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ET LISEZ RECLUS 3 Feng Jicai

Publié le par Claude Léa Schneider

Henri Matisse, Intérieur, bocal de poissons rouges, 1914.

Henri Matisse, Intérieur, bocal de poissons rouges, 1914.

Fenêtres...

« Pendant cette période, la contemplation de ce qui se trouvait  au-delà de la fenêtre a été mon seul divertissement, mon unique consolation. J’avais calé mon oreiller avec des livres afin qu’il soit  très haut et que mon regard puisse embrasser les contours de la fenêtre. N’importe quel encadrement de fenêtre peut devenir le cadre d’un tableau vivant.(…) L’art transfigure la banalité de la vie."

Celui qui s‘exprime ainsi  c' est Hua Xiayu, un peintre persécuté par la Révolution culturelle,  héros du roman Que cent fleurs s’épanouissent  de l’écrivain chinois Feng Ji Cai.  (ou Feng Jicai ou Jicai Feng)

Cet écrivain appartient au  mouvement "Littérature des cicatrices", nécessaire reconstruction après les traumatismes  de la Révolution culturelle (dans les limites permises par la censure, tout de même).

Ne vous fiez pas au fait que ce roman soit  classé en littérature jeunesse . Il est lisible  par tous, à partir de l'adolescence.  Les romans contemporains publiés sous l’étiquette « Jeunesse » sont souvent de qualité,  ce qui hélas n’est pas toujours le cas dans d'autres collections. Je reviendrai  d'ailleurs un autre jour sur ce sujet.

Nouvelle couverture

Nouvelle couverture

En juin 1956, par le mot d’ordre  « Que cent fleurs s’épanouissent », appelé aussi « Campagne des Cent Fleurs »,  Mao Zedong (1893-1976) « invite » tous les intellectuels et artistes à exprimer librement leurs opinions. Malheur à ceux qui, comme le héros de ce roman,  ont cru naïvement à cette liberté d’expression ! Un an plus tard ils seront persécutés, exilés, torturés. Et dix ans après, la Révolution culturelle est chargée d’éradiquer les « Quatre Vieilleries »  : la pensée, la culture, les mœurs et les coutumes de l’époque de Confucius. ». Une révolution -une guerre civile- qui a duré dix autres années et fait, estime-t-on aujourd’hui,  entre  un et trois millions de morts   et cent millions de personnes persécutées.

Gardes rouges sur la place Tian'anmen à Pékin le 15 septembre 1966. Slogan : « Pas de fondation sans destruction »,

Gardes rouges sur la place Tian'anmen à Pékin le 15 septembre 1966. Slogan : « Pas de fondation sans destruction »,

 

Hua Xiayu, brillamment diplômé de l’École des Beaux-Arts de Pékin, familier de la culture traditionnelle chinoise, comme de la culture européenne, et promis à un bel avenir artistique,  est relégué à plus de 2000 km de chez lui, dans une usine de porcelaine à Qianxi, dans la province de Guizhou, particulièrement pauvre  et reculée. Pourquoi ? il ne l’apprendra qu’à la fin de l’histoire. Victime d’un système qu’il ne comprend pas, il est soumis à l’autocritique et à diverses brimades, comme casser ses propres porcelaines et rester agenouillé sur les tessons.  Et ce n'est pas le pire des supplices  qu'il doit endurer...

Découpage traditionnel chinois (classé au patrimoine UNESCO) comme celui de "Ciseaux magiques" dans le roman.

Découpage traditionnel chinois (classé au patrimoine UNESCO) comme celui de "Ciseaux magiques" dans le roman.

Ce qui est magnifique  dans ce roman,  c'est que l'art, la vision colorée que  Hua Xiayu pose sur les choses  et sa résilience transfigurent tout. Un livre que je relis  souvent, que je vous recommande absolument parce  il est bien écrit avec une grande simplicité, qu'il est universel et  donne courage et espoir.

« Vous ne trouvez pas cela bizarre ? Les gens qui me veulent du mal, par un moyen ou un autre, finissent toujours par m’aider. Vous pouvez me dire pourquoi ? »

                            Raoul Dufy, intérieur à la fenêtre ouverte, 1928.

"Une phrase [de Picasso] m’est revenue en mémoire :  Le monde entier se déploie devant nous, impatient que nous l’inventions, non que nous le répétions. »

             Pablo Picasso, Nature morte devant une fenêtre à St Raphaël, 1919.

« Celui qui regarde du dehors à travers une fenêtre ouverte ne voit jamais autant de choses que celui qui regarde une fenêtre fermée. Il n’est pas d’objet plus profond, plus mystérieux, plus fécond, plus ténébreux, plus éblouissant qu’une fenêtre éclairée d’une chandelle. Ce qu’on peut voir  au soleil est toujours moins intéressant que ce qui se passe derrière une vitre. Dans ce trou noir  ou lumineux vit la vit, rêve la vie, souffre la vie. »

Baudelaire, Les fenêtres, Petits poèmes en prose, XXXV.

Karl Schmidt-Rottluff, Lune à la fenêtre, 1933.

Karl Schmidt-Rottluff, Lune à la fenêtre, 1933.

Souvenir personnel d’un triste récit de ma grand-mère paternelle auquel la pandémie si contagieuse me fait repenser :

la fenêtre d’une petite chambre où mon arrière-grand-père était confiné : fragilisé par son métier- il possédait une entreprise de fleurs en tissu pour la mode et manipulait beaucoup de teintures- il avait attrapé la tuberculose. Aucun contact avec le reste de la famille. Totalement isolé. Tout ce qu’il avait touché était systématiquement désinfecté. Il n’a plus jamais embrassé ses enfants qui ne pouvaient que lui faire coucou de l’extérieur, quand il se tenait à la fenêtre de sa chambre. Il est mort en 1896 : ma grand-mère avait sept ans et mon grand-oncle quatorze.

 

Berthe Morisot,  Eugene Manet à l'île de Wight, 1875. Eugène Manet est mort en 1892 à 58 ans.

Berthe Morisot, Eugene Manet à l'île de Wight, 1875. Eugène Manet est mort en 1892 à 58 ans.

Plus joyeusement :

À travers la fenêtre du deuxième étage d’une maison en face de la nôtre, nous apercevons depuis des mois, éclairé par la lueur de l’écran, le profil d’un grand ado, casque sur les oreilles, mains sur les manettes. Tôt le matin, tard le soir, toute la journée parfois.

S’étonnera-t-il  dans quelques semaines : Le confinement ?! quel confinement ?

ET LISEZ RECLUS 3 Feng Jicai

Je continue de ranger les bibliothèques et voici un bonus chinois (traduit de l'anglais) au rayon policier :

Si j'ai collé des étiquettes sur les 6 polards de QIU Xiaolong  que je possède (il en a écrit davantage) c'est qu'il est intéressant de les lire dans l'ordre chronologique, non pour les histoires policières en elles-mêmes, mais parce que l'auteur décrit au fil des années les transformations des quartiers populaires, des villes, des comportements, des peurs,  des risques ....

Prenez soin de vous.

Claude Léa, 31 mars 2020

Goethe  à sa fenêtre à Rome .... Et vous ? Pouvez-vous  profiter de ce confinement pour être créatif ?

Goethe à sa fenêtre à Rome .... Et vous ? Pouvez-vous profiter de ce confinement pour être créatif ?

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ET LISEZ RECLUS 2 Elisée Reclus

Publié le par Claude Léa Schneider

Elisée Reclus, d'après une photo de son ami Nadar en 1889.

Elisée Reclus, d'après une photo de son ami Nadar en 1889.

A celles et ceux parmi vous qui vous demandez- et vous êtes tout excusé-e-s- pourquoi j’ai choisi pour cette chronique de confinement ce titre bizarre, la réponse se trouve dans le clair regard qui vous observe sur la photo ci-dessus !

Certes pour certains, le nom de ce géographe anarchiste et libertaire reste sulfureux et  infréquentable, mais je suis sûre qu’un coup d’œil à son extraordinaire  biographie  et aussi à sa parentèle et à ses ami-e-s -et dans ce contexte  le féminin est particulièrement  important-  vous fera changer d’avis.

Oui  vous êtes tout excusé-e-s- de ne pas avoir entendu parler d’Élisée Reclus (1830-1905) -et pourtant aussi connu de son vivant que Pasteur ou Victor Hugo- si vous n’avez pas eu la chance d’avoir des arrière-grands-parents qui, au tout début de la Troisième République,  se sont mariés civilement, refusant le mariage religieux qu’on voulait leur imposer, et un grand –père qui possédait, dans sa bibliothèque surmontée du buste de Dante, quelques-uns des vingt volumes  de sa très célèbre Nouvelle Géographie Universelle.

Mais, fort heureusement, après un long purgatoire de près d’un  siècle,  on redécouvre son œuvre aujourd’hui.

 

Reclus, il ne l’était pas du tout, lui qui voyagea tant, dès sa jeunesse, et souvent à pied. Mais il fut malgré tout reclus dans « une quinzaine de prisons en onze mois de captivité » en 1871-1872, pendant et après la Commune de Paris (vous savez, celle dont l’histoire a quasiment disparu des programmes  scolaires….).

Le récit de sa vie extraordinaire mérite notre lecture attentive. Nous lui devons d’avoir ouvert des chemins dans  la modernité dont nous profitons aujourd’hui. Même dans notre vie quotidienne car si  vous avez l’habitude, en temps normal, de vous fournir en produits frais auprès d’une coopérative, ayez une pensée pour sa mémoire. Et en voilà un qui a effectivement contribué par ses très nombreux articles à la Revue des Deux Mondes !

ET LISEZ RECLUS 2 Elisée Reclus
île de SYLT (Allemagne) 6 août 2012

île de SYLT (Allemagne) 6 août 2012

Aimant beaucoup marcher moi-même –particulièrement sur les rivages de la Mer du Nord et de la Baltique, j’ai une grande sympathie pour ceux qui marchent. Et une grande admiration pour  les marcheurs et marcheuses penseurs.

Ce n’est pas un hasard si Élisée Reclus a préfacé le premier livre d’Alexandra David-Néel. Dont les récits de voyages font partie de mon ADN (jeu de mot facile !) et de ma bibliothèque depuis quelques décennies déjà. 

 

Ces grands marcheurs-penseurs qui nous offrent  par leur vision unique  un regard sur la Terre comme un tout, avec toutes ses espèces, dont l'espèce humaine . Ces penseurs universels –et généralement pionniers de l’écologie-   qui franchissent courageusement les  barrières et des cloisonnements académiques et universitaires.

 Et puis tiens, puisque c’est le 250e anniversaire de sa naissance, une occasion d'évoquer  Hölderlin auquel ARTE consacre justement une émission que vous trouverez ci-dessous tant que durera le replay. Vous y verrez,  parmi les intervenants l'écrivain contemporain Durs Grünbein que nous avons eu le plaisir de recevoir à la Maison de Rhénanie-Palatinat de Bourgogne-Franche-Comté après avoir traduit quelques chapitres de son livre le plus récent (qui raconte son enfance à Dresde).

Petite parenthèse, si vous avez envie de découvrir  Durs Grünbein, en allemand  ou en français.

 

Hölderlin, un autre grand marcheur à pied- et quand je dis marcheur à pied, c’est par exemple de Bordeaux (où il fut précepteur) en Allemagne. Nous qui sommes confinés quelques semaines, songez qu’il  fut contraint de  vivre reclus trente-six ans, exactement la seconde moitié de sa vie, dans une tour à Tübingen. Un poète à découvrir sans rien savoir de toutes les interprétations politico-littéraires sur son œuvre. Ouvrir un recueil avec un œil neuf.

 

Pour continuer la promenade sur les traces des géographes -écologistes-découvreurs-marcheurs-penseurs, je  passe d’un bond  à Alexander von Humboldt (1769- 1859).  C’est son frère Wilhelm, linguiste et philosophe des Lumières, et lui également, qui  ont donné leur nom à la prestigieuse Université Humboldt de Berlin.

Très méconnu des Français, depuis que trois guerres franco-allemandes sont passées par là et ont déposé une chape de plomb anti-germanique qui commence à peine à se fissurer, Alexander von Humboldt détient le record absolu des lieux commémorant son nom , y compris un cratère de la Lune. Songez que le centenaire de sa naissance le 14 septembre  1869  fut célébré dans le monde entier. Puis vint la guerre de 1870...

Une magnifique biographie, écrite par Andréa Wulf et abondamment illustrée est parue en octobre 2018. pour la traduction française. Aux éditions Noir sur Blanc. Ça se lit « comme un roman » parce que sa vie en est un !

J’aurai l’occasion d’évoquer ce génie universel dans une prochaine conférence titrée « 4M » prévue normalement pour l’automne 2020.

 

ET LISEZ RECLUS 2 Elisée Reclus

Et je termine sur un livre en cours de lecture-  que mon compagnon  a eu l’excellente idée de m’offrir pour mon  récent anniversaire : Manières d’être vivant,  de Baptiste Morizot,  jeune philosophe français,  écrivain, poète, arpenteur de montagnes et pisteur de loups. Manières d’être vivant,  propose ni plus ni moins une nouvelle perception du monde, pleine d’avenir, pour peu que quelques décideurs veuillent bien ouvrir les yeux...

 

"Prendre définitivement conscience de notre humanité solidaire, faisant corps avec la planète elle-même, embrasser du regard nos origines, notre présent, notre but rapproché, notre idéal lointain, c’est en cela que consiste le progrès."

L'homme et la Terre (1905), Élisée Reclus, éd. Libraire Universelle, 1905, vol. VI, p. 565 (texte intégral sur Wikisource)

Pour terminer, sachez que le Printemps des poètes fleurit toujours sur Station Simone, afin de vous aider à vous évader du confinement.

Et que SIMONE LIT POUR VOUS  ce sont des histoires variées lues par  nos contributeurs bénévoles, à découvrir au fil des jours sur le site de la radio  sur la page d'accueil, en cliquant sur l'onglet qui ressemble à ça :

Claude Léa, 27 mars 2020

île de Rügen, mer Baltique, 14 juillet 2014.

île de Rügen, mer Baltique, 14 juillet 2014.

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ET LISEZ RECLUS 1 Ranger la bibiothèque

Publié le par Claude Léa Schneider

Ferrare, juillet 2015. La ville de Giorgio Bassani.

Ferrare, juillet 2015. La ville de Giorgio Bassani.

Aujourd’hui  profitez  donc  du confinement pour ranger une de vos  bibliothèques, sans tricher. J'appelle tricher quand, juché-e sur l'escabeau, on déplace deux ou trois bouquins, qu'on s’empare d’un titre  retrouvé avec plaisir  et qu’on commence à le relire! J’ai déjà commis cette regrettable erreur.  Conséquences :  des crampes dans les mollets, le travail n’avance pas et la préparation du repas sera négligée.

 Or, tous les sous-mariniers vous le diront, plus on est confiné, plus il faut soigner les menus. Pas d'excuses. Vous avez le droit de faire vos courses deux fois par semaine. Il n’y a que dans les  vieux romans de SF qu’on croyait pouvoir se  nourrir de pilules. Avec le paquet de céréales, les chips ou les biscuits apéritif, ça ne marche pas non plus.

ET LISEZ RECLUS 1 Ranger la bibiothèque
ET LISEZ RECLUS 1 Ranger la bibiothèque
ET LISEZ RECLUS 1 Ranger la bibiothèque

Donc ranger la bibliothèque implique de sortir les livres de leur rayonnage, d’essuyer correctement livres et étagères et de reclasser tout. Personnellement, je préfère l’ordre alphabétique par genre. Cet exercice est d’autant plus profitable qu’il assouplit les cervicales et fait travailler les genoux. Que demandez-vous de plus en ce moment, alors que vous avez du mal à vous imposer votre gym matinale quotidienne  ?

Évitez absolument de vous attarder sur certains ouvrages : on les  sort, on les essuie, on les range et c’est tout ! Exemple à la lettre G : Le hussard sur le toit ou encore à la lettre S : L’aveuglement. Certes ce sont de très grands livres, mais est-ce vraiment nécessaire de constater une fois de plus, et alors que vous le savez déjà,  que les expériences du passé ne profitent à personne et qu’au contraire les comportements humains se répètent inlassablement ? Non ! Vous  relirez ces deux livres plus tard, quand vous serez sorti-e de votre quarantaine.

J'ignore de qui est ce malin montage et ne peux malheureusement pas en attribue l'auteur.

J'ignore de qui est ce malin montage et ne peux malheureusement pas en attribue l'auteur.

En revanche, comme le second tour électoral  est reporté en juin, je ne saurais trop vous recommander la suite de L’aveuglement  du même S, à savoir La Lucidité - qu’on peut lire séparément- car   vous verrez ce qu’il en coûte quand 83% des électeurs votent blanc aux élection municipales…

Bon, je n’ai pas commencé à ranger et déjà je m’égare …

Traduction Geneviève Leibrich

Traduction Geneviève Leibrich

Je choisis de ranger en premier cette  bibliothèque ci-dessous, une de mes  préférées : en haut, trois  rayons de théâtre, puis deux rayons de poésie et trois rayons de littérature italienne (traduite, hélas !  je ne le lis pas l’italien)

Avec un petit challenge photographique motivant : dans chacun de ces trois genres  je dois choisir trois livres :  une œuvre intégrale, plus deux livres dont un écrit par une femme. C’est comme ça ! il n’y a pas à discuter.

L'élément une fois rangé.

L'élément une fois rangé.

Je commence : j’ai presque tout le théâtre de mon très cher grinçant Thomas Bernhard, mais je l’ai prêté en bloc à une copine metteure en scène pour un futur spectacle. Je choisis donc, en hommage à nos amis Italiens  ce volume des Comédies choisies de  Goldoni en très agréable édition La Pochothèque, quinze pièces très enlevées,  tellement 18e siècle, dont le célèbre Valet de deux maîtres : on ne s'en lasse jamais.

Les Troyennes d’Euripide, adaptation de Jean-Paul Sartre, mise ne scène de Cacoyannis et musique de Prodomides : un grand moment du TNP vécu avec les copains et copines du lycée, qui m’a fait plonger à 15 ans dans le théâtre antique.

A ma grande honte, je constate qu’il n’y a que quatre auteures sur mes rayons théâtre : Colette, Sagan, Réza et NDiaye Mais pour Colette et Sagan, leur théâtre  n’est pas ce que je préfère. Marie NDiaye, je la réserve pour le rayon romans. Je choisis donc ce Théâtre de Yasmina Réza : confinement oblige, j'aime bien ses pièces en huis-clos !

Choix de théâtre

Choix de théâtre

Dans mon rayon Poésie, mes  trois choix : ce volume de Oeuvres  de Robert Desnos chez Quarto Gallimard.  On y trouve TOUT  Desnos en 1395 pages, ce qui est connu et ce qui l'est moins.  En août 1929, Desnos fait un Voyage en Bourgogne, avec sa femme Youki et Foujita, en "costumes de route "cousus par Foujita ! page 628, étape à Dijon :" Au débarquement, à Dijon, une fête, encore une, nous accueillit. Mais la cité est riche et peut se payer des réjouissances à l'instar de Paris. (...) Un quelconque congrès de la boustifaille avait attiré de nombreux visiteurs. L'avenue de la Gare était encombrée de promeneurs. Ils tournaient en rond autour du square de la Place Darcy, et, de nos fenêtres de l'hôtel de la Cloche, nous pouvions les voir se disperser  dans les rues avoisinantes, tandis que, sagement, nous buvions du vittel-cassis glacé."

Mais c'est du poète que je voulais vous parler. Que choisir ? Allez, le début de Demain, poème écrit en 1942, et qui vous remontera le moral :

"Âgé de cent mille ans, j'aurais encore la force

De t'attendre,  ô demain pressenti par l'espoir.

Le temps, vieillard souffrant de multiples entorses,

Peut gémir : Le matin est neuf, neuf est le soir."

Je possède un certain nombre d'anthologies poétiques, cueillies au fil du temps et j'avais succombé à  celle-ci pour son titre : Poèmes à dire (Seghers) choisis par Daniel Gélin et préfacée par Jean Vilar. On y trouve « Corps perdu », un très beau poème extrait de Cadastre d’Aimé Césaire. 

Ce petit chapitre poésie sera clos par une lumineuse rencontre de 2018 à la Maison de Rhénanie-Palatinat  : Marina Skalova,  jeune poète franco-allemande née à Moscou en 1988  qui  parle aussi le russe " J'ai conçu Atemnot (Souffle court) comme un recueil bilingue en français et en allemand. Ces deux langues sont mes langues d'écriture, sans pour autant être mes langues maternelles. L'écriture a toujours été liée pour moi à une expérience de l'étrangeté, de l'entre-deux. Dans ce texte, la parole s'éveille dans les deux langues, se reflète dans le miroir toujours légèrement déformé que l'autre lui tend, soulignant ainsi  l'altérité et l'étrangeté de chaque langage." (édition CHEYNE)

 

Choix de poésie

Choix de poésie

 Au rayon des romans italiens je choisis deux auteures. Bon je ne vous cache pas que j'ai beaucoup d'admiration pour Silvia Avallone, et notamment son formidable  roman D'Acier. Mais c'est un livre lu en vacances  sur ma liseuse numérique. Et j'ai promis de ne pas tricher !

Alors d'abord Elsa Morante avec L’île d’Arturo. Je me rends compte au passage que je possède une quinzaine de romans de Moravia, oubliés pour la plupart, mais  huit volumes d’Elsa Morante. Une époque où elle était surtout perçue comme la femme du premier. La postérité a déjà heureusement rétabli cette injustice. L’île d’Arturo, c'est l'île de Procida dans le golfe de Naples. Un beau roman d'initiation  (traduit de l'italien par Michel Arnaud  )  poétique et violent comme le paysage.

Il ne saurait pas y avoir pour moi  de "Chronique italienne" sans un écrivain turinois. Alors ? Giuseppe Culicchia ? Umberto Ecco ?  Pavese ?  Eh non, ce sera Natalia Ginzburg et Les Mots de la tribu  (Cahiers rouges, Grasset , traduction de Michèle Causse) et son humour percutant dans toutes les situations. Quel courageux foyer de résistance anti-fasciste a été Turin !

Pour terminer en beauté Giorgio  Bassani et Le Roman de Ferrare (autre Quarto Gallimard).  Ceux qui connaissent ma conférence sur Ferrare savent à quel point cette ville et son auteur fétiche me fascinent. Vous trouverez dans ce volume tous les romans de Bassani: Le Jardin des Finzi-Contini, bien sûr. Mais aussi ce roman admirable et peu lu en France : Le héron. Une journée de la vie d'après-guerre d'Edgardo Lementani en 1948.

Aux inévitables transformations sociales qui s'ensuivront après cette "guerre" virale que nous vivons, puissions-nous mieux résister que le héros de ce roman !

Claude Léa, 24 mars 2020.

Choix de romans italiens

Choix de romans italiens

Turin, la ville de tant d'auteurs et d'artistes sublimes. Photo prise un soir de mars 2009.

Turin, la ville de tant d'auteurs et d'artistes sublimes. Photo prise un soir de mars 2009.

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La St Valentoys-Plastique bernant 4

Publié le par Claude Léa Schneider

La St Valentoys-Plastique bernant 4

Peut-être avez-vous récemment fêté la St Valentin ? Non ? Alors il n’est pas trop tard pour fêter la St Valentoys. C’est plus simple : il n’ y a pas besoin d’être deux ! C’est un conseil de Plastique bernant et ça va planer pour vous.

Contrairement à ce que suggère le titre, je ne vais pas me livrer dans cette chronique à un exercice solitaire. Mais avant de vous faire participer, révisons nos classiques. Rappelez-vous le dialogue célèbre dans le conte de Charles  Perrault :

Barbe-bleue:

 « Anne, ma sœur Anne, ne vois-tu rien venir ? 

A quoi Anne répond :« Je ne vois rien que le soleil qui poudroie, et l’herbe qui verdoie. »

Cette chronique étant inspirée par les pages 105 -106 du catalogue de Printemps de la Vitrine magique,  je vous propose d’adapter la question  en  plaçant  « vibro » devant le 2e Anne, ce qui donne  « Anne, vibromasseur Anne, ne vois-tu rien venir ? »    A quoi Anne va se charger de répondre.

La St Valentoys-Plastique bernant 4

Au 18e siècle, on considérait que les huîtres étaient tellement aphrodisiaques qu’on les dégustait uniquement entre hommes, comme dans  « Le déjeuner d’huîtres »,   de Jean-François de Troy (1735)  un des rares tableaux où l’on voit sauter un bouchon de champagne.

 

Apparemment ça marche beaucoup moins bien avec le  double-burger-frites-mayonnaise-soda puisque un article du Courrier international se demande pourquoi les jeunes font si peu l’amour alors que beaucoup de tabous sexuels sont tombés dans nos sociétés et pas seulement occidentales.  Cette chute des rapports amoureux  serait même une « récession mondiale » !

« Anne, vibromasseur Anne, ne vois-tu rien venir ? »

« Je ne vois rien que  l’amour qui  se fossoie et la société qui merdoie. » 

https://www.courrierinternational.com/article/enquete-cinq-raisons-pour-lesquelles-les-jeunes-font-si-peu-lamour

La St Valentoys-Plastique bernant 4

Pourquoi ?

Nombreuses hypothèses : les sites et jeux vidéo porno, l’usage de Tinder, l’augmentation du stress, la cohabitation  prolongée chez les parents, la précarité économique, les  sextoys,  jusqu’aux œstrogènes présents dans l’environnement à cause des plastiques : merci Plastique bernant !  Nombreux seraient les jeunes hommes  qui ne  voudraient pas  nouer une relation amoureuse  à cause, je cite, des « exigences imparfaites ou inattendues des relations avec les femmes. » !

« Anne, vibromasseur Anne, ne vois-tu rien venir ?"

« Je ne vois rien que  les sentiments  qui se fourvoient  et le plastique qui se déploie ».

 

https://www.courrierinternational.com/article/vu-dallemagne-pour-les-millenials-le-bonheur-est-la-maison

La St Valentoys-Plastique bernant 4

Je vois aussi une vidéo tournée dans un jardin public. Un homme plutôt jeune pousse devant lui un fauteuil roulant  dans lequel est assise une très jolie jeune femme. Le couple s’approche d’un banc libre. L’homme prend la jeune femme dans ses bras, l’installe sur le banc, s’assoit à côté d’elle, l’enlace amoureusement. Zoom : la jeune femme est vraiment ravissante. Très gros plan : c’est une androïde ! L’homme explique que l’IA ne permet pas encore à sa compagne de marcher comme un humain, mais qu’elle est tout de même beaucoup moins contrariante qu’une vraie femme !

 « Anne, vibromasseur Anne, ne vois-tu rien venir ? »

« Je vois une étude sérieuse  menée en 2017 qui dit  « qu’un quart des 18-34 ans préféreraient sortir avec un robot dans le futur »   Ah bon ?!!!

https://www.francetvinfo.fr/replay-radio/nouveau-monde/nouveau-monde-dans-le-futur-lamour-algorithmique_3556279.html

https://www.parismatch.com/Actu/Insolite/Un-Chinois-s-est-marie-avec-son-robot-humanoide-1225544

https://www.parismatch.com/Actu/Insolite/Un-Chinois-s-est-marie-avec-son-robot-humanoide-1225544

Vous me direz que ces phénomènes touchent en majorité de jeunes hommes.  Vraiment ?

- « Anne, vibromasseur Anne, ne vois-tu rien venir

« Je ne vois rien que  les sentiments  qui se dévoient  et le moi qui s’apitoie ».

- Je vois la photo  d’une auto-mariée.

- Comment ça, Anne,  une « auto-mariée » ? une mariée en auto ? !

- Non, une jeune femme qui vient de célébrer son auto-mariage.

Voilà ce qui arrive quand on habille les petites filles en princesse kitch rose girly  et qu’on les fait rêver au prince charmant  qui n’existe pas : elles se revendiquent plus tard « célibataires exigeantes »-quel horrible slogan pour un  site de rencontres ! - qui font fuir  d’autres  célibataires,  épouvantés par leurs exigences. Et dans leur désespoir solitaire, elles s’épousent elles-mêmes !

La St Valentoys-Plastique bernant 4

- « Anne, vibromasseur Anne, ne vois-tu rien venir

« Je ne vois rien que des égocentrés qui larmoient et des petits malins qui festoient. »

Il y a en effet une dizaine d’années que des petits malins ont inventés l’auto-mariage : pas besoin de publication de bans,  ni de mairie, ni d’église ni d’aucun culte, si ce n’est le culte de soi-même. Je dis « petits malins » parce que qui dit mariage dit dépenses  qui rapportent aux prestataires, et en Europe, au Japon et aux États-Unis, il y a des stages –grassement payés aux petits malins qui les organisent- de préparation à l’auto-mariage.  Et je n’en doute pas : il faut se préparer à supporter pendant des années la vision terrifiante de son selfie solitaire, habillé en meringue, encadré dans le salon !

 « C’est pathétique » comme l’analyse  l’écrivaine franco-suisse Nicole Giroud  sur son site « Papiers d’arpèges ».

https://nicole-giroud.fr/lauto-mariage-pathetique-et-revelateur-5021

"Automariage" photo Courrier International

"Automariage" photo Courrier International

« Anne, vibromasseur Anne, ne vois-tu rien venir ? »

« Si, je vois venir dans tout ça d’insidieuses  stratégies d’évitement de l’Autre,  cet –te Inconnu-e  qui fait peur ! Et des profiteurs qui exploitent cette peur. »

Car apparemment c’est l’absence de réalité qui plaît ! d’où l’engouement érotique  pour les fourrures pastel, les licornes, les oreilles d’animaux et les vibromasseurs turquoise et vert fluo, comme dans le catalogue de la Vitrine Magique entre le range-télécommandes en plastique et l’oie de jardin en polyrésine, qui fait coin coin !

La St Valentoys-Plastique bernant 4

Et toi, Plastique bernant, qu’est-ce que tu me conseilles ?

 Eh bien en attendant  les lendemains qui chantent l’amour algorithmique, commande-toi vite chez Hubert Jelivretou, un jeu vidéo « de charme », quelques toys en plastique, une pizza au gingembre et passe une bonne St Valentoys , seul-e sous ta couette !

Comme disait Claire Bretécher, qui nous a quittés tout récemment (mon idole absolue, je ne m'en remets pas ...)  dans  un dessin de sa série Agrippine :

 

Retrouvez très vite cette chronique  dans le dernier BCG sur Station Simone :

https://www.stationsimone.fr/accueil

 

Et ensuite en podcast : https://www.stationsimone.fr/la-galerie

à bientôt !

 

Publié dans Chroniques, Station Simone

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