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Grande Guerre : deux romanciers d'aujourd'hui

Publié le par Claude Léa Schneider

Mathurin Méheut (1882-1958 ) Le salut au mort, photo musée Mathurin Méheut à Lamballe.

Mathurin Méheut (1882-1958 ) Le salut au mort, photo musée Mathurin Méheut à Lamballe.

Puisque  STATION SIMONE, avec les Archives départementales de la Côte d’Or, diffuse, dans les Inédits de la Grande Guerre, de larges extraits des lettres d’Apolline Soichot qui confie à son mari, affecté à Bourges, le roman intime de son quotidien dijonnais,  que nous partageons ses soucis et que ses mots simples nous touchent,   interrogeons-nous un instant sur ce que nous apportent, au-delà du devoir de mémoire,  les écrivains de notre temps qui écrivent encore et toujours , et pour notre plus grand intérêt,  des romans sur la Grande Guerre.

Une documentation  renouvelée et enrichie de la mise à disposition, voire en  ligne, des Archives ?

Une parole libérée des censures et du non-dit social qui a régné longtemps,  une parole qui ose parler par exemple des fusillés pour l’exemple et des automutilations ?

 Une nouvelle distance critique sur le patriotisme?

Un texte  dépouillé de beaucoup de  réalisme technique  des combats,  écrit  dans une langue contemporaine qui nous touche davantage ? Car  qui comprend encore l’argot de l’époque des dialogues entre Poilus, des expressions comme  se mettre « un cintième de casse-pattes dans l’cornet » « chez une mouquère de l’endroit» (Henri Barbusse, Le Feu) ?

Une plus grande aptitude stylistique -cinématographique-  à mettre en scène la violence ?

 Une meilleure prise en compte du rôle de l’armée d’Afrique ?

Et vous, qu'en pensez-vous ?

Grande Guerre : deux romanciers d'aujourd'hui

 L'écriture moderne, même de facture classique nous procure une plus grande peut-être une plus grande proximité de sentiments.

Un roman comme  Les Champs d’honneur de Jean Rouaud (Editions de Minuit, prix Goncourt 1990) m’a fait ressentir « de l’intérieur » tout un registre d’émotions intimes, comme, par exemple, ce passage de la permission d’Emile : 

« Entrant en tenue de soldat dans la chambre, à la tombée de la nuit, il s’approche sans bruit du berceau, se penche avec précaution pour ne pas verser sur cette petite chose endormie les tumultes de la  guerre – abasourdi  de joie soudain par ces minuscules poings serrés sur des songes blancs, ses cheveux d’ange, le trait finement ourlé de ses yeux clos, le réseau transparent de ses veines, l’inexprimable fraîcheur de son souffle qui trace sur la main meurtrie d’Émile comme une invitation au silence. Soulevant le voile de mousseline, Mathilde présente son œuvre à son grand homme. Car elle le voit grand  dans sa triste tenue de combat qui sent la sueur, la poussière, l’infortune des armes. »

Jean Rouaud et Mathurin Méheut, Eclats de 14, Dialogues.

Jean Rouaud et Mathurin Méheut, Eclats de 14, Dialogues.

Eclats de 14  met en résonance les images des Croquis de guerre de  Mathurin Méheut, peintre breton mobilisé et survivant de quatre années de tranchées,  avec le texte poétique écrit spécialement   en regard par Jean Rouaud pour la commémoration de la Grande Guerre.

ci-dessous quelques liens pour en savoir davantage.

Dans un tout autre style, Laurent Gaudé, né en 1972,(Prix Goncourt 2004) nous émeut dans Cris par son style dépouillé à l’extrême et par  l’âge qu’avait le romancier lorsqu’il a écrit ce roman : 29 ans.

L’âge moyen des Poilus. Ecrire en 2001, à 29 ans, un roman « de l’intérieur » sur la Grande Guerre ...

Laurent Gaudé, Cris, 2001 (Actes Sud Babel)

Laurent Gaudé, Cris, 2001 (Actes Sud Babel)

Et pour rester sur le même auteur, venez assister  le 7 avril au spectacle du prochain GUEULOIR du Petit Cîteaux

GUEULOIR #6 extraits de "De Sang et De Lumière" de Laurent GAUDE

Le samedi 7 avril 2018 à 19 heures
Au 18, rue Charlie Chaplin (Petit Citeaux) Dijon

Avec Christian SAUVAGE (piano) et Elisabeth BARBAZIN (voix)

"Je veux une poésie du monde qui voyage, prenne des trains, des avions, plonge dans des villes chaudes, des labyrinthes de ruelles. Une poésie moite et serrée comme la vie de l’immense majorité des hommes. Je veux une poésie qui connaisse le ventre de Palerme, Port -au-prince et Beyrouth, ces villes qui ont visages de chair, ces villes nerveuses, détruites, sublimes, une poésie qui porte les cicatrices du temps et dont le pouls est celui des foules…

L’écriture ne m’intéresse pas si elle n’est pas capable de mettre des mots sur cela. Qu’elle maudisse le monde ou le célèbre mais qu’elle se tienne tout contre lui. Nous avons besoin des mots du poète, parce que ce sont les seuls à être obscurs et clairs à la fois. Eux seuls posés sur ce que nous vivons, donnent couleurs à nos vies et nous sauvent, un temps, de l’insignifiance et du bruit." Laurent GAUDE

 

Grande Guerre : deux romanciers d'aujourd'hui
Photos Archivves départementales de la Côte d'Or
Photos Archivves départementales de la Côte d'Or

Photos Archivves départementales de la Côte d'Or

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