L'héautontimorouménos: Plastique bernant 2

Publié le par Claude Léa Schneider

L'héautontimorouménos: Plastique bernant 2

Plastique bernant- Épisode 2 : « L’héautontimorouménos »    c’est le titre !

« L’héautontimorouménos » :  ça ne vous dit rien ? c’est le titre d’un poème de Baudelaire : dans  Spleen et Idéal. Ça veut dire en grec :

 « le bourreau de soi-même » qui dit  :

Je suis la plaie et le couteau !

Je suis le soufflet et la joue !

Je suis les membres et la roue,

Et la victime et le bourreau ! »

C’est tout à fait nous, ça, quand nous croyons aller vers le progrès  alors que nous sommes en train de nous détruire ! Remarquez, dans le même recueil, j’aurais pu faire d’autres détournements écologiques avec par ex : Remords posthume ou L’irréparable ou L’irrémédiable.

Vous trouvez que c’est trop intello ? Alors je vous propose une adaptation plus moderne : L’héautontimorouménos »  ou « C’est l’automne et y a comme un os. »

et je vais  vous inviter à trouver avec moi quelques rimes en « os ».

Bon, ça c’était le hors-d’œuvre de saison, maintenant arrive le plat –stique- de résistance  avec de  beaux plastiques bien  bernants.

Baudelaire, Les Fleurs du Mal, Spleen et Idéal, illustrations de Rodin.

Baudelaire, Les Fleurs du Mal, Spleen et Idéal, illustrations de Rodin.

Ça commence par un souvenir d’enfance : sur la table du dimanche il y avait des fausses feuilles en plastique, imitant parfaitement de vraies feuilles d’érable –d’érable durable !-avec de belles  couleurs d’automne ; c’était des dessous de  verres et de bouteilles, pour protéger la nappe. J’aimais bien toucher ces feuilles et les appuyer contre la fenêtre face au soleil et regarder en transparence leurs belles couleurs rouge et jaune, comme des vitraux. Ça planait pour moi. Bon ça c’était avant, avant qu’on prenne conscience…

Mais  qu’est ce que je vois, aujourd’hui sur un site marchand ?!!  Qu’on vend toujours de fausses feuilles d’automne,  par paquet de 100, pour décoration et mariage …  sachet de 100 pièces : 2,90€ + 8,90 € de livraison, expédition par avion en provenance de Hong Kong virgule Chine. De fausses feuilles d’automne livrées par avion, ça c’est de la belle empreinte carbone, les gars !  en provenance de Hong Kong, virgule Chine. Cette petite virgule qui n’a l’air de rien, entre Hong Kong  et Chine, je la vois en forme de gros coup de matraque sur la tête d’un Hongkongais, pas vous ?

L'héautontimorouménos: Plastique bernant 2

Des fausses feuilles d’automne  pour décoration de mariage ! Quels futurs mariés  seraient assez givrés pour  faire venir de Hong Kong des fausses feuilles de déco, alors  que sous les arbres  il y a de vraies belles feuilles d’automne, naturelles et qu’il n’y a qu’à se baisser pour les ramasser  ! ? L’héautontimorouménos !

Allez, les rimes en os !

L’héautontimorouménos,

C’est l’automne, et c’est pas la noce !

C‘est pas Eros, c’est Thanatos,

Si t’achète ça, t’es un boloss !

Gingko du Jardin des Sciences (Arquebuse) à Dijon, automne 2015

Gingko du Jardin des Sciences (Arquebuse) à Dijon, automne 2015

Mais il y a du plastique plus bernant encore ! Puisqu’on parle de Chine, allons voir  à  Chongqing, dans le district du Wushan. A Chongquing,  en automne figurez-vous que les arbres perdent leurs feuilles ! C’est un scandale ! alors on les remplace  par des feuilles, en plastique, jaune  d’or!  Vous ne me croyez pas ? Eh bien la preuve  page 34 dans le   Courrier International Hors-Série « La Loi de la Chine »  paru au printemps 2019.

Chongqing, feuilles en plastique, 2017. Courrier International Hors-Série « La Loi de la Chine » 2019

Chongqing, feuilles en plastique, 2017. Courrier International Hors-Série « La Loi de la Chine » 2019

Et dans ce même numéro, on découvre  une autre photo tout aussi édifiante : dans le Yunnan, à Haidong, dans la périphérie de la ville de Dali, une ville qui se veut « de classe internationale et modèle d’écologie ». - Dali, la bien nommée parce qu’on est en plein surréalisme ! -dans  cette énorme nouvelle ville fantôme  où personne ne veut habiter-et on les  comprend- quand les arbres qu’on vient de planter n’ont pas encore de feuilles, qu’est-ce qu’on fait ?  Eh bien on les couvre de grandes bâches en plastique d’un vert  bien  laid  pour faire plus joli! Comme ça on est sûr que les vraies feuilles ne vont pas  pousser : ça c’est de l’arboriculture, les gars ! L’héautontimorouménos !

Allez, les rimes en os !

L’héautontimorouménos,

Mais qu’est-ce que c’est que ce matos ?

Tout ce plastique, c’est pas chicos !

Le PVC,  c’est pas gratos !

Haidong, Dali, Yunnan, 2017. Courrier International Hors-Série « La Loi de la Chine » 2019

Haidong, Dali, Yunnan, 2017. Courrier International Hors-Série « La Loi de la Chine » 2019

Vous allez me dire : ils sont fous ces Chinois, encore que chez nous ….

Petit tour dans les forêts normandes : sur le site de franceinfo, via  la plateforme #AlertePollution, on apprend que quand l'Office national des forêts plante de jeunes arbres, elle les entoure  avec de larges protections en plastique "seul moyen d'assurer la croissance des jeunes tiges face aux dents du gibier" dit l’ONF–vous savez bien que le responsable, c’est toujours l’animal !!! le pet des vaches réchauffe le climat,  les chats tuent les oiseaux, non non, c’est pas les pesticides …

Le problème, c’est que l’ONF n’a pas les moyens de retirer  ces bâches autour des arbres quand ils grandissent. Or, ces bâches en plastique ne se délitent pas,  elles  s’effritent en petits morceaux qui jonchent le sol des forêts par centaines, comme le constatent les promeneurs.  Et aussi M. Alexis Ducousso, généticien à l’INRA, et membre de France nature environnement (FNE) qui dit que  ces protections "abîment les arbres car des bouts de plastique s'y insèrent". De plus, ces éléments "fragmentables" et "non-biodégradables (...) entrent dans la chaîne alimentaire et peuvent poser des problèmes de santé", et il ajoute que  "le phénomène ne concerne pas que la Normandie" mais "toute la France"

L’héautontimorouménos !

Ibidem
Ibidem

Ibidem

Allez, on termine par un hymne  en os !

L’héautontimorouménos,

Y a du plastique dans l’Calvados

Et de Dunkerque à Biscarrosse !

Et du Cap-Gris jusqu’à Fos,

Et de St Quentin à Seignosse

Et de la Bourgogne à Port-Cros,

Il faut changer d’ vie rapidos !

Et se montrer bien plus véloce,

Comme un putt de Ballesteros !

Et si on l’chantait, Amigos,

Sur un air de Villa-Lobos,

A moins qu’ce soit Demis Roussos ?

Comme aurait dit Robert Desnos :

Tout ça c’est dang’reux pour nos gosses !

 

Pardon, mes chers poètes, pardon ! mais c’est pour la bonne cause.            27-11-2019

L'héautontimorouménos: Plastique bernant 2

Publié dans Chroniques, Station Simone

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