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ET LISEZ RECLUS 6 Annie Saumont

Publié le par Claude Léa Schneider

La couverture du Courrier international de cette semaine : un choix qui s'impose pour "Le sucre" d'Annie Saumont

La couverture du Courrier international de cette semaine : un choix qui s'impose pour "Le sucre" d'Annie Saumont

De la mansuétude, oui, je ne peux m’empêcher d'éprouver de la mansuétude  à l’égard de ceux qui en France, en Australie ou ailleurs, ont rempli leurs caddies de papier toilette à l’annonce des mesures de confinement. Malgré leur monstrueux égoïsme et la pénurie injustifiée qu’ils ont provoquée, ils ont au moins retenu une chose de l’Histoire du XXe siècle  : quand on veut humilier un groupe humain, on le prive  d’hygiène élémentaire.

Je repense à mon père qui avait tellement souffert du manque d’hygiène dans son Stalag qu’il ne supportait pas qu’on gaspille le moindre morceau de savon, et je revois les petits savons qu’il me confectionnait quand j'étais enfant en modelant les restes de savonnettes.

Mon oncle – je me souviens de la drôle de tête qu’il faisait un dimanche midi de mai 1982 en pleine guerre des Malouines, quand les Exocet et les Super-Étendard, qu’il avait contribué à vendre aux Argentins quelques années auparavant, avaient fortement endommagé les navires  des Britanniques, nos « Alliés héréditaires ». Tout ingénieur général de l’armement qu’il était, il a,  jusqu’à la fin de sa vie, sur-rempli les étagères des toilettes de rouleaux  de PQ blancs ou roses, tant avaient été infâmes les latrines- et leurs corvées-  du camp où il avait été retenu prisonnier quelque part près de la frontière tchèque.

Source : carte_stalag-histoirefamillevilain.blogspot.fr

Source : carte_stalag-histoirefamillevilain.blogspot.fr

Donc oui, j'éprouve  de la mansuétude pour ceux qui ont stocké le PQ, surtout pour ceux qui vivent dans des quartiers oubliés, abandonnés à leurs désespérantes et précaires conditions de vie. Tous ceux à qui depuis des décennies on ne donne pas les moyens d'une dignité sociale par un  emploi qui permette de vivre décemment et de se sentir utile à la société,  qui vivent dans l'insalubrité, sans salle de bains, victimes impuissantes de marchands de sommeil. Alors, oui,  le papier toilette est le dernier rempart de la dignité !

Photo  Fondation Abbé Pierre 2018

Photo Fondation Abbé Pierre 2018

L’enseignement d’Histoire sur les conflits passés et plus spécialement sur  la 2nde Guerre mondiale et l’Occupation sert-il à faire prendre conscience des comportements humains pour éviter qu’ils ne se répètent ?  « L’expérience des autres ne sert jamais à personne. » m’assurait ce même oncle alors que, jeune adulte, je voulais à toute force croire le contraire.

Aujourd’hui, en avril 2020,  les actes de délation représentent jusqu’à 70% des appels à la police. Et que dire de ceux qui envoient des lettres anonymes à leurs voisin-e-s soignant-e-s ou personnels hospitaliers pour leur demander de changer de domicile ?!

Mais je  vous avais promis une deuxième partie de « Dépoussière les classiques et fait briller les contemporains. » consacrée à Annie Saumont et justement, nous  sommes dans le sujet, car  pour poursuivre parallèlement sur le thème "petits classiques"  je n’ai pas honte de dire que c’est seulement au début des années 2000 et  grâce à cet «Étonnant classique GF Flammarion  »  que j'ai découvert cette grande écrivaine.

 

"J’ai un petit ami. D’un mètre quatre-vingt-cinq. Martin. Qui ne cesse de faire des projets. Qui parle de paix universelle. Je doute. (…) Y a des gens que rien ne trouble. Martin ça lui arrive jamais.(...) Il parie sur notre avenir. Je me tais, je me recroqueville. C'est pas facile à endurer, la crainte. Mieux vaut connaître son malheur pour tenter de l'apprivoiser. J'appelle à mon secours le feu de la bataille. (...) A Martin je réponds, Calmos, on discutera plus tard. Pour l'instant la prudence est de rigueur. Ce n'est pas le moment de se lancer dans des projets. Il dit, Pourquoi ? et moi je dis, Parce que. Et je reste muette. Ça vibre au-dehors. Les populations ruminent leurs griefs. Les hommes se regardent de travers. Les femmes s'éloignent à la hâte serrant leur enfant dans les bras. Ma mère réclame de l'eau pour avaler ses gélules."

Extrait de Annie Saumont, « La guerre est déclarée » dans recueil éponyme, GF Flammarion, 2005.

Discrète parmi les discrètes, Annie Saumont a disparu sans faire de bruit  en janvier 2017. Traductrice  de grands romanciers américains et anglophones. Et immense écrivaine de nouvelles- Prix Goncourt de la nouvelle en 1981 et Prix de la nouvelle de l'Académie française en 2003- elle en a écrit plus de 300  répartie en une trentaine de volumes. "Je ne suis pas une romancière" disait-elle, allant jusqu'à changer d'éditeur (Gallimard) parce qu'on voulait la contraindre à écrire un roman, sous prétexte que le roman se vend mieux !

Comme l’écrit l’article que Le Monde lui a consacré  (ci-dessous) : « Écrire des nouvelles, en France surtout, c’est l’assurance d’échapper à la célébrité. »

Et c'est bien dommage !

Pour lire une analyse approfondie du style si particulier et pourtant si proche d'Annie Saumont, une étude très complète d'Yvon Houssais:

En ligne sur le lien ci-dessous :

https://www.cairn.info/revue-roman2050-2010-4.htm

 

Mais il n'est pas besoin de savoir ce que sont des analepses et des prolepses pour lire et comprendre Annie Saumont et son art d'impliquer en permanence le lecteur par  des glissements permanents entre passé, présent et avenir.

Celle qui sait si bien "élever la parole du quotidien" et élever "au rang de révélateur les petites égratignures et les grandes blessures du temps" mérite toute votre attention.

Donc  je n'en écrirai  pas davantage sur Annie Saumont : l'important est de lire ses nouvelles, surtout en ce moment.  Et d'ailleurs en terminant cet article, je sens un goût de manque et me dis que j'irai dès que possible faire le plein de quelques  recueils que je n'ai pas.

ET LISEZ RECLUS 6 Annie Saumont
ET LISEZ RECLUS 6 Annie Saumont

Pour revenir au Courrier international en couverture, le titre montre qu'il y a de quoi être dubitatif quand on sait que les réserves mondiales actuelles sont abondantes (lire p 9) et que ce sont  les stockages  massifs injustifiés, la spéculation, le blocage des travailleurs saisonniers aux frontières, les préférence nationales exacerbées et un manque de coopération qui pourraient  entraîner une crise artificielle. (lire p10-11 et suivantes).

C'est pourquoi certains, bien avisés, nous enjoignent de repenser notre système alimentaire (p19)

Sur la folie du stockage et son  effet domino  laissons une fois de plus la parole à Annie Saumont

ET LISEZ RECLUS 6 Annie Saumont

« Devait arriver. Fallait s’y attendre. Guerre va commencer.

J’achète du sucre.

A Monoprix. Me regardent de travers. Vendeuses. Quand je passe. Mal fringué. Blouson déformé vieux futal. Caddie chargé de cartons Beghin Say (Au Prisu : Daddy’s Suc. Origny à Auchan, Sol chez Leclerc, emballage mauve). Clientes (mais pas toutes, celles qui achètent du sucre). Clientes et parfois clients. Et puis caissières. Maussades, hargneuses même. Exigeant étalage marchandise sur tapis roulant. Connasses. J’explique : c’est au carré, six sur six font trente-six. Rien à faire. Vi-dez-le-cad-die, elles répètent.

(…)

Sucre. Produit pas cher. Peut devenir produit rare, monnaie d’échange. Denrée facile à stocker. Boîtes qu’on empile comme des briques. Ça tient. Sans ciment sans mortier. Si construction établie sur base parfaitement saine et plane. »

(…)

Boîtes montées dernier étage. Par cinq kilos, beaucoup trop. A mon âge. Risques de courbatures. Paquets de sucre vont remplir tous espaces encore libres. Fond de penderie, étagère et placard à balais. Débarras, deux tiroirs commode, un seul réservé pour chaussettes et sous-vêtements thermolactyl. Sucre envahit chambre d’ami (pas d’amis), boîtes renforçant murs à leur base, s’alignant sur le tapis. Plate-forme (en sucre) prolongeant cosy. Sous fenêtre contreforts (de sucre). Cartons entassés dans fauteuil bancal. »

 

Extraits de Annie Saumont, La guerre est déclarée et autres nouvelles, « Le sucre », Étonnants classiques, GF Flammarion, 2005.

C'est dans ce recueil qu'on trouve la nouvelle "Simone"

C'est dans ce recueil qu'on trouve la nouvelle "Simone"

Dans le recueil ci-dessus, vous trouverez une nouvelle  titrée "Simone". Simone est la voix féminine de la SNCF qui vous interpelle dans les gares et sur les quais.

Des étudiants de l’École Estienne l'ont adaptée en un beau très court métrage  d’animation de 2mn;  lien ci-dessous : 

La sucrerie d'Aiserey aujourd'hui. "5000 tonnes de betteraves sont traitées chaque jour, produisant 50 000 tonnes de sucre de bouche pendant la campagne d'octobre à décembre de chaque année"

La sucrerie d'Aiserey aujourd'hui. "5000 tonnes de betteraves sont traitées chaque jour, produisant 50 000 tonnes de sucre de bouche pendant la campagne d'octobre à décembre de chaque année"

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ET LISEZ RECLUS 5 Dépoussiérage sans masque

Publié le par Claude Léa Schneider

ET LISEZ RECLUS  5  Dépoussiérage sans masque

« Dépoussière les classiques et fait briller les contemporains. »

J’aimais bien cette ancienne accroche des éditions scolaires Magnard, devenue plus sobrement « Classiques et Contemporains ». Vous auriez tort de croire que les éditions scolaires et universitaires sont réservées aux collégiens, lycéens, étudiants. Personne ne vous empêchera-quand les librairies seront rouvertes- d’en acheter rien que pour vous. Et pour une somme bien modeste par rapport   au « dépoussiérage » ou à la « mise en lumière » des œuvres d’écrivains immenses qu’elles présentent.

Aujourd'hui première partie :

Liriez-vous aujourd’hui Fontenelle ou Montesquieu ? Non !  Or je vous rappelle que ces écrivains illustres (hommes ou femmes), dont la pensée éclaire toujours notre quotidien,  n’ont pas écrit pour alimenter les sujets du bac !

Vous me rétorquerez que justement vous avez été obligé-e d’en lire à l’école, que vous aviez trouvé ça très chiant et que vous en gardez un mauvais souvenir. Rien de plus normal : Montesquieu, Fontenelle, Rousseau ont écrit pour des adultes. Une raison de plus pour voir ce que vous en pensez aujourd’hui.

D’autant que ces éditions font bien leur travail  et extraient ce qui fait encore sens pour nous.

Vous  avez chez vous de "petits classiques" qui vous restent de vos études ou de celles de vos enfants, et vous n'avez vraiment pas envie d'y mettre le nez ? Normal ! Même si les textes sont "classiques" donc prétendus "indémodables", ces éditions vieillissent mal : le choix des textes correspond toujours à une époque, or nous avons envie de lire des sujets qui nous concernent.

Et puis, comme ce sont des éditions bon marché, le papier jaunit vite (et parfois  sent mauvais).  Achetez-vous donc des éditions récentes qui éclairent le monde contemporain.

La preuve par l'exemple:

Un pasteur télé-évangéliste américain prétend qu’il peut vous guérir du Covid 19 par imposition des mains sur votre écran de télévision  ? Annonce véridique ! cf lien ci-dessous.

 Bien entendu vous  ne gobez pas ce bobard.

Mais avouez que  certaines fausses nouvelles sont si difficiles à débusquer  que des média (papier ou écran) y consacrent des rubriques, comme le mensuel NEON (que j'ai découvert en 2018 chez mon coiffeur et que depuis j'achète de temps en temps car  intéressant et hors des sentiers battus).

Ci-dessous, un exemple du n° 75 de février-mars 2020. Faites le test avant de regarder la solution en bas de page. Pas si facile !

Des journalistes  enquêtent et croisent les sources pour vérifier  l’exactitude des faits. Et nous recommandent de le faire absolument avant de partager une information sur les réseaux sociaux.

Enquêter ? Vérifier l'exactitude des faits avant de se lancer dans tout commentaire, interprétation et autre exégèse ?   mais c'est exactement ce que nous recommandait, avec humour, Fontenelle en 1687 !

Avouez que maintenant vous avez envie d'en connaître davantage ce quasi centenaire (à un mois près!) apprécié de Voltaire et de Diderot et dont les écrits déclenchèrent tant de polémiques !

Ci-dessous, par exemple  le lien Babelio. J'aime bien ce site qui traite tous les genres littéraires et toutes les époques à égalité.

ET LISEZ RECLUS  5  Dépoussiérage sans masque

Dans ces collections dites"scolaires" vous trouverez  des anthologies qui n'existent pas ailleurs. Et ce n'est pas parce que les textes sont suivis de questions à rédiger et de sujets d'écriture  que vous êtes  obligé-e de les faire !

J'ai bien ri en lisant cette série de pastiches de Pascal Fioretto : suivez l'enquête de Adam Seberg (vous aurez reconnu le clin d'oeil à l'Adamsberg de Fred Vargas ) racontée par Mélanie Notlong, Christine Anxiot, etc ... et Jean d'Ormissemon de la française Académie ! Pastiche approuvé par ce dernier pastiché !

Et qui est donc  Traven, auteur de ces Nouvelles mexicaines ? " « Ma vie m’appartient, seuls mes livres appartiennent au public », disait B. Traven.  Pour en savoir (juste un peu) plus sur ce mystérieux écrivain, suivez le lien ci-dessous :

Vous en voulez encore ?

Dans  "Histoires vraies" on trouve par exemple : le récit des inondations du faubourg St Marcel à Paris le 8 avril 1579,  ou comment s'électrocuter avec sa canne à pêche, sans contact pourtant entre la canne et la ligne à haute tension... (Libération, 12 juillet 2006).

Dans chaque volume toujours un important dossier documentaire avec des liens, d'où l'intérêt de choisir des éditions  récentes. Exemple avec le lien ci-dessous :

La suite de « Dépoussière les classiques et fait briller les contemporains. » ne saurait tarder : l'article sera consacré à la grande écrivaine Annie Saumont.

Pour attendre en musique, en poésie ou en littérature lue pour vous, vous pouvez toujours écouter STATION SIMONE.

Alors à très vite.

Claude Léa, le 16 avril 2020

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ET LISEZ RECLUS 4 Dany Laferrière

Publié le par Claude Léa Schneider

ET LISEZ RECLUS 4 Dany Laferrière

Pyjama, minuteur et chaussures à lacets.

Il circule en ce moment sur les réseaux sociaux des caricatures à face simiesque que je me garde bien de partager : voilà  donc, disent leurs légendes, à quoi ressembleront les femmes « à la sortie du confinement » privées de coiffeur et d’esthéticienne pendant plusieurs semaines ! Remarques  éminemment machistes ! Et déplaisantes pour les guenons : je vous renvoie à l’article «Beau,  Beauté » du Dictionnaire philosophique portatif de Voltaire.  Et d’ailleurs qui vous dit qu’on  confine en tenue négligée  ? On sait à quelle fulgurante vitesse le laisser-aller physique atteint le mental.  Et c’est d’abord pour soi qu’on choisit chaque matin sa tenue.

ET LISEZ RECLUS 4 Dany Laferrière

Et donc ne  restez pas en pyjama toute la journée !

Il faut tout le talent et l'humour de Dany Laferrière pour être un « écrivain [et un lecteur] en pyjama » dans ce recueil de chroniques qui se dévore comme un roman, manuel de conseils (bienveillants) pour (ne pas)  devenir écrivain.

Et mettez aussi vos chaussures à lacets ! comme le recommande « Fly Lady », dans un livre malin (bien que très daté « rêve américain »)-manuel de conseils pour ne pas se perdre dans le rangement et l’entretien de sa maison.  Le titre original Sink Reflections  est traduit en français par un autre jeu de mots :  Entretien avec mon évier.

ET LISEZ RECLUS 4 Dany Laferrière

Faites briller vos évier(s) et lavabo(s)  de telle sorte que le chat ait envie de s’y coucher, dit-elle. Manière de bien débuter la journée : qu’on commence par le petit-déjeuner ou la toilette, c’est la première chose qu’on voit le matin. Chez nous, mission accomplie.

Et tenez pendant quatre semaines car, affirme-t-elle, une bonne pratique observée pendant un mois se transforme en habitude. Vous ne pourrez pas dire que le confinement ne vous offre pas cette formidable opportunité.

Je n’ai pas ce livre, une amie me l’avait prêté il y a longtemps, mais il contenait des conseils que je cite de mémoire car j’ai fait de certains une routine efficace.

Et mettez des chaussures à lacets à la maison ! « à lacets » pour ne pas s'en dégager les pieds d’un geste distrait sous la table !  Il est avéré que la voix  au téléphone varie selon la tenue dans laquelle on se trouve : gare à l’importante conversation professionnelle sur le tapis de bain au sortir de la douche !

Magritte, Le modèle rouge, 1935.

Magritte, Le modèle rouge, 1935.

Oui, il faut tout le talent, la verve, l'énergie  de Dany Laferrière pour être un « écrivain  en pyjama ». Et il en faut du courage pour quitter sa patrie à 23 ans- Haïti et ses Tontons Macoute- émigrer à Montréal, survivre  de boulots pénibles et engager toute sa volonté et ses économies en pariant de  s’en sortir  par la seule force de l’écriture !

« Mon premier livre parut en novembre 1985, et mon sort a changé. Je ne suis pas devenu riche, loin de là, mais depuis je mène la vie que j’ai toujours rêvée. J’ai bien fait de miser toute ma fortune et mon énergie sur cette carte. » (p 19 (Toutes pages renvoient à l’édition du Livre de Poche  photographiée -Grasset et Fasquellle 2013.)

Et depuis  …. plus d’une trentaine de livres, plusieurs films, une brouette de prix littéraires,  élu à l’académie française en 2013, Docteur Honoris Causa de 8 universités ! Et un grand et joyeux moment au festival Clameurs à Dijon le 10 juin 2016 !

Je suis fière de cette dédicace sur L’Odeur du café (Edition Zulma, 2016)  livre que je relis le soir dans la foulée du rangement des bibliothèques parce qu'il abat les murs.

 

ET LISEZ RECLUS 4 Dany Laferrière

Dany Laferrière, comme la plupart des grands écrivains, s’impose les règles strictes de l’écriture quotidienne, mais il y ajoute une saveur qui n’appartient qu’à lui.

 « Je me réveille tôt et j’écris jusqu’à dix heures du matin. Je reprends le soir de sept à dix heures. Entre ces deux périodes de travail, je fais semblant d’être là. » p 196

« Une journée par mois, sans lire ni écrire, pour garder un pied dans la réalité, ce qui vous permettra d’avancer d’un pas dans le rêve. » p 26

« L’État devrait exiger qu’on paie des taxes sur les dépenses faites dans un livre afin d’apprendre à l’écrivain le prix des choses. » p 58 

Plus je repense à Entretien avec mon évier  tout en relisant Le Journal d’un écrivain en pyjama, plus je constate qu’écriture et grand ménage procèdent de la même méthode : travailler à sa mesure,  ne pas vouloir nettoyer les écuries d’ Augias.

« L’un des principes de l’écriture c’est de connaître ses possibilités afin d’éviter de tenter des choses au-dessus de ses moyens - du moins au début. » p39

Évitez d’empiler au sol tous vos livres, comme il m’est arrivé de le faire jadis,  ou tous vos vêtements  (comme le préconise la délirante méthode japonaise  KonMari !) Avancez par petites étapes : vous n’êtes pas Hercule !

ET LISEZ RECLUS 4 Dany Laferrière

Autre conseil de Fly Lady : utiliser le minuteur pour les tâches domestiques, ça motive et ça empêche de traîner. Exemple : je me donne une demi-heure pour ranger ce tiroir. Quand le minuteur sonne, le tiroir doit être rangé.  Mission accomplie.

Cela me fait penser à ce génial  concours international de jeunes doctorants (initié par le Québec, justement ): Ma thèse en 180 secondes  :  trois minutes- le temps d’infusion d’un bon thé vert- et le sujet d’une thèse -généralement abscons- est clairement expliqué à un public de profanes.

Sur ce site du journal L’Étudiant qui  conseille les  thésards  voulant tenter le concours :

je remarque des conseils identiques à ceux du Journal d’un écrivain en pyjama :

 L’Étudiant : « choisir une approche originale ; ménager le suspense » .

Laferrière : « On n’aime pas toujours les histoires qui commencent par le début. Ça fait peur. On sent qu’on va s’emmerder. » p 56

L’Étudiant : « proscrire la position d'enseignant ; s'appuyer sur un support simple »

Laferrière : « Éviter d’écrire en nouveau riche qui veut étaler tout ce qu’il sait. » p 53

« On veut un gai savoir. Et non ce savoir lourd qui n’arrive pas à lâcher  ce ton pédagogique , comme si l’auteur était sûr d’être le seul à savoir ce qu’il sait. » p 77

ET LISEZ RECLUS 4 Dany Laferrière

Et pour terminer- car si j'écris sans minuteur, je m'impose un format de 1000 mots-  une dernière citation pour soulager le mal de dos de tous ceux qui, en ce moment, télé-travaillent des heures durant, confinés devant leur(s) écran (s) :

« La première qualité d’un écrivain c’est d’avoir de bonnes fesses. Si vous ne pouvez pas rester en place, faites autre chose. Vous allez passer votre vie assis. Au début du roman, prenez une chaise droite. Mais vers le milieu mettez un oreiller dans votre dos. Ensuite sous vos fesses. Et vers la fin un derrière votre nuque. J’ai terminé Le Cri des oiseaux fous avec cinq oreillers. » p 203

Nono-le-chat couché dans le lavabo : mission Fly Lady accomplie !

Nono-le-chat couché dans le lavabo : mission Fly Lady accomplie !

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ET LISEZ RECLUS 3 Feng Jicai

Publié le par Claude Léa Schneider

Henri Matisse, Intérieur, bocal de poissons rouges, 1914.

Henri Matisse, Intérieur, bocal de poissons rouges, 1914.

Fenêtres...

« Pendant cette période, la contemplation de ce qui se trouvait  au-delà de la fenêtre a été mon seul divertissement, mon unique consolation. J’avais calé mon oreiller avec des livres afin qu’il soit  très haut et que mon regard puisse embrasser les contours de la fenêtre. N’importe quel encadrement de fenêtre peut devenir le cadre d’un tableau vivant.(…) L’art transfigure la banalité de la vie."

Celui qui s‘exprime ainsi  c' est Hua Xiayu, un peintre persécuté par la Révolution culturelle,  héros du roman Que cent fleurs s’épanouissent  de l’écrivain chinois Feng Ji Cai.  (ou Feng Jicai ou Jicai Feng)

Cet écrivain appartient au  mouvement "Littérature des cicatrices", nécessaire reconstruction après les traumatismes  de la Révolution culturelle (dans les limites permises par la censure, tout de même).

Ne vous fiez pas au fait que ce roman soit  classé en littérature jeunesse . Il est lisible  par tous, à partir de l'adolescence.  Les romans contemporains publiés sous l’étiquette « Jeunesse » sont souvent de qualité,  ce qui hélas n’est pas toujours le cas dans d'autres collections. Je reviendrai  d'ailleurs un autre jour sur ce sujet.

Nouvelle couverture

Nouvelle couverture

En juin 1956, par le mot d’ordre  « Que cent fleurs s’épanouissent », appelé aussi « Campagne des Cent Fleurs »,  Mao Zedong (1893-1976) « invite » tous les intellectuels et artistes à exprimer librement leurs opinions. Malheur à ceux qui, comme le héros de ce roman,  ont cru naïvement à cette liberté d’expression ! Un an plus tard ils seront persécutés, exilés, torturés. Et dix ans après, la Révolution culturelle est chargée d’éradiquer les « Quatre Vieilleries »  : la pensée, la culture, les mœurs et les coutumes de l’époque de Confucius. ». Une révolution -une guerre civile- qui a duré dix autres années et fait, estime-t-on aujourd’hui,  entre  un et trois millions de morts   et cent millions de personnes persécutées.

Gardes rouges sur la place Tian'anmen à Pékin le 15 septembre 1966. Slogan : « Pas de fondation sans destruction »,

Gardes rouges sur la place Tian'anmen à Pékin le 15 septembre 1966. Slogan : « Pas de fondation sans destruction »,

 

Hua Xiayu, brillamment diplômé de l’École des Beaux-Arts de Pékin, familier de la culture traditionnelle chinoise, comme de la culture européenne, et promis à un bel avenir artistique,  est relégué à plus de 2000 km de chez lui, dans une usine de porcelaine à Qianxi, dans la province de Guizhou, particulièrement pauvre  et reculée. Pourquoi ? il ne l’apprendra qu’à la fin de l’histoire. Victime d’un système qu’il ne comprend pas, il est soumis à l’autocritique et à diverses brimades, comme casser ses propres porcelaines et rester agenouillé sur les tessons.  Et ce n'est pas le pire des supplices  qu'il doit endurer...

Découpage traditionnel chinois (classé au patrimoine UNESCO) comme celui de "Ciseaux magiques" dans le roman.

Découpage traditionnel chinois (classé au patrimoine UNESCO) comme celui de "Ciseaux magiques" dans le roman.

Ce qui est magnifique  dans ce roman,  c'est que l'art, la vision colorée que  Hua Xiayu pose sur les choses  et sa résilience transfigurent tout. Un livre que je relis  souvent, que je vous recommande absolument parce  il est bien écrit avec une grande simplicité, qu'il est universel et  donne courage et espoir.

« Vous ne trouvez pas cela bizarre ? Les gens qui me veulent du mal, par un moyen ou un autre, finissent toujours par m’aider. Vous pouvez me dire pourquoi ? »

                            Raoul Dufy, intérieur à la fenêtre ouverte, 1928.

"Une phrase [de Picasso] m’est revenue en mémoire :  Le monde entier se déploie devant nous, impatient que nous l’inventions, non que nous le répétions. »

             Pablo Picasso, Nature morte devant une fenêtre à St Raphaël, 1919.

« Celui qui regarde du dehors à travers une fenêtre ouverte ne voit jamais autant de choses que celui qui regarde une fenêtre fermée. Il n’est pas d’objet plus profond, plus mystérieux, plus fécond, plus ténébreux, plus éblouissant qu’une fenêtre éclairée d’une chandelle. Ce qu’on peut voir  au soleil est toujours moins intéressant que ce qui se passe derrière une vitre. Dans ce trou noir  ou lumineux vit la vit, rêve la vie, souffre la vie. »

Baudelaire, Les fenêtres, Petits poèmes en prose, XXXV.

Karl Schmidt-Rottluff, Lune à la fenêtre, 1933.

Karl Schmidt-Rottluff, Lune à la fenêtre, 1933.

Souvenir personnel d’un triste récit de ma grand-mère paternelle auquel la pandémie si contagieuse me fait repenser :

la fenêtre d’une petite chambre où mon arrière-grand-père était confiné : fragilisé par son métier- il possédait une entreprise de fleurs en tissu pour la mode et manipulait beaucoup de teintures- il avait attrapé la tuberculose. Aucun contact avec le reste de la famille. Totalement isolé. Tout ce qu’il avait touché était systématiquement désinfecté. Il n’a plus jamais embrassé ses enfants qui ne pouvaient que lui faire coucou de l’extérieur, quand il se tenait à la fenêtre de sa chambre. Il est mort en 1896 : ma grand-mère avait sept ans et mon grand-oncle quatorze.

 

Berthe Morisot,  Eugene Manet à l'île de Wight, 1875. Eugène Manet est mort en 1892 à 58 ans.

Berthe Morisot, Eugene Manet à l'île de Wight, 1875. Eugène Manet est mort en 1892 à 58 ans.

Plus joyeusement :

À travers la fenêtre du deuxième étage d’une maison en face de la nôtre, nous apercevons depuis des mois, éclairé par la lueur de l’écran, le profil d’un grand ado, casque sur les oreilles, mains sur les manettes. Tôt le matin, tard le soir, toute la journée parfois.

S’étonnera-t-il  dans quelques semaines : Le confinement ?! quel confinement ?

ET LISEZ RECLUS 3 Feng Jicai

Je continue de ranger les bibliothèques et voici un bonus chinois (traduit de l'anglais) au rayon policier :

Si j'ai collé des étiquettes sur les 6 polards de QIU Xiaolong  que je possède (il en a écrit davantage) c'est qu'il est intéressant de les lire dans l'ordre chronologique, non pour les histoires policières en elles-mêmes, mais parce que l'auteur décrit au fil des années les transformations des quartiers populaires, des villes, des comportements, des peurs,  des risques ....

Prenez soin de vous.

Claude Léa, 31 mars 2020

Goethe  à sa fenêtre à Rome .... Et vous ? Pouvez-vous  profiter de ce confinement pour être créatif ?

Goethe à sa fenêtre à Rome .... Et vous ? Pouvez-vous profiter de ce confinement pour être créatif ?

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ET LISEZ RECLUS 2 Elisée Reclus

Publié le par Claude Léa Schneider

Elisée Reclus, d'après une photo de son ami Nadar en 1889.

Elisée Reclus, d'après une photo de son ami Nadar en 1889.

A celles et ceux parmi vous qui vous demandez- et vous êtes tout excusé-e-s- pourquoi j’ai choisi pour cette chronique de confinement ce titre bizarre, la réponse se trouve dans le clair regard qui vous observe sur la photo ci-dessus !

Certes pour certains, le nom de ce géographe anarchiste et libertaire reste sulfureux et  infréquentable, mais je suis sûre qu’un coup d’œil à son extraordinaire  biographie  et aussi à sa parentèle et à ses ami-e-s -et dans ce contexte  le féminin est particulièrement  important-  vous fera changer d’avis.

Oui  vous êtes tout excusé-e-s- de ne pas avoir entendu parler d’Élisée Reclus (1830-1905) -et pourtant aussi connu de son vivant que Pasteur ou Victor Hugo- si vous n’avez pas eu la chance d’avoir des arrière-grands-parents qui, au tout début de la Troisième République,  se sont mariés civilement, refusant le mariage religieux qu’on voulait leur imposer, et un grand –père qui possédait, dans sa bibliothèque surmontée du buste de Dante, quelques-uns des vingt volumes  de sa très célèbre Nouvelle Géographie Universelle.

Mais, fort heureusement, après un long purgatoire de près d’un  siècle,  on redécouvre son œuvre aujourd’hui.

 

Reclus, il ne l’était pas du tout, lui qui voyagea tant, dès sa jeunesse, et souvent à pied. Mais il fut malgré tout reclus dans « une quinzaine de prisons en onze mois de captivité » en 1871-1872, pendant et après la Commune de Paris (vous savez, celle dont l’histoire a quasiment disparu des programmes  scolaires….).

Le récit de sa vie extraordinaire mérite notre lecture attentive. Nous lui devons d’avoir ouvert des chemins dans  la modernité dont nous profitons aujourd’hui. Même dans notre vie quotidienne car si  vous avez l’habitude, en temps normal, de vous fournir en produits frais auprès d’une coopérative, ayez une pensée pour sa mémoire. Et en voilà un qui a effectivement contribué par ses très nombreux articles à la Revue des Deux Mondes !

ET LISEZ RECLUS 2 Elisée Reclus
île de SYLT (Allemagne) 6 août 2012

île de SYLT (Allemagne) 6 août 2012

Aimant beaucoup marcher moi-même –particulièrement sur les rivages de la Mer du Nord et de la Baltique, j’ai une grande sympathie pour ceux qui marchent. Et une grande admiration pour  les marcheurs et marcheuses penseurs.

Ce n’est pas un hasard si Élisée Reclus a préfacé le premier livre d’Alexandra David-Néel. Dont les récits de voyages font partie de mon ADN (jeu de mot facile !) et de ma bibliothèque depuis quelques décennies déjà. 

 

Ces grands marcheurs-penseurs qui nous offrent  par leur vision unique  un regard sur la Terre comme un tout, avec toutes ses espèces, dont l'espèce humaine . Ces penseurs universels –et généralement pionniers de l’écologie-   qui franchissent courageusement les  barrières et des cloisonnements académiques et universitaires.

 Et puis tiens, puisque c’est le 250e anniversaire de sa naissance, une occasion d'évoquer  Hölderlin auquel ARTE consacre justement une émission que vous trouverez ci-dessous tant que durera le replay. Vous y verrez,  parmi les intervenants l'écrivain contemporain Durs Grünbein que nous avons eu le plaisir de recevoir à la Maison de Rhénanie-Palatinat de Bourgogne-Franche-Comté après avoir traduit quelques chapitres de son livre le plus récent (qui raconte son enfance à Dresde).

Petite parenthèse, si vous avez envie de découvrir  Durs Grünbein, en allemand  ou en français.

 

Hölderlin, un autre grand marcheur à pied- et quand je dis marcheur à pied, c’est par exemple de Bordeaux (où il fut précepteur) en Allemagne. Nous qui sommes confinés quelques semaines, songez qu’il  fut contraint de  vivre reclus trente-six ans, exactement la seconde moitié de sa vie, dans une tour à Tübingen. Un poète à découvrir sans rien savoir de toutes les interprétations politico-littéraires sur son œuvre. Ouvrir un recueil avec un œil neuf.

 

Pour continuer la promenade sur les traces des géographes -écologistes-découvreurs-marcheurs-penseurs, je  passe d’un bond  à Alexander von Humboldt (1769- 1859).  C’est son frère Wilhelm, linguiste et philosophe des Lumières, et lui également, qui  ont donné leur nom à la prestigieuse Université Humboldt de Berlin.

Très méconnu des Français, depuis que trois guerres franco-allemandes sont passées par là et ont déposé une chape de plomb anti-germanique qui commence à peine à se fissurer, Alexander von Humboldt détient le record absolu des lieux commémorant son nom , y compris un cratère de la Lune. Songez que le centenaire de sa naissance le 14 septembre  1869  fut célébré dans le monde entier. Puis vint la guerre de 1870...

Une magnifique biographie, écrite par Andréa Wulf et abondamment illustrée est parue en octobre 2018. pour la traduction française. Aux éditions Noir sur Blanc. Ça se lit « comme un roman » parce que sa vie en est un !

J’aurai l’occasion d’évoquer ce génie universel dans une prochaine conférence titrée « 4M » prévue normalement pour l’automne 2020.

 

ET LISEZ RECLUS 2 Elisée Reclus

Et je termine sur un livre en cours de lecture-  que mon compagnon  a eu l’excellente idée de m’offrir pour mon  récent anniversaire : Manières d’être vivant,  de Baptiste Morizot,  jeune philosophe français,  écrivain, poète, arpenteur de montagnes et pisteur de loups. Manières d’être vivant,  propose ni plus ni moins une nouvelle perception du monde, pleine d’avenir, pour peu que quelques décideurs veuillent bien ouvrir les yeux...

 

"Prendre définitivement conscience de notre humanité solidaire, faisant corps avec la planète elle-même, embrasser du regard nos origines, notre présent, notre but rapproché, notre idéal lointain, c’est en cela que consiste le progrès."

L'homme et la Terre (1905), Élisée Reclus, éd. Libraire Universelle, 1905, vol. VI, p. 565 (texte intégral sur Wikisource)

Pour terminer, sachez que le Printemps des poètes fleurit toujours sur Station Simone, afin de vous aider à vous évader du confinement.

Et que SIMONE LIT POUR VOUS  ce sont des histoires variées lues par  nos contributeurs bénévoles, à découvrir au fil des jours sur le site de la radio  sur la page d'accueil, en cliquant sur l'onglet qui ressemble à ça :

Claude Léa, 27 mars 2020

île de Rügen, mer Baltique, 14 juillet 2014.

île de Rügen, mer Baltique, 14 juillet 2014.

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ET LISEZ RECLUS 1 Ranger la bibiothèque

Publié le par Claude Léa Schneider

Ferrare, juillet 2015. La ville de Giorgio Bassani.

Ferrare, juillet 2015. La ville de Giorgio Bassani.

Aujourd’hui  profitez  donc  du confinement pour ranger une de vos  bibliothèques, sans tricher. J'appelle tricher quand, juché-e sur l'escabeau, on déplace deux ou trois bouquins, qu'on s’empare d’un titre  retrouvé avec plaisir  et qu’on commence à le relire! J’ai déjà commis cette regrettable erreur.  Conséquences :  des crampes dans les mollets, le travail n’avance pas et la préparation du repas sera négligée.

 Or, tous les sous-mariniers vous le diront, plus on est confiné, plus il faut soigner les menus. Pas d'excuses. Vous avez le droit de faire vos courses deux fois par semaine. Il n’y a que dans les  vieux romans de SF qu’on croyait pouvoir se  nourrir de pilules. Avec le paquet de céréales, les chips ou les biscuits apéritif, ça ne marche pas non plus.

ET LISEZ RECLUS 1 Ranger la bibiothèque
ET LISEZ RECLUS 1 Ranger la bibiothèque
ET LISEZ RECLUS 1 Ranger la bibiothèque

Donc ranger la bibliothèque implique de sortir les livres de leur rayonnage, d’essuyer correctement livres et étagères et de reclasser tout. Personnellement, je préfère l’ordre alphabétique par genre. Cet exercice est d’autant plus profitable qu’il assouplit les cervicales et fait travailler les genoux. Que demandez-vous de plus en ce moment, alors que vous avez du mal à vous imposer votre gym matinale quotidienne  ?

Évitez absolument de vous attarder sur certains ouvrages : on les  sort, on les essuie, on les range et c’est tout ! Exemple à la lettre G : Le hussard sur le toit ou encore à la lettre S : L’aveuglement. Certes ce sont de très grands livres, mais est-ce vraiment nécessaire de constater une fois de plus, et alors que vous le savez déjà,  que les expériences du passé ne profitent à personne et qu’au contraire les comportements humains se répètent inlassablement ? Non ! Vous  relirez ces deux livres plus tard, quand vous serez sorti-e de votre quarantaine.

J'ignore de qui est ce malin montage et ne peux malheureusement pas en attribue l'auteur.

J'ignore de qui est ce malin montage et ne peux malheureusement pas en attribue l'auteur.

En revanche, comme le second tour électoral  est reporté en juin, je ne saurais trop vous recommander la suite de L’aveuglement  du même S, à savoir La Lucidité - qu’on peut lire séparément- car   vous verrez ce qu’il en coûte quand 83% des électeurs votent blanc aux élection municipales…

Bon, je n’ai pas commencé à ranger et déjà je m’égare …

Traduction Geneviève Leibrich

Traduction Geneviève Leibrich

Je choisis de ranger en premier cette  bibliothèque ci-dessous, une de mes  préférées : en haut, trois  rayons de théâtre, puis deux rayons de poésie et trois rayons de littérature italienne (traduite, hélas !  je ne le lis pas l’italien)

Avec un petit challenge photographique motivant : dans chacun de ces trois genres  je dois choisir trois livres :  une œuvre intégrale, plus deux livres dont un écrit par une femme. C’est comme ça ! il n’y a pas à discuter.

L'élément une fois rangé.

L'élément une fois rangé.

Je commence : j’ai presque tout le théâtre de mon très cher grinçant Thomas Bernhard, mais je l’ai prêté en bloc à une copine metteure en scène pour un futur spectacle. Je choisis donc, en hommage à nos amis Italiens  ce volume des Comédies choisies de  Goldoni en très agréable édition La Pochothèque, quinze pièces très enlevées,  tellement 18e siècle, dont le célèbre Valet de deux maîtres : on ne s'en lasse jamais.

Les Troyennes d’Euripide, adaptation de Jean-Paul Sartre, mise ne scène de Cacoyannis et musique de Prodomides : un grand moment du TNP vécu avec les copains et copines du lycée, qui m’a fait plonger à 15 ans dans le théâtre antique.

A ma grande honte, je constate qu’il n’y a que quatre auteures sur mes rayons théâtre : Colette, Sagan, Réza et NDiaye Mais pour Colette et Sagan, leur théâtre  n’est pas ce que je préfère. Marie NDiaye, je la réserve pour le rayon romans. Je choisis donc ce Théâtre de Yasmina Réza : confinement oblige, j'aime bien ses pièces en huis-clos !

Choix de théâtre

Choix de théâtre

Dans mon rayon Poésie, mes  trois choix : ce volume de Oeuvres  de Robert Desnos chez Quarto Gallimard.  On y trouve TOUT  Desnos en 1395 pages, ce qui est connu et ce qui l'est moins.  En août 1929, Desnos fait un Voyage en Bourgogne, avec sa femme Youki et Foujita, en "costumes de route "cousus par Foujita ! page 628, étape à Dijon :" Au débarquement, à Dijon, une fête, encore une, nous accueillit. Mais la cité est riche et peut se payer des réjouissances à l'instar de Paris. (...) Un quelconque congrès de la boustifaille avait attiré de nombreux visiteurs. L'avenue de la Gare était encombrée de promeneurs. Ils tournaient en rond autour du square de la Place Darcy, et, de nos fenêtres de l'hôtel de la Cloche, nous pouvions les voir se disperser  dans les rues avoisinantes, tandis que, sagement, nous buvions du vittel-cassis glacé."

Mais c'est du poète que je voulais vous parler. Que choisir ? Allez, le début de Demain, poème écrit en 1942, et qui vous remontera le moral :

"Âgé de cent mille ans, j'aurais encore la force

De t'attendre,  ô demain pressenti par l'espoir.

Le temps, vieillard souffrant de multiples entorses,

Peut gémir : Le matin est neuf, neuf est le soir."

Je possède un certain nombre d'anthologies poétiques, cueillies au fil du temps et j'avais succombé à  celle-ci pour son titre : Poèmes à dire (Seghers) choisis par Daniel Gélin et préfacée par Jean Vilar. On y trouve « Corps perdu », un très beau poème extrait de Cadastre d’Aimé Césaire. 

Ce petit chapitre poésie sera clos par une lumineuse rencontre de 2018 à la Maison de Rhénanie-Palatinat  : Marina Skalova,  jeune poète franco-allemande née à Moscou en 1988  qui  parle aussi le russe " J'ai conçu Atemnot (Souffle court) comme un recueil bilingue en français et en allemand. Ces deux langues sont mes langues d'écriture, sans pour autant être mes langues maternelles. L'écriture a toujours été liée pour moi à une expérience de l'étrangeté, de l'entre-deux. Dans ce texte, la parole s'éveille dans les deux langues, se reflète dans le miroir toujours légèrement déformé que l'autre lui tend, soulignant ainsi  l'altérité et l'étrangeté de chaque langage." (édition CHEYNE)

 

Choix de poésie

Choix de poésie

 Au rayon des romans italiens je choisis deux auteures. Bon je ne vous cache pas que j'ai beaucoup d'admiration pour Silvia Avallone, et notamment son formidable  roman D'Acier. Mais c'est un livre lu en vacances  sur ma liseuse numérique. Et j'ai promis de ne pas tricher !

Alors d'abord Elsa Morante avec L’île d’Arturo. Je me rends compte au passage que je possède une quinzaine de romans de Moravia, oubliés pour la plupart, mais  huit volumes d’Elsa Morante. Une époque où elle était surtout perçue comme la femme du premier. La postérité a déjà heureusement rétabli cette injustice. L’île d’Arturo, c'est l'île de Procida dans le golfe de Naples. Un beau roman d'initiation  (traduit de l'italien par Michel Arnaud  )  poétique et violent comme le paysage.

Il ne saurait pas y avoir pour moi  de "Chronique italienne" sans un écrivain turinois. Alors ? Giuseppe Culicchia ? Umberto Ecco ?  Pavese ?  Eh non, ce sera Natalia Ginzburg et Les Mots de la tribu  (Cahiers rouges, Grasset , traduction de Michèle Causse) et son humour percutant dans toutes les situations. Quel courageux foyer de résistance anti-fasciste a été Turin !

Pour terminer en beauté Giorgio  Bassani et Le Roman de Ferrare (autre Quarto Gallimard).  Ceux qui connaissent ma conférence sur Ferrare savent à quel point cette ville et son auteur fétiche me fascinent. Vous trouverez dans ce volume tous les romans de Bassani: Le Jardin des Finzi-Contini, bien sûr. Mais aussi ce roman admirable et peu lu en France : Le héron. Une journée de la vie d'après-guerre d'Edgardo Lementani en 1948.

Aux inévitables transformations sociales qui s'ensuivront après cette "guerre" virale que nous vivons, puissions-nous mieux résister que le héros de ce roman !

Claude Léa, 24 mars 2020.

Choix de romans italiens

Choix de romans italiens

Turin, la ville de tant d'auteurs et d'artistes sublimes. Photo prise un soir de mars 2009.

Turin, la ville de tant d'auteurs et d'artistes sublimes. Photo prise un soir de mars 2009.

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La St Valentoys-Plastique bernant 4

Publié le par Claude Léa Schneider

La St Valentoys-Plastique bernant 4

Peut-être avez-vous récemment fêté la St Valentin ? Non ? Alors il n’est pas trop tard pour fêter la St Valentoys. C’est plus simple : il n’ y a pas besoin d’être deux ! C’est un conseil de Plastique bernant et ça va planer pour vous.

Contrairement à ce que suggère le titre, je ne vais pas me livrer dans cette chronique à un exercice solitaire. Mais avant de vous faire participer, révisons nos classiques. Rappelez-vous le dialogue célèbre dans le conte de Charles  Perrault :

Barbe-bleue:

 « Anne, ma sœur Anne, ne vois-tu rien venir ? 

A quoi Anne répond :« Je ne vois rien que le soleil qui poudroie, et l’herbe qui verdoie. »

Cette chronique étant inspirée par les pages 105 -106 du catalogue de Printemps de la Vitrine magique,  je vous propose d’adapter la question  en  plaçant  « vibro » devant le 2e Anne, ce qui donne  « Anne, vibromasseur Anne, ne vois-tu rien venir ? »    A quoi Anne va se charger de répondre.

La St Valentoys-Plastique bernant 4

Au 18e siècle, on considérait que les huîtres étaient tellement aphrodisiaques qu’on les dégustait uniquement entre hommes, comme dans  « Le déjeuner d’huîtres »,   de Jean-François de Troy (1735)  un des rares tableaux où l’on voit sauter un bouchon de champagne.

 

Apparemment ça marche beaucoup moins bien avec le  double-burger-frites-mayonnaise-soda puisque un article du Courrier international se demande pourquoi les jeunes font si peu l’amour alors que beaucoup de tabous sexuels sont tombés dans nos sociétés et pas seulement occidentales.  Cette chute des rapports amoureux  serait même une « récession mondiale » !

« Anne, vibromasseur Anne, ne vois-tu rien venir ? »

« Je ne vois rien que  l’amour qui  se fossoie et la société qui merdoie. » 

https://www.courrierinternational.com/article/enquete-cinq-raisons-pour-lesquelles-les-jeunes-font-si-peu-lamour

La St Valentoys-Plastique bernant 4

Pourquoi ?

Nombreuses hypothèses : les sites et jeux vidéo porno, l’usage de Tinder, l’augmentation du stress, la cohabitation  prolongée chez les parents, la précarité économique, les  sextoys,  jusqu’aux œstrogènes présents dans l’environnement à cause des plastiques : merci Plastique bernant !  Nombreux seraient les jeunes hommes  qui ne  voudraient pas  nouer une relation amoureuse  à cause, je cite, des « exigences imparfaites ou inattendues des relations avec les femmes. » !

« Anne, vibromasseur Anne, ne vois-tu rien venir ?"

« Je ne vois rien que  les sentiments  qui se fourvoient  et le plastique qui se déploie ».

 

https://www.courrierinternational.com/article/vu-dallemagne-pour-les-millenials-le-bonheur-est-la-maison

La St Valentoys-Plastique bernant 4

Je vois aussi une vidéo tournée dans un jardin public. Un homme plutôt jeune pousse devant lui un fauteuil roulant  dans lequel est assise une très jolie jeune femme. Le couple s’approche d’un banc libre. L’homme prend la jeune femme dans ses bras, l’installe sur le banc, s’assoit à côté d’elle, l’enlace amoureusement. Zoom : la jeune femme est vraiment ravissante. Très gros plan : c’est une androïde ! L’homme explique que l’IA ne permet pas encore à sa compagne de marcher comme un humain, mais qu’elle est tout de même beaucoup moins contrariante qu’une vraie femme !

 « Anne, vibromasseur Anne, ne vois-tu rien venir ? »

« Je vois une étude sérieuse  menée en 2017 qui dit  « qu’un quart des 18-34 ans préféreraient sortir avec un robot dans le futur »   Ah bon ?!!!

https://www.francetvinfo.fr/replay-radio/nouveau-monde/nouveau-monde-dans-le-futur-lamour-algorithmique_3556279.html

https://www.parismatch.com/Actu/Insolite/Un-Chinois-s-est-marie-avec-son-robot-humanoide-1225544

https://www.parismatch.com/Actu/Insolite/Un-Chinois-s-est-marie-avec-son-robot-humanoide-1225544

Vous me direz que ces phénomènes touchent en majorité de jeunes hommes.  Vraiment ?

- « Anne, vibromasseur Anne, ne vois-tu rien venir

« Je ne vois rien que  les sentiments  qui se dévoient  et le moi qui s’apitoie ».

- Je vois la photo  d’une auto-mariée.

- Comment ça, Anne,  une « auto-mariée » ? une mariée en auto ? !

- Non, une jeune femme qui vient de célébrer son auto-mariage.

Voilà ce qui arrive quand on habille les petites filles en princesse kitch rose girly  et qu’on les fait rêver au prince charmant  qui n’existe pas : elles se revendiquent plus tard « célibataires exigeantes »-quel horrible slogan pour un  site de rencontres ! - qui font fuir  d’autres  célibataires,  épouvantés par leurs exigences. Et dans leur désespoir solitaire, elles s’épousent elles-mêmes !

La St Valentoys-Plastique bernant 4

- « Anne, vibromasseur Anne, ne vois-tu rien venir

« Je ne vois rien que des égocentrés qui larmoient et des petits malins qui festoient. »

Il y a en effet une dizaine d’années que des petits malins ont inventés l’auto-mariage : pas besoin de publication de bans,  ni de mairie, ni d’église ni d’aucun culte, si ce n’est le culte de soi-même. Je dis « petits malins » parce que qui dit mariage dit dépenses  qui rapportent aux prestataires, et en Europe, au Japon et aux États-Unis, il y a des stages –grassement payés aux petits malins qui les organisent- de préparation à l’auto-mariage.  Et je n’en doute pas : il faut se préparer à supporter pendant des années la vision terrifiante de son selfie solitaire, habillé en meringue, encadré dans le salon !

 « C’est pathétique » comme l’analyse  l’écrivaine franco-suisse Nicole Giroud  sur son site « Papiers d’arpèges ».

https://nicole-giroud.fr/lauto-mariage-pathetique-et-revelateur-5021

"Automariage" photo Courrier International

"Automariage" photo Courrier International

« Anne, vibromasseur Anne, ne vois-tu rien venir ? »

« Si, je vois venir dans tout ça d’insidieuses  stratégies d’évitement de l’Autre,  cet –te Inconnu-e  qui fait peur ! Et des profiteurs qui exploitent cette peur. »

Car apparemment c’est l’absence de réalité qui plaît ! d’où l’engouement érotique  pour les fourrures pastel, les licornes, les oreilles d’animaux et les vibromasseurs turquoise et vert fluo, comme dans le catalogue de la Vitrine Magique entre le range-télécommandes en plastique et l’oie de jardin en polyrésine, qui fait coin coin !

La St Valentoys-Plastique bernant 4

Et toi, Plastique bernant, qu’est-ce que tu me conseilles ?

 Eh bien en attendant  les lendemains qui chantent l’amour algorithmique, commande-toi vite chez Hubert Jelivretou, un jeu vidéo « de charme », quelques toys en plastique, une pizza au gingembre et passe une bonne St Valentoys , seul-e sous ta couette !

Comme disait Claire Bretécher, qui nous a quittés tout récemment (mon idole absolue, je ne m'en remets pas ...)  dans  un dessin de sa série Agrippine :

 

Retrouvez très vite cette chronique  dans le dernier BCG sur Station Simone :

https://www.stationsimone.fr/accueil

 

Et ensuite en podcast : https://www.stationsimone.fr/la-galerie

à bientôt !

 

Publié dans Chroniques, Station Simone

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Selfie -Prinstet –Greco (et quelques autres)

Publié le par Claude Léa Schneider

Autoportrait d'Arnaud Prinstet

Autoportrait d'Arnaud Prinstet

La première fois qu’on a vu apparaître un selfie, c’était en 2002 sur un forum australien, avant que le genre n'explose mondialement, comme vous le savez. Aujourd’hui, en  2020, il y a des sociologues qui se demandent si la mode du selfie aura disparu dans 10 ans, même si le selfie va bien au-delà de la représentation de soi.  Ce qui est sûr, c’est que le genre de l’autoportrait qui, lui,   a explosé au début de la Renaissance, traverse  les siècles jusqu’à nous et s’adapte à tous les supports.

L'Homme au turban rouge, Jan van Eyck, 1433. Considéré comme le 1er autoportrait

L'Homme au turban rouge, Jan van Eyck, 1433. Considéré comme le 1er autoportrait

C’est comme ça que j’ai découvert Arnaud Prinstet. Arnaud Prinstet est un peintre français, né en 1970, qui a commencé une carrière d’ingénieur avant de se consacrer à la peinture et qui depuis le début des années 2000,  c’est-à-dire en même temps que se répandaient les selfies, a commencé à peindre un autoportrait par jour. Oui, vous avez bien entendu : peindre  frénétiquement un autoportrait par jour ! 365 autoportraits par an ! son  visage très rond, cerné de noir, des grandes oreilles, des yeux immenses   qui nous regardent obsessionnellement, des tons primaires  éclatants posés à grands coups de brosses, dans un style un peu sauvage sur un fond brut, en close-up.  

Arnaud Prinstet peignant un autoportrait

Arnaud Prinstet peignant un autoportrait

Ce qu’il y a de bien au 21e siècle,  c’est qu’on peut, quand les artistes  le proposent, être abonné sur le net  à leur fil d’actualité, comme le font par exemple JR, ou justement Arnaud Prinstet. Imaginez que ses contemporains aient pu suivre Michel-Ange pendant qu’il galérait à terminer son Jugement dernier au plafond  de la Chapelle Sixtine ! tout seul parce qu’il s’était engueulé avec ses assistants.  Vous vous souvenez la dernière fois que vous avez repeint le plafond du séjour toute la journée, bras tendu, en extension  sur l’escabeau, en étirant la peinture au rouleau et  sans génie ? Dans quel état était votre cou le soir ! ?

Imaginez maintenant Michel –Ange,  à plus de 60 ans, tout seul–debout sur un échafaudage, bras tendu, tête renversée, peignant pendant plus de cinq ans  sa titanesque fresque du Jugement dernier,  au pinceau et avec génie.

Michel-Ange, fresque du Jugement dernier, chapelle Sixtine, entre 1536 et 1541

Michel-Ange, fresque du Jugement dernier, chapelle Sixtine, entre 1536 et 1541

. Si Facebook  avait existé, on aurait pu l’encourager :

- Prends soin de toi,  Michelangelo,  n’oublie pas de faire une pause pizza  à midi six !

 - Avanti Michelangelo ! t’as raison, peins-les tous à poil  !

 - Attenzione Michelangelo :  Bagio de Cesena, tu sais, le 1er conseiller
 papal ? il vient te voir ! Et il est vénère , il trouve que tu peins des obscénités  ! 
-  Accroche-toi au pinceau, il va  retirer l’échelle !
 - Va bene Michelangelo, t’as raison, peins-le en Minos avec des oreilles
 d’âne  et un serpent qui lui bouffe les couilles ! 

Pour une anecdote amusante à ce sujet, suivez le lien ci-dessous.

Je ne sais pas pourquoi je vous parle de Michel-Ange parce que ce n’est pas du tout le sujet ! Ah si, c’est parce que, justement, dans son Jugement dernier, Michel-Ange  a caché son autoportrait. Il s’est représenté en St Barthélémy,  tout nu, assis sur un nuage, en train de tenir de la main gauche la dépouille de sa propre peau qu’il semble jeter  dans le vide! Retenez bien ça !

Autoportrait de Michel-Ange en St Barthélémy.

Autoportrait de Michel-Ange en St Barthélémy.

Donc, comme j’étais abonnée au mailing d’Arnaud Prinstet,  je suivais  l’évolution des ses autoportraits quotidiens, de ses performances, dans des galeries, en plein air, dans des lieux insolites, projeté sur l’Arc de triomphe du Carrousel, et même une fois faisant une expo dans un métro en marche !

Projection sur l'arc de triomphe  du Carrousel d'un autoportrait d'Arnaud Prinstet, Paris, Nuit blanche 2007

Projection sur l'arc de triomphe du Carrousel d'un autoportrait d'Arnaud Prinstet, Paris, Nuit blanche 2007

Et puis tout d’un coup, Prinstet en a marre de peindre des autoportraits, et le 22 septembre 2017 à 18h 09, je reçois  un dernier mail de lui qui disait en substance  que la recherche menée à travers tous ses autoportraits lui avait  fait  trouver la Foi. Qu’il se retirait et devenait orthodoxe, qu’il partait en Grèce pour apprendre à peindre des icônes, et que la vente à prix symbolique de ses dernières  toiles  lui permettrait de financer son projet. Et depuis, plus rien ! j’ai bien cherché sur le net. Mais il a disparu. Même son site a disparu.  Étonnant non !?

icône orthodoxe grecques

icône orthodoxe grecques

J’avais presque  oublié cette histoire, quand elle m’est revenue  d’un coup au mois de novembre dernier en visitant la formidable expo Greco au Grand Palais. Greco, né en 1545, doit son surnom au fait qu’il est né en Grèce où  a commencé par peindre des icônes. Pour Greco au 16e siècle, comme pour Prinstet au 21e, peindre des icônes ça veut dire peindre  des personnages en reproduisant scrupuleusement les modèles orthodoxes, de façon  intemporelle, et surtout sans jamais afficher son identité :  on ne doit pas reconnaître l’artiste qui a l’obligation de s’effacer derrière son art. 

Et c’est ce qu’est parti faire Prinstet en Grèce: en apparence le contraire de l’autoportrait, et en apparence   à contre-courant du selfie, même si la Toile avec une majuscule, est pleine de « selfies iconiques ».  Étonnante cette expression,  bel oxymore, vous ne trouvez pas ?

Selfie -Prinstet –Greco (et quelques autres)

Et puis tout d’un coup, Greco en a marre de peindre des icônes, il veut peindre autre chose.  Il débarque à Venise, en  petit étranger inconnu et sans le sou, pour peindre comme on le fait en Italie à l’époque, qui est  la Renaissance. Là il apprend beaucoup, mais la concurrence est rude, à Venise comme à Rome, d’où il se fait chasser du Palais Farnèse  parce qu’il a osé parodier  Michel-Ange, mort peu d’années auparavant ! Alors il part en Espagne et il s’installe avec sa famille à Tolède où son style s’affirme, il peint alors frénétiquement, avec une prédilection pour la répétition, des ciels presque abstraits, dans un environnement sauvage, des couleurs primaires éclatantes en touches libres,  des regards obsessionnels, des personnages prétendument religieux

 Greco, Ste Marie-Madeleine pénitente,v 1584, détail

Greco, Ste Marie-Madeleine pénitente,v 1584, détail

Greta  Thunberg, Photo Courrier international

Greta Thunberg, Photo Courrier international

Mais je suis sûre que vous avez déjà croisé dans le tram  les visages du  cardinal de Guerera, de Francisco Pisa, et de St Martin, mais vous ne les avez pas reconnus parce qu’ils étaient habillés comme vous et moi. Et voyez  sa Marie-Madeleine pénitente levant les yeux au ciel, elle a le regard de Greta Thunberg ! En fait ils sont tous parmi nous ! Greco, de l’icône au portrait,  Prinstet, de l’autoportrait à l’icône,  dans un exercice symétrique et intemporel  à la recherche  de l’essence et du mystère de l’être à travers soi.

Greco, Portrait du frère Hortensio Felix Paravicino, v1609-1611

Greco, Portrait du frère Hortensio Felix Paravicino, v1609-1611

Y aurait-il un point commun entre Greco et Prinstet, les icônes, et nos selfies frénétiques et répétitifs dont des sociologues disent qu’ils sont  « une  béquille narcissique qui vise à camoufler la place liée au manque d’affection » ? Mais pas que.

 Que cherche, au-delà  de l’auto-promotion Kim Kardashian sur Instagram avec ses centaines de selfies presque aussi dénudés que les personnages du Jugement dernier de Michel-Ange ? Et que cherchent  ses 97 millions d’abonnés en les regardant  ? Quant à savoir si le plafond de la Chapelle Sixtine a déjà été regardé par 97 millions de visiteurs …. Ça vous choque que je rapproche Kim Kardashian et Michel-Ange ? Pourtant question star –système, ego démesuré et quête de soi, ils sont très proches !

How To Take a Selfie - Kim Kardashian Selfie Tips

How To Take a Selfie - Kim Kardashian Selfie Tips

Et si, comme Greco, Prinstet, Kardashian, Michel-Ange, chacun de nous, avec ses selfies magnifiés, rejetant une insatisfaisante dépouille,  était à la  recherche  de l’essence et du mystère de l’être à travers soi ?  Toujours la même chose, comme disait Baudelaire : « Cherchez l’éternel dans le transitoire ! »

Pour une analyse sociologique du selfie,je vous renvoie à l’article Les mondes numériques  sur le site Wordpress de l’UFR de Sciences Sociales Paris-Est;  cliquez sur le lien ci-dessous

Selfie -Prinstet –Greco (et quelques autres)

Publié dans Chroniques, Station Simone

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Voltaire, Rousseau et Mozart amateurs de vin de chocolat et de café

Publié le par Claude Léa Schneider

Voltaire, Rousseau et Mozart amateurs de vin de chocolat et de café

Chères Amies et chers Amis de l'Alliance française de Bourgogne, voici le diaporama que vous n'avez pas pu voir le 23 janvier 2020.

Je place les diapos les unes au-dessous des autres, sinon la lecture n'est pas aisée sur un smartphone.

Merci de votre intérêt et bonne découverte !

Claude Léa Schneider

clasch92@orange.fr

Voltaire, Rousseau et Mozart amateurs de vin de chocolat et de café
Voltaire, Rousseau et Mozart amateurs de vin de chocolat et de café
Voltaire, Rousseau et Mozart amateurs de vin de chocolat et de café
Voltaire, Rousseau et Mozart amateurs de vin de chocolat et de café
Voltaire, Rousseau et Mozart amateurs de vin de chocolat et de café
Voltaire, Rousseau et Mozart amateurs de vin de chocolat et de café
Un livre passionnant, dont il reste peut-être quelques exemplaires à la librairie du musée Magnin

Un livre passionnant, dont il reste peut-être quelques exemplaires à la librairie du musée Magnin

Le château de la Marquise du Châtelet

Le château de la Marquise du Châtelet

Voltaire, Rousseau et Mozart amateurs de vin de chocolat et de café
A visiter en été.

A visiter en été.

Voltaire, Rousseau et Mozart amateurs de vin de chocolat et de café
Voltaire, Rousseau et Mozart amateurs de vin de chocolat et de café
Voltaire, Rousseau et Mozart amateurs de vin de chocolat et de café
L'autre "demeure" de Rousseau.

L'autre "demeure" de Rousseau.

La dernière "demeure" de Rousseau.

La dernière "demeure" de Rousseau.

avec un itinéraire de découvertes

avec un itinéraire de découvertes

Voltaire au  chocolat !

Voltaire au chocolat !

Et Rousseau tout choco !

Et Rousseau tout choco !

Le peintre des déjeuners de chocolat

Le peintre des déjeuners de chocolat

Voltaire, Rousseau et Mozart amateurs de vin de chocolat et de café
Voltaire, Rousseau et Mozart amateurs de vin de chocolat et de café
Voltaire, Rousseau et Mozart amateurs de vin de chocolat et de café
Voltaire, Rousseau et Mozart amateurs de vin de chocolat et de café
Voltaire, Rousseau et Mozart amateurs de vin de chocolat et de café
un CD sort récemment, teaser ci-dessous

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Voltaire, Rousseau et Mozart amateurs de vin de chocolat et de café
Voltaire, Rousseau et Mozart amateurs de vin de chocolat et de café
Pour répondre à une question

Pour répondre à une question

une femme d'avant-garde à découvrir !

une femme d'avant-garde à découvrir !

Les grands textes de la littérature n'ont pas été écrits pour les sujets du bac!

Les grands textes de la littérature n'ont pas été écrits pour les sujets du bac!

Et méritent d'être re-découverts quand on est adulte et qu'on les comprend mieux !

Et méritent d'être re-découverts quand on est adulte et qu'on les comprend mieux !

Voltaire, Rousseau et Mozart amateurs de vin de chocolat et de café
Eh oui, déjà !

Eh oui, déjà !

Voltaire, Rousseau et Mozart amateurs de vin de chocolat et de café
Ah .... et  puis (z)ut ! non do !

Ah .... et puis (z)ut ! non do !

Pour découvrir  celui dont un boulevard dijonnais porte le nom.

Pour découvrir celui dont un boulevard dijonnais porte le nom.

Voltaire, Rousseau et Mozart amateurs de vin de chocolat et de café
Voltaire, Rousseau et Mozart amateurs de vin de chocolat et de café
Voltaire, Rousseau et Mozart amateurs de vin de chocolat et de café
Les livres de Brigitte et Jean MASSIN sur Mozart  sont  passionnants.

Les livres de Brigitte et Jean MASSIN sur Mozart sont passionnants.

Pas si loin de la réalité du caractère de Mozart en fait.

Pas si loin de la réalité du caractère de Mozart en fait.

Très douée aussi, mais c'était une fille...

Très douée aussi, mais c'était une fille...

Le Corton que Voltaire aimait boire "en suisse" : climats Les Perrières et les Bressandes

Le Corton que Voltaire aimait boire "en suisse" : climats Les Perrières et les Bressandes

un grand paysagiste peu connu en France

un grand paysagiste peu connu en France

Et pour finir par un sourire. Merci pour votre accueil et votre fidélité :-) Découvrez aussi les autres articles de ce site.

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Le Tupperware ivre : Plastique bernant 3

Publié le par Claude Léa Schneider

Toutes mes excuses, Rimbaud, mais c'est pour la bonne cause !

Toutes mes excuses, Rimbaud, mais c'est pour la bonne cause !

Je suis un pichet gradué Tupperware.

« Comme je descendais les Fleuves impassibles » Non !  en 2032,  les fleuves n’étaient plus impassibles, et  commençons par le commencement.

Je suis un pichet gradué Tupperware. Voilà près de 40 ans que je suis né, tout neuf et super résistant, en France, dans notre usine de Joué-lès-Tours, de mon père, Brevet 1946, et de ma mère, Polyéthylène, qui me trouvait trop mignon avec mes graduations en relief  et mon joli couvercle bleu.

Et  puis,  du Val de Loire on m’a transporté en Val de Saône : j’aime les liquides, l’eau, le lait, la pâte à crêpes, les fleuves, la mer et leurs teintes graduées.

Et  puis, tu m’as accueilli, chère hôtesse.

Tupperware Party

Tupperware Party

Je n’oublierai jamais cette belle journée de démonstration-vente dans ta maison des bords de Saône. Tu avais réuni des amies et des voisines  et tu avais organisé une superbe fête. Je n’étais pas seul non plus : avec moi il y avait les frères Ramequins-frigo, les sœurs jumelles Boîtes micro-onde, Mr Shaker, Cocotte Isotherme,  et d’autres compagnons de voyage.

Tout de suite, j’ai beaucoup aimé ta maison au bord de l’eau, chère hôtesse, et j’espérais secrètement rester chez toi et ne pas aller dans une autre maison. C’est ce qui est arrivé :  tu nous as gardés  et nous sommes restés, les frères Ramequins,  Cocotte isotherme, la râpe à parmesan et moi. Et dans ta cuisine, j’ai eu la chance de retrouver des aînés, déjà installés, comme Boîte à fromages, une vraie copine, bien que nettement plus âgée. Mais nous sommes faits d’un plastique tellement résistant !

Le Tupperware ivre : Plastique bernant 3

 Maintenant tu n’es plus, chère hôtesse, mais que de beaux souvenirs partagés : j’aimais surtout quand je te servais à préparer la pâte à crêpes et à doser la farine et le lait, et le rhum ! Que de belles soirées de Chandeleur  nous avons passées ! Et aussi tous ces pique-niques où tu m’emmenais avec Cocotte Isotherme et  Boîte à fromages :  nous étions  beaucoup moins casaniers que la râpe à parmesan. Quelle merveille cette belle nappe en plastique à fleurs déployée sur un pré, ces boissons multicolores  et toutes ces pailles fluo ! ça planait pour nous !

Mon émotion déborde à plus de 1 litre 5 à l’évocation  de ces beaux souvenirs, chère hôtesse, maintenant que ta maison a été engloutie, et que tu as été emportée par les grandes crues de 2030… Nous, nous avons survécu, mais  nous sommes faits d’un plastique tellement résistant ! 

Inondations dans le Sud-Est : 23-11-2019http://www.leparisien.fr/societe/inondations-dans-le-sud-est-un-homme-porte-disparu-des-dizaines-d-avions-cloues-au-sol-23-11-2019-8200083.php

Inondations dans le Sud-Est : 23-11-2019http://www.leparisien.fr/societe/inondations-dans-le-sud-est-un-homme-porte-disparu-des-dizaines-d-avions-cloues-au-sol-23-11-2019-8200083.php

Le plus pénible a été de voir ta maison disparaître sous la Saône dont le niveau montait à toute allure. Déjà, nous nous étions échappés de la cuisine, j’avais libéré les frères Ramequins de leur chambre froide et nous flottions sur le lac qui avait été ton jardin …Que faire, nous demandions-nous ? Nous ne dérivions pas à la même vitesse, il fallait bien nous séparer. Mais ce n’était pas triste ! Nous savions qu’un jour nous nous retrouverions tous ensemble dans l’océan Pacifique, sur le 7ème  continent. Nous sommes faits d’un plastique tellement résistant !

 C’est dans ce grand espoir que nous nous sommes quittés. Boîte à fromages regrettait que tu n’aies jamais acheté de fromages basques et voulut mettre cap au Sud-Ouest.

Quant à moi,  les fleuves m’ont laissé descendre où je voulais

Plus léger qu’un bouchon j’ai dansé sur les flots.

Car je n’avais qu’une destination en tête : Venise !

Canaletto, La Place St Marc à Venise, vers 1740-1750

Canaletto, La Place St Marc à Venise, vers 1740-1750

Tout de suite, j’ai remarqué que le paysage

autour de nous s’était transformé depuis ces dernières années 

et déjà le courant  impétueux de la Saône, charriant  

pierres, gravats, pneus et branchages,

m’emportait rapidement vers Lyon et le Rhône,

 où je perdis mon beau couvercle bleu dans le chaos d’un tourbillon.

J’ai vu dans le clapotis furieux des barils  métalliques

Des toitures entières renversées, dérivant

Comme des nefs folles,

J’ai vu l’eau verte pénétrer dans des remorques éventrées,

Grasses de vomissures de fuel.

J’ai heurté, savez-vous, d’innombrables épaves.

Je sais les cieux crevant en éclairs, et les trombes,

Et les ressacs, et les courants, 

J’ai traversé les Alpes, gagné la Suisse :

Glaciers, soleils d’argent, flots nacreux, cieux de braise !

En arrivant  en Italie j’ai vu les grands lacs se rejoindre

Comme s’ils formaient une mer intérieure.

http://www.meteo-paris.com/actualites/inondations-dramatiques-en-italie-le-lac-majeur-deborde-14-novembre-2014.html

http://www.meteo-paris.com/actualites/inondations-dramatiques-en-italie-le-lac-majeur-deborde-14-novembre-2014.html

Enfin à Padoue, je pus rejoindre la Brenta qui me conduirait à la cité des Doges.

Dans les clapotements furieux des marées

La lagune a béni mes éveils maritimes

Le soleil apparut, infusé d’astres, et lactescent,

Dévorant les azurs verts,

Dans des reflets iridescents des hydrocarbures.

Je fus surpris en découvrant cette cité presque engloutie. Un fût de dioxine, qui flottait à côté de moi et qui  était du coin- il venait du complexe pétrochimique de  Marghera- m’apprit que les digues MOSE prévues pour une acqua alta de 3m- et qui d’ailleurs n’avaient jamais vraiment fonctionné- étaient depuis longtemps submergées par les crues de 4 m.

https://www.nicematin.com/meteo/videos-un-desastre-les-incroyables-images-de-la-pire-maree-haute-depuis-53-ans-a-venise-430815

https://www.nicematin.com/meteo/videos-un-desastre-les-incroyables-images-de-la-pire-maree-haute-depuis-53-ans-a-venise-430815

Le courant me poussa tout droit vers le narthex de la basilique St Marc où ne se pressaient plus des foules de touristes, comme je te l’avais entendu décrire, chère hôtesse, mais la cohorte toujours renouvelée des bouteilles en plastique. J’entrai.  Et à l’intérieur … Je flottais magnifiquement à la hauteur des coupoles byzantines. Ah, chère hôtesse, je suis sûr que tu n’as pas pu admirer les précieuses mosaïques dorées d’aussi près que moi. Cependant on sentait dans l’air, non un parfum d’encens, mais une persistante odeur de vase,  d’acétone et de … molybdène, m’apprirent deux barils blessés qui se tenaient tout près de moi.  Et d’un coup je me sentis comme ramolli. Pourtant je suis fait d’un plastique tellement résistant !

intérieur de la Basilique St Marc

intérieur de la Basilique St Marc

Mais quels sont ces craquements ? Des tesselles se détachent des voûtes,  qui se fissurent, il semble que tout … s’effondre … impossible de remonter le courant vers  la sortie !  Et que vais –je devenir, moi, né  pour durer  1000 ans, pauvre petit pichet Tupperware gradué, dégradé, misérable bol de plastique, même pas byzantin, et comment retrouver mes amis ?

O que St Marc éclate ! O que j’aille à la mer !

                                                                                       Claude Léa Schneider   13 JANVIER 2020

 

Biennale de Venise -Lorenzo-Quinn_Support_Venise2017_ML-1200x900

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Arthur Rimbaud, manuscrit du Bateau ivre.

Arthur Rimbaud, manuscrit du Bateau ivre.

Retrouvez cette chronique dans BCG  Episode 5 sur STATION SIMONE
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