ET LISEZ RECLUS 2 Elisée Reclus

Publié le par Claude Léa Schneider

Elisée Reclus, d'après une photo de son ami Nadar en 1889.

Elisée Reclus, d'après une photo de son ami Nadar en 1889.

A celles et ceux parmi vous qui vous demandez- et vous êtes tout excusé-e-s- pourquoi j’ai choisi pour cette chronique de confinement ce titre bizarre, la réponse se trouve dans le clair regard qui vous observe sur la photo ci-dessus !

Certes pour certains, le nom de ce géographe anarchiste et libertaire reste sulfureux et  infréquentable, mais je suis sûre qu’un coup d’œil à son extraordinaire  biographie  et aussi à sa parentèle et à ses ami-e-s -et dans ce contexte  le féminin est particulièrement  important-  vous fera changer d’avis.

Oui  vous êtes tout excusé-e-s- de ne pas avoir entendu parler d’Élisée Reclus (1830-1905) -et pourtant aussi connu de son vivant que Pasteur ou Victor Hugo- si vous n’avez pas eu la chance d’avoir des arrière-grands-parents qui, au tout début de la Troisième République,  se sont mariés civilement, refusant le mariage religieux qu’on voulait leur imposer, et un grand –père qui possédait, dans sa bibliothèque surmontée du buste de Dante, quelques-uns des vingt volumes  de sa très célèbre Nouvelle Géographie Universelle.

Mais, fort heureusement, après un long purgatoire de près d’un  siècle,  on redécouvre son œuvre aujourd’hui.

 

Reclus, il ne l’était pas du tout, lui qui voyagea tant, dès sa jeunesse, et souvent à pied. Mais il fut malgré tout reclus dans « une quinzaine de prisons en onze mois de captivité » en 1871-1872, pendant et après la Commune de Paris (vous savez, celle dont l’histoire a quasiment disparu des programmes  scolaires….).

Le récit de sa vie extraordinaire mérite notre lecture attentive. Nous lui devons d’avoir ouvert des chemins dans  la modernité dont nous profitons aujourd’hui. Même dans notre vie quotidienne car si  vous avez l’habitude, en temps normal, de vous fournir en produits frais auprès d’une coopérative, ayez une pensée pour sa mémoire. Et en voilà un qui a effectivement contribué par ses très nombreux articles à la Revue des Deux Mondes !

ET LISEZ RECLUS 2 Elisée Reclus
île de SYLT (Allemagne) 6 août 2012

île de SYLT (Allemagne) 6 août 2012

Aimant beaucoup marcher moi-même –particulièrement sur les rivages de la Mer du Nord et de la Baltique, j’ai une grande sympathie pour ceux qui marchent. Et une grande admiration pour  les marcheurs et marcheuses penseurs.

Ce n’est pas un hasard si Élisée Reclus a préfacé le premier livre d’Alexandra David-Néel. Dont les récits de voyages font partie de mon ADN (jeu de mot facile !) et de ma bibliothèque depuis quelques décennies déjà. 

 

Ces grands marcheurs-penseurs qui nous offrent  par leur vision unique  un regard sur la Terre comme un tout, avec toutes ses espèces, dont l'espèce humaine . Ces penseurs universels –et généralement pionniers de l’écologie-   qui franchissent courageusement les  barrières et des cloisonnements académiques et universitaires.

 Et puis tiens, puisque c’est le 250e anniversaire de sa naissance, une occasion d'évoquer  Hölderlin auquel ARTE consacre justement une émission que vous trouverez ci-dessous tant que durera le replay. Vous y verrez,  parmi les intervenants l'écrivain contemporain Durs Grünbein que nous avons eu le plaisir de recevoir à la Maison de Rhénanie-Palatinat de Bourgogne-Franche-Comté après avoir traduit quelques chapitres de son livre le plus récent (qui raconte son enfance à Dresde).

Petite parenthèse, si vous avez envie de découvrir  Durs Grünbein, en allemand  ou en français.

 

Hölderlin, un autre grand marcheur à pied- et quand je dis marcheur à pied, c’est par exemple de Bordeaux (où il fut précepteur) en Allemagne. Nous qui sommes confinés quelques semaines, songez qu’il  fut contraint de  vivre reclus trente-six ans, exactement la seconde moitié de sa vie, dans une tour à Tübingen. Un poète à découvrir sans rien savoir de toutes les interprétations politico-littéraires sur son œuvre. Ouvrir un recueil avec un œil neuf.

 

Pour continuer la promenade sur les traces des géographes -écologistes-découvreurs-marcheurs-penseurs, je  passe d’un bond  à Alexander von Humboldt (1769- 1859).  C’est son frère Wilhelm, linguiste et philosophe des Lumières, et lui également, qui  ont donné leur nom à la prestigieuse Université Humboldt de Berlin.

Très méconnu des Français, depuis que trois guerres franco-allemandes sont passées par là et ont déposé une chape de plomb anti-germanique qui commence à peine à se fissurer, Alexander von Humboldt détient le record absolu des lieux commémorant son nom , y compris un cratère de la Lune. Songez que le centenaire de sa naissance le 14 septembre  1869  fut célébré dans le monde entier. Puis vint la guerre de 1870...

Une magnifique biographie, écrite par Andréa Wulf et abondamment illustrée est parue en octobre 2018. pour la traduction française. Aux éditions Noir sur Blanc. Ça se lit « comme un roman » parce que sa vie en est un !

J’aurai l’occasion d’évoquer ce génie universel dans une prochaine conférence titrée « 4M » prévue normalement pour l’automne 2020.

 

ET LISEZ RECLUS 2 Elisée Reclus

Et je termine sur un livre en cours de lecture-  que mon compagnon  a eu l’excellente idée de m’offrir pour mon  récent anniversaire : Manières d’être vivant,  de Baptiste Morizot,  jeune philosophe français,  écrivain, poète, arpenteur de montagnes et pisteur de loups. Manières d’être vivant,  propose ni plus ni moins une nouvelle perception du monde, pleine d’avenir, pour peu que quelques décideurs veuillent bien ouvrir les yeux...

 

"Prendre définitivement conscience de notre humanité solidaire, faisant corps avec la planète elle-même, embrasser du regard nos origines, notre présent, notre but rapproché, notre idéal lointain, c’est en cela que consiste le progrès."

L'homme et la Terre (1905), Élisée Reclus, éd. Libraire Universelle, 1905, vol. VI, p. 565 (texte intégral sur Wikisource)

Pour terminer, sachez que le Printemps des poètes fleurit toujours sur Station Simone, afin de vous aider à vous évader du confinement.

Et que SIMONE LIT POUR VOUS  ce sont des histoires variées lues par  nos contributeurs bénévoles, à découvrir au fil des jours sur le site de la radio  sur la page d'accueil, en cliquant sur l'onglet qui ressemble à ça :

Claude Léa, 27 mars 2020

île de Rügen, mer Baltique, 14 juillet 2014.

île de Rügen, mer Baltique, 14 juillet 2014.

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