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39 articles avec chroniques

C'est la rentrée sur STATION SIMONE !

Publié le par Claude Léa Schneider

C'est la rentrée sur STATION SIMONE !

..."Suppose et supposons une supposition
que le mot ver luisant se prononce escarcelle,
que le mot chocolat se prononce violon,
que le mot tirelire se prononce hirondelle." ...
 
extrait d'un poème de Claude Roy) Le rire en poésie, Editions Gallimard

Pour cette nouvelle série, résolument tournée vers l'avenir, j'ai emprunté sans vergogne un vers du poète Claude ROY :  « Supposons une supposition » ! 

Remarquez que le logo (ci-dessous)  ne représente pas n'importe quel sac de voyage : c'est celui de FREUD, photographié dans sa maison à VIENNE ! Les fantômes qui se reflètent dans la vitrine qui le protège, c'est nous ! Espérons que ce bagage historique  nous accompagnera  aussi loin que possible dans la prospective.

C'est la rentrée sur STATION SIMONE !

Le premier numéro de « Supposons une supposition » a été enregistré en juillet 2020 à LATITUDE 21, maison de l’architecture et de l’environnement, 33 rue de Montmuzard  à Dijon .

  Une occasion de donner la parole à son directeur, Sébastien APPERT, qui nous présente le très attrayant jardin partagé du Mont des Muses, la vie intense et les missions de l'institution LATITUDE 21 : expositions, ateliers, excursions, conférences ... à destination de tous les publics.    Puis de  parcourir en sa compagnie  quelques salles avant la fin de la très belle exposition Luc SCHUITEN., un architecte visionnaire.

Pour écouter l'émission, c'est facile, il suffit de cliquer sur le lien STATION SIMONE ci-dessous, de descendre la page d'accueil . Vous voyez le logo de l'émission "Supposons une supposition" , ainsi que celui de Latitude 21, à gauche se trouve  le lecteur du podcast : il n'y a plus qu'à cliquer sur la flèche de lecture et à se laisser porter par le chant des oiseaux ....

Au cours de cette visite, nous évoquons deux livres importants qui plairont à tous ceux que toutes les formes du vivant intéressent et  qui souhaitent "refaire connaissance" pour   "approcher  les habitants de la Terre, humains compris. "   Les voici ci-dessous :

 

Et si vous souhaitez également "pister des loups",  ce sera possible  à Latitude 21 avec la nouvelle exposition qui  s'ouvre dès mardi 1er septembre ! 

 

Au cours de l'interview, Sébastien APPERT explique que nous retrouverons prochainement Luc SCHUITEN à LATITUDE 21  puisqu'il participe au projet paysager très novateur  qui a été retenu  pour le site de la Saline Royale d’Arc et Senans:  Le cercle immense.  Sébastien APPERT, philosophe de formation, participe également à ce projet.

Pour en savoir davantage sur cette aventure passionnante,  suivez donc  le lien ci-dessous :

C'est la rentrée sur STATION SIMONE !

Mais c'est aussi la rentrée de SIMONE QUESTIONNE,  émission dont c'est déjà le 24e numéro ! 

Je suis allée rendre visite à la plasticienne Edith NICOT, dans son atelier, 98 rue Berbisey à Dijon, à l'occasion de l'exposition à laquelle elle participe, à Salins-les-bains.

 

Un très petit aperçu des créations d'Edith NICOT

Un très petit aperçu des créations d'Edith NICOT

Au cours de cette interview, nous parlons, entre autres,  de sa technique de fabrication du papier, le kozo, à partir du liber du mûrier, de sa double casquette professionnelle, de ses sources d'inspiration et de son choix de  matériaux insolites qui la font renouveler son art sans cesse. 

 Et aussi d'un fabuleux nid de guêpes qui vous fera porter un autre regard sur ces insectes. Une façon de retrouver les recherches de Baptiste Morizot cité plus haut.

A  quand un musée (sérieux) de l'art des animaux ? (qui n'est pas l'art animalier !)

Diffusion  de SIMONE QUESTIONNE n°24  avec Edith NICOT ce  lundi 31 août à 13h et mercredi 2 septembre à 10h; et ensuite en rediffusion, puis en podcast.

le tout ici : https://www.stationsimone.fr/

Retrouvez-la aussi sur ses pages Facebook :

https://www.facebook.com/edith.nicot.1

https://www.facebook.com/Papier-de-Soi-602444060166257

Et sur RV dans son atelier  98 rue Berbisey 21000 Dijon- edith.nicot@bbox.fr

C'est la rentrée sur STATION SIMONE !

MAIS STATION SIMONE, C' EST AUSSI TOUTES LES EMISSIONS  QUE VOUS DECOUVREZ EN DESCENDANT CETTE PAGE !

VOUS AVEZ UNE IDEE, UN PROJET D'EMISSION QUE VOUS SOUHAITERIEZ REALISER ? PRENEZ CONTACT AVEC NOUS : stationsimone@gmail.com

A STATION SIMONE, NOUS SOMMES TOUS BENEVOLES !

STATION SIMONE, C' EST TOUTES LES EMISSIONS QUE VOUS VOULEZ CREER !
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Bon anniversaire, Boris Pahor !

Publié le par Claude Léa Schneider

Boris Pahor en 2012 photo ULF ANSERSEN- AURIMAGES franceinfo

Boris Pahor en 2012 photo ULF ANSERSEN- AURIMAGES franceinfo

Bon anniversaire Boris Pahor !  Vous avez 107 ans aujourd’hui, ce 26 août 2020 ! Vous êtes né à Trieste, en 1913,  ce qui vous  donne le très honorable titre de « doyen de la littérature mondiale », mais vous avez toujours préféré les engagements aux honneurs.

Félicitations et admiration sans réserve, tout de même. Vite récrire un  article sur vous ! Vous qui vous adressez aux jeunes pour leur parler d'avenir,  mais que la génération des responsables de l’Europe écoute peu. Elle ne manquera pas de vous encenser post mortem, soyez-en sûr- et d’ailleurs vous le savez bien- sans   prendre  davantage en compte par des actes  ce que vous ne cessez de nous dire. Vous le pressentez aussi, hélas.

Ce qu'il a toujours à nous dire, Boris Pahor, il l'a exprimé le 16 octobre 2013, à Bruxelles, accueilli par Martin Schultzinvité au Parlement européen pour qu'on lui remette  le Prix du Citoyen Européen : à 100 ans, il était  temps, il était temps qu'on l'écoute un peu  !

Debout et sans notes, dans son bref discours de 6 minutes, il a nous a dit que "l'Europe n'est pas digne de tous les morts du 20ème siècle qui se sont battus pour la liberté", qu'il y a toujours des gens qui fuient les dictatures, qui viennent demander asile  et meurent en mer ou en chemin. 

Qu'"il faut que les  jeunes  sachent qu'on n'est jamais vacciné  contre la dictature qui peut toujours revenir."

Que "les morts sont là à attendre une Europe avec une éthique, pas une éthique de l'argent, mais une éthique sociale".

Que "les femmes dans l'Europe d'aujourd'hui ont la possibilité de changer l'Europe"

Qu' "il faut que l'Europe trouve une identité politique et sociale qui se fasse valoir, et pas seulement écrite."

Et qu'"elle doit  être tournée vers le futur et conduire à un renouveau du monde occidental, pour le changement de la société européenne."

Quai de Trieste, 27 juillet 2015.

Quai de Trieste, 27 juillet 2015.

Maintenant je m’adresse à toi, lectrice ou lecteur, que je remercie au passage de lire cet article, et permets que je te tutoie, car la question que je vais te poser est intime. Est-ce qu’il t’est déjà arrivé dans les transports en commun, d’être à côté de personnes qui ne sont pas des touristes mais qui discutent dans une langue étrangère – qui n’est pas l’anglais- et de sentir autour, de la part d’autres voyageurs,  une espèce d’agacement, d’hostilité ?

Tu as remarqué ? Je l’observe souvent dans le tram de la ville de province où j’habite, et je n’aime pas ça du tout. Je n’aime pas cette espèce de xénophobie sournoise et silencieuse.  C’est comme si pour  certains, on faisait intrusion dans leur univers francophone.  Et ça les dérange.  D’ailleurs  il y a même des gens qui se lèvent carrément et qui changent de place tellement ça leur est insupportable. Comme si c’était épidermique.

Si je te parle de ça, c’est parce que Boris Pahor raconte la même chose même si ça se passe il y a plus d’un demi-siècle.

 Pour commencer la scène est muette et  se passe en Italie : l’auteur et sa femme sont dans un train, ils sont partis de  Trieste où ils vivent, et ils vont à Florence voir une exposition consacrée au peintre Raphaël. Et comme le voyage est un peu long, ils ont emporté de la lecture. La femme de l’auteur est plongée dans le Corriere delle sera, le journal italien bien connu. Quant au narrateur, il lit un guide touristique italien. Assis à côté d’eux, il y a  un monsieur élégant qui leur sourit très aimablement à chaque fois qu’ils lèvent les yeux.

Tout à coup,  l’auteur s’adresse à sa femme et il lui parle dans leur langue maternelle, c’est-à-dire en slovène. Stupéfaction du monsieur élégant  qui ne peut carrément pas  supporter ce scandale, alors qu’il croyait que ses voisins de train, qui lisaient en italien, étaient Italiens comme lui !  Il les regarde d’un air indigné, il se lève, il change carrément de place et  il continue de leur lancer des regards exaspérés jusqu’à la fin du voyage.

Cette scène se trouve dans un recueil  de nouvelles de Boris Pahor qui s’appelle Arrêt sur le Ponte-Vecchio,

Bon anniversaire, Boris Pahor !
Vue de Trieste en soirée,  25 juillet 2015

Vue de Trieste en soirée, 25 juillet 2015

Trieste, ville funeste, ville d’écrivains d’accord, ville de carte postale peut-être, concurrente de Venise pour les séjours en amoureux, soit  ! Mais, si vous prévoyez d'y passer votre voyage de noces, je vous le déconseille.  Le passé terrible de cet espèce de four à karst austro-mussolinien  et de ses redoutables  « foibe » transpire partout C’est bien le souvenir de juillet 2015 que j’en garde.

Et n'espérez pas vous asseoir tranquillement  au bord de l'Adriatique, la ville ne l'a pas prévu ! A moins que les photos ci-dessous ne vous enchantent ! Ne cherchez pas de plage accueillante non plus. 

Quais de Trieste.
Quais de Trieste.

Quais de Trieste.

Trieste est une ville dure. La présence de nombreux touristes, russes en majorité, n'y change rien. Ni les rayons du soleil dans les verres de Spritz sur les terrasses bondées dès  la fin d'après-midi, ni les glaces délicieuses.

 

Tout le monde connaît la partition de Berlin en 4 zones après la conférence de Yalta en 1945, puis la construction du mur de Berlin en 1961 et sa chute en novembre  1989.

Mais peu de gens connaissent les multiples partitions de Trieste au 20e siècle. Cette ville bien située stratégiquement au nord de l'Istrie, presqu'en face Venise, a été  propice aux grands nettoyages ethniques  et aux épurations politiques.

 Encore autrichien au début du 20e siècle, revendiqué par les Italiens, les Serbes, les Croates et les Slovènes, ce grand port de l’Adriatique devient un des nids de l’Italie fasciste en 1921, occupée par les Allemands en 1943, jusqu’à l’entrée des Yougoslaves de Tito en 1945 et des Néo-Zélandais.

Divisée en 1947 en 2 zones sous contrôle de l’ONU : la zone A anglo-américaine et la zone B yougoslave. Jusqu’à ce qu’en 1954, la zone  A retourne à l’Italie, la B à la Yougoslavie mais partagée entre la Croatie et la Slovénie !  Trieste n’est totalement italienne qu’en 1977 ! mais les conflits sont encore sous-jacents aujourd’hui. Il n’y a qu’à regarder la délicate  répartition de l’espace maritime.

Bon anniversaire, Boris Pahor !

En 1913 à la naissance de Boris Pahor, Trieste fait encore partie de l’Empire austro-hongrois.  On construit à la périphérie de la ville  une usine de décorticage du riz, une « risiera », la Risiera di San Sabba.

Mais dans les années 20, quand Mussolini arrive au pouvoir,  à l'école on  interdit à Boris de parler sa langue maternelle, le slovène. Et  l’enfant voit brûler sous ses yeux le centre culturel slovène. Pour les fascistes, les Slovènes sont des « punaises ».  "Est-ce que les punaises qui infestent un appartement ont une nationalité?" lit-on dans la presse fascisante de l'époque.

la Risiera di San Sabba.
la Risiera di San Sabba.

la Risiera di San Sabba.

En 1943- Boris Pahor a 30 ans- ce nid de fascistes est occupé par les Nazis qui transforment discrètement  la risiera, un ensemble de grands bâtiments de briques un peu à l'écart du centre,  en camp de la mort : ce sera le seul en Italie. Camp avec four crématoire. Le four a été construit par des ouvriers de Trieste à qui les Nazis avaient passé  commande, sans leur en donner la destination : les ouvriers pensaient construire un four industriel ...  ç’en était un, très sinistrement industriel.

En 2015, pour trouver la risiera, ce n'était pas si simple, il n'y avait presque pas de fléchage et nous étions peu nombreux à visiter le site. C'est sans doute pourquoi, ceux qui entretenaient ce lieu de mémoire nous ont remerciés  chaleureusement de notre visite.

Maintenant il y a un site sur lequel vous pouvez découvrir ces lieux.

27 juillet 2015; l'emplacement initial du four.
27 juillet 2015; l'emplacement initial du four.

27 juillet 2015; l'emplacement initial du four.

Le bâtiment principal de la risiera abrite une très instructive et douloureuse exposition.

Le bâtiment principal de la risiera abrite une très instructive et douloureuse exposition.

A cette époque, Boris Pahor rejoint l'armée de libération yougoslave, ce qui lui vaut d'être emprisonné à la Risiera, puis déporté au Struthof, puis à Dachau, puis à Dora, puis  à Bergen-Belsen ...

En 1945, c'est l'entrée de Tito à Trieste : autre grande vague d'épuration. La ville se prête géologiquement à merveille à tous les nettoyages ! Elle est adossée à un massif de karst, roche blanche creusée de gouffres verticaux  qu'on appelle des "foibe". Depuis des siècles,  et à certaines époques encore davantage, on a pris la méchante habitude d'y précipiter les gens, morts ou vifs.

Bon anniversaire, Boris Pahor !

 

Dans les années 50, quand Boris revient à Trieste, il écrit Quand Ulysse revient à Trieste  ! Comme pour d'autres écrivains malmenés de cette époque- et toutes celles et tous  ceux qui ont vécu l’expérience des camps-  on n’avait pas envie d'entendre ce qu'ils avaient à dire.

Ce roman écrit en 1951, paru en 1955, n'a été traduit qu'à partir des années 2000 : traduction  française en 2013 pour le centenaire de son auteur. Quant aux éditeurs italiens, ils ont refusé de publier son témoignage dans les années 80. ci-dessous le lien Étonnants voyageurs. 

Boris Pahor vit toujours à Trieste, ou plus exactement à Prosecco, petit village perché sur les hauteurs de Trieste, près de la « route  Napoléon ».

Cher Boris Pahor, je n’ai pas de verre de prosecco (!)  à lever pour vous souhaiter un bon anniversaire et boire à votre courage et à votre belle santé. Alors permettez-moi, pour vous faire honneur, de lever un verre de Corton Grand Cru, récolté et élevé par mon fils, non loin de l’endroit d’où je vous écris ! Je vous souhaite une belle 107ème année.

Bon anniversaire, Boris Pahor !
Bon anniversaire, Boris Pahor !
Bon anniversaire, Boris Pahor !
Bon anniversaire, Boris Pahor !
Statue de Maximilien de Habsbourg à Trieste, un fil conducteur de " 4M ", à suivre ....

Statue de Maximilien de Habsbourg à Trieste, un fil conducteur de " 4M ", à suivre ....

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HUMBOLDT ET LES TROIS MANCHOTS

Publié le par Claude Léa Schneider

Manchot de Humboldt - Photo  Wilfried Wittkowsky — httpscommons.wikimedia.org

Manchot de Humboldt - Photo Wilfried Wittkowsky — httpscommons.wikimedia.org

Quand une blague du 1er avril devient une idée géniale : le directeur du musée d'art Nelson-Atkins de Kansas-City  et le directeur du zoo de cette même ville du Missouri, dont les établissements étaient fermés pour cause de confinement, ont eu l' idée magnifique  mais pas si farfelue, de faire visiter l’un par des pensionnaires de l’autre, afin de les sortir de l'ennui du zoo déserté. Trois manchots d' Humboldt sont venus visiter le musée des Beaux-Arts !

Les manchots d’Humboldt (Spheniscus humboldti), une espèce menacée d’extinction,  vivent habituellement sur les côtes du Chili et du Pérou, et comme  Julian Zugazagoitia, le directeur du musée, est né au Mexique, il  les a considérés comme des visiteurs « hispanophones » ! Vous allez voir au fil de cette chronique que  ce détail mexicain a son importance.

Comme vous pouvez le constater sur le document ci-dessous, les trois manchots invités - Bubbles (5 ans), Maggie (7 ans) et Berkley (8 ans)-  se sont montrés très respectueux et intéressés par la visite. Et d'ailleurs plus amateurs de peinture de la Renaissance que de Nymphéas !

Voilà une histoire qu’aurait vraiment adorée  Humboldt, dont ces manchots  portent le nom ! 

- Mais qui est-ce?

- Comment ça, vous ne savez pas ?

- Euh ... non.  Ah si ! l'université de Berlin, sur Unter den Linden,  en face de   l'Opéra, s'appelle "Humboldt" ! C'est le même ?

- Non !  lui c'est Wilhelm, il a fondé l'Université de Berlin en 1810.

- Si ce n'est lui, c'est donc son frère ?

- Exact ! Son petit frère Alexander  qui a donné son nom à plus de 300 plantes, plus de 100 animaux –dont ces  manchots - et qui détient le record mondial des lieux qui portent son nom, y compris sur la Lune,  et que l'on considère comme l'un des pères de l’écologie.  Et nous ne le connaissons pas ? Étonnant, non ?

 

Alexander von Humboldt en Amérique du Sud, vers 1800

Alexander von Humboldt en Amérique du Sud, vers 1800

Vous connaissez peut-être la bio de Pascal, expresse et percutante, que Chateaubriand a  écrite dans Le Génie du Christianisme et qui commence comme ça : « Il y avait un homme qui à douze ans avec des barres et des ronds, avait créé les mathématiques ; qui à seize avait fait le plus savant traité des coniques qu’on eût vu depuis l’antiquité ; qui à dix-neuf réduisit en machine une science qui existe tout entière dans l’entendement » et qui se termine par : « cet effrayant génie se nommait Blaise Pascal. »

Si vous voulez lire le texte intégral (rassurez-vous, il est court), suivez ce lien :

https://fr.wikisource.org/wiki/G%C3%A9nie_du_christianisme/Partie_3/Livre_2/Chapitre_VI

Eh bien je vous propose une bio, un peu à la manière de Chateaubriand, mais forcément un peu plus longue, puisque si Pascal est mort à 39 ans, Alexander von Humboldt a vécu un demi-siècle de plus,  une longue vie de 89 années 1/2 hyper actives. (1769-1859)

Si je peux me permettre  le faire, c'est parce que je viens de terminer le livre passionnant d'Andrea Wulf, sa biographe (traduit de l'anglais par Florence Hertz et paru dans l'édition française en 2017) : 

Ce gros livre de 600 pages, dont j'ai extrait la plupart des citations, allie  le rythme trépidant d'un roman d'aventures à la rigueur d'un travail universitaire. Il se dévore et je vous le recommande chaudement !

Vous êtes prêt-e pour la bio "à la manière de", mais illustrée !  c'est parti !

Il y avait  un homme né à Berlin, d'une famille aristocrate, fut républicain toute sa vie;

qui, à 20 ans, en 1789,  fila  à Paris pour voir la Révolution et aida à transporter du sable pour la construction du Temple de la Liberté,

qui, à 21 ans rédigea sa première publication scientifique ;

qui, à 22 ans fut nommé conseiller des mines de Prusse,  inventa pour les mineurs un masque pour éviter d'inhaler les poussières  et une lampe sécurisée et fonda une école des Mines à ses frais ; avec qui Goethe, son aîné de vingt ans, mit au point un appareil d’optique, Goethe qui disait de lui : « En huit jours de lecture assidue, on n’en apprendrait pas autant  qu’avec lui en une heure. » ;

De gauche à droite :  Schiller, Wilhelm, Alexander (debout) et Goethe, dans le jardin de Schiller à Iéna.

De gauche à droite : Schiller, Wilhelm, Alexander (debout) et Goethe, dans le jardin de Schiller à Iéna.

qui, à 28 ans s’installa à Paris et fréquenta tous les milieux scientifiques, fut intime avec Gay-Lussac et Arago,  marqua tous les esprits de son temps et inspira Darwin, Thoreau, Morse et les jeunes savants des générations postérieures ;

François Arago (1786-1853) : la vie des cinq frères Arago est passionnante (et on y retrouve le Mexique): https://fr.wikipedia.org/wiki/Fran%C3%A7ois_Arago

qui, à 30 ans cosmopolite, polyvalent  et polyglotte, embarqua avec le naturaliste et botaniste Aimé Bonpland pour un voyage d’études de cinq années en Amérique latine et aux États-Unis, traversa les Andes, entreprit l’ascension du Chimborazo jusqu'à 5917 m (Volcan d'Équateur qui culmine à 6263m) ) et  en fit une cartographie globale qui changea radicalement la façon de voir le monde ;

Alexander von Humboldt et Aimé Bonpland dans la jungle amazonienne, par Edouard Ender.

Alexander von Humboldt et Aimé Bonpland au pied du Chimborazo par Friedrich Georg Weitsch 1806.

Alexander von Humboldt et Aimé Bonpland au pied du Chimborazo par Friedrich Georg Weitsch 1806.

qui « fut le premier à définir la fonction  fondamentale  de la forêt dans l’écosystème et son rôle dans la régulation du climat »,  qui était capable de « lire l’enchaînement de tous les phénomènes terrestres en même temps »

 

qui « fut le premier  à établir un lien entre le colonialisme et la destruction de l’environnement » , qui toute sa vie condamna l’esclavage, « le plus grand de tous les maux  qui ont affligé l’humanité » ;

Museo Nacional del Virreinato, Tepotzotlán, Mexico  Représentation des "races" au Mexique.

qui fréquenta Simon Bolivar et Jefferson ; un homme qui dans le premiers tiers du 19e siècle mit sur pied, avec son ami Gauss,  la « Croisade magnétique » : un réseau international de stations de mesures géomagnétiques qui recueillit près de deux millions d’observations en trois ans ; 

qui avait le projet de fonder au Mexique un centre scientifique, international et libre,  qui accueillerait tous les savants désireux de partager une vision commune de la science;  

Timbre de RDA (1983) émis pour le bicentenaire de la naissance de Bolivar, avec Humboldt au 2nd plan. Cependant Humboldt condamna fermement son ancien ami, quand le "Libertador" devenu "un tyran hypocrite" réprima dans le sang  le soulèvement  les peuples indigènes.

qui, à 58 ans, de retour à Berlin, auprès du Roi de Prusse qui l'appelait « Le plus grand homme après le Déluge » organisa, à l’université que son frère avait fondée, des conférences scientifiques  gratuites vraiment tout public où étaient admis étudiants, ouvriers, domestiques et femmes !

L'université Humboldt  à Berlin en 1850.

qui, à 59 ans, entreprit un voyage scientifique en Russie et en Asie centrale -16 000 km en moins de six mois - aux frais du tsar,  à qui il demanda la grâce de prisonniers politiques déportés en Sibérie ; qui à Miass fêta ses 60 ans avec le grand-père du futur Lénine ;  qui, protégé par un masque en cuir « muni d’une fente pour les yeux couverte d’un grillage en crin de cheval » traversa indemne des contrées où sévissait une épidémie d’anthrax  et nota que  c’était « la consommation de viande qui transmettait la maladie aux hommes » ;

source de la carte :

https://crecleco.seriot.ch/recherche/biblio/13HUMB/v-GorsheninaOK.pdf

qui,  à 70 ans, échangeait des données et travaillait déjà selon une méthode scientifique moderne  de savoirs partagés ; qui aidait financièrement les jeunes savants sans le sou alors que lui-même empruntait parfois de l’argent à son valet et ne possédait même pas la collection complète de ses propres œuvres parce qu’elle était trop chère ; qui recevait quatre à cinq mille lettres du monde entier par an;

qui, à 75 ans, publia le 1re des 5 tomes de Kosmos, pour « décrire le monde physique tout entier dans un seul et même ouvrage »,  un best-seller scientifique vendu à 20 000 exemplaires en deux mois, réédité et traduit en dix langues avec des cartes comparatives comme personne n'en avait jamais fait.

source de la carte : https://actualite.housseniawriting.com/science/2019/09/18/le-scientifique-le-plus-influent-dont-vous-navez-peut-etre-jamais-entendu-parler/29657/

qui à 87 ans, victime d’une attaque, nota scrupuleusement  par écrit tous  ses symptômes;

Alexander von Humboldt, âgé, dans son bureau berlinois.

Cet homme universel, scientifique et poète, adoré de Pouchkine et d’Edgar Poe, dont l’anniversaire était fêté jusqu’à Hong Kong, qui était l’homme le  plus célèbre au monde après Napoléon Bonaparte -jaloux de lui, Napoléon voulait l’expulser de France ! - dont le centenaire de la naissance le 14 septembre 1869 fut célébré dans le monde entier, qui avait écrit plusieurs de ses grands ouvrages en français et dont le capitaine Nemo de Jules Verne possédait tous les livres,

  MAIS dont trois  guerres avec l’Allemagne nous ont fait  absurdement oublier jusqu’au nom, laminant la mémoire, non pas de cet "effrayant génie" mais de ce généreux génie  qui se nommait Alexander von Humboldt.

 

Alexander von Humboldt en 1843, dans sa tenue favorite, économique et "toutes occasions" (costume noir, chemise et cravate blanches) par Stieler.

Alexander von Humboldt en 1843, dans sa tenue favorite, économique et "toutes occasions" (costume noir, chemise et cravate blanches) par Stieler.

Alors, oui, Alexander von Humboldt aurait vraiment adoré voir "ses" manchots visiter un musée, lui qui reliait "les mondes culturel, biologique et physique" sur une Terre "où tout entre en relation" (et sans jamais évoquer Dieu ), "l'humanité n'étant qu'une petite partie de l'ensemble".  Mais il aurait été  catastrophé par nos imprudences,  notre sur-exploitation forcenée des ressources de la Terre et nos visions à court terme, "redoutant l'influence de l'activité humaine sur le climat, et de graves conséquences sur les "générations futures" malgré ses avertissements lancés il y a maintenant deux siècles !

Est-ce seulement par sentiment anti-allemand persistant que nous l'avons oublié, et le monde anglo-saxon aussi qui a brûlé ses livres et  débaptisé des rues portant son nom ?

Ou bien est-ce parce que ce visionnaire a tort d'avoir eu raison ?

HUMBOLDT ET LES TROIS MANCHOTS

Cet article est  un  "prolongement préparatoire" (il y en aura d'autres) d'une future conférence prévue  pour novembre 2020, qui s'appellera " 4M " (ah, tiens donc, pourquoi ?) et que j'aurai le plaisir de présenter en duo avec l'historienne Joëlle Cornu.

Photo personnelle: mais où donc l'ai-je  prise ?

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DECONFINONS AVEC YAN LIANKE

Publié le par Claude Léa Schneider

DECONFINONS AVEC YAN LIANKE

Nul doute que dans les jours prochains je vais me procurer  un roman de Yan LIANKE !

Je n’en ai encore jamais lu. Et vous ?

Cette envie m’est venue en  lisant  la leçon inaugurale que cet écrivain chinois a adressée à ses  étudiants de lettres de Hong Kong.  On trouve ce texte  dans le n° de mars 2020 (n°1532) du Courrier International dans un article titré «  Ne laissons pas Pékin réécrire l’histoire de l’épidémie. » (lien en annexe en fin d'article )

La Chine est particulièrement  douée pour la manipulation de  l’Histoire à coups de  mensonges et de crises d’amnésie, bien qu’elle n’en ait pas le triste monopole.

Yan LIANKE,  né en 1958 de parents pauvres et illettrés du Henan,  a réussi à se sortir de cette condition en entrant en 1979 dans l’Armée populaire de Libération et en y devenant écrivain.  On devine qu’il n’avait pas le choix. On devine aussi  ce qu’il a dû être contraint de rédiger sous les ordres des thuriféraires de cette « armée de libération » et quelles couleuvres lexicales et petits arrangements avec la réalité sémantiques il a dû avaler.  Il a tenu bon, a commencé à être inquiété en 1992, puis censuré en 1994, et définitivement chassé de l’armée en 2002 quand il a écrit Bons baisers de Lénine, immédiatement censuré.

 

DECONFINONS AVEC YAN LIANKE

Cette fois, Yan LIANKE ne parle pas de la folie maoïste, mais de l’épidémie de Covid-19. Il s’interroge sur les chiffres officiels et il craint l’oubli à jamais de la réalité des faits si la vérité n’est pas reconnue dès à présent. Et nous pouvons nous interroger et nous inquiéter avec lui.

« Quand j’étais petit, lorsque je commettais la même erreur deux  ou trois fois de suite, mes parents m’appelaient et me demandaient en pointant un doigt sur mon front : “As-tu une mémoire ?” (…) Car perdre la mémoire, c’est risquer de perdre aussi les outils ou la capacité de cuisiner ou de cultiver.(…)

Pourquoi parler de tout cela aujourd’hui ? Parce que l’épidémie de Covid-19, cette catastrophe d’envergure nationale et internationale, n’est pas encore vraiment endiguée ; la contamination est loin d’être terminée.(…) Depuis que le Covid-19 est entré pas à pas dans nos vies, nous ne savons pas précisément combien de gens sont morts à ce jour, que ce soit dans les hôpitaux ou en dehors. Nous n’avons même pas encore eu le temps de nous en enquérir, et le temps passant, cela pourrait bien rester un mystère à jamais.(...)

Désormais, les souvenirs d’un individu sont un outil du temps présent, où les souvenirs d’une collectivité et d’une nation dictent à un individu la part des choses à oublier et celle des choses à retenir. (...)

DECONFINONS AVEC YAN LIANKE

En  France, des chercheurs  planchent  à juste titre sur le succès des théories complotistes. Mais s’interroge-t-on sur les causes de l’érosion  de la confiance dans le discours officiel ? Sans même évoquer les lourds secrets d’État, ni Tchernobyl - il n’a jamais été dit officiellement que le nuage de Tchernobyl ne franchissait pas nos frontières, c'était juste un bulletin météo - (lien en annexe en fin d'article ), nous connaissons aussi le déni d’État, les affirmations contradictoires et les  arrangements avec la vérité.

A cet égard, le triste et scandaleux épisode des masques est exemplaire ! Il se trouve que suivant le conseil d'une professionnelle de santé bien avisée,  j'en porte chez moi depuis des années pour faire du ménage ou vider l'aspirateur, ce qui a réduit considérablement rhumes et sinusite.  Les masques sont très efficaces et il a toujours été très difficile de s'en procurer en pharmacie. Ce n'était un secret pour personne.

 

Petite parenthèse à  propos de masques et de Chine : vous avez des jeunes près de vous ? Regardez donc avec eux ce magnifique film chinois de Wu Tiang Ming : "Le Roi des masques" et ensuite discutez avec eux du sort réservé aux filles en Chine jusqu'au XXe siècle compris. Pas de craintes pour les cœurs sensibles : le film finit bien !

 

Infantilisation généralisée

Des étudiants  allemands et italiens, avec qui j'ai l'habitude de discuter et qui  travaillent avec des étudiants français, font la même  remarque : les jeunes Français ne sont pas suffisamment élevés à être autonomes et responsables.

Sans doute cela explique-t-il pourquoi  l'État français traite ses concitoyens comme l’enseignement français a historiquement  l’habitude de traiter ses élèves :  sans  faire confiance et sans développer le sens des responsabilités. Il était frappant pendant cette période de comparer les interventions télévisées d'Angela MERKEL avec les interventions gouvernementales françaises.

D'un côté un discours qui en appelait posément  à la responsabilité collective, de l'autre cette façon judéo-chrétienne de considérer  les Français, dans un rapport de sujétion, comme s'ils étaient vaguement fautifs.

 De même appliquer les mêmes mesures de confinement en Ile-de-France et dans le Massif central a semblé absurde à plus d'un. Encore une fois, ça sent la punition générale, qui est, rappelons-le, aussi illégale qu’arbitraire.

DECONFINONS AVEC YAN LIANKE

Pendant ce confinement, notre jargon hexagonal s'est emballé !

"Hexagonal" en référence à un  petit livre de poche de 1970 -L'hexagonal tel qu'on le parle, de Robert BEAUVAIS- que je conserve précieusement.

Tout d'abord cette horrible expression de "distanciation sociale" au lieu "distance physique", tout simplement !

La "distanciation", c'est soit le recul (intellectuel, psychologique) que l'on prend par rapport à ce qu'on fait, à ce qu'on montre. C'est pourquoi ce terme est parfaitement adapté à l'effet voulu dans certaines pièces du  théâtre de Brecht : Verfremdungseffekt = effet de distanciation.

Et c'est aussi "l'écart, le refus de relation entre les différentes classes sociales", et alors là, pas la peine de nous l'imposer, cette distanciation  est déjà  particulièrement bien installée dans la société française !

Et pourquoi "social(e)" et non "physique" puisqu'il s'agit de se protéger d'un virus ? sans doute parce qu'on a créé récemment l'abominable et inutile néologisme : "sociétal(e)" alors que l'adjectif  social(e) suffit à tous les emplois.

Si comme moi vous donnez des cours de "Français Langue Étrangère" (FLE) et que vos étudiants vous demandent de leur expliquer le sens des phrases qui accompagnent les 7 cases à cocher de la fameuse "attestation de déplacement dérogatoire"-qui a pu pondre un titre pareil ?! - vous allez passer un moment tristement réjouissant ....

Et comme "dans les milieux autorisés, on s'autorise à penser", comme disait si bien COLUCHEvoilà maintenant qu’on nous incite à passer « un été apprenant » !

"Un été apprenant" avec quelques pauses pour jouer au  "référentiel bondissant en présentiel" sans doute ?!   NB : Pour les non -initiés au jargon hexagonal des instructions de l’Éducation nationale, le « référentiel bondissant » a désigné très sérieusement... un ballon !

"Un été apprenant" , nous voici une fois de plus infantilisés et  enjoints d'emporter un cahier de vacances ! comme si les Français n’étaient pas capables d’aller vers la culture tout seuls ! 

Rappelons que l’édition française de la  Nuit des Musées  a attiré plus de 2 millions de personnes en 2019,   qu'il y a eu 7,5 millions de festivaliers  cette même  année et plus de 12 millions de visiteurs en France en 2018 pour le seul week-end  des journées du Patrimoine !

Allez, petite citation (de mémoire) de Jean GUEHENNO -autre enfant pauvre qui s'est arraché à sa condition-  citation sur laquelle nos milieux autorisés feraient bien de méditer :  « Je pense que l’essentiel de la culture est dans l’appétit qui la fait rechercher. »

Jean GUEHENNO qui s'est arraché à sa condition pour plonger dans les tranchées de la Guerre de 14, osant dire, dans "Journal d'un homme de 40 ans"  « la seule chose qu'on n'ose jamais dire, parce qu'elle fait crier d'horreur les mères, les épouses, les enfants, les amis... Je dirai donc que cette mort innombrable fut inutile. Je dirai donc que j'ai conscience que mes amis sont morts pour rien. Douze millions de morts pour rien ».

 

Voilà qui nous ramène directement à la leçon inaugurale de Yan LIANKE et à ses interrogations que nous pouvons de tout cœur partager :

« Pourquoi les fosses de l’histoire doivent-elles toujours se remplir de milliers et de milliers de morts de simples gens, et les tragédies de notre époque être assumées par des milliers et des milliers de nos vies ?

Dans le grand flot de notre époque, les souvenirs personnels sont souvent considérés comme l’écume et le rugissement superflus de notre temps, que celui-ci pourra effacer. Le temps est capable sans bruit, sans un mot, de faire en sorte qu’ils n’aient jamais existé. »

« C’est ainsi qu’une fois les souvenirs passés dans la noria du temps, arrive le gigantesque oubli. C’en est fini des corps humains dotés d’une âme. Le calme a été établi ; le minuscule pivot de la vérité, sur lequel la terre s’appuie pour tourner, n’est plus là. Ainsi, l’histoire n’est plus que légendes sans fondements, oublis et imagination. Voilà pourquoi grandir avec une mémoire et des souvenirs personnels qui ne peuvent être altérés ni faire disparaître est important. Ce sont les fondements essentiels pour pouvoir dire la vérité. (…)Si un jour même nous sommes privés de cette pauvre part de vérité et de souvenirs, alors qu’adviendra-t-il en ce monde de la vérité individuelle et de l’authenticité des faits historiques ? »

DECONFINONS AVEC YAN LIANKE

Alors, par quel livre de Yan LIANKE commencer ?  A vous de choisir.

Il est important de dire que  sa traductrice française attitrée était Sylvie GENTIL qui a vécu 30 ans à Pékin, décédée de façon soudaine en avril 2017. Une traductrice émérite, élève de François CHENG, qui pour une fois n'a pas été oubliée des médias.

Deux liens ci-dessous permettent d'apprécier  ce que nous  devons à son travail de traductrice:

Après des sujets si graves, terminons par un sourire : le monologue de Don Diègue du Cid revu par Robert Beauvais en hexagonal. Vous remarquerez que en un demi-siècle  certains mots ou expressions sont passés dans notre langage courant : c'était bien vu !

 

DECONFINONS AVEC YAN LIANKE

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ET LISEZ RECLUS 7 PARCOURS SCHUITENIEN

Publié le par Claude Léa Schneider

ET LISEZ RECLUS  7  PARCOURS SCHUITENIEN

Dernière la carapace du masque, des lunettes de soleil et des gants vinyle, cheminant dans la ville désertée, resplendissante et pourtant obscure, résonne en moi les vibrations de Lux Aeterna de LIGETI.

J’éprouve une sorte de sentiment étrange, en terrain faussement connu, sorte de « Souvenirs de l’éternel présent » comme dans cette étrange chambre « Louis XVI » où Bowman vit et meurt en temps accéléré à la fin de 2001, L’Odyssée de l’espace de KUBRICK.

ET LISEZ RECLUS  7  PARCOURS SCHUITENIEN

Depuis quelques jours, je recherche fébrilement sur le net une BD qu’on  m’avait prêtée au tout début des années 80 et dont les images me hantent. Et je l’ai retrouvée ! C’est Carapaces  de Luc et François SCHUITEN.

Luc et François ? « SCHUITEN » seraient-ils deux ?  Exactement ! Luc, né en 1944 et son frère  François, né en 1956, ont d’abord collaboré à imaginer les planètes fantastiques des trois albums des Terres Creuses dont Carapaces est le premier volet.

Je me souviens avec une très grande précision de l’endroit où  j’ai lu Carapaces, avec cette quasi certitude qu’il viendrait un jour où nous devrions vivre au quotidien avec des carapaces protectrices. Nous y sommes (presque).

Carapaces  de Luc et François SCHUITEN.

Carapaces de Luc et François SCHUITEN.

ET LISEZ RECLUS  7  PARCOURS SCHUITENIEN

Ensuite, Luc SCHUITEN a poursuivi sa carrière d'architecte "biomimétique" de l’après-demain : « Un architecte ne dessine jamais que le futur, il dessine des bâtiments qui n’existent pas aujourd’hui, qui existeront peut-être demain. C’est ce que je fais, mais au lieu que ce soit demain, c’est après-demain, un peu plus loin, dans cent ans ou plus tard encore. Je pose des hypothèses, celles qui sont désirables en tout cas pour moi : le monde dans lequel j’aimerais bien vivre, qui s’est réconcilié avec la planète, qui a commencé à bâtir des choses en bonne intelligence. »

 

Luc SCHUITEN, Metz en 2167.

Luc SCHUITEN, Metz en 2167.

Tandis que François SCHUITEN , associé à Benoît PEETERS, a inventé  sur un quart de siècle les mondes des onze (douze ?)  albums des Cités Obscures. Visionnaires tous les deux, tous les trois.

Rue Jeannin, une fine poussière d’immobilité s’est déposée sur des véhicules devenus bienheureusement inutiles.

Au n°8 le directeur des archives départementales met en ligne quotidiennement les fonds d’archives oubliées, de "coronarchives" en "sérendipités" et contribue à perturber la chronologie : au détour de la rue Lamonnoye déserte,  un passant au chapeau melon, comme sur une photo de Martial CAILLEBOTTE.

Passant rue Lamonnoye, document Archives départementales de la Côte-d'Or (ADCO).

François SCHUITEN et Benoît PEETERS, L'Archiviste, Éditions  Casterman.

François SCHUITEN et Benoît PEETERS, L'Archiviste, Éditions Casterman.

Parcours de la ville et parcours du temps. Suis-je  en uchronie  ou en dystopie ?

Imprimerie Lépagnez, document ADCO

« Aux zones en ruines succédaient quelques îlots plus préservés qui semblaient n'avoir été désertés que depuis peu. Parfois même, nous découvrions de curieuses machines dont je ne parvenais pas à comprendre l'usage. » Les Cités obscures, Tome 3 : La tour

 

François SCHUITEN et Benoît PEETERS, Souvenirs de l'éternel présent, Éditions  Casterman.

 

A part quelques  liseurs sur des balcons, les habitants avaient-ils  massivement quitté la ville ? Où étaient-ils ? D'où venait cette impression de décalage ?  Etait-ce une illusion  ? "Je commençais à ressembler aux autres habitants de Samaris, promeneur à demi léthargique parcourant chaque jour les mêmes ruelles."

François SCHUITEN et Benoît PEETERS, Les Murailles de Samaris, Éditions  Casterman.

« La question que maintenant je me pose est de savoir si un point du parcours du temps peut se superposer à des points de précédents parcours. En ce cas, l’impression d’épaisseur des images s’expliquerait par le battement répété du temps sur un identique instant. Il pourrait toutefois se produire, en certains points,  un petit décalage d’un parcours à l’autre : les images légèrement redoublées ou effacées seraient alors l’indice que le tracé du temps est un peu usé par l’usage et laisse une étroite marge qui joue  sur les bords  de ses passages obligés. Mais même s’il ne s’agit que d’un effet optique momentané, il reste l’accent comme d’une cadence dont il me semble que je la sens battre sur l’instant que je vis. Je ne voudrais  toutefois pas que tout ce que j’ai dit fasse apparaître cet instant comme doué d’une consistance intemporelle spéciale dans la série d’instants qui le précèdent et le suivent : du point de vue du temps c’est proprement un instant  qui dure aussi longtemps que les autres, indifférent à son contenu, suspendu dans sa course entre le passé et le futur ; ce que je crois avoir découvert, c’est seulement son retour ponctuel  selon une série qui se répète identique à elle-même à chaque fois. »

Italo Calvino, Temps zéro, traduit de l’italien par Jean Thibaudeau, Éditions du Seuil, 1970.

 

Pourtant, tout avait bien commencé  dans la bulle du 9 janvier 2020 au vernissage de l’exposition Luc SCHUITEN à Latitude 21, alors que le même jour, sous une autre latitude, les autorités sanitaires chinoises –et l’OMS-  déclaraient l’existence d’un nouveau coronavirus qui sévissait depuis un mois et  que nous feignions d’ignorer.

 

Nous étions très nombreux à ce vernissage et  nous n’étions pas venus pour le buffet ! Nous nous pressions  dans une promiscuité rêveuse devant les aquarelles et dessins de Luc SCHUITEN,  ses maisons bioclimatiques, ses « habitarbres », ses villes végétales éclairées en bioluminescence,  ses habitations en osmose complètes avec le lieu de leur implantation.

Ci-dessus une photo prise pendant l'expo, mais la plupart des reproductions sont protégées. Vous pouvez consulter un album sur  le site ci-dessous :

Et Luc SCHUITEN était présent, en grande forme ! Et toujours aussi nombreux, nous  l’avons écouté nous « raconter le futur avec les deux pieds sur terre dans la réalité d’aujourd’hui »,  nous expliquer que « chacun de [ses] dessins est une hypothèse faite pour se poser la question de savoir si  nous avons envie d’y aller ou pas. »  Nulle doute que nous étions prêts à y aller, et  tout de suite !

 

Luc SCHUITEN, le 9 janvier 2020 à Latitude 21 (Dijon), citant Francis BLANCHE :

"Mieux vaut penser le changement que  changer le pansement."

Comme nous étions heureux de l’écouter nous décrire - loin de tout mythe eschatologique et sans prophétie collapsologique- l’obsolescence  de notre actuelle manière de vivre, nous expliquant, avec un enthousiasme communicatif, qu’il y a un autre monde à réinventer et  que la nature nous offre des modèles qui sont une formidable source d’inspiration.

Contents, mais un peu frustrés dans cette cohue, de ne pas avoir eu plus d’espace et de temps pour parcourir toutes les salles, nous étions nombreux à nous promettre de revenir « au calme » pour regarder cette exposition de plus près.

Et puis, les portes de l’exposition se sont refermées à la mi-mars, écourtant l’exposition qui devait durer jusqu’au 30 avril.

L’exposition sera-t-elle prolongée ? D’autres lieux la réclament sans doute. Mais ce n’est pas le plus important. L’important c’est sur quel avenir ces portes se rouvriront.

Portes fermées  de l'exposition  Luc SCHUITEN à Latitude 21.

Portes fermées de l'exposition Luc SCHUITEN à Latitude 21.

Alors que tous les médias et politiques nous entonnent en mode mineur  les chansons du " monde d’après" la crise du COVID 19,

 

c’est à chacun de nous de nous activer pour démontrer qu’ils se trompent et qu’il y a d’autres possibles, pour peu qu’on le veuille.

Pour nos enfants, courage !

« Pour les gens qui veulent bâtir un modèle de société en croissance infinie sur une planète déjà surexploitée, le mot utopie signifie l’illusion d’un rêve impossible à réaliser qui ne s’applique pas à leurs projets. Pour nous qui cherchons à construire un nouveau modèle de société durable, dans une symbiose avec notre environnement naturel, le mot utopie veux dire simplement, un possible qui n’a pas encore été expérimenté. »

Luc SCHUITEN, citation extraite de :

Source : luc-schuiten-installation-lumineuse-arc-et-senans;  photo  Collet

Source : luc-schuiten-installation-lumineuse-arc-et-senans; photo Collet

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ET LISEZ RECLUS 6 Annie Saumont

Publié le par Claude Léa Schneider

La couverture du Courrier international de cette semaine : un choix qui s'impose pour "Le sucre" d'Annie Saumont

La couverture du Courrier international de cette semaine : un choix qui s'impose pour "Le sucre" d'Annie Saumont

De la mansuétude, oui, je ne peux m’empêcher d'éprouver de la mansuétude  à l’égard de ceux qui en France, en Australie ou ailleurs, ont rempli leurs caddies de papier toilette à l’annonce des mesures de confinement. Malgré leur monstrueux égoïsme et la pénurie injustifiée qu’ils ont provoquée, ils ont au moins retenu une chose de l’Histoire du XXe siècle  : quand on veut humilier un groupe humain, on le prive  d’hygiène élémentaire.

Je repense à mon père qui avait tellement souffert du manque d’hygiène dans son Stalag qu’il ne supportait pas qu’on gaspille le moindre morceau de savon, et je revois les petits savons qu’il me confectionnait quand j'étais enfant en modelant les restes de savonnettes.

Mon oncle – je me souviens de la drôle de tête qu’il faisait un dimanche midi de mai 1982 en pleine guerre des Malouines, quand les Exocet et les Super-Étendard, qu’il avait contribué à vendre aux Argentins quelques années auparavant, avaient fortement endommagé les navires  des Britanniques, nos « Alliés héréditaires ». Tout ingénieur général de l’armement qu’il était, il a,  jusqu’à la fin de sa vie, sur-rempli les étagères des toilettes de rouleaux  de PQ blancs ou roses, tant avaient été infâmes les latrines- et leurs corvées-  du camp où il avait été retenu prisonnier quelque part près de la frontière tchèque.

Source : carte_stalag-histoirefamillevilain.blogspot.fr

Source : carte_stalag-histoirefamillevilain.blogspot.fr

Donc oui, j'éprouve  de la mansuétude pour ceux qui ont stocké le PQ, surtout pour ceux qui vivent dans des quartiers oubliés, abandonnés à leurs désespérantes et précaires conditions de vie. Tous ceux à qui depuis des décennies on ne donne pas les moyens d'une dignité sociale par un  emploi qui permette de vivre décemment et de se sentir utile à la société,  qui vivent dans l'insalubrité, sans salle de bains, victimes impuissantes de marchands de sommeil. Alors, oui,  le papier toilette est le dernier rempart de la dignité !

Photo  Fondation Abbé Pierre 2018

Photo Fondation Abbé Pierre 2018

L’enseignement d’Histoire sur les conflits passés et plus spécialement sur  la 2nde Guerre mondiale et l’Occupation sert-il à faire prendre conscience des comportements humains pour éviter qu’ils ne se répètent ?  « L’expérience des autres ne sert jamais à personne. » m’assurait ce même oncle alors que, jeune adulte, je voulais à toute force croire le contraire.

Aujourd’hui, en avril 2020,  les actes de délation représentent jusqu’à 70% des appels à la police. Et que dire de ceux qui envoient des lettres anonymes à leurs voisin-e-s soignant-e-s ou personnels hospitaliers pour leur demander de changer de domicile ?!

Mais je  vous avais promis une deuxième partie de « Dépoussière les classiques et fait briller les contemporains. » consacrée à Annie Saumont et justement, nous  sommes dans le sujet, car  pour poursuivre parallèlement sur le thème "petits classiques"  je n’ai pas honte de dire que c’est seulement au début des années 2000 et  grâce à cet «Étonnant classique GF Flammarion  »  que j'ai découvert cette grande écrivaine.

 

"J’ai un petit ami. D’un mètre quatre-vingt-cinq. Martin. Qui ne cesse de faire des projets. Qui parle de paix universelle. Je doute. (…) Y a des gens que rien ne trouble. Martin ça lui arrive jamais.(...) Il parie sur notre avenir. Je me tais, je me recroqueville. C'est pas facile à endurer, la crainte. Mieux vaut connaître son malheur pour tenter de l'apprivoiser. J'appelle à mon secours le feu de la bataille. (...) A Martin je réponds, Calmos, on discutera plus tard. Pour l'instant la prudence est de rigueur. Ce n'est pas le moment de se lancer dans des projets. Il dit, Pourquoi ? et moi je dis, Parce que. Et je reste muette. Ça vibre au-dehors. Les populations ruminent leurs griefs. Les hommes se regardent de travers. Les femmes s'éloignent à la hâte serrant leur enfant dans les bras. Ma mère réclame de l'eau pour avaler ses gélules."

Extrait de Annie Saumont, « La guerre est déclarée » dans recueil éponyme, GF Flammarion, 2005.

Discrète parmi les discrètes, Annie Saumont a disparu sans faire de bruit  en janvier 2017. Traductrice  de grands romanciers américains et anglophones. Et immense écrivaine de nouvelles- Prix Goncourt de la nouvelle en 1981 et Prix de la nouvelle de l'Académie française en 2003- elle en a écrit plus de 300  répartie en une trentaine de volumes. "Je ne suis pas une romancière" disait-elle, allant jusqu'à changer d'éditeur (Gallimard) parce qu'on voulait la contraindre à écrire un roman, sous prétexte que le roman se vend mieux !

Comme l’écrit l’article que Le Monde lui a consacré  (ci-dessous) : « Écrire des nouvelles, en France surtout, c’est l’assurance d’échapper à la célébrité. »

Et c'est bien dommage !

Pour lire une analyse approfondie du style si particulier et pourtant si proche d'Annie Saumont, une étude très complète d'Yvon Houssais:

En ligne sur le lien ci-dessous :

https://www.cairn.info/revue-roman2050-2010-4.htm

 

Mais il n'est pas besoin de savoir ce que sont des analepses et des prolepses pour lire et comprendre Annie Saumont et son art d'impliquer en permanence le lecteur par  des glissements permanents entre passé, présent et avenir.

Celle qui sait si bien "élever la parole du quotidien" et élever "au rang de révélateur les petites égratignures et les grandes blessures du temps" mérite toute votre attention.

Donc  je n'en écrirai  pas davantage sur Annie Saumont : l'important est de lire ses nouvelles, surtout en ce moment.  Et d'ailleurs en terminant cet article, je sens un goût de manque et me dis que j'irai dès que possible faire le plein de quelques  recueils que je n'ai pas.

ET LISEZ RECLUS 6 Annie Saumont
ET LISEZ RECLUS 6 Annie Saumont

Pour revenir au Courrier international en couverture, le titre montre qu'il y a de quoi être dubitatif quand on sait que les réserves mondiales actuelles sont abondantes (lire p 9) et que ce sont  les stockages  massifs injustifiés, la spéculation, le blocage des travailleurs saisonniers aux frontières, les préférence nationales exacerbées et un manque de coopération qui pourraient  entraîner une crise artificielle. (lire p10-11 et suivantes).

C'est pourquoi certains, bien avisés, nous enjoignent de repenser notre système alimentaire (p19)

Sur la folie du stockage et son  effet domino  laissons une fois de plus la parole à Annie Saumont

ET LISEZ RECLUS 6 Annie Saumont

« Devait arriver. Fallait s’y attendre. Guerre va commencer.

J’achète du sucre.

A Monoprix. Me regardent de travers. Vendeuses. Quand je passe. Mal fringué. Blouson déformé vieux futal. Caddie chargé de cartons Beghin Say (Au Prisu : Daddy’s Suc. Origny à Auchan, Sol chez Leclerc, emballage mauve). Clientes (mais pas toutes, celles qui achètent du sucre). Clientes et parfois clients. Et puis caissières. Maussades, hargneuses même. Exigeant étalage marchandise sur tapis roulant. Connasses. J’explique : c’est au carré, six sur six font trente-six. Rien à faire. Vi-dez-le-cad-die, elles répètent.

(…)

Sucre. Produit pas cher. Peut devenir produit rare, monnaie d’échange. Denrée facile à stocker. Boîtes qu’on empile comme des briques. Ça tient. Sans ciment sans mortier. Si construction établie sur base parfaitement saine et plane. »

(…)

Boîtes montées dernier étage. Par cinq kilos, beaucoup trop. A mon âge. Risques de courbatures. Paquets de sucre vont remplir tous espaces encore libres. Fond de penderie, étagère et placard à balais. Débarras, deux tiroirs commode, un seul réservé pour chaussettes et sous-vêtements thermolactyl. Sucre envahit chambre d’ami (pas d’amis), boîtes renforçant murs à leur base, s’alignant sur le tapis. Plate-forme (en sucre) prolongeant cosy. Sous fenêtre contreforts (de sucre). Cartons entassés dans fauteuil bancal. »

 

Extraits de Annie Saumont, La guerre est déclarée et autres nouvelles, « Le sucre », Étonnants classiques, GF Flammarion, 2005.

C'est dans ce recueil qu'on trouve la nouvelle "Simone"

C'est dans ce recueil qu'on trouve la nouvelle "Simone"

Dans le recueil ci-dessus, vous trouverez une nouvelle  titrée "Simone". Simone est la voix féminine de la SNCF qui vous interpelle dans les gares et sur les quais.

Des étudiants de l’École Estienne l'ont adaptée en un beau très court métrage  d’animation de 2mn;  lien ci-dessous : 

La sucrerie d'Aiserey aujourd'hui. "5000 tonnes de betteraves sont traitées chaque jour, produisant 50 000 tonnes de sucre de bouche pendant la campagne d'octobre à décembre de chaque année"

La sucrerie d'Aiserey aujourd'hui. "5000 tonnes de betteraves sont traitées chaque jour, produisant 50 000 tonnes de sucre de bouche pendant la campagne d'octobre à décembre de chaque année"

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ET LISEZ RECLUS 5 Dépoussiérage sans masque

Publié le par Claude Léa Schneider

ET LISEZ RECLUS  5  Dépoussiérage sans masque

« Dépoussière les classiques et fait briller les contemporains. »

J’aimais bien cette ancienne accroche des éditions scolaires Magnard, devenue plus sobrement « Classiques et Contemporains ». Vous auriez tort de croire que les éditions scolaires et universitaires sont réservées aux collégiens, lycéens, étudiants. Personne ne vous empêchera-quand les librairies seront rouvertes- d’en acheter rien que pour vous. Et pour une somme bien modeste par rapport   au « dépoussiérage » ou à la « mise en lumière » des œuvres d’écrivains immenses qu’elles présentent.

Aujourd'hui première partie :

Liriez-vous aujourd’hui Fontenelle ou Montesquieu ? Non !  Or je vous rappelle que ces écrivains illustres (hommes ou femmes), dont la pensée éclaire toujours notre quotidien,  n’ont pas écrit pour alimenter les sujets du bac !

Vous me rétorquerez que justement vous avez été obligé-e d’en lire à l’école, que vous aviez trouvé ça très chiant et que vous en gardez un mauvais souvenir. Rien de plus normal : Montesquieu, Fontenelle, Rousseau ont écrit pour des adultes. Une raison de plus pour voir ce que vous en pensez aujourd’hui.

D’autant que ces éditions font bien leur travail  et extraient ce qui fait encore sens pour nous.

Vous  avez chez vous de "petits classiques" qui vous restent de vos études ou de celles de vos enfants, et vous n'avez vraiment pas envie d'y mettre le nez ? Normal ! Même si les textes sont "classiques" donc prétendus "indémodables", ces éditions vieillissent mal : le choix des textes correspond toujours à une époque, or nous avons envie de lire des sujets qui nous concernent.

Et puis, comme ce sont des éditions bon marché, le papier jaunit vite (et parfois  sent mauvais).  Achetez-vous donc des éditions récentes qui éclairent le monde contemporain.

La preuve par l'exemple:

Un pasteur télé-évangéliste américain prétend qu’il peut vous guérir du Covid 19 par imposition des mains sur votre écran de télévision  ? Annonce véridique ! cf lien ci-dessous.

 Bien entendu vous  ne gobez pas ce bobard.

Mais avouez que  certaines fausses nouvelles sont si difficiles à débusquer  que des média (papier ou écran) y consacrent des rubriques, comme le mensuel NEON (que j'ai découvert en 2018 chez mon coiffeur et que depuis j'achète de temps en temps car  intéressant et hors des sentiers battus).

Ci-dessous, un exemple du n° 75 de février-mars 2020. Faites le test avant de regarder la solution en bas de page. Pas si facile !

Des journalistes  enquêtent et croisent les sources pour vérifier  l’exactitude des faits. Et nous recommandent de le faire absolument avant de partager une information sur les réseaux sociaux.

Enquêter ? Vérifier l'exactitude des faits avant de se lancer dans tout commentaire, interprétation et autre exégèse ?   mais c'est exactement ce que nous recommandait, avec humour, Fontenelle en 1687 !

Avouez que maintenant vous avez envie d'en connaître davantage ce quasi centenaire (à un mois près!) apprécié de Voltaire et de Diderot et dont les écrits déclenchèrent tant de polémiques !

Ci-dessous, par exemple  le lien Babelio. J'aime bien ce site qui traite tous les genres littéraires et toutes les époques à égalité.

ET LISEZ RECLUS  5  Dépoussiérage sans masque

Dans ces collections dites"scolaires" vous trouverez  des anthologies qui n'existent pas ailleurs. Et ce n'est pas parce que les textes sont suivis de questions à rédiger et de sujets d'écriture  que vous êtes  obligé-e de les faire !

J'ai bien ri en lisant cette série de pastiches de Pascal Fioretto : suivez l'enquête de Adam Seberg (vous aurez reconnu le clin d'oeil à l'Adamsberg de Fred Vargas ) racontée par Mélanie Notlong, Christine Anxiot, etc ... et Jean d'Ormissemon de la française Académie ! Pastiche approuvé par ce dernier pastiché !

Et qui est donc  Traven, auteur de ces Nouvelles mexicaines ? " « Ma vie m’appartient, seuls mes livres appartiennent au public », disait B. Traven.  Pour en savoir (juste un peu) plus sur ce mystérieux écrivain, suivez le lien ci-dessous :

Vous en voulez encore ?

Dans  "Histoires vraies" on trouve par exemple : le récit des inondations du faubourg St Marcel à Paris le 8 avril 1579,  ou comment s'électrocuter avec sa canne à pêche, sans contact pourtant entre la canne et la ligne à haute tension... (Libération, 12 juillet 2006).

Dans chaque volume toujours un important dossier documentaire avec des liens, d'où l'intérêt de choisir des éditions  récentes. Exemple avec le lien ci-dessous :

La suite de « Dépoussière les classiques et fait briller les contemporains. » ne saurait tarder : l'article sera consacré à la grande écrivaine Annie Saumont.

Pour attendre en musique, en poésie ou en littérature lue pour vous, vous pouvez toujours écouter STATION SIMONE.

Alors à très vite.

Claude Léa, le 16 avril 2020

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ET LISEZ RECLUS 4 Dany Laferrière

Publié le par Claude Léa Schneider

ET LISEZ RECLUS 4 Dany Laferrière

Pyjama, minuteur et chaussures à lacets.

Il circule en ce moment sur les réseaux sociaux des caricatures à face simiesque que je me garde bien de partager : voilà  donc, disent leurs légendes, à quoi ressembleront les femmes « à la sortie du confinement » privées de coiffeur et d’esthéticienne pendant plusieurs semaines ! Remarques  éminemment machistes ! Et déplaisantes pour les guenons : je vous renvoie à l’article «Beau,  Beauté » du Dictionnaire philosophique portatif de Voltaire.  Et d’ailleurs qui vous dit qu’on  confine en tenue négligée  ? On sait à quelle fulgurante vitesse le laisser-aller physique atteint le mental.  Et c’est d’abord pour soi qu’on choisit chaque matin sa tenue.

ET LISEZ RECLUS 4 Dany Laferrière

Et donc ne  restez pas en pyjama toute la journée !

Il faut tout le talent et l'humour de Dany Laferrière pour être un « écrivain [et un lecteur] en pyjama » dans ce recueil de chroniques qui se dévore comme un roman, manuel de conseils (bienveillants) pour (ne pas)  devenir écrivain.

Et mettez aussi vos chaussures à lacets ! comme le recommande « Fly Lady », dans un livre malin (bien que très daté « rêve américain »)-manuel de conseils pour ne pas se perdre dans le rangement et l’entretien de sa maison.  Le titre original Sink Reflections  est traduit en français par un autre jeu de mots :  Entretien avec mon évier.

ET LISEZ RECLUS 4 Dany Laferrière

Faites briller vos évier(s) et lavabo(s)  de telle sorte que le chat ait envie de s’y coucher, dit-elle. Manière de bien débuter la journée : qu’on commence par le petit-déjeuner ou la toilette, c’est la première chose qu’on voit le matin. Chez nous, mission accomplie.

Et tenez pendant quatre semaines car, affirme-t-elle, une bonne pratique observée pendant un mois se transforme en habitude. Vous ne pourrez pas dire que le confinement ne vous offre pas cette formidable opportunité.

Je n’ai pas ce livre, une amie me l’avait prêté il y a longtemps, mais il contenait des conseils que je cite de mémoire car j’ai fait de certains une routine efficace.

Et mettez des chaussures à lacets à la maison ! « à lacets » pour ne pas s'en dégager les pieds d’un geste distrait sous la table !  Il est avéré que la voix  au téléphone varie selon la tenue dans laquelle on se trouve : gare à l’importante conversation professionnelle sur le tapis de bain au sortir de la douche !

Magritte, Le modèle rouge, 1935.

Magritte, Le modèle rouge, 1935.

Oui, il faut tout le talent, la verve, l'énergie  de Dany Laferrière pour être un « écrivain  en pyjama ». Et il en faut du courage pour quitter sa patrie à 23 ans- Haïti et ses Tontons Macoute- émigrer à Montréal, survivre  de boulots pénibles et engager toute sa volonté et ses économies en pariant de  s’en sortir  par la seule force de l’écriture !

« Mon premier livre parut en novembre 1985, et mon sort a changé. Je ne suis pas devenu riche, loin de là, mais depuis je mène la vie que j’ai toujours rêvée. J’ai bien fait de miser toute ma fortune et mon énergie sur cette carte. » (p 19 (Toutes pages renvoient à l’édition du Livre de Poche  photographiée -Grasset et Fasquellle 2013.)

Et depuis  …. plus d’une trentaine de livres, plusieurs films, une brouette de prix littéraires,  élu à l’académie française en 2013, Docteur Honoris Causa de 8 universités ! Et un grand et joyeux moment au festival Clameurs à Dijon le 10 juin 2016 !

Je suis fière de cette dédicace sur L’Odeur du café (Edition Zulma, 2016)  livre que je relis le soir dans la foulée du rangement des bibliothèques parce qu'il abat les murs.

 

ET LISEZ RECLUS 4 Dany Laferrière

Dany Laferrière, comme la plupart des grands écrivains, s’impose les règles strictes de l’écriture quotidienne, mais il y ajoute une saveur qui n’appartient qu’à lui.

 « Je me réveille tôt et j’écris jusqu’à dix heures du matin. Je reprends le soir de sept à dix heures. Entre ces deux périodes de travail, je fais semblant d’être là. » p 196

« Une journée par mois, sans lire ni écrire, pour garder un pied dans la réalité, ce qui vous permettra d’avancer d’un pas dans le rêve. » p 26

« L’État devrait exiger qu’on paie des taxes sur les dépenses faites dans un livre afin d’apprendre à l’écrivain le prix des choses. » p 58 

Plus je repense à Entretien avec mon évier  tout en relisant Le Journal d’un écrivain en pyjama, plus je constate qu’écriture et grand ménage procèdent de la même méthode : travailler à sa mesure,  ne pas vouloir nettoyer les écuries d’ Augias.

« L’un des principes de l’écriture c’est de connaître ses possibilités afin d’éviter de tenter des choses au-dessus de ses moyens - du moins au début. » p39

Évitez d’empiler au sol tous vos livres, comme il m’est arrivé de le faire jadis,  ou tous vos vêtements  (comme le préconise la délirante méthode japonaise  KonMari !) Avancez par petites étapes : vous n’êtes pas Hercule !

ET LISEZ RECLUS 4 Dany Laferrière

Autre conseil de Fly Lady : utiliser le minuteur pour les tâches domestiques, ça motive et ça empêche de traîner. Exemple : je me donne une demi-heure pour ranger ce tiroir. Quand le minuteur sonne, le tiroir doit être rangé.  Mission accomplie.

Cela me fait penser à ce génial  concours international de jeunes doctorants (initié par le Québec, justement ): Ma thèse en 180 secondes  :  trois minutes- le temps d’infusion d’un bon thé vert- et le sujet d’une thèse -généralement abscons- est clairement expliqué à un public de profanes.

Sur ce site du journal L’Étudiant qui  conseille les  thésards  voulant tenter le concours :

je remarque des conseils identiques à ceux du Journal d’un écrivain en pyjama :

 L’Étudiant : « choisir une approche originale ; ménager le suspense » .

Laferrière : « On n’aime pas toujours les histoires qui commencent par le début. Ça fait peur. On sent qu’on va s’emmerder. » p 56

L’Étudiant : « proscrire la position d'enseignant ; s'appuyer sur un support simple »

Laferrière : « Éviter d’écrire en nouveau riche qui veut étaler tout ce qu’il sait. » p 53

« On veut un gai savoir. Et non ce savoir lourd qui n’arrive pas à lâcher  ce ton pédagogique , comme si l’auteur était sûr d’être le seul à savoir ce qu’il sait. » p 77

ET LISEZ RECLUS 4 Dany Laferrière

Et pour terminer- car si j'écris sans minuteur, je m'impose un format de 1000 mots-  une dernière citation pour soulager le mal de dos de tous ceux qui, en ce moment, télé-travaillent des heures durant, confinés devant leur(s) écran (s) :

« La première qualité d’un écrivain c’est d’avoir de bonnes fesses. Si vous ne pouvez pas rester en place, faites autre chose. Vous allez passer votre vie assis. Au début du roman, prenez une chaise droite. Mais vers le milieu mettez un oreiller dans votre dos. Ensuite sous vos fesses. Et vers la fin un derrière votre nuque. J’ai terminé Le Cri des oiseaux fous avec cinq oreillers. » p 203

Nono-le-chat couché dans le lavabo : mission Fly Lady accomplie !

Nono-le-chat couché dans le lavabo : mission Fly Lady accomplie !

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ET LISEZ RECLUS 3 Feng Jicai

Publié le par Claude Léa Schneider

Henri Matisse, Intérieur, bocal de poissons rouges, 1914.

Henri Matisse, Intérieur, bocal de poissons rouges, 1914.

Fenêtres...

« Pendant cette période, la contemplation de ce qui se trouvait  au-delà de la fenêtre a été mon seul divertissement, mon unique consolation. J’avais calé mon oreiller avec des livres afin qu’il soit  très haut et que mon regard puisse embrasser les contours de la fenêtre. N’importe quel encadrement de fenêtre peut devenir le cadre d’un tableau vivant.(…) L’art transfigure la banalité de la vie."

Celui qui s‘exprime ainsi  c' est Hua Xiayu, un peintre persécuté par la Révolution culturelle,  héros du roman Que cent fleurs s’épanouissent  de l’écrivain chinois Feng Ji Cai.  (ou Feng Jicai ou Jicai Feng)

Cet écrivain appartient au  mouvement "Littérature des cicatrices", nécessaire reconstruction après les traumatismes  de la Révolution culturelle (dans les limites permises par la censure, tout de même).

Ne vous fiez pas au fait que ce roman soit  classé en littérature jeunesse . Il est lisible  par tous, à partir de l'adolescence.  Les romans contemporains publiés sous l’étiquette « Jeunesse » sont souvent de qualité,  ce qui hélas n’est pas toujours le cas dans d'autres collections. Je reviendrai  d'ailleurs un autre jour sur ce sujet.

Nouvelle couverture

Nouvelle couverture

En juin 1956, par le mot d’ordre  « Que cent fleurs s’épanouissent », appelé aussi « Campagne des Cent Fleurs »,  Mao Zedong (1893-1976) « invite » tous les intellectuels et artistes à exprimer librement leurs opinions. Malheur à ceux qui, comme le héros de ce roman,  ont cru naïvement à cette liberté d’expression ! Un an plus tard ils seront persécutés, exilés, torturés. Et dix ans après, la Révolution culturelle est chargée d’éradiquer les « Quatre Vieilleries »  : la pensée, la culture, les mœurs et les coutumes de l’époque de Confucius. ». Une révolution -une guerre civile- qui a duré dix autres années et fait, estime-t-on aujourd’hui,  entre  un et trois millions de morts   et cent millions de personnes persécutées.

Gardes rouges sur la place Tian'anmen à Pékin le 15 septembre 1966. Slogan : « Pas de fondation sans destruction »,

Gardes rouges sur la place Tian'anmen à Pékin le 15 septembre 1966. Slogan : « Pas de fondation sans destruction »,

 

Hua Xiayu, brillamment diplômé de l’École des Beaux-Arts de Pékin, familier de la culture traditionnelle chinoise, comme de la culture européenne, et promis à un bel avenir artistique,  est relégué à plus de 2000 km de chez lui, dans une usine de porcelaine à Qianxi, dans la province de Guizhou, particulièrement pauvre  et reculée. Pourquoi ? il ne l’apprendra qu’à la fin de l’histoire. Victime d’un système qu’il ne comprend pas, il est soumis à l’autocritique et à diverses brimades, comme casser ses propres porcelaines et rester agenouillé sur les tessons.  Et ce n'est pas le pire des supplices  qu'il doit endurer...

Découpage traditionnel chinois (classé au patrimoine UNESCO) comme celui de "Ciseaux magiques" dans le roman.

Découpage traditionnel chinois (classé au patrimoine UNESCO) comme celui de "Ciseaux magiques" dans le roman.

Ce qui est magnifique  dans ce roman,  c'est que l'art, la vision colorée que  Hua Xiayu pose sur les choses  et sa résilience transfigurent tout. Un livre que je relis  souvent, que je vous recommande absolument parce  il est bien écrit avec une grande simplicité, qu'il est universel et  donne courage et espoir.

« Vous ne trouvez pas cela bizarre ? Les gens qui me veulent du mal, par un moyen ou un autre, finissent toujours par m’aider. Vous pouvez me dire pourquoi ? »

                            Raoul Dufy, intérieur à la fenêtre ouverte, 1928.

"Une phrase [de Picasso] m’est revenue en mémoire :  Le monde entier se déploie devant nous, impatient que nous l’inventions, non que nous le répétions. »

             Pablo Picasso, Nature morte devant une fenêtre à St Raphaël, 1919.

« Celui qui regarde du dehors à travers une fenêtre ouverte ne voit jamais autant de choses que celui qui regarde une fenêtre fermée. Il n’est pas d’objet plus profond, plus mystérieux, plus fécond, plus ténébreux, plus éblouissant qu’une fenêtre éclairée d’une chandelle. Ce qu’on peut voir  au soleil est toujours moins intéressant que ce qui se passe derrière une vitre. Dans ce trou noir  ou lumineux vit la vit, rêve la vie, souffre la vie. »

Baudelaire, Les fenêtres, Petits poèmes en prose, XXXV.

Karl Schmidt-Rottluff, Lune à la fenêtre, 1933.

Karl Schmidt-Rottluff, Lune à la fenêtre, 1933.

Souvenir personnel d’un triste récit de ma grand-mère paternelle auquel la pandémie si contagieuse me fait repenser :

la fenêtre d’une petite chambre où mon arrière-grand-père était confiné : fragilisé par son métier- il possédait une entreprise de fleurs en tissu pour la mode et manipulait beaucoup de teintures- il avait attrapé la tuberculose. Aucun contact avec le reste de la famille. Totalement isolé. Tout ce qu’il avait touché était systématiquement désinfecté. Il n’a plus jamais embrassé ses enfants qui ne pouvaient que lui faire coucou de l’extérieur, quand il se tenait à la fenêtre de sa chambre. Il est mort en 1896 : ma grand-mère avait sept ans et mon grand-oncle quatorze.

 

Berthe Morisot,  Eugene Manet à l'île de Wight, 1875. Eugène Manet est mort en 1892 à 58 ans.

Berthe Morisot, Eugene Manet à l'île de Wight, 1875. Eugène Manet est mort en 1892 à 58 ans.

Plus joyeusement :

À travers la fenêtre du deuxième étage d’une maison en face de la nôtre, nous apercevons depuis des mois, éclairé par la lueur de l’écran, le profil d’un grand ado, casque sur les oreilles, mains sur les manettes. Tôt le matin, tard le soir, toute la journée parfois.

S’étonnera-t-il  dans quelques semaines : Le confinement ?! quel confinement ?

ET LISEZ RECLUS 3 Feng Jicai

Je continue de ranger les bibliothèques et voici un bonus chinois (traduit de l'anglais) au rayon policier :

Si j'ai collé des étiquettes sur les 6 polards de QIU Xiaolong  que je possède (il en a écrit davantage) c'est qu'il est intéressant de les lire dans l'ordre chronologique, non pour les histoires policières en elles-mêmes, mais parce que l'auteur décrit au fil des années les transformations des quartiers populaires, des villes, des comportements, des peurs,  des risques ....

Prenez soin de vous.

Claude Léa, 31 mars 2020

Goethe  à sa fenêtre à Rome .... Et vous ? Pouvez-vous  profiter de ce confinement pour être créatif ?

Goethe à sa fenêtre à Rome .... Et vous ? Pouvez-vous profiter de ce confinement pour être créatif ?

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ET LISEZ RECLUS 2 Elisée Reclus

Publié le par Claude Léa Schneider

Elisée Reclus, d'après une photo de son ami Nadar en 1889.

Elisée Reclus, d'après une photo de son ami Nadar en 1889.

A celles et ceux parmi vous qui vous demandez- et vous êtes tout excusé-e-s- pourquoi j’ai choisi pour cette chronique de confinement ce titre bizarre, la réponse se trouve dans le clair regard qui vous observe sur la photo ci-dessus !

Certes pour certains, le nom de ce géographe anarchiste et libertaire reste sulfureux et  infréquentable, mais je suis sûre qu’un coup d’œil à son extraordinaire  biographie  et aussi à sa parentèle et à ses ami-e-s -et dans ce contexte  le féminin est particulièrement  important-  vous fera changer d’avis.

Oui  vous êtes tout excusé-e-s- de ne pas avoir entendu parler d’Élisée Reclus (1830-1905) -et pourtant aussi connu de son vivant que Pasteur ou Victor Hugo- si vous n’avez pas eu la chance d’avoir des arrière-grands-parents qui, au tout début de la Troisième République,  se sont mariés civilement, refusant le mariage religieux qu’on voulait leur imposer, et un grand –père qui possédait, dans sa bibliothèque surmontée du buste de Dante, quelques-uns des vingt volumes  de sa très célèbre Nouvelle Géographie Universelle.

Mais, fort heureusement, après un long purgatoire de près d’un  siècle,  on redécouvre son œuvre aujourd’hui.

 

Reclus, il ne l’était pas du tout, lui qui voyagea tant, dès sa jeunesse, et souvent à pied. Mais il fut malgré tout reclus dans « une quinzaine de prisons en onze mois de captivité » en 1871-1872, pendant et après la Commune de Paris (vous savez, celle dont l’histoire a quasiment disparu des programmes  scolaires….).

Le récit de sa vie extraordinaire mérite notre lecture attentive. Nous lui devons d’avoir ouvert des chemins dans  la modernité dont nous profitons aujourd’hui. Même dans notre vie quotidienne car si  vous avez l’habitude, en temps normal, de vous fournir en produits frais auprès d’une coopérative, ayez une pensée pour sa mémoire. Et en voilà un qui a effectivement contribué par ses très nombreux articles à la Revue des Deux Mondes !

ET LISEZ RECLUS 2 Elisée Reclus
île de SYLT (Allemagne) 6 août 2012

île de SYLT (Allemagne) 6 août 2012

Aimant beaucoup marcher moi-même –particulièrement sur les rivages de la Mer du Nord et de la Baltique, j’ai une grande sympathie pour ceux qui marchent. Et une grande admiration pour  les marcheurs et marcheuses penseurs.

Ce n’est pas un hasard si Élisée Reclus a préfacé le premier livre d’Alexandra David-Néel. Dont les récits de voyages font partie de mon ADN (jeu de mot facile !) et de ma bibliothèque depuis quelques décennies déjà. 

 

Ces grands marcheurs-penseurs qui nous offrent  par leur vision unique  un regard sur la Terre comme un tout, avec toutes ses espèces, dont l'espèce humaine . Ces penseurs universels –et généralement pionniers de l’écologie-   qui franchissent courageusement les  barrières et des cloisonnements académiques et universitaires.

 Et puis tiens, puisque c’est le 250e anniversaire de sa naissance, une occasion d'évoquer  Hölderlin auquel ARTE consacre justement une émission que vous trouverez ci-dessous tant que durera le replay. Vous y verrez,  parmi les intervenants l'écrivain contemporain Durs Grünbein que nous avons eu le plaisir de recevoir à la Maison de Rhénanie-Palatinat de Bourgogne-Franche-Comté après avoir traduit quelques chapitres de son livre le plus récent (qui raconte son enfance à Dresde).

Petite parenthèse, si vous avez envie de découvrir  Durs Grünbein, en allemand  ou en français.

 

Hölderlin, un autre grand marcheur à pied- et quand je dis marcheur à pied, c’est par exemple de Bordeaux (où il fut précepteur) en Allemagne. Nous qui sommes confinés quelques semaines, songez qu’il  fut contraint de  vivre reclus trente-six ans, exactement la seconde moitié de sa vie, dans une tour à Tübingen. Un poète à découvrir sans rien savoir de toutes les interprétations politico-littéraires sur son œuvre. Ouvrir un recueil avec un œil neuf.

 

Pour continuer la promenade sur les traces des géographes -écologistes-découvreurs-marcheurs-penseurs, je  passe d’un bond  à Alexander von Humboldt (1769- 1859).  C’est son frère Wilhelm, linguiste et philosophe des Lumières, et lui également, qui  ont donné leur nom à la prestigieuse Université Humboldt de Berlin.

Très méconnu des Français, depuis que trois guerres franco-allemandes sont passées par là et ont déposé une chape de plomb anti-germanique qui commence à peine à se fissurer, Alexander von Humboldt détient le record absolu des lieux commémorant son nom , y compris un cratère de la Lune. Songez que le centenaire de sa naissance le 14 septembre  1869  fut célébré dans le monde entier. Puis vint la guerre de 1870...

Une magnifique biographie, écrite par Andréa Wulf et abondamment illustrée est parue en octobre 2018. pour la traduction française. Aux éditions Noir sur Blanc. Ça se lit « comme un roman » parce que sa vie en est un !

J’aurai l’occasion d’évoquer ce génie universel dans une prochaine conférence titrée « 4M » prévue normalement pour l’automne 2020.

 

ET LISEZ RECLUS 2 Elisée Reclus

Et je termine sur un livre en cours de lecture-  que mon compagnon  a eu l’excellente idée de m’offrir pour mon  récent anniversaire : Manières d’être vivant,  de Baptiste Morizot,  jeune philosophe français,  écrivain, poète, arpenteur de montagnes et pisteur de loups. Manières d’être vivant,  propose ni plus ni moins une nouvelle perception du monde, pleine d’avenir, pour peu que quelques décideurs veuillent bien ouvrir les yeux...

 

"Prendre définitivement conscience de notre humanité solidaire, faisant corps avec la planète elle-même, embrasser du regard nos origines, notre présent, notre but rapproché, notre idéal lointain, c’est en cela que consiste le progrès."

L'homme et la Terre (1905), Élisée Reclus, éd. Libraire Universelle, 1905, vol. VI, p. 565 (texte intégral sur Wikisource)

Pour terminer, sachez que le Printemps des poètes fleurit toujours sur Station Simone, afin de vous aider à vous évader du confinement.

Et que SIMONE LIT POUR VOUS  ce sont des histoires variées lues par  nos contributeurs bénévoles, à découvrir au fil des jours sur le site de la radio  sur la page d'accueil, en cliquant sur l'onglet qui ressemble à ça :

Claude Léa, 27 mars 2020

île de Rügen, mer Baltique, 14 juillet 2014.

île de Rügen, mer Baltique, 14 juillet 2014.

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