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HUMBOLDT ET LES TROIS MANCHOTS

Publié le par Claude Léa Schneider

Manchot de Humboldt - Photo  Wilfried Wittkowsky — httpscommons.wikimedia.org

Manchot de Humboldt - Photo Wilfried Wittkowsky — httpscommons.wikimedia.org

Quand une blague du 1er avril devient une idée géniale : le directeur du musée d'art Nelson-Atkins de Kansas-City  et le directeur du zoo de cette même ville du Missouri, dont les établissements étaient fermés pour cause de confinement, ont eu l' idée magnifique  mais pas si farfelue, de faire visiter l’un par des pensionnaires de l’autre, afin de les sortir de l'ennui du zoo déserté. Trois manchots d' Humboldt sont venus visiter le musée des Beaux-Arts !

Les manchots d’Humboldt (Spheniscus humboldti), une espèce menacée d’extinction,  vivent habituellement sur les côtes du Chili et du Pérou, et comme  Julian Zugazagoitia, le directeur du musée, est né au Mexique, il  les a considérés comme des visiteurs « hispanophones » ! Vous allez voir au fil de cette chronique que  ce détail mexicain a son importance.

Comme vous pouvez le constater sur le document ci-dessous, les trois manchots invités - Bubbles (5 ans), Maggie (7 ans) et Berkley (8 ans)-  se sont montrés très respectueux et intéressés par la visite. Et d'ailleurs plus amateurs de peinture de la Renaissance que de Nymphéas !

Voilà une histoire qu’aurait vraiment adorée  Humboldt, dont ces manchots  portent le nom ! 

- Mais qui est-ce?

- Comment ça, vous ne savez pas ?

- Euh ... non.  Ah si ! l'université de Berlin, sur Unter den Linden,  en face de   l'Opéra, s'appelle "Humboldt" ! C'est le même ?

- Non !  lui c'est Wilhelm, il a fondé l'Université de Berlin en 1810.

- Si ce n'est lui, c'est donc son frère ?

- Exact ! Son petit frère Alexander  qui a donné son nom à plus de 300 plantes, plus de 100 animaux –dont ces  manchots - et qui détient le record mondial des lieux qui portent son nom, y compris sur la Lune,  et que l'on considère comme l'un des pères de l’écologie.  Et nous ne le connaissons pas ? Étonnant, non ?

 

Alexander von Humboldt en Amérique du Sud, vers 1800

Alexander von Humboldt en Amérique du Sud, vers 1800

Vous connaissez peut-être la bio de Pascal, expresse et percutante, que Chateaubriand a  écrite dans Le Génie du Christianisme et qui commence comme ça : « Il y avait un homme qui à douze ans avec des barres et des ronds, avait créé les mathématiques ; qui à seize avait fait le plus savant traité des coniques qu’on eût vu depuis l’antiquité ; qui à dix-neuf réduisit en machine une science qui existe tout entière dans l’entendement » et qui se termine par : « cet effrayant génie se nommait Blaise Pascal. »

Si vous voulez lire le texte intégral (rassurez-vous, il est court), suivez ce lien :

https://fr.wikisource.org/wiki/G%C3%A9nie_du_christianisme/Partie_3/Livre_2/Chapitre_VI

Eh bien je vous propose une bio, un peu à la manière de Chateaubriand, mais forcément un peu plus longue, puisque si Pascal est mort à 39 ans, Alexander von Humboldt a vécu un demi-siècle de plus,  une longue vie de 89 années 1/2 hyper actives. (1769-1859)

Si je peux me permettre  le faire, c'est parce que je viens de terminer le livre passionnant d'Andrea Wulf, sa biographe (traduit de l'anglais par Florence Hertz et paru dans l'édition française en 2017) : 

Ce gros livre de 600 pages, dont j'ai extrait la plupart des citations, allie  le rythme trépidant d'un roman d'aventures à la rigueur d'un travail universitaire. Il se dévore et je vous le recommande chaudement !

Vous êtes prêt-e pour la bio "à la manière de", mais illustrée !  c'est parti !

Il y avait  un homme né à Berlin, d'une famille aristocrate, fut républicain toute sa vie;

qui, à 20 ans, en 1789,  fila  à Paris pour voir la Révolution et aida à transporter du sable pour la construction du Temple de la Liberté,

qui, à 21 ans rédigea sa première publication scientifique ;

qui, à 22 ans fut nommé conseiller des mines de Prusse,  inventa pour les mineurs un masque pour éviter d'inhaler les poussières  et une lampe sécurisée et fonda une école des Mines à ses frais ; avec qui Goethe, son aîné de vingt ans, mit au point un appareil d’optique, Goethe qui disait de lui : « En huit jours de lecture assidue, on n’en apprendrait pas autant  qu’avec lui en une heure. » ;

De gauche à droite :  Schiller, Wilhelm, Alexander (debout) et Goethe, dans le jardin de Schiller à Iéna.

De gauche à droite : Schiller, Wilhelm, Alexander (debout) et Goethe, dans le jardin de Schiller à Iéna.

qui, à 28 ans s’installa à Paris et fréquenta tous les milieux scientifiques, fut intime avec Gay-Lussac et Arago,  marqua tous les esprits de son temps et inspira Darwin, Thoreau, Morse et les jeunes savants des générations postérieures ;

François Arago (1786-1853) : la vie des cinq frères Arago est passionnante (et on y retrouve le Mexique): https://fr.wikipedia.org/wiki/Fran%C3%A7ois_Arago

qui, à 30 ans cosmopolite, polyvalent  et polyglotte, embarqua avec le naturaliste et botaniste Aimé Bonpland pour un voyage d’études de cinq années en Amérique latine et aux États-Unis, traversa les Andes, entreprit l’ascension du Chimborazo jusqu'à 5917 m (Volcan d'Équateur qui culmine à 6263m) ) et  en fit une cartographie globale qui changea radicalement la façon de voir le monde ;

Alexander von Humboldt et Aimé Bonpland dans la jungle amazonienne, par Edouard Ender.

Alexander von Humboldt et Aimé Bonpland au pied du Chimborazo par Friedrich Georg Weitsch 1806.

Alexander von Humboldt et Aimé Bonpland au pied du Chimborazo par Friedrich Georg Weitsch 1806.

qui « fut le premier à définir la fonction  fondamentale  de la forêt dans l’écosystème et son rôle dans la régulation du climat »,  qui était capable de « lire l’enchaînement de tous les phénomènes terrestres en même temps »

 

qui « fut le premier  à établir un lien entre le colonialisme et la destruction de l’environnement » , qui toute sa vie condamna l’esclavage, « le plus grand de tous les maux  qui ont affligé l’humanité » ;

Museo Nacional del Virreinato, Tepotzotlán, Mexico  Représentation des "races" au Mexique.

qui fréquenta Simon Bolivar et Jefferson ; un homme qui dans le premiers tiers du 19e siècle mit sur pied, avec son ami Gauss,  la « Croisade magnétique » : un réseau international de stations de mesures géomagnétiques qui recueillit près de deux millions d’observations en trois ans ; 

qui avait le projet de fonder au Mexique un centre scientifique, international et libre,  qui accueillerait tous les savants désireux de partager une vision commune de la science;  

Timbre de RDA (1983) émis pour le bicentenaire de la naissance de Bolivar, avec Humboldt au 2nd plan. Cependant Humboldt condamna fermement son ancien ami, quand le "Libertador" devenu "un tyran hypocrite" réprima dans le sang  le soulèvement  les peuples indigènes.

qui, à 58 ans, de retour à Berlin, auprès du Roi de Prusse qui l'appelait « Le plus grand homme après le Déluge » organisa, à l’université que son frère avait fondée, des conférences scientifiques  gratuites vraiment tout public où étaient admis étudiants, ouvriers, domestiques et femmes !

L'université Humboldt  à Berlin en 1850.

qui, à 59 ans, entreprit un voyage scientifique en Russie et en Asie centrale -16 000 km en moins de six mois - aux frais du tsar,  à qui il demanda la grâce de prisonniers politiques déportés en Sibérie ; qui à Miass fêta ses 60 ans avec le grand-père du futur Lénine ;  qui, protégé par un masque en cuir « muni d’une fente pour les yeux couverte d’un grillage en crin de cheval » traversa indemne des contrées où sévissait une épidémie d’anthrax  et nota que  c’était « la consommation de viande qui transmettait la maladie aux hommes » ;

source de la carte :

https://crecleco.seriot.ch/recherche/biblio/13HUMB/v-GorsheninaOK.pdf

qui,  à 70 ans, échangeait des données et travaillait déjà selon une méthode scientifique moderne  de savoirs partagés ; qui aidait financièrement les jeunes savants sans le sou alors que lui-même empruntait parfois de l’argent à son valet et ne possédait même pas la collection complète de ses propres œuvres parce qu’elle était trop chère ; qui recevait quatre à cinq mille lettres du monde entier par an;

qui, à 75 ans, publia le 1re des 5 tomes de Kosmos, pour « décrire le monde physique tout entier dans un seul et même ouvrage »,  un best-seller scientifique vendu à 20 000 exemplaires en deux mois, réédité et traduit en dix langues avec des cartes comparatives comme personne n'en avait jamais fait.

source de la carte : https://actualite.housseniawriting.com/science/2019/09/18/le-scientifique-le-plus-influent-dont-vous-navez-peut-etre-jamais-entendu-parler/29657/

qui à 87 ans, victime d’une attaque, nota scrupuleusement  par écrit tous  ses symptômes;

Alexander von Humboldt, âgé, dans son bureau berlinois.

Cet homme universel, scientifique et poète, adoré de Pouchkine et d’Edgar Poe, dont l’anniversaire était fêté jusqu’à Hong Kong, qui était l’homme le  plus célèbre au monde après Napoléon Bonaparte -jaloux de lui, Napoléon voulait l’expulser de France ! - dont le centenaire de la naissance le 14 septembre 1869 fut célébré dans le monde entier, qui avait écrit plusieurs de ses grands ouvrages en français et dont le capitaine Nemo de Jules Verne possédait tous les livres,

  MAIS dont trois  guerres avec l’Allemagne nous ont fait  absurdement oublier jusqu’au nom, laminant la mémoire, non pas de cet "effrayant génie" mais de ce généreux génie  qui se nommait Alexander von Humboldt.

 

Alexander von Humboldt en 1843, dans sa tenue favorite, économique et "toutes occasions" (costume noir, chemise et cravate blanches) par Stieler.

Alexander von Humboldt en 1843, dans sa tenue favorite, économique et "toutes occasions" (costume noir, chemise et cravate blanches) par Stieler.

Alors, oui, Alexander von Humboldt aurait vraiment adoré voir "ses" manchots visiter un musée, lui qui reliait "les mondes culturel, biologique et physique" sur une Terre "où tout entre en relation" (et sans jamais évoquer Dieu ), "l'humanité n'étant qu'une petite partie de l'ensemble".  Mais il aurait été  catastrophé par nos imprudences,  notre sur-exploitation forcenée des ressources de la Terre et nos visions à court terme, "redoutant l'influence de l'activité humaine sur le climat, et de graves conséquences sur les "générations futures" malgré ses avertissements lancés il y a maintenant deux siècles !

Est-ce seulement par sentiment anti-allemand persistant que nous l'avons oublié, et le monde anglo-saxon aussi qui a brûlé ses livres et  débaptisé des rues portant son nom ?

Ou bien est-ce parce que ce visionnaire a tort d'avoir eu raison ?

HUMBOLDT ET LES TROIS MANCHOTS

Cet article est  un  "prolongement préparatoire" (il y en aura d'autres) d'une future conférence prévue  pour novembre 2020, qui s'appellera " 4M " (ah, tiens donc, pourquoi ?) et que j'aurai le plaisir de présenter en duo avec l'historienne Joëlle Cornu.

Photo personnelle: mais où donc l'ai-je  prise ?

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DECONFINONS AVEC YAN LIANKE

Publié le par Claude Léa Schneider

DECONFINONS AVEC YAN LIANKE

Nul doute que dans les jours prochains je vais me procurer  un roman de Yan LIANKE !

Je n’en ai encore jamais lu. Et vous ?

Cette envie m’est venue en  lisant  la leçon inaugurale que cet écrivain chinois a adressée à ses  étudiants de lettres de Hong Kong.  On trouve ce texte  dans le n° de mars 2020 (n°1532) du Courrier International dans un article titré «  Ne laissons pas Pékin réécrire l’histoire de l’épidémie. » (lien en annexe en fin d'article )

La Chine est particulièrement  douée pour la manipulation de  l’Histoire à coups de  mensonges et de crises d’amnésie, bien qu’elle n’en ait pas le triste monopole.

Yan LIANKE,  né en 1958 de parents pauvres et illettrés du Henan,  a réussi à se sortir de cette condition en entrant en 1979 dans l’Armée populaire de Libération et en y devenant écrivain.  On devine qu’il n’avait pas le choix. On devine aussi  ce qu’il a dû être contraint de rédiger sous les ordres des thuriféraires de cette « armée de libération » et quelles couleuvres lexicales et petits arrangements avec la réalité sémantiques il a dû avaler.  Il a tenu bon, a commencé à être inquiété en 1992, puis censuré en 1994, et définitivement chassé de l’armée en 2002 quand il a écrit Bons baisers de Lénine, immédiatement censuré.

 

DECONFINONS AVEC YAN LIANKE

Cette fois, Yan LIANKE ne parle pas de la folie maoïste, mais de l’épidémie de Covid-19. Il s’interroge sur les chiffres officiels et il craint l’oubli à jamais de la réalité des faits si la vérité n’est pas reconnue dès à présent. Et nous pouvons nous interroger et nous inquiéter avec lui.

« Quand j’étais petit, lorsque je commettais la même erreur deux  ou trois fois de suite, mes parents m’appelaient et me demandaient en pointant un doigt sur mon front : “As-tu une mémoire ?” (…) Car perdre la mémoire, c’est risquer de perdre aussi les outils ou la capacité de cuisiner ou de cultiver.(…)

Pourquoi parler de tout cela aujourd’hui ? Parce que l’épidémie de Covid-19, cette catastrophe d’envergure nationale et internationale, n’est pas encore vraiment endiguée ; la contamination est loin d’être terminée.(…) Depuis que le Covid-19 est entré pas à pas dans nos vies, nous ne savons pas précisément combien de gens sont morts à ce jour, que ce soit dans les hôpitaux ou en dehors. Nous n’avons même pas encore eu le temps de nous en enquérir, et le temps passant, cela pourrait bien rester un mystère à jamais.(...)

Désormais, les souvenirs d’un individu sont un outil du temps présent, où les souvenirs d’une collectivité et d’une nation dictent à un individu la part des choses à oublier et celle des choses à retenir. (...)

DECONFINONS AVEC YAN LIANKE

En  France, des chercheurs  planchent  à juste titre sur le succès des théories complotistes. Mais s’interroge-t-on sur les causes de l’érosion  de la confiance dans le discours officiel ? Sans même évoquer les lourds secrets d’État, ni Tchernobyl - il n’a jamais été dit officiellement que le nuage de Tchernobyl ne franchissait pas nos frontières, c'était juste un bulletin météo - (lien en annexe en fin d'article ), nous connaissons aussi le déni d’État, les affirmations contradictoires et les  arrangements avec la vérité.

A cet égard, le triste et scandaleux épisode des masques est exemplaire ! Il se trouve que suivant le conseil d'une professionnelle de santé bien avisée,  j'en porte chez moi depuis des années pour faire du ménage ou vider l'aspirateur, ce qui a réduit considérablement rhumes et sinusite.  Les masques sont très efficaces et il a toujours été très difficile de s'en procurer en pharmacie. Ce n'était un secret pour personne.

 

Petite parenthèse à  propos de masques et de Chine : vous avez des jeunes près de vous ? Regardez donc avec eux ce magnifique film chinois de Wu Tiang Ming : "Le Roi des masques" et ensuite discutez avec eux du sort réservé aux filles en Chine jusqu'au XXe siècle compris. Pas de craintes pour les cœurs sensibles : le film finit bien !

 

Infantilisation généralisée

Des étudiants  allemands et italiens, avec qui j'ai l'habitude de discuter et qui  travaillent avec des étudiants français, font la même  remarque : les jeunes Français ne sont pas suffisamment élevés à être autonomes et responsables.

Sans doute cela explique-t-il pourquoi  l'État français traite ses concitoyens comme l’enseignement français a historiquement  l’habitude de traiter ses élèves :  sans  faire confiance et sans développer le sens des responsabilités. Il était frappant pendant cette période de comparer les interventions télévisées d'Angela MERKEL avec les interventions gouvernementales françaises.

D'un côté un discours qui en appelait posément  à la responsabilité collective, de l'autre cette façon judéo-chrétienne de considérer  les Français, dans un rapport de sujétion, comme s'ils étaient vaguement fautifs.

 De même appliquer les mêmes mesures de confinement en Ile-de-France et dans le Massif central a semblé absurde à plus d'un. Encore une fois, ça sent la punition générale, qui est, rappelons-le, aussi illégale qu’arbitraire.

DECONFINONS AVEC YAN LIANKE

Pendant ce confinement, notre jargon hexagonal s'est emballé !

"Hexagonal" en référence à un  petit livre de poche de 1970 -L'hexagonal tel qu'on le parle, de Robert BEAUVAIS- que je conserve précieusement.

Tout d'abord cette horrible expression de "distanciation sociale" au lieu "distance physique", tout simplement !

La "distanciation", c'est soit le recul (intellectuel, psychologique) que l'on prend par rapport à ce qu'on fait, à ce qu'on montre. C'est pourquoi ce terme est parfaitement adapté à l'effet voulu dans certaines pièces du  théâtre de Brecht : Verfremdungseffekt = effet de distanciation.

Et c'est aussi "l'écart, le refus de relation entre les différentes classes sociales", et alors là, pas la peine de nous l'imposer, cette distanciation  est déjà  particulièrement bien installée dans la société française !

Et pourquoi "social(e)" et non "physique" puisqu'il s'agit de se protéger d'un virus ? sans doute parce qu'on a créé récemment l'abominable et inutile néologisme : "sociétal(e)" alors que l'adjectif  social(e) suffit à tous les emplois.

Si comme moi vous donnez des cours de "Français Langue Étrangère" (FLE) et que vos étudiants vous demandent de leur expliquer le sens des phrases qui accompagnent les 7 cases à cocher de la fameuse "attestation de déplacement dérogatoire"-qui a pu pondre un titre pareil ?! - vous allez passer un moment tristement réjouissant ....

Et comme "dans les milieux autorisés, on s'autorise à penser", comme disait si bien COLUCHEvoilà maintenant qu’on nous incite à passer « un été apprenant » !

"Un été apprenant" avec quelques pauses pour jouer au  "référentiel bondissant en présentiel" sans doute ?!   NB : Pour les non -initiés au jargon hexagonal des instructions de l’Éducation nationale, le « référentiel bondissant » a désigné très sérieusement... un ballon !

"Un été apprenant" , nous voici une fois de plus infantilisés et  enjoints d'emporter un cahier de vacances ! comme si les Français n’étaient pas capables d’aller vers la culture tout seuls ! 

Rappelons que l’édition française de la  Nuit des Musées  a attiré plus de 2 millions de personnes en 2019,   qu'il y a eu 7,5 millions de festivaliers  cette même  année et plus de 12 millions de visiteurs en France en 2018 pour le seul week-end  des journées du Patrimoine !

Allez, petite citation (de mémoire) de Jean GUEHENNO -autre enfant pauvre qui s'est arraché à sa condition-  citation sur laquelle nos milieux autorisés feraient bien de méditer :  « Je pense que l’essentiel de la culture est dans l’appétit qui la fait rechercher. »

Jean GUEHENNO qui s'est arraché à sa condition pour plonger dans les tranchées de la Guerre de 14, osant dire, dans "Journal d'un homme de 40 ans"  « la seule chose qu'on n'ose jamais dire, parce qu'elle fait crier d'horreur les mères, les épouses, les enfants, les amis... Je dirai donc que cette mort innombrable fut inutile. Je dirai donc que j'ai conscience que mes amis sont morts pour rien. Douze millions de morts pour rien ».

 

Voilà qui nous ramène directement à la leçon inaugurale de Yan LIANKE et à ses interrogations que nous pouvons de tout cœur partager :

« Pourquoi les fosses de l’histoire doivent-elles toujours se remplir de milliers et de milliers de morts de simples gens, et les tragédies de notre époque être assumées par des milliers et des milliers de nos vies ?

Dans le grand flot de notre époque, les souvenirs personnels sont souvent considérés comme l’écume et le rugissement superflus de notre temps, que celui-ci pourra effacer. Le temps est capable sans bruit, sans un mot, de faire en sorte qu’ils n’aient jamais existé. »

« C’est ainsi qu’une fois les souvenirs passés dans la noria du temps, arrive le gigantesque oubli. C’en est fini des corps humains dotés d’une âme. Le calme a été établi ; le minuscule pivot de la vérité, sur lequel la terre s’appuie pour tourner, n’est plus là. Ainsi, l’histoire n’est plus que légendes sans fondements, oublis et imagination. Voilà pourquoi grandir avec une mémoire et des souvenirs personnels qui ne peuvent être altérés ni faire disparaître est important. Ce sont les fondements essentiels pour pouvoir dire la vérité. (…)Si un jour même nous sommes privés de cette pauvre part de vérité et de souvenirs, alors qu’adviendra-t-il en ce monde de la vérité individuelle et de l’authenticité des faits historiques ? »

DECONFINONS AVEC YAN LIANKE

Alors, par quel livre de Yan LIANKE commencer ?  A vous de choisir.

Il est important de dire que  sa traductrice française attitrée était Sylvie GENTIL qui a vécu 30 ans à Pékin, décédée de façon soudaine en avril 2017. Une traductrice émérite, élève de François CHENG, qui pour une fois n'a pas été oubliée des médias.

Deux liens ci-dessous permettent d'apprécier  ce que nous  devons à son travail de traductrice:

Après des sujets si graves, terminons par un sourire : le monologue de Don Diègue du Cid revu par Robert Beauvais en hexagonal. Vous remarquerez que en un demi-siècle  certains mots ou expressions sont passés dans notre langage courant : c'était bien vu !

 

DECONFINONS AVEC YAN LIANKE

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