV à chaque séance. Voici, par exemple, quelques extraits du PV du 9 novembre 1907 :

1er Acte : Mouvement de la table, elle dit : « vous verrez ma puissance » (…)

2ème Acte : Le rideau se gonfle, un léger bruit, le guéridon de bois blanc se pose sur la table. Crépitements grêles de petits coups dans le fond.

3ème Acte :  Un dessous de plat est projeté sur la table ; chacun de nous le tient ; il est enlevé, voltige en l’air, vient se poser sur la tête des assistants à leur demande, est repris de leurs mains. (…)

4ème Acte : (…)Lévitation de la table, pendant qu’elle est soulevée, le guéridon vient dessous, juste au milieu – et la table parlait en frappant sur le guéridon. On vérifie la position de la lumière. On éteint, le guéridon se sauve à sa place, la table (…)épèle « Fini ». (…) Pendant toute la séance, le rideau était agité gonflé, drapait les médiums et l’on sentait des mains à travers la soi du rideau. »

Même si parfois il a des doutes et s’il se demande si ce qui lui arrive n’est pas une sorte de projection de son inconscient, ses doutes sont balayés par le fait que ces séances expriment des prédictions (généralement sur des petites choses matérielles) et que ces prédictions se réalisent !

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 Un jour au cours d’une séance, Mme Morel, médium,   lui propose d’appeler un écrivain avec lequel il désirerait communiquer grâce à l’écriture automatique. Ça le tente parce qu’ il a l’impression qu’il pourrait être un médium d’écrivain, (on dit aussi un psychographe). Il demande donc d’invoquer Maupassant - mort en 1993- et ça fonctionne ! La table se met en mouvement, « Maupassant », par l’intermédiaire de la table, lui donne RV pour le lendemain 6h.  Et le lendemain, à 6h, chez sa mère,  la table s’agite, Estaunié se met alors à écrire. Au cours des séances suivantes,  la plume court sur le papier et il a l’impression que « Maupassant » l’aide à écrire le roman en cours (Ferment )sur lequel il était bloqué :

« Partagé entre l’exaltation d’un travail enfin repris et le sentiment profond que j’étais le jouet de mon propre inconscient. »

Ces séances sont sans témoin, sauf sa mère qui se met de plus en plus à croire à la réalité de la collaboration de « Maupassant »…

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Ultime étape, et la plus étonnante : début 1912, Estaunié a commencé à écrire laborieusement son roman Les Choses voient, et, c’est la panne ! il n’arrive pas à le terminer.  Au même moment sa mère, déjà très âgée, tombe malade et meurt au mois de février. Estaunié a 50 ans, il a toujours vécu avec elle  et cette mort le laisse complètement désemparé. Il a l’impression physique que sa mère le tient toujours dans ses bras, et il met 5 jours à admettre qu’elle est décédée. Et il continue à lui parler. De plus,  Mme Estaunié voulait être enterrée à Dijon, mais lui veut que ce soit à Paris, au cimetière Montparnasse, et comme par hasard tout près de la tombe de Maupassant …

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Quand on regarde la plaque  qu’il fait exécuter pour la tombe de sa mère, sur laquelle il s’est fait représenter à droite, regardez sa main et vous comprendrez pourquoi j’ai mis la photo précédente, ça nous fait une impression des plus  bizarres. C’est un peu nécrophile, non ?  A mon avis, il devient un personnage de Maupassant. Donc, le jour même de la disparition de sa mère, sa première préoccupation c’est d’entrer en communication avec elle. Parce qu’il n’admet pas qu’elle soit morte. D’abord pour lui demander des conseils matériels  et puis pour qu’elle l’aide à terminer son roman Les Choses voient parce qu’il a l’impression que sans elle il n’y arrivera jamais. 

Dans l’ In Memoriam à sa mère qui sert de préface au livre, il écrit :

«  Tu vis toujours. Tu agis. Tu conseilles. Tu préserves. Si tu as cessé d’être visible, ce n’est pas que tu sois partie, c’est que je suis aveugle. »

A la bibliothèque d’étude de Dijon, il y a 2 gros cartons contenant les manuscrits de ces séances de spiritisme de 1912,  que j’ai feuilletés et consultés avec une certaine stupeur et une certaine émotion, je l’avoue, car quand on feuillette ces documents originaux, quoi qu’on en pense, ça ne laisse pas indifférent :

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Parallèlement, Estaunié tient un journal rigoureux de ces expériences qu’il appelle Récits spirites, il y en a 760 pages !  et  qui commence ainsi :

 « Ayant été favorisé d’une manière exceptionnelle, et m’étant trouvé non seulement le témoin mais l’acteur principal de faits qui m’ont amené à la certitude de la continuité de la vie, j’estime de mon devoir de ne pas garder pour moi ces faits. (…)   C’est en sorte une observation médicale que je m’efforcerai d’établir. »

Rassurez-vous je ne vais pas vous montrer les 2 cartons de manuscrits spirites,  j’ ai sélectionné 9 feuilles qui me semblent les plus représentatives de ses expériences d’écriture automatique,  qu’il « garantit sous serment » et qu’il décompose en 4 étapes :

Du 19 mars au 16 avril 1912 :  j’apprends à poser ma main.

Ce sont des grands ronds qui se tracent. Estaunié dit que le mouvement imposé à son bras est très violent.

Ce sont des grands ronds qui se tracent. Estaunié dit que le mouvement imposé à son bras est très violent.

Parfois c’est tellement violent que le papier se décrire.

Parfois c’est tellement violent que le papier se décrire.

Du 16 avril au 20 avril : j’apprends à déplacer le bras et je commence à écrire.

Il sent  qu’il entre en communication avec sa mère qui l’appelle: « chéri ». Et puis l’écriture se forme de plus en plus,

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Du 20 avril au 4 mai : on m’entraîne à recevoir la suggestion du mot en même temps que j’écris.

Regardez. Les boucles des lettres se forment. Il explique que les progrès ne sont pas constants, il y a des échecs et des retours en arrière. Il y a  un mot qui revient, qui ressemble à « moyenâgeux » et qui lui sert d’exercice. Souvent, au fil de ces pages manuscrites, on trouve ces mots d’exercices, parce que parfois, il y a des retours en arrière, la communication se fait mal.

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Mais quand ça marche, ça va parfois tellement vite qu’il récrit en-dessous  après coup pour ne pas perdre le texte.

Mais quand ça marche, ça va parfois tellement vite qu’il récrit en-dessous après coup pour ne pas perdre le texte.

Parfois sa mère lui donne rendez-vous: « à demain ».

Parfois sa mère lui donne rendez-vous: « à demain ».

Et parfois il note un appel « de meuble » , comme un appel téléphonique.

Et parfois il note un appel « de meuble » , comme un appel téléphonique.

Du 4 mai au 16 mai : on libère définitivement ma main.( …) Et tout à coup, à la fin d’une de ces séries, j’eus l’impression unique, extraordinaire, vraiment indescriptible de la suppression des liens qui arrêtaient mon crayon : subitement  celui-ci partit  et j’écrivis avec une incroyable rapidité ce qui suit : »

Suit un texte « dicté par sa mère », entre guillemets, qui conclut :

« Enfin nous y sommes ! (…) Quelle ivresse de sentir que désormais je suis à tes côtés comme jadis, que rien ne m’arrête plus et que ma pensée trouve la tienne dans un nuage. [Maupassant] a été exquis pour moi. Il m’a soutenue, accueillie, dirigée. Aime-le, remercie-le : et surtout que tu ne t’effrayes pas de ce pas terrible qu’est la mort. Nous serons toujours deux pour te recevoir et te guider à notre tour. (…) Tu n’étais pas médium et tu le deviens. Mon chéri, c’est le fil renoué sans la poste. C’est la lettre quotidienne .(…) Ne te décourage pas dans ton ambition. Son aide agit sur toi et tes pensées. Il va te prouver [ce] que tu peux obtenir avec lui. Moi je suis sûre que vous arriverez à la gloire. 

Après ça, « Maupassant » va aider Estaunié à terminer Les Choses voient  en lui donnant 12 pages de  suggestions et il le morigène :

« Le roman [Les Choses voient] est en bonne voie, mais il a besoin d’un fameux coup d’épaule si j’en juge à votre paresse. Donc vous allez reprendre le collier. (…) La première séance de travail aura lieu vendredi vers 9h du matin. (…)Plus de découragement sot, plus de pleurnicheries. Il faut avoir le sentiment du réel et le réel c’est nous.(…)Voilà : j’ai dit. »

Et il « conclut » quelques jours plus tard : "C’est tout, et ce sera poignant et épatant. Croyez-moi. Allons c’est parfait comme écriture. Je laisse votre mère vous parler encore. »

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Il termine comme on passe le téléphone à son voisin ! Et quand, sous la main d’Estaunié vient la signature de « Maupassant », eh bien il est sûr que « Maupassant » l’a aidé. A la fin de ces séances de « dictée » très rapide et très intense,   Estaunié se  dit  totalement vidé, épuisé, tant moralement que physiquement.

Ensuite, dernière étape, il aura quelques raps (=coups frappés) et des visions ectoplasmiques jusqu’en 1915. Puis plus rien jusqu’à la fin de sa vie en 1942.

« Interruption sur la ligne du S » comme on dirait dans le RER de Berlin !

Edouard Estaunié ingénieur et écrivain 3/4: ses expériences spirites

Alors, à quoi ça ressemble et de quoi ça parle  Les Choses voient ?

A la bibliothèque d’étude de Dijon,  on m’a sorti toutes les éditions disponibles et je me suis aperçue que ce roman a eu effectivement beaucoup de succès.  On l’a réédité jusque dans les années 50,

on en a fait une dictée à Paris l’année même où il est sorti

on en a fait une dictée à Paris l’année même où il est sorti

et il en existe de belles éditions et rééditions en cuir.

et il en existe de belles éditions et rééditions en cuir.

Regardez  la couverture originale et en relief de cette  réédition de 1931, elle  ressemble à la porte du 29 place St Michel

Regardez la couverture originale et en relief de cette réédition de 1931, elle ressemble à la porte du 29 place St Michel

On va entrer dans cette maison grâce à Mme Thomassin qui a été locataire de cette maison et que je remercie.

Comme dit  Gaston Bachelard dans Poétique de l’Espace- Bachelard qui a été prof à l’université de Bourgogne- « il y a un sens à lire la maison(…) la maison qui est un espace anthropomorphique » et c’est particulièrement vrai dans ce roman.

Pour Estaunié, la maison crée les destins de ceux qui l’habitent et les conserve en mémoire :

 «  Une maison (…) c’est une âme attentive à regarder le passé.(…) Ce sont des yeux qui savent, c’est une oreille qui écoute encore les pauvres disparus, un cœur qui, les ayant perdus, ne cesse de les chercher . »

En visitant, j’ai pu prendre quelques photos, que j’ai rapprochées d’ aquarelles d’une édition des années 30: pour ne pas alourdir cet exposé, j’ai mis dans le « diaporama d’attente » les illustrations des différentes éditions, dont les aquarelles de François de Marliave avec des vues de Dijon. Volontairement je ne les ai pas intégrées au récit.

On entre donc par un long couloir carrelé avec de beaux détails décoratifs, comme ces boiseries « en pli de serviette ».

On entre donc par un long couloir carrelé avec de beaux détails décoratifs, comme ces boiseries « en pli de serviette ».

d’où s’élève un très bel escalier qui conduit aux étages. Quand on compare à l’aquarelle, pas grand-chose n’a changé  en fait.

d’où s’élève un très bel escalier qui conduit aux étages. Quand on compare à l’aquarelle, pas grand-chose n’a changé en fait.

Au bout du couloir il y une cour.

Au bout du couloir il y une cour.

La pièce principale du rez-de chaussée est classée monument historique

La pièce principale du rez-de chaussée est classée monument historique

Par les deux fenêtres on voit la Place St Michel. Très important dans ce roman en huis-clos où on épie derrière les fenêtres et où on écoute aux portes !

Par les deux fenêtres on voit la Place St Michel. Très important dans ce roman en huis-clos où on épie derrière les fenêtres et où on écoute aux portes !

Entre ces murs se joue donc, dans le roman, un drame à huis-clos de l’amour, de la jalousie et de l’argent, un drame en 3 actes  et sur 3 générations  qui est raconté par les meubles de la maison puisque « les choses voient »,

Entre ces murs se joue donc, dans le roman, un drame à huis-clos de l’amour, de la jalousie et de l’argent, un drame en 3 actes et sur 3 générations qui est raconté par les meubles de la maison puisque « les choses voient »,

:  Au début du roman,  la maison est à vendre avec ses meubles,  dont 3 meubles anciens « à la retraite » au grenier :   une horloge, un miroir vénitien et un secrétaire Louis XVI.

: Au début du roman, la maison est à vendre avec ses meubles, dont 3 meubles anciens « à la retraite » au grenier : une horloge, un miroir vénitien et un secrétaire Louis XVI.

C’est l’horloge qui raconte la 1ère partie : une histoire d’amour, de jalousie, et d’un faux en écriture sur une lettre qui conduit  une jeune femme au suicide.

C’est l’horloge qui raconte la 1ère partie : une histoire d’amour, de jalousie, et d’un faux en écriture sur une lettre qui conduit une jeune femme au suicide.

Le miroir raconte l’histoire de la 2ème génération, 25 ans après.

Le miroir raconte l’histoire de la 2ème génération, 25 ans après.

C’est une sombre histoire de spoliation d’héritage et de chantage, dans laquelle, une femme, Noémi,  choquée de devoir contraindre sa fille à épouser un homme qu’elle n’aime pas, pour empêcher la divulgation d’un secret de famille,  a une attaque. Dès lors, elle est comme les meubles, elle voit tout, elle entend tout mais elle ne peut plus parler.

 Le miroir a vu les véritables sentiments  des personnages et il dit :

 « Nous autres miroirs, sommes ainsi faits que l’impalpable nous atteint : aux rayons visibles que nous envoie la forme, s’en mêlent d’autres venant du cœur de l’être et donnant son image. »

L’histoire de la 3ème génération, c’est le secrétaire Louis XVI  qui la raconte et qui explique:

L’histoire de la 3ème génération, c’est le secrétaire Louis XVI qui la raconte et qui explique:

  « Il y a pour les hommes, comme pour les meubles, des styles. » Ses tiroirs contiennent tous les secrets des personnages de la maison. Sur la 3ème génération, il est question d’une reconnaissance de paternité :  Juste, le  père du jeune ingénieur en aéronautique héritier de la maison n’est pas son père génétique. Il le savait et les papiers trouvés dans le secrétaire prouve qu’il le savait,  mais qu’il il n’a rien dit, parce qu’il aime ce fils qu’il a élevé, bien que ce ne soit pas le sien.

« Le Secrétaire a vu un cœur d’homme, celui de Juste et l’a trouvé sublime. »

L’âme de la maison a surgi des récits des 3 meubles. L’aube apparaît. Maintenant la maison agonise et tout va être vendu et dispersé

L’âme de la maison a surgi des récits des 3 meubles. L’aube apparaît. Maintenant la maison agonise et tout va être vendu et dispersé

Je ne sais pas ce que vous en pensez, mais cette volonté de vouloir tout expliquer dans un récit « fantastique » nous gêne. On est loin du Horla ou de Sur l’eau de Maupassant ! On est loin aussi   des Diaboliques Barbey d’Aurévilly  publié en 1874  ou des  Contes cruels  de Villiers de L’Isle Adam  de 1883. Même si leurs thèmes  ont des points communs : vie provinciale, fantastique et drames secrets.

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Il faut dire aussi que parmi les contemporains directs d’Estaunié il y a ces 4 grands, dont Marcel Proust  qu’il appelle tout de même « mon arrière petit cadet ». Est-ce un signe ? une intuition ?  un appel ?

On reproche à  Estaunié  qui se veut le romancier de l’invisible et de l’indicible, d’être « trop clair par excès de classicisme ». Le critique Gérald Prince lui reproche « sa passion explicative » et ajoute que « S’il sait décrire le silence, il ne sait pas le respecter ; s’il aime l’inachevé, c’est pour le compléter. » Le critique Paul Renard, conclut : « Il lui a manqué d’avoir un style et une technique correspondant à sa vision du monde. »

J’espère tout de même que vous aurez eu plaisir à le découvrir. J’espère aussi avoir suffisamment mis en lumière sa personnalité complexe, ce contraste si saisissant entre sa vie officielle et sa vie secrète.  Volontairement encore j’ai choisi le plus souvent une iconographie expressionniste ou surréaliste pour mettre en image ce qu’il n’a pas osé écrire, ou ce qu'il appelle "les projections de son inconscient".

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Et pour terminer  je  vous propose un jeu : je vais  croiser en 2 couleurs différentes les phrases de la fin de Les Choses voient avec celles d'un autre roman : qui en est l' auteur, et quel est son titre ? saurez-vous le devinez ?

« On ne sait donc jamais qui habite une Maison ! Les choses, comme les hommes en croient le passé mort, et ce passé seul en reste l’hôte !

Rien ne bougeait dans le salon, la salle à manger ou l’escalier. Seulement, par les gonds rouillés et les boiseries dilatées (…) certains petits airs, détachés de la masse du vent (après tout la maison était délabrée) se faufilèrent dans les coins et se risquèrent à l’intérieur. (…)

Écoutez ce bruit de parquet, ce murmure de la pièce vide : c’est l’invisible qui se promène.

Frôlant les murs, ils poursuivaient rêveurs, comme s’ils demandaient aux roses jaunes et rouges de la tapisserie si elles allaient se faner, et questionnaient (doucement car ils avaient du temps devant eux) les lettres déchirées de la corbeille à papier, les fleurs, les livres, qui leur étaient ouverts à présent, et demandaient : Étaient-ce des alliés ? Étaient-ce des ennemis ? Combien de temps résisteraient-ils ?

 De l’air passe…c’est l’invisible qui respire. Il est sur le siège abandonné ; il a touché le sachet qui lui fut cher ; il caresse la glace aimée ; il sourit au cadran immobile dont l’heure  lui serait inutile.

Quoi qui puisse périr et disparaître ailleurs, ce qui repose ici est immuable. Ici, pourrait-on dire  à ces lumières fugaces, à ces airs tâtonnants, qui s’exhalent et se penchent jusque sur le lit, ici vous ne pouvez ni toucher ni détruire.

 Quand on fouille les lettres du tiroir, un parfum s’en exhale qui est le sien. L’invisible, vous-dis-je, ne quitte jamais la Maison. Il l’aide à garder ses secrets, il lui donne son visage, il en est le regard, il la peuple, elle meurt de ne plus le posséder. 

Tous ensemble ils exhalèrent un vain souffle de lamentation, à quoi répondit une porte dans la cuisine, qui s’ouvrit toute grande, ne laissa rien entrer, et se referma en claquant.

 (…) Mais déjà tout s’effaçait. De nouveau la poussière qui tournoie. Le soleil n’éclaire plus qu’un tourbillon de projectiles ténus, une fumée : moins encore, l’impalpable, le rien … »  

Alors, vous avez trouvé ? ………. ou vous donnez votre langue à un chat noir ?

 

Edouard Estaunié ingénieur et écrivain 3/4: ses expériences spirites

 En violet, c'était Les Choses voient, et en turquoise Virginia WOOLF, Vers le Phare, écrit en 1927, 2ème partie Le Temps passe, dans la belle traduction de Françoise PELLAN de l’Université de Bourgogne, 1996, choisie pour l’édition de La Pléiade.

Je remercie très chaleureusement Édouard Bouyé, directeur des Archives départementales de la Côte d'Or, d’avoir assuré, pendant ma conférence, la lecture des textes des auteurs cités, et je vous remercie beaucoup pour l'intérêt que vous portez à mon travail.

Dans le dernier article, vous trouverez les illustrations du roman, la biblio et la sitographie, et tous les bonus. A bientôt !

 

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Publié dans Les Yeux de Goethe

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