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ET LISEZ RECLUS 7 PARCOURS SCHUITENIEN

Publié le par Claude Léa Schneider

ET LISEZ RECLUS  7  PARCOURS SCHUITENIEN

Dernière la carapace du masque, des lunettes de soleil et des gants vinyle, cheminant dans la ville désertée, resplendissante et pourtant obscure, résonne en moi les vibrations de Lux Aeterna de LIGETI.

J’éprouve une sorte de sentiment étrange, en terrain faussement connu, sorte de « Souvenirs de l’éternel présent » comme dans cette étrange chambre « Louis XVI » où Bowman vit et meurt en temps accéléré à la fin de 2001, L’Odyssée de l’espace de KUBRICK.

ET LISEZ RECLUS  7  PARCOURS SCHUITENIEN

Depuis quelques jours, je recherche fébrilement sur le net une BD qu’on  m’avait prêtée au tout début des années 80 et dont les images me hantent. Et je l’ai retrouvée ! C’est Carapaces  de Luc et François SCHUITEN.

Luc et François ? « SCHUITEN » seraient-ils deux ?  Exactement ! Luc, né en 1944 et son frère  François, né en 1956, ont d’abord collaboré à imaginer les planètes fantastiques des trois albums des Terres Creuses dont Carapaces est le premier volet.

Je me souviens avec une très grande précision de l’endroit où  j’ai lu Carapaces, avec cette quasi certitude qu’il viendrait un jour où nous devrions vivre au quotidien avec des carapaces protectrices. Nous y sommes (presque).

Carapaces  de Luc et François SCHUITEN.

Carapaces de Luc et François SCHUITEN.

ET LISEZ RECLUS  7  PARCOURS SCHUITENIEN

Ensuite, Luc SCHUITEN a poursuivi sa carrière d'architecte "biomimétique" de l’après-demain : « Un architecte ne dessine jamais que le futur, il dessine des bâtiments qui n’existent pas aujourd’hui, qui existeront peut-être demain. C’est ce que je fais, mais au lieu que ce soit demain, c’est après-demain, un peu plus loin, dans cent ans ou plus tard encore. Je pose des hypothèses, celles qui sont désirables en tout cas pour moi : le monde dans lequel j’aimerais bien vivre, qui s’est réconcilié avec la planète, qui a commencé à bâtir des choses en bonne intelligence. »

 

Luc SCHUITEN, Metz en 2167.

Luc SCHUITEN, Metz en 2167.

Tandis que François SCHUITEN , associé à Benoît PEETERS, a inventé  sur un quart de siècle les mondes des onze (douze ?)  albums des Cités Obscures. Visionnaires tous les deux, tous les trois.

Rue Jeannin, une fine poussière d’immobilité s’est déposée sur des véhicules devenus bienheureusement inutiles.

Au n°8 le directeur des archives départementales met en ligne quotidiennement les fonds d’archives oubliées, de "coronarchives" en "sérendipités" et contribue à perturber la chronologie : au détour de la rue Lamonnoye déserte,  un passant au chapeau melon, comme sur une photo de Martial CAILLEBOTTE.

Passant rue Lamonnoye, document Archives départementales de la Côte-d'Or (ADCO).

François SCHUITEN et Benoît PEETERS, L'Archiviste, Éditions  Casterman.

François SCHUITEN et Benoît PEETERS, L'Archiviste, Éditions Casterman.

Parcours de la ville et parcours du temps. Suis-je  en uchronie  ou en dystopie ?

Imprimerie Lépagnez, document ADCO

« Aux zones en ruines succédaient quelques îlots plus préservés qui semblaient n'avoir été désertés que depuis peu. Parfois même, nous découvrions de curieuses machines dont je ne parvenais pas à comprendre l'usage. » Les Cités obscures, Tome 3 : La tour

 

François SCHUITEN et Benoît PEETERS, Souvenirs de l'éternel présent, Éditions  Casterman.

 

A part quelques  liseurs sur des balcons, les habitants avaient-ils  massivement quitté la ville ? Où étaient-ils ? D'où venait cette impression de décalage ?  Etait-ce une illusion  ? "Je commençais à ressembler aux autres habitants de Samaris, promeneur à demi léthargique parcourant chaque jour les mêmes ruelles."

François SCHUITEN et Benoît PEETERS, Les Murailles de Samaris, Éditions  Casterman.

« La question que maintenant je me pose est de savoir si un point du parcours du temps peut se superposer à des points de précédents parcours. En ce cas, l’impression d’épaisseur des images s’expliquerait par le battement répété du temps sur un identique instant. Il pourrait toutefois se produire, en certains points,  un petit décalage d’un parcours à l’autre : les images légèrement redoublées ou effacées seraient alors l’indice que le tracé du temps est un peu usé par l’usage et laisse une étroite marge qui joue  sur les bords  de ses passages obligés. Mais même s’il ne s’agit que d’un effet optique momentané, il reste l’accent comme d’une cadence dont il me semble que je la sens battre sur l’instant que je vis. Je ne voudrais  toutefois pas que tout ce que j’ai dit fasse apparaître cet instant comme doué d’une consistance intemporelle spéciale dans la série d’instants qui le précèdent et le suivent : du point de vue du temps c’est proprement un instant  qui dure aussi longtemps que les autres, indifférent à son contenu, suspendu dans sa course entre le passé et le futur ; ce que je crois avoir découvert, c’est seulement son retour ponctuel  selon une série qui se répète identique à elle-même à chaque fois. »

Italo Calvino, Temps zéro, traduit de l’italien par Jean Thibaudeau, Éditions du Seuil, 1970.

 

Pourtant, tout avait bien commencé  dans la bulle du 9 janvier 2020 au vernissage de l’exposition Luc SCHUITEN à Latitude 21, alors que le même jour, sous une autre latitude, les autorités sanitaires chinoises –et l’OMS-  déclaraient l’existence d’un nouveau coronavirus qui sévissait depuis un mois et  que nous feignions d’ignorer.

 

Nous étions très nombreux à ce vernissage et  nous n’étions pas venus pour le buffet ! Nous nous pressions  dans une promiscuité rêveuse devant les aquarelles et dessins de Luc SCHUITEN,  ses maisons bioclimatiques, ses « habitarbres », ses villes végétales éclairées en bioluminescence,  ses habitations en osmose complètes avec le lieu de leur implantation.

Ci-dessus une photo prise pendant l'expo, mais la plupart des reproductions sont protégées. Vous pouvez consulter un album sur  le site ci-dessous :

Et Luc SCHUITEN était présent, en grande forme ! Et toujours aussi nombreux, nous  l’avons écouté nous « raconter le futur avec les deux pieds sur terre dans la réalité d’aujourd’hui »,  nous expliquer que « chacun de [ses] dessins est une hypothèse faite pour se poser la question de savoir si  nous avons envie d’y aller ou pas. »  Nulle doute que nous étions prêts à y aller, et  tout de suite !

 

Luc SCHUITEN, le 9 janvier 2020 à Latitude 21 (Dijon), citant Francis BLANCHE :

"Mieux vaut penser le changement que  changer le pansement."

Comme nous étions heureux de l’écouter nous décrire - loin de tout mythe eschatologique et sans prophétie collapsologique- l’obsolescence  de notre actuelle manière de vivre, nous expliquant, avec un enthousiasme communicatif, qu’il y a un autre monde à réinventer et  que la nature nous offre des modèles qui sont une formidable source d’inspiration.

Contents, mais un peu frustrés dans cette cohue, de ne pas avoir eu plus d’espace et de temps pour parcourir toutes les salles, nous étions nombreux à nous promettre de revenir « au calme » pour regarder cette exposition de plus près.

Et puis, les portes de l’exposition se sont refermées à la mi-mars, écourtant l’exposition qui devait durer jusqu’au 30 avril.

L’exposition sera-t-elle prolongée ? D’autres lieux la réclament sans doute. Mais ce n’est pas le plus important. L’important c’est sur quel avenir ces portes se rouvriront.

Portes fermées  de l'exposition  Luc SCHUITEN à Latitude 21.

Portes fermées de l'exposition Luc SCHUITEN à Latitude 21.

Alors que tous les médias et politiques nous entonnent en mode mineur  les chansons du " monde d’après" la crise du COVID 19,

 

c’est à chacun de nous de nous activer pour démontrer qu’ils se trompent et qu’il y a d’autres possibles, pour peu qu’on le veuille.

Pour nos enfants, courage !

« Pour les gens qui veulent bâtir un modèle de société en croissance infinie sur une planète déjà surexploitée, le mot utopie signifie l’illusion d’un rêve impossible à réaliser qui ne s’applique pas à leurs projets. Pour nous qui cherchons à construire un nouveau modèle de société durable, dans une symbiose avec notre environnement naturel, le mot utopie veux dire simplement, un possible qui n’a pas encore été expérimenté. »

Luc SCHUITEN, citation extraite de :

Source : luc-schuiten-installation-lumineuse-arc-et-senans;  photo  Collet

Source : luc-schuiten-installation-lumineuse-arc-et-senans; photo Collet

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ET LISEZ RECLUS 6 Annie Saumont

Publié le par Claude Léa Schneider

La couverture du Courrier international de cette semaine : un choix qui s'impose pour "Le sucre" d'Annie Saumont

La couverture du Courrier international de cette semaine : un choix qui s'impose pour "Le sucre" d'Annie Saumont

De la mansuétude, oui, je ne peux m’empêcher d'éprouver de la mansuétude  à l’égard de ceux qui en France, en Australie ou ailleurs, ont rempli leurs caddies de papier toilette à l’annonce des mesures de confinement. Malgré leur monstrueux égoïsme et la pénurie injustifiée qu’ils ont provoquée, ils ont au moins retenu une chose de l’Histoire du XXe siècle  : quand on veut humilier un groupe humain, on le prive  d’hygiène élémentaire.

Je repense à mon père qui avait tellement souffert du manque d’hygiène dans son Stalag qu’il ne supportait pas qu’on gaspille le moindre morceau de savon, et je revois les petits savons qu’il me confectionnait quand j'étais enfant en modelant les restes de savonnettes.

Mon oncle – je me souviens de la drôle de tête qu’il faisait un dimanche midi de mai 1982 en pleine guerre des Malouines, quand les Exocet et les Super-Étendard, qu’il avait contribué à vendre aux Argentins quelques années auparavant, avaient fortement endommagé les navires  des Britanniques, nos « Alliés héréditaires ». Tout ingénieur général de l’armement qu’il était, il a,  jusqu’à la fin de sa vie, sur-rempli les étagères des toilettes de rouleaux  de PQ blancs ou roses, tant avaient été infâmes les latrines- et leurs corvées-  du camp où il avait été retenu prisonnier quelque part près de la frontière tchèque.

Source : carte_stalag-histoirefamillevilain.blogspot.fr

Source : carte_stalag-histoirefamillevilain.blogspot.fr

Donc oui, j'éprouve  de la mansuétude pour ceux qui ont stocké le PQ, surtout pour ceux qui vivent dans des quartiers oubliés, abandonnés à leurs désespérantes et précaires conditions de vie. Tous ceux à qui depuis des décennies on ne donne pas les moyens d'une dignité sociale par un  emploi qui permette de vivre décemment et de se sentir utile à la société,  qui vivent dans l'insalubrité, sans salle de bains, victimes impuissantes de marchands de sommeil. Alors, oui,  le papier toilette est le dernier rempart de la dignité !

Photo  Fondation Abbé Pierre 2018

Photo Fondation Abbé Pierre 2018

L’enseignement d’Histoire sur les conflits passés et plus spécialement sur  la 2nde Guerre mondiale et l’Occupation sert-il à faire prendre conscience des comportements humains pour éviter qu’ils ne se répètent ?  « L’expérience des autres ne sert jamais à personne. » m’assurait ce même oncle alors que, jeune adulte, je voulais à toute force croire le contraire.

Aujourd’hui, en avril 2020,  les actes de délation représentent jusqu’à 70% des appels à la police. Et que dire de ceux qui envoient des lettres anonymes à leurs voisin-e-s soignant-e-s ou personnels hospitaliers pour leur demander de changer de domicile ?!

Mais je  vous avais promis une deuxième partie de « Dépoussière les classiques et fait briller les contemporains. » consacrée à Annie Saumont et justement, nous  sommes dans le sujet, car  pour poursuivre parallèlement sur le thème "petits classiques"  je n’ai pas honte de dire que c’est seulement au début des années 2000 et  grâce à cet «Étonnant classique GF Flammarion  »  que j'ai découvert cette grande écrivaine.

 

"J’ai un petit ami. D’un mètre quatre-vingt-cinq. Martin. Qui ne cesse de faire des projets. Qui parle de paix universelle. Je doute. (…) Y a des gens que rien ne trouble. Martin ça lui arrive jamais.(...) Il parie sur notre avenir. Je me tais, je me recroqueville. C'est pas facile à endurer, la crainte. Mieux vaut connaître son malheur pour tenter de l'apprivoiser. J'appelle à mon secours le feu de la bataille. (...) A Martin je réponds, Calmos, on discutera plus tard. Pour l'instant la prudence est de rigueur. Ce n'est pas le moment de se lancer dans des projets. Il dit, Pourquoi ? et moi je dis, Parce que. Et je reste muette. Ça vibre au-dehors. Les populations ruminent leurs griefs. Les hommes se regardent de travers. Les femmes s'éloignent à la hâte serrant leur enfant dans les bras. Ma mère réclame de l'eau pour avaler ses gélules."

Extrait de Annie Saumont, « La guerre est déclarée » dans recueil éponyme, GF Flammarion, 2005.

Discrète parmi les discrètes, Annie Saumont a disparu sans faire de bruit  en janvier 2017. Traductrice  de grands romanciers américains et anglophones. Et immense écrivaine de nouvelles- Prix Goncourt de la nouvelle en 1981 et Prix de la nouvelle de l'Académie française en 2003- elle en a écrit plus de 300  répartie en une trentaine de volumes. "Je ne suis pas une romancière" disait-elle, allant jusqu'à changer d'éditeur (Gallimard) parce qu'on voulait la contraindre à écrire un roman, sous prétexte que le roman se vend mieux !

Comme l’écrit l’article que Le Monde lui a consacré  (ci-dessous) : « Écrire des nouvelles, en France surtout, c’est l’assurance d’échapper à la célébrité. »

Et c'est bien dommage !

Pour lire une analyse approfondie du style si particulier et pourtant si proche d'Annie Saumont, une étude très complète d'Yvon Houssais:

En ligne sur le lien ci-dessous :

https://www.cairn.info/revue-roman2050-2010-4.htm

 

Mais il n'est pas besoin de savoir ce que sont des analepses et des prolepses pour lire et comprendre Annie Saumont et son art d'impliquer en permanence le lecteur par  des glissements permanents entre passé, présent et avenir.

Celle qui sait si bien "élever la parole du quotidien" et élever "au rang de révélateur les petites égratignures et les grandes blessures du temps" mérite toute votre attention.

Donc  je n'en écrirai  pas davantage sur Annie Saumont : l'important est de lire ses nouvelles, surtout en ce moment.  Et d'ailleurs en terminant cet article, je sens un goût de manque et me dis que j'irai dès que possible faire le plein de quelques  recueils que je n'ai pas.

ET LISEZ RECLUS 6 Annie Saumont
ET LISEZ RECLUS 6 Annie Saumont

Pour revenir au Courrier international en couverture, le titre montre qu'il y a de quoi être dubitatif quand on sait que les réserves mondiales actuelles sont abondantes (lire p 9) et que ce sont  les stockages  massifs injustifiés, la spéculation, le blocage des travailleurs saisonniers aux frontières, les préférence nationales exacerbées et un manque de coopération qui pourraient  entraîner une crise artificielle. (lire p10-11 et suivantes).

C'est pourquoi certains, bien avisés, nous enjoignent de repenser notre système alimentaire (p19)

Sur la folie du stockage et son  effet domino  laissons une fois de plus la parole à Annie Saumont

ET LISEZ RECLUS 6 Annie Saumont

« Devait arriver. Fallait s’y attendre. Guerre va commencer.

J’achète du sucre.

A Monoprix. Me regardent de travers. Vendeuses. Quand je passe. Mal fringué. Blouson déformé vieux futal. Caddie chargé de cartons Beghin Say (Au Prisu : Daddy’s Suc. Origny à Auchan, Sol chez Leclerc, emballage mauve). Clientes (mais pas toutes, celles qui achètent du sucre). Clientes et parfois clients. Et puis caissières. Maussades, hargneuses même. Exigeant étalage marchandise sur tapis roulant. Connasses. J’explique : c’est au carré, six sur six font trente-six. Rien à faire. Vi-dez-le-cad-die, elles répètent.

(…)

Sucre. Produit pas cher. Peut devenir produit rare, monnaie d’échange. Denrée facile à stocker. Boîtes qu’on empile comme des briques. Ça tient. Sans ciment sans mortier. Si construction établie sur base parfaitement saine et plane. »

(…)

Boîtes montées dernier étage. Par cinq kilos, beaucoup trop. A mon âge. Risques de courbatures. Paquets de sucre vont remplir tous espaces encore libres. Fond de penderie, étagère et placard à balais. Débarras, deux tiroirs commode, un seul réservé pour chaussettes et sous-vêtements thermolactyl. Sucre envahit chambre d’ami (pas d’amis), boîtes renforçant murs à leur base, s’alignant sur le tapis. Plate-forme (en sucre) prolongeant cosy. Sous fenêtre contreforts (de sucre). Cartons entassés dans fauteuil bancal. »

 

Extraits de Annie Saumont, La guerre est déclarée et autres nouvelles, « Le sucre », Étonnants classiques, GF Flammarion, 2005.

C'est dans ce recueil qu'on trouve la nouvelle "Simone"

C'est dans ce recueil qu'on trouve la nouvelle "Simone"

Dans le recueil ci-dessus, vous trouverez une nouvelle  titrée "Simone". Simone est la voix féminine de la SNCF qui vous interpelle dans les gares et sur les quais.

Des étudiants de l’École Estienne l'ont adaptée en un beau très court métrage  d’animation de 2mn;  lien ci-dessous : 

La sucrerie d'Aiserey aujourd'hui. "5000 tonnes de betteraves sont traitées chaque jour, produisant 50 000 tonnes de sucre de bouche pendant la campagne d'octobre à décembre de chaque année"

La sucrerie d'Aiserey aujourd'hui. "5000 tonnes de betteraves sont traitées chaque jour, produisant 50 000 tonnes de sucre de bouche pendant la campagne d'octobre à décembre de chaque année"

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ET LISEZ RECLUS 5 Dépoussiérage sans masque

Publié le par Claude Léa Schneider

ET LISEZ RECLUS  5  Dépoussiérage sans masque

« Dépoussière les classiques et fait briller les contemporains. »

J’aimais bien cette ancienne accroche des éditions scolaires Magnard, devenue plus sobrement « Classiques et Contemporains ». Vous auriez tort de croire que les éditions scolaires et universitaires sont réservées aux collégiens, lycéens, étudiants. Personne ne vous empêchera-quand les librairies seront rouvertes- d’en acheter rien que pour vous. Et pour une somme bien modeste par rapport   au « dépoussiérage » ou à la « mise en lumière » des œuvres d’écrivains immenses qu’elles présentent.

Aujourd'hui première partie :

Liriez-vous aujourd’hui Fontenelle ou Montesquieu ? Non !  Or je vous rappelle que ces écrivains illustres (hommes ou femmes), dont la pensée éclaire toujours notre quotidien,  n’ont pas écrit pour alimenter les sujets du bac !

Vous me rétorquerez que justement vous avez été obligé-e d’en lire à l’école, que vous aviez trouvé ça très chiant et que vous en gardez un mauvais souvenir. Rien de plus normal : Montesquieu, Fontenelle, Rousseau ont écrit pour des adultes. Une raison de plus pour voir ce que vous en pensez aujourd’hui.

D’autant que ces éditions font bien leur travail  et extraient ce qui fait encore sens pour nous.

Vous  avez chez vous de "petits classiques" qui vous restent de vos études ou de celles de vos enfants, et vous n'avez vraiment pas envie d'y mettre le nez ? Normal ! Même si les textes sont "classiques" donc prétendus "indémodables", ces éditions vieillissent mal : le choix des textes correspond toujours à une époque, or nous avons envie de lire des sujets qui nous concernent.

Et puis, comme ce sont des éditions bon marché, le papier jaunit vite (et parfois  sent mauvais).  Achetez-vous donc des éditions récentes qui éclairent le monde contemporain.

La preuve par l'exemple:

Un pasteur télé-évangéliste américain prétend qu’il peut vous guérir du Covid 19 par imposition des mains sur votre écran de télévision  ? Annonce véridique ! cf lien ci-dessous.

 Bien entendu vous  ne gobez pas ce bobard.

Mais avouez que  certaines fausses nouvelles sont si difficiles à débusquer  que des média (papier ou écran) y consacrent des rubriques, comme le mensuel NEON (que j'ai découvert en 2018 chez mon coiffeur et que depuis j'achète de temps en temps car  intéressant et hors des sentiers battus).

Ci-dessous, un exemple du n° 75 de février-mars 2020. Faites le test avant de regarder la solution en bas de page. Pas si facile !

Des journalistes  enquêtent et croisent les sources pour vérifier  l’exactitude des faits. Et nous recommandent de le faire absolument avant de partager une information sur les réseaux sociaux.

Enquêter ? Vérifier l'exactitude des faits avant de se lancer dans tout commentaire, interprétation et autre exégèse ?   mais c'est exactement ce que nous recommandait, avec humour, Fontenelle en 1687 !

Avouez que maintenant vous avez envie d'en connaître davantage ce quasi centenaire (à un mois près!) apprécié de Voltaire et de Diderot et dont les écrits déclenchèrent tant de polémiques !

Ci-dessous, par exemple  le lien Babelio. J'aime bien ce site qui traite tous les genres littéraires et toutes les époques à égalité.

ET LISEZ RECLUS  5  Dépoussiérage sans masque

Dans ces collections dites"scolaires" vous trouverez  des anthologies qui n'existent pas ailleurs. Et ce n'est pas parce que les textes sont suivis de questions à rédiger et de sujets d'écriture  que vous êtes  obligé-e de les faire !

J'ai bien ri en lisant cette série de pastiches de Pascal Fioretto : suivez l'enquête de Adam Seberg (vous aurez reconnu le clin d'oeil à l'Adamsberg de Fred Vargas ) racontée par Mélanie Notlong, Christine Anxiot, etc ... et Jean d'Ormissemon de la française Académie ! Pastiche approuvé par ce dernier pastiché !

Et qui est donc  Traven, auteur de ces Nouvelles mexicaines ? " « Ma vie m’appartient, seuls mes livres appartiennent au public », disait B. Traven.  Pour en savoir (juste un peu) plus sur ce mystérieux écrivain, suivez le lien ci-dessous :

Vous en voulez encore ?

Dans  "Histoires vraies" on trouve par exemple : le récit des inondations du faubourg St Marcel à Paris le 8 avril 1579,  ou comment s'électrocuter avec sa canne à pêche, sans contact pourtant entre la canne et la ligne à haute tension... (Libération, 12 juillet 2006).

Dans chaque volume toujours un important dossier documentaire avec des liens, d'où l'intérêt de choisir des éditions  récentes. Exemple avec le lien ci-dessous :

La suite de « Dépoussière les classiques et fait briller les contemporains. » ne saurait tarder : l'article sera consacré à la grande écrivaine Annie Saumont.

Pour attendre en musique, en poésie ou en littérature lue pour vous, vous pouvez toujours écouter STATION SIMONE.

Alors à très vite.

Claude Léa, le 16 avril 2020

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ET LISEZ RECLUS 4 Dany Laferrière

Publié le par Claude Léa Schneider

ET LISEZ RECLUS 4 Dany Laferrière

Pyjama, minuteur et chaussures à lacets.

Il circule en ce moment sur les réseaux sociaux des caricatures à face simiesque que je me garde bien de partager : voilà  donc, disent leurs légendes, à quoi ressembleront les femmes « à la sortie du confinement » privées de coiffeur et d’esthéticienne pendant plusieurs semaines ! Remarques  éminemment machistes ! Et déplaisantes pour les guenons : je vous renvoie à l’article «Beau,  Beauté » du Dictionnaire philosophique portatif de Voltaire.  Et d’ailleurs qui vous dit qu’on  confine en tenue négligée  ? On sait à quelle fulgurante vitesse le laisser-aller physique atteint le mental.  Et c’est d’abord pour soi qu’on choisit chaque matin sa tenue.

ET LISEZ RECLUS 4 Dany Laferrière

Et donc ne  restez pas en pyjama toute la journée !

Il faut tout le talent et l'humour de Dany Laferrière pour être un « écrivain [et un lecteur] en pyjama » dans ce recueil de chroniques qui se dévore comme un roman, manuel de conseils (bienveillants) pour (ne pas)  devenir écrivain.

Et mettez aussi vos chaussures à lacets ! comme le recommande « Fly Lady », dans un livre malin (bien que très daté « rêve américain »)-manuel de conseils pour ne pas se perdre dans le rangement et l’entretien de sa maison.  Le titre original Sink Reflections  est traduit en français par un autre jeu de mots :  Entretien avec mon évier.

ET LISEZ RECLUS 4 Dany Laferrière

Faites briller vos évier(s) et lavabo(s)  de telle sorte que le chat ait envie de s’y coucher, dit-elle. Manière de bien débuter la journée : qu’on commence par le petit-déjeuner ou la toilette, c’est la première chose qu’on voit le matin. Chez nous, mission accomplie.

Et tenez pendant quatre semaines car, affirme-t-elle, une bonne pratique observée pendant un mois se transforme en habitude. Vous ne pourrez pas dire que le confinement ne vous offre pas cette formidable opportunité.

Je n’ai pas ce livre, une amie me l’avait prêté il y a longtemps, mais il contenait des conseils que je cite de mémoire car j’ai fait de certains une routine efficace.

Et mettez des chaussures à lacets à la maison ! « à lacets » pour ne pas s'en dégager les pieds d’un geste distrait sous la table !  Il est avéré que la voix  au téléphone varie selon la tenue dans laquelle on se trouve : gare à l’importante conversation professionnelle sur le tapis de bain au sortir de la douche !

Magritte, Le modèle rouge, 1935.

Magritte, Le modèle rouge, 1935.

Oui, il faut tout le talent, la verve, l'énergie  de Dany Laferrière pour être un « écrivain  en pyjama ». Et il en faut du courage pour quitter sa patrie à 23 ans- Haïti et ses Tontons Macoute- émigrer à Montréal, survivre  de boulots pénibles et engager toute sa volonté et ses économies en pariant de  s’en sortir  par la seule force de l’écriture !

« Mon premier livre parut en novembre 1985, et mon sort a changé. Je ne suis pas devenu riche, loin de là, mais depuis je mène la vie que j’ai toujours rêvée. J’ai bien fait de miser toute ma fortune et mon énergie sur cette carte. » (p 19 (Toutes pages renvoient à l’édition du Livre de Poche  photographiée -Grasset et Fasquellle 2013.)

Et depuis  …. plus d’une trentaine de livres, plusieurs films, une brouette de prix littéraires,  élu à l’académie française en 2013, Docteur Honoris Causa de 8 universités ! Et un grand et joyeux moment au festival Clameurs à Dijon le 10 juin 2016 !

Je suis fière de cette dédicace sur L’Odeur du café (Edition Zulma, 2016)  livre que je relis le soir dans la foulée du rangement des bibliothèques parce qu'il abat les murs.

 

ET LISEZ RECLUS 4 Dany Laferrière

Dany Laferrière, comme la plupart des grands écrivains, s’impose les règles strictes de l’écriture quotidienne, mais il y ajoute une saveur qui n’appartient qu’à lui.

 « Je me réveille tôt et j’écris jusqu’à dix heures du matin. Je reprends le soir de sept à dix heures. Entre ces deux périodes de travail, je fais semblant d’être là. » p 196

« Une journée par mois, sans lire ni écrire, pour garder un pied dans la réalité, ce qui vous permettra d’avancer d’un pas dans le rêve. » p 26

« L’État devrait exiger qu’on paie des taxes sur les dépenses faites dans un livre afin d’apprendre à l’écrivain le prix des choses. » p 58 

Plus je repense à Entretien avec mon évier  tout en relisant Le Journal d’un écrivain en pyjama, plus je constate qu’écriture et grand ménage procèdent de la même méthode : travailler à sa mesure,  ne pas vouloir nettoyer les écuries d’ Augias.

« L’un des principes de l’écriture c’est de connaître ses possibilités afin d’éviter de tenter des choses au-dessus de ses moyens - du moins au début. » p39

Évitez d’empiler au sol tous vos livres, comme il m’est arrivé de le faire jadis,  ou tous vos vêtements  (comme le préconise la délirante méthode japonaise  KonMari !) Avancez par petites étapes : vous n’êtes pas Hercule !

ET LISEZ RECLUS 4 Dany Laferrière

Autre conseil de Fly Lady : utiliser le minuteur pour les tâches domestiques, ça motive et ça empêche de traîner. Exemple : je me donne une demi-heure pour ranger ce tiroir. Quand le minuteur sonne, le tiroir doit être rangé.  Mission accomplie.

Cela me fait penser à ce génial  concours international de jeunes doctorants (initié par le Québec, justement ): Ma thèse en 180 secondes  :  trois minutes- le temps d’infusion d’un bon thé vert- et le sujet d’une thèse -généralement abscons- est clairement expliqué à un public de profanes.

Sur ce site du journal L’Étudiant qui  conseille les  thésards  voulant tenter le concours :

je remarque des conseils identiques à ceux du Journal d’un écrivain en pyjama :

 L’Étudiant : « choisir une approche originale ; ménager le suspense » .

Laferrière : « On n’aime pas toujours les histoires qui commencent par le début. Ça fait peur. On sent qu’on va s’emmerder. » p 56

L’Étudiant : « proscrire la position d'enseignant ; s'appuyer sur un support simple »

Laferrière : « Éviter d’écrire en nouveau riche qui veut étaler tout ce qu’il sait. » p 53

« On veut un gai savoir. Et non ce savoir lourd qui n’arrive pas à lâcher  ce ton pédagogique , comme si l’auteur était sûr d’être le seul à savoir ce qu’il sait. » p 77

ET LISEZ RECLUS 4 Dany Laferrière

Et pour terminer- car si j'écris sans minuteur, je m'impose un format de 1000 mots-  une dernière citation pour soulager le mal de dos de tous ceux qui, en ce moment, télé-travaillent des heures durant, confinés devant leur(s) écran (s) :

« La première qualité d’un écrivain c’est d’avoir de bonnes fesses. Si vous ne pouvez pas rester en place, faites autre chose. Vous allez passer votre vie assis. Au début du roman, prenez une chaise droite. Mais vers le milieu mettez un oreiller dans votre dos. Ensuite sous vos fesses. Et vers la fin un derrière votre nuque. J’ai terminé Le Cri des oiseaux fous avec cinq oreillers. » p 203

Nono-le-chat couché dans le lavabo : mission Fly Lady accomplie !

Nono-le-chat couché dans le lavabo : mission Fly Lady accomplie !

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