MARION HEILMANN (LEONARD LAMB) UN HOMMAGE

Publié le par Claude Léa Schneider

Marion Heilmann (Leonard Lamb) devant l'aquarelle Le songe du roi. Photo Alexandre Bakker

Marion Heilmann (Leonard Lamb) devant l'aquarelle Le songe du roi. Photo Alexandre Bakker

"Si les portes de la perception étaient nettoyées, chaque chose apparaîtrait à l'homme comme elle est, infinie."

William Blake (1757-1827), Le Mariage du Ciel et de l'Enfer

à retrouver dans l'édition bilingue NRF, Poésie Gallimard, traduction de Jacques Darras, 2013.

 

Nul doute que le foisonnement de l'œuvre  de Leonard Lamb a "nettoyé" nos yeux et dessillé notre perception.

J'ai découvert l'œuvre de Marion Heilmann -Léonard Lamb est son nom d'artiste, son hétéronyme et bien davantage -il y a un presque six ans ans, à l'occasion d'une exposition à La Ferronnerie de Dijon et je n'oublierai jamais ce moment.

Vous ne connaissez pas cet (te) artiste ? Rien d'étonnant, Marion Heilmann  aura eu un parcours sans concession avec le siècle et les réseaux sociaux.

 

Alors que vient tout juste de se terminer à l'abbaye d'Auberive (Haute-Marne) l'exposition  "Pêle-Mêle" où 7 salles lui étaient consacrées, j'ai eu envie  de rassembler ici quelques documents et d'évoquer les brefs moments où j'ai eu la chance de la rencontrer. 

 

Au sortir du confinement,  Alexandre Bakker, son compagnon qui a rassemblé toute l'œuvre exposée de Marion,  nous envoyait ce mail : 

 

MARION HEILMANN (LEONARD LAMB) UN HOMMAGE

 

Ces pages de présentation vous auront donné un aperçu de la variété et du foisonnement artistique de Leonard Lamb.

Alexandre Bakker a également réalisé un très beau film personnel, rares moments où on entend l'artiste s'exprimer et où l'on découvre qu'elle peignait couchée ! comme Frida Kahlo, mais pour d'autres raisons.

Suivre le lien ci-dessous. 

Un autre lien en-dessous  vous conduit vers un  film qui a le mérite de rendre compte de l'ampleur de l'exposition.  J'aime beaucoup le choix de la musique de Kraftwerk  dont les leitmotive s'accordent aux thèmes obsessionnels de l'artiste. 

Huile, encre, aquarelle, faux-collages,  grands tableaux cosmogoniques,  tableaux abstraits entre pixellisation et suintement organique, inspiration de la Bible, évocations hantées par la Shoah, Leonard Lamb a produit une œuvre multiple avec laquelle on est tenté de faire rapprochements, même si son univers est unique.

Ce sont ces rapprochements que nous avions tentés lors d'une rare  interview qu'elle m'avait accordée- avec Alexandre Bakker et la metteure en scène Hélène Polette- le 12 février 2015 (interview dont je n'ai malheureusement pas pu récupérer la bande-son) 

William Blake et aussi le peintre britannique d'origine suisse Füssli (1741-1825) viennent tout d'abord à l'esprit. Ci-dessous un manuscrit de Blake.

Füssli, Le Silence (vers 1799-1801)

Mais l'artiste auquel j'avais  pensé en premier est le peintre suisse Adolf Wölfli ( 1864-1930) interné presque toute sa vie dans un hôpital psychiatrique de Berne, qui a laissé une œuvre hallucinante,  prophétique et énigmatique de 1300 dessins et  25 000 pages, et qui serait resté méconnu sans la perspicacité d’un jeune psychiatre, Walter Morgenthaler, et auquel ensuite les autres artistes se sont intéressés. 

Composition d'Adolf Wölfli

Vous pouvez aussi trouver que le travail de Leonard Lamb n'est pas sans évoquer celui du  peintre naïf géorgien Niko Pirosmani (1862-1918) 

Pirosmani, Famille d'ours, 1917.

Ou encore le peintre britannique Stanley Spencer ( 1891-1959) 

Spencer, Dîner à l'hôtel Lawn, 1956-57

ou son ami australien, le peintre Henry ... Lamb  ! (1883- 1960) 

Henry Lamb, Mort d'une paysanne, 1911.

Mais Leonard Lamb s'est aussi intéressé(e) au théâtre et a réalisé des marionnettes géantes, des masques et des costumes conçus à l'origine sans destination particulière, mais qui prendront vie dans le spectacle Les Animals, création du théâtre ISPOUG.

 

Le propos du spectacle Les Animals était de recréer au théâtre la frontalité de la peinture en mêlant images, mime, musique, rituel et chorégraphie. Un spectacle qui a magnifiquement donné à l'univers pictural de Leonard Lamb une présence scénique. L'argument en était sobre : dans un cirque fou, des animaux se font persécuter jusqu'à la mort par un couple de dompteurs.

Je garde un souvenir inoubliable de cette représentation au Théâtre des Feuillants à Dijon, de ce décor en damier sur fond noir  qui faisait perdre le sens des dimensions et des proportions, un  spectacle "dantesque" au sens propre car il se découpait davantage en cercles qu'en tableaux ou scènes, traversés par des personnages en transit dans un dénuement universel. J'ai admiré la façon dont les acteurs ont maintenu sans faillir pendant une heure les "tremblements sacrés "(Ispoug en russe) et j'ai pensé à la force des ballets de Maguy Marin.

Rappelons que ce spectacle était un formidable travail d'équipe: Marion Heilmann, Alexandre Bakker, Hélène Polette à la mise en scène, une pièce du compositeur Patrick Heilmann. Avec les comédiens David Drouin, Charlotte Heilmann, Susanne Kayser,  Anne-Lise Lodenet, Faustine Rosselet et Raquel Santamaria. Benjamin Thieland, Stephane Lafoy et Franck Guinfoleau pour les créations vidéo, lumière et son. Et l'aide de Gaëlle Mengin pour aider les comédiens à habiter les marionnettes et les objets scéniques sur-dimensionnés. Qu'un hommage leur soir également rendu.

Il n'y a pas eu beaucoup de représentations, hélas, de ce spectacle fort, la presse locale l'ayant annoncé comme un "spectacle pour enfants", ce qu'il n'était pas ! 

C'était un spectacle qui parlait à l'enfant qui est en nous et ne devrait pas cesser d'y habiter. Et c'était bien sûr une métaphore universelle de la Shoah et de toutes les formes de persécution, de l'homme sur l'homme et de l'homme sur l'animal.

Et d'ailleurs l'actualité donne à ce souvenir un relief particulier.

"Si la cruauté humaine s'est tant exercée contre l'homme, c'est trop souvent qu'elle s'était fait la main sur les animaux." écrivait Marguerite Yourcenar.

 Il y a eu plusieurs représentations des Animals en Bourgogne et en Bretagne, mais il n'y a pas eu, à ce jour,  d'opus 2 pour le théâtre Ispoug, malheureusement.

Ci-dessus, une partie de la troupe au travail (photo Ulule)

Vous trouverez une courte vidéo (3mn) de la représentation en suivant le lien ci-dessous

Le théâtre, poème de Marion Heilmann :

 

On peut évoquer à l'occasion Oskar Schlemmer (1883-1943) peintre et scénographe allemand et  "son souci d'allier l'immobilité hiératique de la rigueur géométrique et de la pureté des contours à la vivacité des formes et la mobilité de l'espace."

Oskar Schlemmer, mise en scène de L'homme qui danse, ballet triadrique (1922)

sur ce sujet, voir le très intéressant article ci-dessous 

Ajoutons qu' Alexandre Bakker, qui a parfois exposé avec sa compagne (ci-dessous) mène de son côté une œuvre graphique importante, "maniériste", fabuleuse, au sens propre, et non dépourvue d'humour. Vous pouvez le retrouver sur son site (lien ci-dessous) 

 

En visitant l'abbaye d'Auberive on peut voir la cellule où a  été emprisonnée Louise MICHEL (1830-1905) avant d'être déportée en Nouvelle-Calédonie.

Sur le site CULTURE PRIME, une très intéressante vidéo (7mn) : "10 choses à savoir sur Louise MICHEL". 

https://www.facebook.com/cultureprime/videos/267442707910222

 

Voir aussi le film que Solveig ANSPACH -également trop tôt disparue- lui a consacré (lien ci-dessous) 

La musique et toutes les formes de culture, c'est STATION SIMONE

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