ET LISEZ RECLUS 7 PARCOURS SCHUITENIEN

Publié le par Claude Léa Schneider

ET LISEZ RECLUS  7  PARCOURS SCHUITENIEN

Dernière la carapace du masque, des lunettes de soleil et des gants vinyle, cheminant dans la ville désertée, resplendissante et pourtant obscure, résonne en moi les vibrations de Lux Aeterna de LIGETI.

J’éprouve une sorte de sentiment étrange, en terrain faussement connu, sorte de « Souvenirs de l’éternel présent » comme dans cette étrange chambre « Louis XVI » où Bowman vit et meurt en temps accéléré à la fin de 2001, L’Odyssée de l’espace de KUBRICK.

ET LISEZ RECLUS  7  PARCOURS SCHUITENIEN

Depuis quelques jours, je recherche fébrilement sur le net une BD qu’on  m’avait prêtée au tout début des années 80 et dont les images me hantent. Et je l’ai retrouvée ! C’est Carapaces  de Luc et François SCHUITEN.

Luc et François ? « SCHUITEN » seraient-ils deux ?  Exactement ! Luc, né en 1944 et son frère  François, né en 1956, ont d’abord collaboré à imaginer les planètes fantastiques des trois albums des Terres Creuses dont Carapaces est le premier volet.

Je me souviens avec une très grande précision de l’endroit où  j’ai lu Carapaces, avec cette quasi certitude qu’il viendrait un jour où nous devrions vivre au quotidien avec des carapaces protectrices. Nous y sommes (presque).

Carapaces  de Luc et François SCHUITEN.

Carapaces de Luc et François SCHUITEN.

ET LISEZ RECLUS  7  PARCOURS SCHUITENIEN

Ensuite, Luc SCHUITEN a poursuivi sa carrière d'architecte "biomimétique" de l’après-demain : « Un architecte ne dessine jamais que le futur, il dessine des bâtiments qui n’existent pas aujourd’hui, qui existeront peut-être demain. C’est ce que je fais, mais au lieu que ce soit demain, c’est après-demain, un peu plus loin, dans cent ans ou plus tard encore. Je pose des hypothèses, celles qui sont désirables en tout cas pour moi : le monde dans lequel j’aimerais bien vivre, qui s’est réconcilié avec la planète, qui a commencé à bâtir des choses en bonne intelligence. »

 

Luc SCHUITEN, Metz en 2167.

Luc SCHUITEN, Metz en 2167.

Tandis que François SCHUITEN , associé à Benoît PEETERS, a inventé  sur un quart de siècle les mondes des onze (douze ?)  albums des Cités Obscures. Visionnaires tous les deux, tous les trois.

Rue Jeannin, une fine poussière d’immobilité s’est déposée sur des véhicules devenus bienheureusement inutiles.

Au n°8 le directeur des archives départementales met en ligne quotidiennement les fonds d’archives oubliées, de "coronarchives" en "sérendipités" et contribue à perturber la chronologie : au détour de la rue Lamonnoye déserte,  un passant au chapeau melon, comme sur une photo de Martial CAILLEBOTTE.

Passant rue Lamonnoye, document Archives départementales de la Côte-d'Or (ADCO).

François SCHUITEN et Benoît PEETERS, L'Archiviste, Éditions  Casterman.

François SCHUITEN et Benoît PEETERS, L'Archiviste, Éditions Casterman.

Parcours de la ville et parcours du temps. Suis-je  en uchronie  ou en dystopie ?

Imprimerie Lépagnez, document ADCO

« Aux zones en ruines succédaient quelques îlots plus préservés qui semblaient n'avoir été désertés que depuis peu. Parfois même, nous découvrions de curieuses machines dont je ne parvenais pas à comprendre l'usage. » Les Cités obscures, Tome 3 : La tour

 

François SCHUITEN et Benoît PEETERS, Souvenirs de l'éternel présent, Éditions  Casterman.

 

A part quelques  liseurs sur des balcons, les habitants avaient-ils  massivement quitté la ville ? Où étaient-ils ? D'où venait cette impression de décalage ?  Etait-ce une illusion  ? "Je commençais à ressembler aux autres habitants de Samaris, promeneur à demi léthargique parcourant chaque jour les mêmes ruelles."

François SCHUITEN et Benoît PEETERS, Les Murailles de Samaris, Éditions  Casterman.

« La question que maintenant je me pose est de savoir si un point du parcours du temps peut se superposer à des points de précédents parcours. En ce cas, l’impression d’épaisseur des images s’expliquerait par le battement répété du temps sur un identique instant. Il pourrait toutefois se produire, en certains points,  un petit décalage d’un parcours à l’autre : les images légèrement redoublées ou effacées seraient alors l’indice que le tracé du temps est un peu usé par l’usage et laisse une étroite marge qui joue  sur les bords  de ses passages obligés. Mais même s’il ne s’agit que d’un effet optique momentané, il reste l’accent comme d’une cadence dont il me semble que je la sens battre sur l’instant que je vis. Je ne voudrais  toutefois pas que tout ce que j’ai dit fasse apparaître cet instant comme doué d’une consistance intemporelle spéciale dans la série d’instants qui le précèdent et le suivent : du point de vue du temps c’est proprement un instant  qui dure aussi longtemps que les autres, indifférent à son contenu, suspendu dans sa course entre le passé et le futur ; ce que je crois avoir découvert, c’est seulement son retour ponctuel  selon une série qui se répète identique à elle-même à chaque fois. »

Italo Calvino, Temps zéro, traduit de l’italien par Jean Thibaudeau, Éditions du Seuil, 1970.

 

Pourtant, tout avait bien commencé  dans la bulle du 9 janvier 2020 au vernissage de l’exposition Luc SCHUITEN à Latitude 21, alors que le même jour, sous une autre latitude, les autorités sanitaires chinoises –et l’OMS-  déclaraient l’existence d’un nouveau coronavirus qui sévissait depuis un mois et  que nous feignions d’ignorer.

 

Nous étions très nombreux à ce vernissage et  nous n’étions pas venus pour le buffet ! Nous nous pressions  dans une promiscuité rêveuse devant les aquarelles et dessins de Luc SCHUITEN,  ses maisons bioclimatiques, ses « habitarbres », ses villes végétales éclairées en bioluminescence,  ses habitations en osmose complètes avec le lieu de leur implantation.

Ci-dessus une photo prise pendant l'expo, mais la plupart des reproductions sont protégées. Vous pouvez consulter un album sur  le site ci-dessous :

Et Luc SCHUITEN était présent, en grande forme ! Et toujours aussi nombreux, nous  l’avons écouté nous « raconter le futur avec les deux pieds sur terre dans la réalité d’aujourd’hui »,  nous expliquer que « chacun de [ses] dessins est une hypothèse faite pour se poser la question de savoir si  nous avons envie d’y aller ou pas. »  Nulle doute que nous étions prêts à y aller, et  tout de suite !

 

Luc SCHUITEN, le 9 janvier 2020 à Latitude 21 (Dijon), citant Francis BLANCHE :

"Mieux vaut penser le changement que  changer le pansement."

Comme nous étions heureux de l’écouter nous décrire - loin de tout mythe eschatologique et sans prophétie collapsologique- l’obsolescence  de notre actuelle manière de vivre, nous expliquant, avec un enthousiasme communicatif, qu’il y a un autre monde à réinventer et  que la nature nous offre des modèles qui sont une formidable source d’inspiration.

Contents, mais un peu frustrés dans cette cohue, de ne pas avoir eu plus d’espace et de temps pour parcourir toutes les salles, nous étions nombreux à nous promettre de revenir « au calme » pour regarder cette exposition de plus près.

Et puis, les portes de l’exposition se sont refermées à la mi-mars, écourtant l’exposition qui devait durer jusqu’au 30 avril.

L’exposition sera-t-elle prolongée ? D’autres lieux la réclament sans doute. Mais ce n’est pas le plus important. L’important c’est sur quel avenir ces portes se rouvriront.

Portes fermées  de l'exposition  Luc SCHUITEN à Latitude 21.

Portes fermées de l'exposition Luc SCHUITEN à Latitude 21.

Alors que tous les médias et politiques nous entonnent en mode mineur  les chansons du " monde d’après" la crise du COVID 19,

 

c’est à chacun de nous de nous activer pour démontrer qu’ils se trompent et qu’il y a d’autres possibles, pour peu qu’on le veuille.

Pour nos enfants, courage !

« Pour les gens qui veulent bâtir un modèle de société en croissance infinie sur une planète déjà surexploitée, le mot utopie signifie l’illusion d’un rêve impossible à réaliser qui ne s’applique pas à leurs projets. Pour nous qui cherchons à construire un nouveau modèle de société durable, dans une symbiose avec notre environnement naturel, le mot utopie veux dire simplement, un possible qui n’a pas encore été expérimenté. »

Luc SCHUITEN, citation extraite de :

Source : luc-schuiten-installation-lumineuse-arc-et-senans;  photo  Collet

Source : luc-schuiten-installation-lumineuse-arc-et-senans; photo Collet

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