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chroniques

PEUT-ON LE DIRE ?

Publié le par Claude Léa Schneider

PEUT-ON LE DIRE ?

 Peut-on le dire ? L'écrire ? ou pas ? ce mot qui a vidé un  stade en décembre dernier,  même  prononcé en roumain, langue  romane, proche de ses étymologies latines,  d'où la méprise. Et d'ailleurs, nous dit-on, dans cette langue ce mot n'existe pas dans le sens qu'il peut avoir en français.  A noter  au passage qu'il est impoli de désigner quelqu'un par n'importe quel détail physique ! Gare à l'apprenti(e)-vendeur(euse)  qui répond  devant le ou la  client.e qu'il/elle est en train de finir de  servir "le-monsieur-à lunettes" ou "la-p'tite-dame" ! 

Bon, c'est  vrai, dans le feu du match, et avec la pression qu'on imagine, cet écart de politesse peut-être excusé. Et méfions-nous une fois de plus  de ceux qui s'indignent  le plus fort ...

Et ce mot, a-t-on le droit de l'employer dans la littérature contemporaine ? Doit-on retitrer  - verbe que je préfère, dans ce contexte,  à "rebaptiser" - certains livres ? 

Bien sûr, on ne retitrera-pas Montesquieu et son "De l'esclavage des nègres" ou alors c'est qu'on n'a absolument rien compris à l'ironie du texte qui dénonce justement l'esclavage avec une des figures de style les plus fortes de son époque, ce qu'on est obligé d'expliquer aujourd'hui, l'antiphrase étant malheureusement souvent comprise au premier degré !!!

Mais aujourd'hui, a-t-on le droit de l'employer dans la littérature  ?

Celui qui répond le mieux à cette question, c'est bien sûr Dany Laferrière : courte vidéo incontournable de  4:32. "Vous l'employez et vous en subissez les conséquences."

PEUT-ON LE DIRE ?

A propos de "l'affaire" des Dix petits nègres récemment rebaptisés en Ils étaient dix, c'est James Prichard, l'arrière-petit-fils d'Agatha Christie  qui a demandé  le changement de titre pour ne pas blesser.  Il s'en explique : « Quand le livre a été écrit, le langage était différent et on utilisait des mots aujourd'hui oubliés… Ce ­récit est basé sur une comptine populaire qui n'est pas signée Agatha Christie… » En effet, le titre de la   comptine originale est  Dix petits ­Indiens !  

"Ten little Injuns standin' in a line,
One toddled home and then there were nine;"

Le roman a été publié en novembre 1939 au Royaume-Uni et en 1940 en France (on imagine le contexte) et la même année aux Etats-Unis directement  sous le titre And Then There Were None ! Titre adopté définitivement au Royaume-Uni en 1985 ! Il semblerait que la France ait  trois décennies de retard !  

Ces couvertures ont le mérite de montrer que l'action se déroule sur une île appelée "île du nègre" dans le roman, rebaptisée "île du soldat" dans la traduction récente de Gérard de Chergé.

En fait, il s'agit de Burgh Island, dans le Devon.

En fait, il s'agit de Burgh Island, dans le Devon.

Au XXe siècle,  des films américains ont repris le titre original  de la comptine

Et ci-dessous on comprend bien pourquoi : 

On est loin du Devon, et on peut se demander de quels "Indiens" il s'agit !

Mais revenons à l'excellent Dany Laferrière et à son roman Comment faire l'amour avec un nègre sans se fatiguer  qui vient d'être réédité  aux Editions Zulma et dont je ne saurais trop vous conseiller la (re) lecture. J'ai compté, sauf erreur de ma part, 165 fois le mot nègre (et négresse)(sans compter Noir-e et noir-e) employé comme substantif (avec une majuscule) ou comme adjectif ! Il faut vraiment manquer de discernement pour ne pas comprendre, par cette accumulation,  l'humour, l'ironie (et parfois l'auto-ironie !)   de l'auteur, toujours subtil dans la dénonciation du racisme. Plus son style est fluide, plus son humour est énorme et plus il faut être vigilant !

On peut le dire, on peut l'employer, mais il faut savoir le faire : Et il faut avoir toute la légitimité pour le dire : "Vous l'employez et vous en subissez les conséquences."

A l'opposé, ne jamais employer ce mot, ni même Noir(e), dans tout un roman,  alors qu'il pèse en non-dit sur chaque page et qu'il est dans le regard de la plupart  des personnages, c'est énorme et très fort aussi ! C'est le pari qu'a tenu Marie NDiaye - à 23 ans, et c'était déjà son 3ème  roman!-  quand elle a écrit  En famille. "Quelle faute Fanny a-t-elle commise ? De quoi est-elle coupable pour être ainsi rejetée par les siens qui ne paraissent pas, eux, la considérer comme des leurs ? "écrivait François Nourissier en 4e de couverture de ce roman paru en 1991 aux Editions de Minuit.   Marie NDiaye , écrivaine française, a passé ses vacances scolaires  dans sa famille beauceronne. 

Qu'on prenne le parti de l'écrire 165 fois en moins de 200 pages, ou pas du tout en plus de 300 pages, la violence ressentie est la même.

Marie NDiaye est aussi une  écrivaine d'une extrême subtilité qu'on doit lire avec une grande attention aux mots, sous peine de passer à côté du sens.  Même si elle prend ses distances  : « Je n’écris ni en tant que femme, ni en tant que femme noire. Je ne me définis pas comme une femme noire, née en France en 1967. Ce sont des notions factuelles qui n’ont pas d’importance, s’agissant de mon écriture. J’écris en tant qu’être humain. (...) j’aime travailler dans l’ambivalence parce qu’il me semble qu’elle nous fait réfléchir davantage". 

Si, quand vous lisez Ladivine, vous ratez au début de l'histoire que la mère de Malinka/Clarisse est noire et de condition modeste et que sa fille (métisse à peau très claire) la surnomme  dans sa tête avec honte  "la négresse", vous risquez de passer complètement à côté du roman.  Car même si Malinka/Clarisse parvient à cacher toute sa vie que sa mère est  noire, s'invente une identité et vit dans le total déni de ses origines vous ne comprendrez  pas en quoi ce déni détruit les deux générations suivantes, ses descendants ignorant  la charge de non-dit  qu'ils portent en eux et qui les empêche de vivre. 

 On pourrait dire -en paraphrasant Dany Laferrière- à Malinka/Clarisse qui appelle  sa mère "la négresse" : "Vous l'employez  (même si c'est  dans votre tête) et vous en subissez les conséquences".

Autre question :  peut-on encore parler de "nègre littéraire"

Les Anglo-Saxons disent "ghost writer", expression qui n'est pas dénuée de  charge poétique, même si la réalité l'est moins : le "ghost writer écrit  pour les autres, et parfois ça peut lui prendre beaucoup de temps !   son nom n'apparaît pas, encore que maintenant on voit heureusement certaines autobiographies de célébrités publiées avec la mention : "en collaboration avec ", et l'on emploie alors le terme de "collaborateur" ce qui tout de même plus honnête.  Mais "au mieux, les intéressés touchent 8 à 10% des ventes, souvent un pourcentage plus proche de 2 ou 3%, c'est-à-dire une rétribution forte uniquement en cas de best seller." A tel point que d’autres voix ont pu soutenir que le terme nègreavait le mérite de souligner l’exploitation dont pouvait être victimes les auteurs cachés." !!!

Alors, doit -on dire "écrivain-fantôme", comme sur cette jaquette du film de Polanski (2010) ? Le titre du livre de Robert Harris, co-scénariste- est en français L'Homme de l'ombre.

 

Wikipedia écrit à ce sujet : "C'est Ewan McGregor qui reprend le rôle du prête-plume, dont le nom n'est jamais prononcé dans le film." Tiens, étonnant, son nom n'est jamais prononcé non plus, et prête-plume, c'est assez bien trouvé, même si  "plume" est un peu désuet et peut faire penser à "plumitif" qui est péjoratif.   Mais ce n'est pas le terme recommandé par le Ministère de la Culture  qui préconise  "auteur ou écrivain ou plume cachée", voire "auteur ou écrivain ou plume de l’ombre".  Pourquoi l'évolution du vocabulaire est-elle si compliquée en France ?  et pourquoi les préconisations officielles arrivent-elles toujours avec des semaines, des mois, des années de retard ?... ("La" COVID quand tout le monde dit "le" depuis des semaines ! )

 Et que dire de certaines maisons d'édition qui ont proposé (dans les années 2000) le terme "métis" en substitut de "nègre littéraire" ! C'est à peine croyable ! "Vous l'employez et vous en subissez les conséquences."

PEUT-ON LE DIRE ?

« On est Noir avant tout dans le regard des autres » écrit  Pap NDiaye  historien spécialiste de l'histoire sociale des Etats-Unis et des minorités et  frère de Marie NDiaye.  Il s'est dit choqué, lorsque, étudiant-boursier dans une université américaine, une fraternité noire lui a demandé d'adhérer ! Alors, il s'est "découvert Noir", d'une certaine façon,   écrivant  : « Il n'y a pas, aux Etats-Unis, ce modèle de citoyen abstrait qui commande de faire fi de ses particularités individuelles ». 

 Je trouve très juste cette expression de "citoyen abstrait", ce mythe que nous entretenons aveuglément, nous qui refusons de prendre en compte nos minorités tout en faisant perdurer  les stéréotypes et les expressions racistes. C'est notre paradoxe français. Nous nions l'existence de  nos minorités, sous le prétexte fallacieux d'une égalité abstraite,  mais notre passé colonialiste nous colle au vocabulaire et nous revient en boomerang. Comme le déni d'origine décompose la famille de Malika/Clarisse, notre déni historique décompose notre société.  Aussi est-on en droit de nous rétorquer : "et vous en subissez les conséquences."

 

PEUT-ON LE DIRE ?
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TOUT BOUGE AUTOUR DE MOI-DANY LAFERRIERE

Publié le par Claude Léa Schneider

TOUT BOUGE AUTOUR DE MOI-DANY LAFERRIERE

"Dans les moments de grande crise, comme aujourd’hui, les gens restent vissés devant le petit écran. Assez longtemps pour que ce temps artificiel finisse par s’infiltrer dans leurs veines. Quand on regarde trop longtemps la télé, on finit par croire qu’on peut agir  sur l’événement qui se déroule sous nos yeux. Tout, dans la vie, nous paraît alors trop lent. On exige des changements instantanés. A chaque fois qu’on revient des toilettes, on veut voir du nouveau. Il faut que ça progresse.(…) On critique des gens qui agissent quand nous n’avons pas bougé de notre fauteuil depuis deux jours. » (…) « En fait on nous présente un problème tout en nous empêchant de réfléchir »

Vous pensez que ce texte vient d’être écrit  récemment, après le passage en boucle, sur toutes les chaînes d’info, d’images de malades du  COVID  en réanimation et de prescriptions  sanitaires ? Eh bien pas du tout ! C’est un extrait de Tout  bouge autour de moi,  un livre que  Dany Laferrière  a écrit il y a 10 ans, pendant l’année qui a suivi le terrible tremblement de terre qui a ravagé Port-au-Prince, capitale d' Haïti et sa périphérie, le 12 janvier 2010, à 16h53 exactement.  

NB: Dans cet article, toutes les phrases  en italique bleu  sont des citations  extraites de Tout  bouge autour de moi, de Dany Laferrière.

TOUT BOUGE AUTOUR DE MOI-DANY LAFERRIERE

Dany Laferrière réside le plus souvent à Montréal et à Paris- il est écrivain haïtien-canadien et de l’Académie française-mais le hasard a fait qu’il venait d’arriver à Port-au-Prince-juste avant le séisme-  pour participer au festival Etonnants voyageurs. Il a  donc vécu de plein fouet ce tremblement de terre de magnitude 7,3- soit l’équivalent de l’énergie dégagée par une bombe H d’environ 5 Mégatonnes- qui a fait plus de 280 000 morts, autant de blessés et 1million 3 de sans-abris. Ça ce sont des informations que j’ai collectées sur Wikipédia pour qu’on se rende compte mais  l’étalage des chiffres n’est pas dans son ADN, comme on dit.

Rue de Port-au-Prince dévastée, 12 janvier 2010, Archives Radio Canada

Rue de Port-au-Prince dévastée, 12 janvier 2010, Archives Radio Canada

Le séisme est aussi inscrit dans les corps de ceux qui ont eu la chance de s’en sortir indemnes, comme Dany Laferrière.  Tremblement de terre « Tremblement de corps » pour reprendre le titre d’un chapitre du livre. Son corps a tremblé pendant les 43 secousses du séisme.  Mais  il explique que dans les jours suivants  il a ressenti  encore parfois  des tremblements dans son corps, comme des répliques sismiques psycho-somatiques. Choc post-traumatique ? 

Il constate que les jours suivant le séisme « Port-au-Prince est devenu un immense plateau de télé. » On le sait : les feux des médias  viennent se poser sur une catastrophe, font trois petits tours et puis s’en vont vers la suivante. D’où l’intérêt de revenir sur un événement quand il commence à se fossiliser dans les strates de l’oubli médiatique. Et c’est pour ça que j’ai emprunté ce livre à la médiathèque,  pour le lire  maintenant parce que  « tout bouge autour de nous » aussi,  mais d’une autre façon.

Dany Laferrière (au centre) pendant le festival Clameurs à Dijon, en juin 2016.

Tout  bouge autour de moi   n’est pas un roman sur le séisme. Car comme l’auteur  le dit humblement  « écrire un pareil roman n’est pas dans [ses] cordes. Il faudrait [être]un Tolstoï pour tenter un tel pari. » Dany Laferrière ne se sépare jamais d’un petit carnet noir où il note tout, même dans les pires circonstances.  Ce livre  se présente comme une sorte de mémento de moments, de réflexions, de méditation, dans son style que je trouve  addictif-  je relis souvent ses livres : un cocktail d’humour, de culture, de simplicité  et de poésie.  Et sans haine, quelles que soient les vérités bonnes à dire. Il pourrait cependant, n’oublions pas qu’il a connu des années d’exil politique.

Oui, on le sent bien, tout bouge autour de nous en 2021 aussi. Est-ce qu’il y a des comparaisons possibles ?  Est-ce qu’il peut y avoir des points communs entre le vécu d’un séisme qui  en une minute, a transformé  en champ de ruines la capitale d’un Etat pauvre et le  quotidien  d’une pandémie  qui s’est installée depuis des mois dans notre pays  riche ?  Essayons quelques points de comparaison.

 D’abord, on l’a vu,  les infos  en boucle à la télé et sur nos téléphones, dont nous sommes friands jusqu’à la nausée, non sans risque ...

Illustration : Auteur inconnu

La rumeur : toute catastrophe a sa rumeur. Celle que Dany Laferrière s’efforce de tuer  "avant , écrit-il,  qu’elle ne se répande comme de l’huile sur une surface lisse". Tout de suite après le séisme, on dit à Port- au-Prince que des pilleurs ont déjà dévalisé les coffres-forts des chambres de l’hôtel où il réside. Il se renseigne sur place,  c’est faux. Il est soulagé et bien content d’avoir tué cette rumeur, cette infox, mot qu'on n'utilisait pas encore il y a 10 ans.  Depuis, nous sommes devenus bien impuissants devant les fake-news, les images détournées et les théories complotistes qui se répandent "comme de l’huile sur [la] surface lisse" du globe, lifté  par les puissants réseaux sociaux auxquels nous avons imprudemment souscrit.

  Honoré Daumier, Crispin et Scapin, vers 1860.

« On commence à regretter la vie d’avant » note l’auteur. Pour eux, la  vie d’avant le séisme. Pour nous, la vie d’avant le COVID.  C’est ce qu’on dit souvent en ce moment : quand est-ce qu’on pourra « revivre comme avant » ? Comme avant en Haïti, c’est vivre sans craindre que le toit ou le mur vous tombe sur la tête. Ne pas faire la queue pour avoir de l’eau, un peu de nourriture, ne pas être obligé de vivre  dehors, jour et nuit, ou sous une tente de fortune, parce qu’on n’a plus de maison. Dany Laferrière  écrit : "Je me demande ce qui se passe sous ces tentes que l’on voit un peu partout. Comment parvient-on à y préserver son intimité ? (…) On vit un double malheur : un malheur individuel (on a perdu des amis ou des parents) et un malheur collectif (on a perdu une ville). (…) les plus pauvres ont une longueur d’avance, ils sont habitués à se frôler constamment et n’ont pas peur de se toucher."

Et comment vivent les migrants  sur notre territoire  ? 

Tentes Haïti 2010, image ladepeche.fr; Calais-migrants-tentes-credit-PHILIPPE-HUGUEN-AFP_reference.jpg
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La vie d’avant,  pour nous c’est  ne plus porter de masque, être libre de sortir, au café, au cinéma, voir les commerces ouverts, aller travailler sans craindre la contamination, se retrouver en famille ou entre amis … Mais  séisme ou pandémie, est-ce qu’on  revit vraiment « comme avant » ?  Bien sûr que non, on n’efface pas si facilement les stigmates : après le COVID, serons-nous vraiment libérés des masques ? Il est probable que nous devrons dorénavant les porter chaque hiver ? Et surtout on peut craindre que les distances  obligées, physiques et relationnelles se pétrifient  aussi lourdement   sur notre vie affective et sociale que les décombres d’un séisme. Eh oui, nous avons peur de la perte du lien social. 

Dany Laferrière écrit : "Il y a  des centaines, peut-être des milliers d’adolescents  qui sont orphelins depuis le séisme. Certains ont perdu toute leur famille. Si on les laisse partir à la dérive, on va se retrouver, dans moins de dix ans, avec un grave problème de criminalité dans le pays. Les gens hésitent à tuer quand ils sont en relation avec les autres. Dans le cas contraire, ils développent une terrifiante insensibilité. (…) Ces liens (...) se développent durant l’enfance. On fait partie intégrante de la société. (…) Si on ne retisse pas assez vite la toile sociale la ville sera rapidement fragmentée et les gangs se multiplieront."

TOUT BOUGE AUTOUR DE MOI-DANY LAFERRIERE

Précarité. D’un côté comme de l’autre, il n’a pas fallu attendre la crise pour que nous soyons atterrés  par les différences scandaleuses de niveau de vie. Précarité accentuée par le séisme, précarité accentuée par la pandémie. L’une comme l’autre viennent tristement enfler les précarités antérieures. Ce matin, sont tombés sur franceinfo les chiffres 2020  de l’INSEE : surmortalité de 9%, recul de l’espérance de vie. Qu’on ne nous fasse pas croire qu’il faut imputer ces chiffres au seul Covid. Il y a 300 000 SDF en France, leur nombre a doublé depuis 2012. L’espérance de vie d’un sans abri est de moins de 50 ans !

Guerre sémantique Dany Laferrière note : "Chaque décennie a son vocabulaire. La fréquence de certains mots dans les médias nous renseigne sur l’état des choses". Dans les années 60  «  c’était Duvalier, dictature, prison, exil, tonton-macoute » (…) J’ai noté, écrit il, ces mots qui reviennent sans cesse : fissure, décombres, reconstruction, camps, tentes, ravitaillement. »  La pandémie a aussi ses expressions récurrentes, jamais employées auparavant  qui font de nous des faux savants, des  « ultracrépidarianistes » j’aime beaucoup ce mot !  Avant, vous parliez à table, vous,  de « taux d’incidence, » de «  propagation des variantes virales »,  et de  « test antigénique » ? La chaîne allemande Deutsche Welle, qui ne manque pas d’humour, désigne chaque année l’anglicisme qui s’est incrusté dans la langue. L’élu 2020 est:  binge watching, autrement dit, le visionnage compulsif de vidéos :  bien vu ! Chacun connaît autour de soi  au moins un binge watcher. A peine s’est-il aperçu des semaines de confinement et du couvre-feu !

 

Ce ne serait pas respecter la pensée de Dany Laferrière  de s’incruster dans le pessimisme. Car dans ces deux crises, il y aussi du positif. Nous avons renoué avec nos commerçants de proximité et les étals du marché en extérieur ou couvert,  où l’on peut retrouver un peu de convivialité.  L’auteur remarque qu’à Port-au-Prince et dans les environs, les petites boutiques de quartier  ont retrouvé leur clientèle.  Avant il  était plus chic d’aller au supermarché, au frais et loin des mouches. Mais les  toitures des supermarchés se sont écroulées, alors on retourne au petit marché du coin, en plein air.

Marché à Delatte (près de Petit-Goâve)

Solidarité, dignité. En France, le courage et le dévouement extrême des soignants et de tous les personnels hospitaliers et d’entretien ont fait notre admiration ; des solidarités qu’on croyait perdues se sont retrouvées ; l’envie d’aider était palpable.  L’auteur l’observe chez sa mère âgée : "Il y a des gens qui retrouvent leur énergie quand tout s’écroule autour d’eux. (…) On peut constater  l’énergie et la dignité  que ce peuple vient de déployer face à l’une des plus difficiles épreuves de notre temps,"  « l’énergie d’une forêt de gens remarquables ».

En Haïti, il y a beaucoup de petites stations de radio indépendantes, qui, soit dit en passant ont joué un rôle de contre-pouvoir pendant la dictature.  Certaines, comme Mélodie FM  ont été les seules à émettre après le séisme et à donner des nouvelles. C’est Station Simone qui est contente ! Quand certaines  communications sont coupées, quand on ne peut plus se rassembler, ou qu’on en a marre des images anxiogènes à la télé,  heureusement qu’on peut écouter la radio !

 

En France, c’est de  culture et surtout d’art vivant dont nous nous sentons privés en ce moment, malgré le mal que se donnent en ligne de nombreuses  formations de spectacle vivant.  De grands artistes n’ont pas mâché leurs mots pour  faire savoir- à qui de droit- les conséquences de  considérer  la culture comme non essentielle. Pourquoi par exemple tenir fermés les musées alors qu’on a le droit de se presser dans les centres commerciaux ?   Comme on le lit sur la 4e de couverture de Tout  bouge autour de moi  : «  Que reste-t-il quand tout tombe ? La culture. »  Dany Laferrière s’interroge et observe : "Que vaut la culture face à la douleur ? Se poser la question dans un salon n’a pas la même résonance qu’ici. Je n’ai qu’à regarder autour de moi  pour évaluer la situation. Pourtant les conversations sont animées, et j’entends parfois des rires. On cherche une sortie par tous les moyens. Ce qui fait croire que  quand tout tombe autour de nous, il reste la culture. (…) je me réfère à ces vieux peintres primitifs qui choisissent de montrer une nature foisonnante quand autour d’eux ce n’est que désolation. »

Ce qui impressionne dans ce livre c’est le foisonnement de la culture populaire haïtienne. Pas le vaudou pour touristes que Dany Laferrière remet à sa juste place. Mais la musique, le chant, la danse, la poésie, la peinture, les tableaux qu’on continue à exposer au milieu des décombres.  Un grand nombre de peintres et de poètes contemporains, auxquels l’auteur rend visite pour prendre de leurs nouvelles.  Pour n’en citer qu’un : Frankétienne (aujourd’hui 84 ans) poète, peintre, dramaturge, enseignant … suivre les liens ci-dessous :

 

Dany Laferrière cite de nombreux artistes haïtiens à découvrir : 

Les poètes et écrivains :  Lyonel Trouillot,  Christophe CharlesRodney Saint Eloi Louis Philippe Dalembert , Dominique Batraville 

pour ces auteurs, suivez les liens https  ci dessous.

et aussi Camille Roussan et Carl Brouard  sur http://ile-en-ile.org/

Bon,  tout cela manque d'autrices, je suis bien d'accord avec vous ...

 

Quelques  liens vers les peintres haïtiens, dont  les peintres autodidactes de Saint-Soleil, auxquels André Malraux avait rendu visite en 1975. Un autre lien vers le festival Etonnants voyageurs- festival de littérature- monde, pour reprendre les termes de Michel Le Bris et Jean Rouaud,  enregistré à Port-au-Prince en 2016 en parle justement: Malraux en Haïti, avec Jean-Marie Drot.

"C’est dans ce lieu isolé que, au début des années 1970, deux artistes haïtiens confirmés, Maud Robart et Jean-Claude Garoute [dit Tiga]  donnèrent de quoi peindre à leurs voisins. Ces paysans, ces artisans, qui n’avaient jamais vu un seul tableau formèrent une sorte de communauté qu’ils allaient baptiser Saint-Soleil. André Malraux se rendit d'ailleurs auprès de ces peintres et consigna ses impressions dans son troisième tome de La Métamorphose des Dieux intitulé L'Intemporel, en 1976"

André Malraux possédait plusieurs oeuvres d'artistes haïtiens qui ont été mises en vente depuis 2019 : https://www.artcurial.com/fr/vente-3964-la-collection-intime-dandre-malraux

En Haïti,  dans le malheur, ce qui fait le lien entre les générations, c’est le courage  qui s’exprime par le chant :  « Les enfants dorment depuis un moment. On voit des ombres passer dans le jardin. Des gardiens qui assurent la surveillance. Soudain un chant monte. On l’entend au loin. Un gardien  nous dit qu’il y a dehors (on est assez loin de la route) une grande foule en train de chanter. Les voix sont harmonieuses. C’est là que j’ai compris que tout le monde était touché. Et qu’il s’était passé quelque chose  d’une ampleur inimaginable. Les gens sont dans les rues. Ils chantent pour calmer leur douleur. Une forêt de gens  qui s’avancent lentement sur la terre encore frémissante. On voit des ombres glisser des montagnes pour les rejoindre. Comment font-ils pour se fondre si vite dans la foule ? C’est ce chant qu’ils adressent au ciel, dans la lumière blafarde cette aube naissante, qui les unit. »

Et je m’interroge : en France, en ce début de 21e siècle, quel chant, quelle chanson connue de tous pourrions-nous chanter en chœur, qui nous galvaniserait contre le malheur ? Les Italiens chanteraient à coup sûr le Chœur des esclaves de Nabucco de Verdi. Et nous ? La Marseillaise ?   Je n’ai pas vraiment  trouvé de réponse. En dehors des matches de foot, nous avons perdu le plaisir de chanter tous ensemble. Qu’en pensez-vous ?

Il y a  beaucoup d’autres chapitres passionnants à découvrir, pleins d’acuité: la mainmise du religieux sur l’humanitaire (en particulier les églises évangélistes) , ce qui mijote encore dans ce que l’auteur nomme la " vieille marmite coloniale", et de tendresse : des portraits d’amis ou de rencontres, la dignité du peuple haïtien, la joie d’être encore en vie…

J’espère vous avoir donné envie de  lire ce livre au titre métaphorique  Tout  bouge autour de moi de Dany Laferrière,  paru aux Editions Grasset et disponible en livre de poche.

Et puisque Dany Laferrière le cite deux fois, la couverture (en Pavillon Poche) du  roman de Graham Greene,  Les Comédiens  qui a pour cadre  la tristement célèbre dictature Papa-Doc-Duvalier dans les années 60.

 

TOUT BOUGE AUTOUR DE MOI-DANY LAFERRIERE
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2020-21 : RECONSIDERATIONS

Publié le par Claude Léa Schneider

Cambridge, Corpus Clock, la sauterelle chronophage

Cambridge, Corpus Clock, la sauterelle chronophage

"Sauterelle, où vas-tu ?
- Sur l'autre versant du bois,
- Mante verte, où vas-tu ?
- Sur l'autre versant du bois.
- Pourquoi quittez-vous la clairière si fraîche ?
Vous le savez pourtant où vous allez, là-bas, les feuilles à poison et l'humide chaleur de l'herbe vous tueront."

Jean Giono, Rondeur des jours.

Vous ne supportez plus d'entendre ou de lire  que "2020 est la pire année de notre histoire" comme l'a titré récemment  le magazine TIME ? Moi non plus  ! Alors bienvenue dans cette chronique.

 

Dessin de TIME pour illustrer l'année 2020 et triptyque Der Krieg, Ott DIX, 1932

Dessin de TIME pour illustrer l'année 2020 et triptyque Der Krieg, Ott DIX, 1932

Entre l'illustration de TIME pour synthétiser les malheurs de 2020 et le triptyque  allégorique  d'Otto DIX, La Guerre ( en l'occurrence celle de 1914-1918, mais aussi de façon prémonitoire celle qui suivit ),  il y a autant de distance dramatique et historique qu'artistique !

Voilà qui ferait tristement sourire (ou qui indignerait !) deux ou trois  générations de nos ascendants devant notre arrogance à ne considérer que le présent !

La faute à qui  ? à quoi ? Comment peut-on écrire que 2020 est "la pire année de notre histoire" ?

La faute à notre "présentisme" écrit l'historien François Hartog,  à notre folie de l'instantanéité,  accélérée par les médias, qui nous fait tirer des conclusions immédiates sur ce qui vient de se passer sans aucun recul historique.

François Hartog écrit qu' il y a à peine un demi-siècle, "la grande catégorie, vers laquelle on se tournait, dans laquelle on mettait tous ses espoirs c’était le futur." On peut penser aux fameux "lendemains qui chantent", mais aussi à l'intérêt que l'on portait à la conquête de l'espace. Et à l'espoir qu'on plaçait dans les jeunes générations. On était encore dans la période de "reconstruction" de l'après-guerre.

 (L'humour de Philippe  Geluck : tout en un dessin !)

Puis, dit-il, "il n’y a plus que du présent et un présent qui se veut se confiner sur lui-même." 

Quant à notre regard sur le passé, il s'est transformé, il est moins "historique" que "nostalgique". 

"Ou bien le passé n’existe plus : tout ce qui est hier ou il y a 3000 ans, c’est la même chose. Mais nous avons aussi vécu depuis les dernières décennies sous l’empire de la Mémoire (...) [de la] mémoire et non de l’histoire…"

François HARTOG, Chronos, L’Occident aux prises avec le temps (Gallimard).

François HARTOG, Chronos, L’Occident aux prises avec le temps (Gallimard).

Le Chant du Monde, La conquête de l'espace, tapisserie de Jean Lurçat, (1892-1966).

Quand Luçat tissait en couleur  un futur  plein d'espoir.

Et si nous sommes devenus  arrogants et vaniteux jusqu'à nous croire immortels,  c'est peut-être parce que nous avons perdu l'habitude de contempler des "Vanités", qui , au sens propre, remettent les pendules à l'heure !

Memento mori, Pompéi, 1er siècle avant JC.

Cette nature morte au crâne, de Cézanne, qui date de la fin des années 1895, est moins connue, mais tout aussi efficace.

Cette nature morte au crâne, de Cézanne, qui date de la fin des années 1895, est moins connue, mais tout aussi efficace.

En 1977, sur ce tableau de Bernard Buffet, le crâne a disparu, mais le message est le même.

En 1977, sur ce tableau de Bernard Buffet, le crâne a disparu, mais le message est le même.

Notre erreur vient peut-être  de vivre dans un temps linéaire, cette  représentation chrétienne et occidentale du temps. Remarquez que la flèche ci-dessous est ascendante. A la lumière de ce qu'écrit François Hartog, dans quel sens poursuivre la flèche sur les  deux siècles suivants ?

 

A l'époque des grands conflits ouvriers, le temps historique  pouvait être perçu comme dialectique. Quid du mot "Fin " ? "The End"  qui s'inscrit sur  le dos de Charlie Chaplin et Paulette Goddard sur la dernière image des Temps modernes ?

 

Et  si le temps était circulaire ? Ecoutons le poète: 

"... ceux-là qui disent : les jours sont longs.
Non, les jours sont ronds.
Nous n'allons vers rien, justement parce que nous allons vers tout, et tout est atteint du moment que nous avons tous nos sens prêts à sentir. Les jours sont des fruits et notre rôle est de les manger, de les goûter doucement ou voracement selon notre nature propre, de profiter de tout ce qu'ils contiennent, d'en faire notre chair spirituelle et notre âme, de vivre. Vivre n'a pas d'autre sens que ça.
Tout ce que nous propose la civilisation, tout ce qu'elle nous apporte, tout ce qu'elle nous apportera, rien n'est rien si nous ne comprenons pas qu'il est plus émouvant pour chacun de nous de vivre un jour que de réussir en avion le raid sans escales Paris-Paris autour du monde."

 

 

Et s'il y avait différentes "rondeurs des jours " ?!

 

Bon, quand la physique quantique s'en mêle, ça se complique !

Raison de plus pour relativiser et reconsidérer notre perception du temps, et de l'année qui vient de s'écouler. "s'écouler" est-ce le bon verbe ? Toujours la clepsydre !

Ces schémas du temps sont extraits du n° 1468 ( 20 décembre 2018) du Courrier international.

 

Relativiser, reconsidérer notre perception de 2020. D'accord, facile à dire quand on n'a pas perdu un proche, ou son emploi, voire les deux. Ou qu'on n'a pas été touché durement par le virus.

Mais tout de même, il y a cette sensation que je trouve fascinante d'être en train de vivre une époque nouvelle où on pose un regard différent sur un certain nombre de faits, de concepts ...Et que je trouve pleine d'espoir !

D’abord, cette constatation récente : les échanges de vœux en ce mois de janvier2021  sont beaucoup moins formels, ce ne sont plus les vœux standards de ces dernières années adressés  à toute une liste de diffusion, comme une simple formalité coupée de sens. Ils sont plus sincères, plus personnels, certain-e-s ami-e-s écrivant même pour la circonstance un texte sur leurs beaux moments de l'année 2020 !

Et ça fait chaud au cœur !

Ensuite et surtout, on commence  à reconsidérer sérieusement la place de l’espèce humaine dans l’échelle du vivant. J'ai écrit  "l’échelle du vivant". Mais là est l’erreur : il n’y pas d’échelle ! Ni haut ni bas ! Il y A.  Le gros coup d’envoi en février 2020 avec le livre de Baptiste Morizot, Manières d'être vivant. Et  comme pour appuyer sa thèse, le/la COVID en libérant des espaces urbains de l’activité humaine nous a fait comprendre à quel point le monde "sauvage"  est là, tout proche.   Nous avons été contraints de poser un regard différent sur l’animal lorsqu'il  pénétrait dans nos villes  en jetant des regards curieux. Les images et les vidéos qui ont circulé ont été de magnifiques moments. 

Des renardeaux jouant près de la promenade de Woodbine Beach à Toronto, le 10 mai 2020. PHOTO Brett GundlockThe New York Times

Des renardeaux jouant près de la promenade de Woodbine Beach à Toronto, le 10 mai 2020. PHOTO Brett GundlockThe New York Times

Notre "chant du monde" s'ouvre donc  à une nouvelle façon d'appréhender toutes les formes de vie et à reconsidérer la notion de conscience, même si à cet égard nous n'en sommes qu'aux balbutiements puisque nous sortons (enfin!)  du système cartésien.

 Nous savons maintenant que nous ne savons pas bien ce qu'est la conscience, nous nous interrogeons sur la DMC (dissociation motrice et cognitive), sur  "l'état végétatif",   sur le "syndrome d'enfermement" et sur comment "débloquer la voix" (cf article ci-dessous)  Saurons-nous un jour comprendre "l'état végétatif" et "état végétal"   et "débloquer" toutes les voix du vivant ?

Un rapport qui mettra tout le monde d'accord, y compris les sceptiques : celui commandé par l'INRA en mai 2017 -qu'on ne peut pas soupçonner de spécisme !- qui fait la synthèse  sur ce que nous connaissons de la conscience animale, étude portant essentiellement sur les animaux d'élevage (mais pas que) puisque l'INRA pose la question de notre responsabilité envers ces animaux, leur bien-être physique et mental.

Lisez les 7 pages (claires)  de ce résumé (lien ci-dessous) et vous en serez ... je ne trouve pas le mot qui convient ! 

Pour terminer cet article de façon plus ludique, mais non moins réflexive, je vous suggère de voir ou de revoir le film "Premier Contact", mal jugé car mal compris  à sa sortie en 2016, qui propose une réflexion particulièrement intéressante et originale sur le décodage du langage, ici des  aliens pacifiques et heptapodes, et donc de toute forme de langages autres qu'humains,  ainsi que sur la perception non linéaire du temps. -L'héroïne du film se prénomme Hannah, prénom-palindrome...

Jets d'encre logogrammes des aliens de Premier contact, "symboles magnifiques entre  le test de Rorschach et l'action painting de Jackson Pollock". (Jacques Morice).

Premier Contact (film) — Wikipédia (wikipedia.org)

Ce qui renforce l'idée que nous allons chercher bien loin des "aliens" alors qu'ils nous entourent : ce sont les animaux  et les plantes dont nous commençons à peine à entre-apercevoir  l'intelligence hors de nos normes humaines.  Ces "premiers contacts" sont un beau programme pour les années à venir, non ? 

Document partagé via Facebook

Franco Fortunato (peintre italien né en 1946) La fabrique du temps.

Franco Fortunato (peintre italien né en 1946) La fabrique du temps.

Beaucoup de liens dans cet articles, me direz-vous ? Oui, juste pour ouvrir des pistes et essayer de vous prouver que nous vivons une époque passionnante (sans ironie). Car  je me garderai bien de m'exprimer au-delà de mes domaines de compétence : "Sutor, ne supra crepidam !" comme disaient les Romains. 

Je ne fais donc pas d' "ultracrépidarianisme",  même si on entend beaucoup de non-spécialistes s'exprimer sur le/la COVID par les temps qui courent ! Vous me direz- et vous aurez raison- que même les spécialistes sont parfois "diafoireux" ! 

Dali, Persistance de la mémoire corpusculaire.

Dali, Persistance de la mémoire corpusculaire.

2020-21 : RECONSIDERATIONS
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LA FENETRE AU SUD- GYRDIR ELIASSON-

Publié le par Claude Léa Schneider

 Nicolas de Staël, Soleil peint.

Nicolas de Staël, Soleil peint.

Cher Narrateur de La Fenêtre au sud de Gyrdir Eliasson, permets que je m’adresse directement à toi qui te prénommes Jonas, c’est plus direct, plutôt qu’à ton auteur que je découvre et dont j’ai peur d’écorcher le prénom islandais avec ce bizarre petit accent sur le d, à moins que ce ne soit un o ? ...

J’avoue que ton auteur et toi, vous m’avez bien eue ! Quand je suis entrée faire le plein  dans une librairie juste avant le confinement de novembre, votre  Fenêtre au sud  m’a fait espérer une chaude échappée de lecture. C’était sans savoir qu'il s'agit  de la fenêtre au sud d’une maison noire dans un petit port retiré de l’extrême nord de l’Islande ! Et j’aurais pu m’apercevoir que les plantes dans les jardinières de la fenêtre photographiée en couverture  de ce récit sont à moitié desséchées.

Comme ton cœur, Jonas ?

 

LA FENETRE AU SUD- GYRDIR ELIASSON-
LA FENETRE AU SUD- GYRDIR ELIASSON-

Et dire que maintenant je me retrouve à présenter ce livre de mon plein gré, pour un nouveau Coin de la Page sur STATION SIMONE  alors qu'à chacune des quatre  saisons de ton récit, j’ai pesté, Jonas, contre ton caractère impossible ! Tu as de la chance que ton auteur soit un grand poète islandais. Tu as de la chance qu’il ait également écrit Au bord de la Sanda qui parle d’un homme  qui cherche à  peindre la « vérité des arbres »  et que je lirai plus tard, c’est sûr.

LA FENETRE AU SUD- GYRDIR ELIASSON-

Dire, Jonas, que tu brasses une culture phénoménale : littérature, films, musique, tu connais tout. De Hermann Broch à Gurdjieff en passant par Pierre Dac et Anne Holt,  d'Ivan Bounine  à Narayan,  des violons de Vivaldi au piano d’Erroll Garner,  et de Peter Sellers  à Mad Max ! J'avoue que j’ai aimé lire ton récit avec Wikipédia sur mon téléphone à portée de main.

Gyrdir Eliasson, photo Benzine Magazine

Gyrdir Eliasson, photo Benzine Magazine

Et cette culture universelle  ne t’aide pas à survivre à la déprime, apparemment ? N’importe quoi ! c’est la  panne d’écriture et donc la  panne de vie, c‘est ça ?  Voilà pourquoi j’ai toujours pensé qu’il fallait se mettre à écrire vieux, comme ça, pas de pression de l'éditeur  sur les belles années de jeunesse. Sinon, quoi ? Écrire Le Bateau ivrepuis faire du trafic d'armes obsolètes et mourir à 37 ans  amputé et carcinosé ? Quand on commence à écrire vieux et que la panne arrive, eh ben on meurt, et ça n'a plus d'importance. Je te dis ça Jonas parce que j'ai remarqué que tu as une certaine fascination pour les prix Nobel de littérature, mais courir après la postérité est vain.  En fait, tu le sais très bien. En plus ça t’apprendra à commencer à écrire un roman  d’amour alors que ton cœur est en berne !

LA FENETRE AU SUD- GYRDIR ELIASSON-
LA FENETRE AU SUD- GYRDIR ELIASSON-

Et puis tu triches : tu joues au Misanthrope, pas l’« homme aux rubans verts », mais l’"homme au vieux ruban encreur" . Le  « désert » à faible densité de population dans lequel tu te retires  est  plus septentrional que celui d’Alceste, c’est tout ! 

Ta vie n’est pas « absolument sans sucre » comme tu le prétends. C’est quand même réconfortant d’avoir encore une mère qui prend de tes nouvelles et une  Célimène  qui t’écrit, même si tu brûles ses lettres sans les ouvrir et si tu lui écris en retour  sans jamais rien poster.  Ça m’énerve des mecs comme toi !

Ruban encreur original en tissu pour machine à écrire Olivetti.

Ruban encreur original en tissu pour machine à écrire Olivetti.

Tu t’es coupé du monde,  tu t’auto-confines sans t’accorder beaucoup de dérogations, et  tu  écoutes la radio- ça, ce n’est pas Simone qui le reprochera !-mais change de programme, zappe  les infos : à quoi ça sert, quand on a le moral et la création dans les chaussettes, d’écouter le récit des guerres et des tsunamis, tu peux me le dire, hein ?  

Comme tu n'arrives plus à écrire, tu lis beaucoup. Ce ne sont pas les libraires confinés qui te le reprocheront. Tu lis Dr Faustus de Thomas Mann, et parfois il  te tombe des mains. Pour cela tu es absous : malgré tout le respect sincère qu'on doit à Thomas Mann, que celle ou celui qui n’a jamais calé, par exemple, sur le tome 2 des Buddenbrook te le jette à la tête !

Couple de macareux moines islandais (espèce protégée). En Islande, certains mangent encore du macareux rôti à la crotte de mouton....

Couple de macareux moines islandais (espèce protégée). En Islande, certains mangent encore du macareux rôti à la crotte de mouton....

Relève -toi Jonas ! Sors de la malédiction biblique de ton prénom  et laisse s’évaporer le fantôme de ton père !  Ce qui te sauve, Jonas, c’est que tu as de l’empathie pour le vivant, végétal et animal, y compris  celui conduit à l’abattoir.  Toi, tu ne vas pas à l’abattoir, Jonas, et  tu peux  contribuer à ce que d'autres n'y aillent pas. Enfin à ce qu'il en ait moins qui y aillent, ne rêvons pas, mais c'est déjà ça. Même si tu ne « veux porter aucune responsabilité », chacun  de nous a sa part de responsabilité dans l’ordre des choses. Tu le sais très bien aussi. Tu vois le travail qui t’attend au lieu de te laisser mourir  dans cette maison toute noire « badigeonnée au goudron comme les cercueils d’autrefois » ?

Car merci, Jonas, de  m’avoir fait découvrir la beauté du pluvier doré et du petit échassier qui s’appelle « chevalier gambette ».

Chevalier gambette ( tringa totanus), Wikipedia

Chevalier gambette ( tringa totanus), Wikipedia

Tu observes :

« Eté- Tout  a verdi de nouveau jusqu’à la mer. Les arbustes le long de la clôture ont pris des feuilles, le pré est plus vert qu’une table de billard. Tout  cela s’est fait en un temps record. Calme plat, jour après jour, et douceur de l’air. »

Permets-moi d’y ajouter ces vers que tu connais :

« …vibrements divins des mers virides,

Paix des pâtis semés d’animaux, paix des rides »

Nicolas de Staël, Le Concert.

Nicolas de Staël, Le Concert.

Mets un peu de vent dans tes semelles, Jonas, au lieu de te chanter  Quatre Saisons en Enfer. Et  merci pour cette palette nordique  que tu déploies, du gris de lave au gris de mousse avec quelques touches vives, comme  si  Caspar David Friedrich   avait rencontré Nicolas de Staël :

Et tu dis :

« Du phare, on voit les grands rochers qui ressemblent aux flèches d’une cathédrale. Ils sont maintenant blancs de glaçons et font penser à une grande main tendue, ou plutôt aux griffes d’une énorme bête. La mer est d’un gris de plomb. Tout au loin, je vois un cargo, peint en rouge, à très haute superstructure. Au-dessus de lui se fronce un banc de nuages sombres entre lesquels se fait jour un sillon de ciel jaune citron. »

Caspar David Friedrich, La Mer de glace, 1824.

Caspar David Friedrich, La Mer de glace, 1824.

J’ai beaucoup aimé  les fulgurances poétiques de ce faux journal d’une création qui se délite, de La lumière qui s’éteint, comme dans le roman de Kipling, mais en blanc sur blanc. Et j'ai aussi apprécié la belle qualité de l'édition et la respiration de la mise en page.

C'est  La Fenêtre au sud, de Gyrdir Eliasson , traduit de l’islandais par Catherine Eyjolfsson, Edition La Peuplade.

Du même auteur :

 

LA FENETRE AU SUD- GYRDIR ELIASSON-
LA FENETRE AU SUD- GYRDIR ELIASSON-
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MARK TWAIN : CETTE MAUDITE RACE HUMAINE

Publié le par Claude Léa Schneider

MARK TWAIN : CETTE MAUDITE RACE HUMAINE

Aujourd’hui un  Coin de la page  de STATION SIMONE en forme de devinette.

Bon d'accord, il y a le titre et la couverture en photo, mais inutile de tricher, pour votre plaisir, essayez de jouer le jeu...

Qui donc a écrit : « L’homme est l’animal religieux. Il est le seul animal religieux. Il est le seul animal à détenir la vraie religion, même plusieurs. Il est le seul animal qui aime son prochain comme lui-même  et qui lui tranche la gorge si sa théologie n’est pas correcte. » ? Si vous me répondez  :  Ouh , ça commence fort avec les événements  récents, c’est un éditorialiste  qui  a écrit ça sur Twitter ?… Je vous réponds :  pas du tout !

 

Qui a écrit  « L’égalité entre les hommes  et les femmes n’a jamais été reconnue par aucun peuple, ancien ou moderne, civilisé ou sauvage. «  « Les hommes ont leurs harems, mais imposés par la force, privilégiés qu’ils sont par des lois atroces établies sans la moindre concertation avec l’autre sexe » ?  Si vous me répondez : Ah !  à tous les coups, ça, ça sort d’une revue  féministe, genre Causette, c’est pas ça  ? Je vous réponds :  pas du tout !

MARK TWAIN : CETTE MAUDITE RACE HUMAINE

Qui donc peut avoir écrit que l’homme descend du singe, au sens propre, c’est-à-dire qu’il est tout en bas de la chaîne animale,  parce que  « de tous les animaux, l’homme est le seul à être cruel » et  le plus sciemment destructeur  de ses semblables  et de son environnement ?  Si vous me répondez :  Un maire ou un député écolo ? Je vous réponds :  pas du tout !

 

Qui dénonce  les travers de notre société, son refus de voir la réalité sociétale et  son « l’hypocrisie verbeuse » ? Si vous me dites :  j'chais pas : Debord ? Bourdieu ? Je vous réponds :  euh ...en effet, certainement , mais c'est  une autre réponse que j'attends. 

 

Qui dénonce notre anthropocentrisme,  l’absurdité de nos comparaisons animalières  linguistiques, en toute méconnaissance des vrais comportements animaux ?   Vous me dites : Ah alors là, je ne suis pas bête comme une oie quand même !   à tous les coups, c’est  encore un de ces ouvrages antispécistes,  ces gens-là, je vais vous dire (chut  : c’est  une secte !) Je vous réponds :  pas du tout !

MARK TWAIN : CETTE MAUDITE RACE HUMAINE

Qui prend le risque de régler son compte à ce qu’on nomme « patriotisme » ?  Non,  mais vous allez arrêter  avec vo

s tracts d’extrême gauche ! ?

C’est un même auteur qui a écrit tout ça, et dans un même livre!  Qui c’est ?  Inutile de donner votre langue au chat ?  Il n’en voudra pas : en ce moment il dort sur le canapé, vous allez le déranger.

 

Eh bien, toutes ces idées ont été exprimées  en 1887 par Mark Twain dans :  Cette maudite race humaine.  Twain qu’on connaît davantage pour Tom Sawyer ou Huckleberry Finn, du moins dans leur « version  édulcorée ou dysneyfiée » comme l’écrit Nancy Huston –  s'il vous plaît !  - dans la préface ce petit livre de 80 pages décapantes qui va vous réveiller  si le reconfinement vous  avait  rengourdi-e.

 

Twain y manie l’ironie à travers 5 chapitres très courts dont ; la naissance des espèces et de l’homme  dans une géologie hilarante de la création du monde. Ironie  constructive qui nous remet  avec humour  à notre  juste place dans l’univers.  Une saine lecture !

Ça  s’appelle Cette maudite race humaine, de Mark Twain,  traduit de l’américain par Isis von Plato et Jörn Cambreleng, préface de Nancy HUSTON,  Actes Sud Babel, mai 2020, 5,80€.

Mark Twain en 1895 par Napoléon Sarony.

Mark Twain en 1895 par Napoléon Sarony.

NOTA BENE : En cherchant d’autres titres de Mark Twain, j’ai découvert  Le soliloque du roi Léopold. Il s’agit d’une satire sur le  roi Léopold II, roi des Belges et Souverain du Congo,  dit « le roi bâtisseur » -tu parles ! -qui a régné de 1865 à 1909,  dont on déboulonne aujourd’hui les bustes et les statues, ce qui n’est pas un tort, vu qu’il est responsable de crime contre l’humanité :  10 millions de morts  et des milliers de petites mains du caoutchouc  tranchées vif . Ce que dénonçait déjà  Mark Twain, et d’autres de ses contemporains, comme  Sir Arthur Conan Doyle, mais qu’on a feint pudiquement de ne pas vraiment savoir  jusqu’à aujourd’hui.

Statue de Léopold II peinte en rouge sang ... (Photo Deutsche Welle)

Statue de Léopold II peinte en rouge sang ... (Photo Deutsche Welle)

 Du  Soliloque du roi Léopold de Mark Twain, il  existe 2 éditions et 2 traductions. Je ne saurais vous en recommander une, vu que je n’en ai encore lu aucune. Mais si vous en avez une à me conseiller, dites-le moi s'il vous plaît sur ce blog.  A bon échangeur d’un Coin de  la  page, salut !

MARK TWAIN : CETTE MAUDITE RACE HUMAINE
MARK TWAIN : CETTE MAUDITE RACE HUMAINE

Le Coin de la page est une émission de STATION SIMONE, votre web radio sur laquelle vous pourrez retrouver prochainement cette chronique.

 

MARK TWAIN : CETTE MAUDITE RACE HUMAINE
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LE MILLE-FEUILLE EN MILLE MOTS

Publié le par Claude Léa Schneider

Mille-feuille "à la française"

Mille-feuille "à la française"

Pour la reprise de l'enregistrement du BCG  sur STATION SIMONE,   je vous propose  une chronique  de rentrée de 1ère nécessité gourmande, pour fêter les largement  plus de  11 000 pages lues sur ce blog et remercier les plus de 8000 visiteurs.

Vous le savez : la France est la reine du gâteau pâtissier individuel.

Alors que, dès que vous franchissez le Rhin, on vous torture une Torte  en la coupant en parts coulantes qu’on vous emballe  façon couche-culotte, les gâteaux individuels à la française ne sont  ni sortis super-secs  des fouilles de  Pompéi  ou d’Herculanum comme  ceux de certaines  pâtisseries italiennes, ni des objets déco de mako-moulage comme les cupcake anglais.

La preuve : 2 photos de cupcakes, laquelle montre des cupcakes "comestibles" et laquelle des gâteaux factices ?!!!
La preuve : 2 photos de cupcakes, laquelle montre des cupcakes "comestibles" et laquelle des gâteaux factices ?!!!

La preuve : 2 photos de cupcakes, laquelle montre des cupcakes "comestibles" et laquelle des gâteaux factices ?!!!

Non !  Le gâteau individuel français est un pur artefact traité esthétiquement, dans son unicité :  moelleux,  velouté, fondant, croquant, croustillant…

Une "Conversation" :

ce gâteau léger et craquant est un peu passé de mode, pour l'instant, mais il n'en reste pas moins délicieux.

Le gâteau individuel français ne révèle pas , comme le croient à tort  certains, un manque de convivialité. C’est au contraire un plaisir  visuel et gourmand,  dans  le respect  des  consignes de sécurité sanitaire et de liberté du choix gustatif :

"Tu préfères la tartelette au citron meringuée et moi l’amandine au cassis, passons un bon moment ensemble à  déguster chacun son gâteau, à 1,50m de distance,  en respectant la distance physique préconisée et il n’y aura ni frustration ni contagion  !"

Tartelette au citron meringuée.

Tartelette au citron meringuée.

J’ai donc choisi en 1000 mots de vous parler d’un classique du gâteau individuel :  le 1000-feuille. Et chers ami-e-s  du BCG qui m’entourez de pas trop près, je vous invite donc à dire 1000 à chaque fois, à mon signal et sans postillonner.

On essaie : 1000 ! parfait !

J’aurais pu vous parler du gâteau au chocolat et aux marrons que confectionnait Alexandrine, la femme d’É1000  Zola,  mais j’ai eu peur qu’il vous reste un peu  sur l’estomac.

Donc la France compte environ 35 000 boulangeries-pâtisseries sur son territoire, dont les gâteaux sont généralement bons : même en période restrictive ou pandémique, il vous reste largement  le choix.

J’aurais voulu  vous énoncer les 10 commandements du 1000-feuille, comme dans un  film de Cecil B. De1000, mais en fait les historiens de la pâtisserie se battent  pour savoir qui a inventé ce gâteau. Cependant, rassurez-vous, je ne vais pas lancer une enquête comme dans le célèbre roman d’aventure d’Erich Kästner É1000 et les détectives. D’ailleurs l’origine en est apparemment assez simple, du moins elle me plaît bien :

LE MILLE-FEUILLE EN MILLE MOTS
LE MILLE-FEUILLE EN MILLE MOTS

L’inventeur  en serait François Pierre La Varenne, né et mort où ? je vous le donne en 1000 :  à Dijon !   La Varenne (Mil 618-Mil 678) était le  cuisinier du marquis d’Uxelles, gouverneur de Chalon-sur-Saône et un des premiers  à avoir modernisé la cuisine en redonnant aux aliments leur vrai goût.  Je pense que vous apprécierez  tous sa devise étonnamment moderne  : « Santé, modération et raffinement ».Il a publié en Mil651, Le Cuisinier français, qui est le premier livre de cuisine moderne, et en Mil653 paraît Le Pâtissier français, qu’il n’a pas signé mais qu’on est content et fier de lui attribuer.

 

LE MILLE-FEUILLE EN MILLE MOTS

Ne dépensez pas des 1000 et des cents pour déguster votre  1000- feuille.  Le meilleur, c’est souvent le classique des dimanches de votre enfance, acheté en banlieue, en ville ou à la boulangerie-pâtisserie du village. Un brave 1000-feuille de campagne, comme on dit une tenue de campagne, une maison de campagne, ou un hôpital de campagne,  parce qu’il panse les blessures des repas de famille…

Edouard Manet, Le déjeuner dans l'atelier, 1868.

Edouard Manet, Le déjeuner dans l'atelier, 1868.

Le traditionnel avec son glaçage blanc,  un décor  rayé en diagonale,  décoré de sympathiques accolades en chocolat, très légères. Au dessous :  son alternance de trois  couches superposées et bien alignées de pâte feuilletée et de crème pâtissière.

Attention les gourmands ! ne pas se risquer à  le déguster sans attendre, à peine sorti de la pâtisserie,  sur le bord du  trottoir,  à trois heures de l’après-midi,  sous prétexte que vous n’avez pas eu le temps de déjeuner !

Cet exercice s’avérerait tout aussi périlleux pour vous que pour l’apprenti qui s’entraîne  à  confectionner un 1000-feuille  pour réussir son CAP de pâtissier ! Il y a beaucoup d’étapes et il faut qu’il les assi1000.

LE MILLE-FEUILLE EN MILLE MOTS

Ce gâteau s’appelle un 1000-feuille ! alors SVP ne pas  tricher en laboratoire ! Ne pas remplacer la pâte feuilletée par une autre pâte, même plus légère . C’est comme si vous vouliez  méditer sur  la  lecture  des  Cent 1000 Chants de 1000Larépa  et qu’on vous en propose un reader prétendu plus  digest (e) !

 

Certains ont voulu renouveler le genre en disposant la crème en pastilles, en le rendant moins friable, plus maniable, en le couvrant de chocolat, de crème, de pâte d’amande  ou de couleurs ! Je suis à 1000 lieues de penser que ce sont de mauvais pâtissiers ou de mauvaises pâtissières, mais non, trop c’est trop ! un 1000-feuille doit rester un classique 1000-feuille !

Photo Cuisine actuelle.

Photo Cuisine actuelle.

Et je dirais même plus, un bon  et beau 1000-feuille doit se transformer en  catastrophe dès que vous l’entamez à la  fourchette à gâteau dans l’assiette à dessert, si bien que finalement vous terminez la dernière couche en vous léchant les doigts. C’est comme ça qu’on l’aime !  Et s’il y a trop de miettes sur la nappe des dimanches avant de servir le café, voilà une belle occasion de sortir le ramasse-miettes  à friction que vous avez hérité de vos grands-parents.

LE MILLE-FEUILLE EN MILLE MOTS

Un artisan-artiste-pâtissier dijonnais a voulu élever le 1000-feuille au rang d’œuvre d’art, en le tournant à 90°,  avec un feuilletage détaché et un coussin de crème pralinée verticale. C’est joli, c’est délicieux, mais c’est comme s’essayer à la flûte traversière quand on est habitué à  la flûte à bec :  on ne sait pas trop comment placer sa bouche ni ses doigts !

Photo page Facebook pâtissier-chocolatier-glacier Franck Pourrier à Dijon

Photo page Facebook pâtissier-chocolatier-glacier Franck Pourrier à Dijon

Bon, vous l’avez mangé, votre gâteau : vous voilà prêt à traverser le Groenland en traîneau,  comme Paul É1000 Victor, mais vous ne courrez pas aussi vite qu’ É1000 Zatopek !

Et votre gâteau, s’il est tombé par terre,

C’est la faute à Voltaire !

La crème dans le ruisseau

C’est la faute à Rousseau-

 qui a écrit comme vous le savez  E1000 (feuilles) ou de l’éducation !

2020 : une année bissextile ?   la faute à qui ? à Mi1000 !

Vous avez mis dans le 1000 !

Et pour votre attention, je vous dis 1000 mercis !

LE MILLE-FEUILLE EN MILLE MOTS
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LE COIN DE LA PAGE : SERVIR LE PEUPLE-YAN LIANKE

Publié le par Claude Léa Schneider

LE COIN DE LA PAGE : SERVIR LE PEUPLE-YAN LIANKE

Je vous propose  de découvrir aujourd'hui  sous forme d’abécédaire, un petit livre chinois faussement rouge qui s’appelle -Servir le peuple de YAN Lianke. Vous êtes prêts ?

 

A comme

Armée populaire de Libération et ça ne rigole pas

B comme

Baiser. Le nom ou le verbe ? Plutôt le … vous le découvrirez  bien assez vite !

C comme

Colonel  de l’Armée chinoise, parti  deux mois en séminaire d’étude sur la façon de « réduire les effectifs tout en améliorant l’efficacité ». Pas la peine de vivre en Chine pour entendre parler de cette recette miracle

D comme

Décevoir: ne jamais  décevoir, surtout la femme du colonel

E comme

Érotisme, torride !

F comme

Folie destructrice : attention, on casse des statues !

G comme

Gastronomie et concours de recettes : au fait vous avez déjà cuisiné tout nu ?

H comme

Hukou:  permis de résidence déposé au commissariat du quartier. Obtenir un hukou de citadin peut changer radicalement votre misérable vie de paysan.

I comme

Injonction  : servir le peuple et I comme  iconoclaste, YAN Lianke le romancier

J comme

Jubilatoire, ce roman est jubilatoire !

L comme

Liu Lian, le nom de l’héroïne, à peine plus âgée que le héros, et femme du colonel

M comme

Manipuler. Au fait qui manipule qui dans cette histoire ?

N comme

Ne pas : Ne pas faire ce qu’on ne doit pas faire, ne pas dire ce qu’on ne doit pas dire, ne pas demander ce qu’on ne doit pas demander ! C’est compris ?!

O comme

Osmanthe. L’osmanthe appelé aussi Olivier de Chine et utilisé en parfumerie, exhale une puissante odeur fruitée.

P comme

Pouvoir Pancarte Poser.  Vous ne devineriez jamais  le pouvoir érotique d’une pancarte négligemment posée sur le coin de la table de la cuisine …

Q comme

Quota : quand les quotas de citadins sont atteints, inutile de chercher à habiter en ville.

R comme

Rire : jamais je n’aurais pensé rire  autant en lisant des slogans de la Révolution culturelle.

S comme

Slogan. Servir le peuple est un des 286 slogans que Wu sait par cœur. Aux slogans, on fait bien dire ce qu’on veut .

T comme

Trembler, d’amour et  de Terreur.

U comme

Unique amour, et tout est dit.

V comme

Victime d’une conspiration parfaitement orchestrée car sinon quel rapport entre une histoire d’amour et la dissolution d’un régiment ?

W comme

Wu, Wu Davang, le héros, 27 ans, ordonnance du colonel, prêt à servir le peuple, faisant office de jardinier et surtout de cuisinier, d’excellent cuisinier.

Y comme

 Yangzhou. Vous êtes déjà allé-e à Yangzhou ? on dit que les filles de Yangzhou sont les plus belles de Chine.

Z comme

Zedong, Mao Zedong, Le Grand Timonier,  ça vous rappelle quelque chose ?

 

C’était Servir le peuple, un roman de l’ écrivain chinois YAN Lianke, livre saisi et interdit en Chine dès sa publication en 2005. Traduction française de Claude Payen. Editions Picquier poche.

Bonne lecture !

Vous pouvez aussi écouter cette chronique sur STATION SIMONE, à l'onglet Le Coin de la Page. 

Et si vous deveniez aussi contributeur du Coin de la Page, l'émission qui dure moins de 5mn  et qu'on peut enregistrer de son téléphone ? 

Rejoignez nous !   contact@stationsimone.fr                 

  à écouter sur "Le Coin de la Page", une émission de STATION SIMONE.
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MARION HEILMANN (LEONARD LAMB) UN HOMMAGE

Publié le par Claude Léa Schneider

Marion Heilmann (Leonard Lamb) devant l'aquarelle Le songe du roi. Photo Alexandre Bakker

Marion Heilmann (Leonard Lamb) devant l'aquarelle Le songe du roi. Photo Alexandre Bakker

"Si les portes de la perception étaient nettoyées, chaque chose apparaîtrait à l'homme comme elle est, infinie."

William Blake (1757-1827), Le Mariage du Ciel et de l'Enfer

à retrouver dans l'édition bilingue NRF, Poésie Gallimard, traduction de Jacques Darras, 2013.

 

Nul doute que le foisonnement de l'œuvre  de Leonard Lamb a "nettoyé" nos yeux et dessillé notre perception.

J'ai découvert l'œuvre de Marion Heilmann -Léonard Lamb est son nom d'artiste, son hétéronyme et bien davantage -il y a un presque six ans ans, à l'occasion d'une exposition à La Ferronnerie de Dijon et je n'oublierai jamais ce moment.

Vous ne connaissez pas cet (te) artiste ? Rien d'étonnant, Marion Heilmann  aura eu un parcours sans concession avec le siècle et les réseaux sociaux.

 

Alors que vient tout juste de se terminer à l'abbaye d'Auberive (Haute-Marne) l'exposition  "Pêle-Mêle" où 7 salles lui étaient consacrées, j'ai eu envie  de rassembler ici quelques documents et d'évoquer les brefs moments où j'ai eu la chance de la rencontrer. 

 

Au sortir du confinement,  Alexandre Bakker, son compagnon qui a rassemblé toute l'œuvre exposée de Marion,  nous envoyait ce mail : 

 

MARION HEILMANN (LEONARD LAMB) UN HOMMAGE

 

Ces pages de présentation vous auront donné un aperçu de la variété et du foisonnement artistique de Leonard Lamb.

Alexandre Bakker a également réalisé un très beau film personnel, rares moments où on entend l'artiste s'exprimer et où l'on découvre qu'elle peignait couchée ! comme Frida Kahlo, mais pour d'autres raisons.

Suivre le lien ci-dessous. 

Un autre lien en-dessous  vous conduit vers un  film qui a le mérite de rendre compte de l'ampleur de l'exposition.  J'aime beaucoup le choix de la musique de Kraftwerk  dont les leitmotive s'accordent aux thèmes obsessionnels de l'artiste. 

Huile, encre, aquarelle, faux-collages,  grands tableaux cosmogoniques,  tableaux abstraits entre pixellisation et suintement organique, inspiration de la Bible, évocations hantées par la Shoah, Leonard Lamb a produit une œuvre multiple avec laquelle on est tenté de faire rapprochements, même si son univers est unique.

Ce sont ces rapprochements que nous avions tentés lors d'une rare  interview qu'elle m'avait accordée- avec Alexandre Bakker et la metteure en scène Hélène Polette- le 12 février 2015 (interview dont je n'ai malheureusement pas pu récupérer la bande-son) 

William Blake et aussi le peintre britannique d'origine suisse Füssli (1741-1825) viennent tout d'abord à l'esprit. Ci-dessous un manuscrit de Blake.

Füssli, Le Silence (vers 1799-1801)

Mais l'artiste auquel j'avais  pensé en premier est le peintre suisse Adolf Wölfli ( 1864-1930) interné presque toute sa vie dans un hôpital psychiatrique de Berne, qui a laissé une œuvre hallucinante,  prophétique et énigmatique de 1300 dessins et  25 000 pages, et qui serait resté méconnu sans la perspicacité d’un jeune psychiatre, Walter Morgenthaler, et auquel ensuite les autres artistes se sont intéressés. 

Composition d'Adolf Wölfli

Vous pouvez aussi trouver que le travail de Leonard Lamb n'est pas sans évoquer celui du  peintre naïf géorgien Niko Pirosmani (1862-1918) 

Pirosmani, Famille d'ours, 1917.

Ou encore le peintre britannique Stanley Spencer ( 1891-1959) 

Spencer, Dîner à l'hôtel Lawn, 1956-57

ou son ami australien, le peintre Henry ... Lamb  ! (1883- 1960) 

Henry Lamb, Mort d'une paysanne, 1911.

Mais Leonard Lamb s'est aussi intéressé(e) au théâtre et a réalisé des marionnettes géantes, des masques et des costumes conçus à l'origine sans destination particulière, mais qui prendront vie dans le spectacle Les Animals, création du théâtre ISPOUG.

 

Le propos du spectacle Les Animals était de recréer au théâtre la frontalité de la peinture en mêlant images, mime, musique, rituel et chorégraphie. Un spectacle qui a magnifiquement donné à l'univers pictural de Leonard Lamb une présence scénique. L'argument en était sobre : dans un cirque fou, des animaux se font persécuter jusqu'à la mort par un couple de dompteurs.

Je garde un souvenir inoubliable de cette représentation au Théâtre des Feuillants à Dijon, de ce décor en damier sur fond noir  qui faisait perdre le sens des dimensions et des proportions, un  spectacle "dantesque" au sens propre car il se découpait davantage en cercles qu'en tableaux ou scènes, traversés par des personnages en transit dans un dénuement universel. J'ai admiré la façon dont les acteurs ont maintenu sans faillir pendant une heure les "tremblements sacrés "(Ispoug en russe) et j'ai pensé à la force des ballets de Maguy Marin.

Rappelons que ce spectacle était un formidable travail d'équipe: Marion Heilmann, Alexandre Bakker, Hélène Polette à la mise en scène, une pièce du compositeur Patrick Heilmann. Avec les comédiens David Drouin, Charlotte Heilmann, Susanne Kayser,  Anne-Lise Lodenet, Faustine Rosselet et Raquel Santamaria. Benjamin Thieland, Stephane Lafoy et Franck Guinfoleau pour les créations vidéo, lumière et son. Et l'aide de Gaëlle Mengin pour aider les comédiens à habiter les marionnettes et les objets scéniques sur-dimensionnés. Qu'un hommage leur soir également rendu.

Il n'y a pas eu beaucoup de représentations, hélas, de ce spectacle fort, la presse locale l'ayant annoncé comme un "spectacle pour enfants", ce qu'il n'était pas ! 

C'était un spectacle qui parlait à l'enfant qui est en nous et ne devrait pas cesser d'y habiter. Et c'était bien sûr une métaphore universelle de la Shoah et de toutes les formes de persécution, de l'homme sur l'homme et de l'homme sur l'animal.

Et d'ailleurs l'actualité donne à ce souvenir un relief particulier.

"Si la cruauté humaine s'est tant exercée contre l'homme, c'est trop souvent qu'elle s'était fait la main sur les animaux." écrivait Marguerite Yourcenar.

 Il y a eu plusieurs représentations des Animals en Bourgogne et en Bretagne, mais il n'y a pas eu, à ce jour,  d'opus 2 pour le théâtre Ispoug, malheureusement.

Ci-dessus, une partie de la troupe au travail (photo Ulule)

Vous trouverez une courte vidéo (3mn) de la représentation en suivant le lien ci-dessous

Le théâtre, poème de Marion Heilmann :

 

On peut évoquer à l'occasion Oskar Schlemmer (1883-1943) peintre et scénographe allemand et  "son souci d'allier l'immobilité hiératique de la rigueur géométrique et de la pureté des contours à la vivacité des formes et la mobilité de l'espace."

Oskar Schlemmer, mise en scène de L'homme qui danse, ballet triadrique (1922)

sur ce sujet, voir le très intéressant article ci-dessous 

Ajoutons qu' Alexandre Bakker, qui a parfois exposé avec sa compagne (ci-dessous) mène de son côté une œuvre graphique importante, "maniériste", fabuleuse, au sens propre, et non dépourvue d'humour. Vous pouvez le retrouver sur son site (lien ci-dessous) 

 

En visitant l'abbaye d'Auberive on peut voir la cellule où a  été emprisonnée Louise MICHEL (1830-1905) avant d'être déportée en Nouvelle-Calédonie.

Sur le site CULTURE PRIME, une très intéressante vidéo (7mn) : "10 choses à savoir sur Louise MICHEL". 

https://www.facebook.com/cultureprime/videos/267442707910222

 

Voir aussi le film que Solveig ANSPACH -également trop tôt disparue- lui a consacré (lien ci-dessous) 

La musique et toutes les formes de culture, c'est STATION SIMONE

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C'est la rentrée sur STATION SIMONE !

Publié le par Claude Léa Schneider

C'est la rentrée sur STATION SIMONE !

..."Suppose et supposons une supposition
que le mot ver luisant se prononce escarcelle,
que le mot chocolat se prononce violon,
que le mot tirelire se prononce hirondelle." ...
 
extrait d'un poème de Claude Roy) Le rire en poésie, Editions Gallimard

Pour cette nouvelle série, résolument tournée vers l'avenir, j'ai emprunté sans vergogne un vers du poète Claude ROY :  « Supposons une supposition » ! 

Remarquez que le logo (ci-dessous)  ne représente pas n'importe quel sac de voyage : c'est celui de FREUD, photographié dans sa maison à VIENNE ! Les fantômes qui se reflètent dans la vitrine qui le protège, c'est nous ! Espérons que ce bagage historique  nous accompagnera  aussi loin que possible dans la prospective.

C'est la rentrée sur STATION SIMONE !

Le premier numéro de « Supposons une supposition » a été enregistré en juillet 2020 à LATITUDE 21, maison de l’architecture et de l’environnement, 33 rue de Montmuzard  à Dijon .

  Une occasion de donner la parole à son directeur, Sébastien APPERT, qui nous présente le très attrayant jardin partagé du Mont des Muses, la vie intense et les missions de l'institution LATITUDE 21 : expositions, ateliers, excursions, conférences ... à destination de tous les publics.    Puis de  parcourir en sa compagnie  quelques salles avant la fin de la très belle exposition Luc SCHUITEN., un architecte visionnaire.

Pour écouter l'émission, c'est facile, il suffit de cliquer sur le lien STATION SIMONE ci-dessous, de descendre la page d'accueil . Vous voyez le logo de l'émission "Supposons une supposition" , ainsi que celui de Latitude 21, à gauche se trouve  le lecteur du podcast : il n'y a plus qu'à cliquer sur la flèche de lecture et à se laisser porter par le chant des oiseaux ....

Au cours de cette visite, nous évoquons deux livres importants qui plairont à tous ceux que toutes les formes du vivant intéressent et  qui souhaitent "refaire connaissance" pour   "approcher  les habitants de la Terre, humains compris. "   Les voici ci-dessous :

 

Et si vous souhaitez également "pister des loups",  ce sera possible  à Latitude 21 avec la nouvelle exposition qui  s'ouvre dès mardi 1er septembre ! 

 

Au cours de l'interview, Sébastien APPERT explique que nous retrouverons prochainement Luc SCHUITEN à LATITUDE 21  puisqu'il participe au projet paysager très novateur  qui a été retenu  pour le site de la Saline Royale d’Arc et Senans:  Le cercle immense.  Sébastien APPERT, philosophe de formation, participe également à ce projet.

Pour en savoir davantage sur cette aventure passionnante,  suivez donc  le lien ci-dessous :

C'est la rentrée sur STATION SIMONE !

Mais c'est aussi la rentrée de SIMONE QUESTIONNE,  émission dont c'est déjà le 24e numéro ! 

Je suis allée rendre visite à la plasticienne Edith NICOT, dans son atelier, 98 rue Berbisey à Dijon, à l'occasion de l'exposition à laquelle elle participe, à Salins-les-bains.

 

Un très petit aperçu des créations d'Edith NICOT

Un très petit aperçu des créations d'Edith NICOT

Au cours de cette interview, nous parlons, entre autres,  de sa technique de fabrication du papier, le kozo, à partir du liber du mûrier, de sa double casquette professionnelle, de ses sources d'inspiration et de son choix de  matériaux insolites qui la font renouveler son art sans cesse. 

 Et aussi d'un fabuleux nid de guêpes qui vous fera porter un autre regard sur ces insectes. Une façon de retrouver les recherches de Baptiste Morizot cité plus haut.

A  quand un musée (sérieux) de l'art des animaux ? (qui n'est pas l'art animalier !)

Diffusion  de SIMONE QUESTIONNE n°24  avec Edith NICOT ce  lundi 31 août à 13h et mercredi 2 septembre à 10h; et ensuite en rediffusion, puis en podcast.

le tout ici : https://www.stationsimone.fr/

Retrouvez-la aussi sur ses pages Facebook :

https://www.facebook.com/edith.nicot.1

https://www.facebook.com/Papier-de-Soi-602444060166257

Et sur RV dans son atelier  98 rue Berbisey 21000 Dijon- edith.nicot@bbox.fr

C'est la rentrée sur STATION SIMONE !

MAIS STATION SIMONE, C' EST AUSSI TOUTES LES EMISSIONS  QUE VOUS DECOUVREZ EN DESCENDANT CETTE PAGE !

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STATION SIMONE, C' EST TOUTES LES EMISSIONS QUE VOUS VOULEZ CREER !
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Bon anniversaire, Boris Pahor !

Publié le par Claude Léa Schneider

Boris Pahor en 2012 photo ULF ANSERSEN- AURIMAGES franceinfo

Boris Pahor en 2012 photo ULF ANSERSEN- AURIMAGES franceinfo

Bon anniversaire Boris Pahor !  Vous avez 107 ans aujourd’hui, ce 26 août 2020 ! Vous êtes né à Trieste, en 1913,  ce qui vous  donne le très honorable titre de « doyen de la littérature mondiale », mais vous avez toujours préféré les engagements aux honneurs.

Félicitations et admiration sans réserve, tout de même. Vite récrire un  article sur vous ! Vous qui vous adressez aux jeunes pour leur parler d'avenir,  mais que la génération des responsables de l’Europe écoute peu. Elle ne manquera pas de vous encenser post mortem, soyez-en sûr- et d’ailleurs vous le savez bien- sans   prendre  davantage en compte par des actes  ce que vous ne cessez de nous dire. Vous le pressentez aussi, hélas.

Ce qu'il a toujours à nous dire, Boris Pahor, il l'a exprimé le 16 octobre 2013, à Bruxelles, accueilli par Martin Schultzinvité au Parlement européen pour qu'on lui remette  le Prix du Citoyen Européen : à 100 ans, il était  temps, il était temps qu'on l'écoute un peu  !

Debout et sans notes, dans son bref discours de 6 minutes, il a nous a dit que "l'Europe n'est pas digne de tous les morts du 20ème siècle qui se sont battus pour la liberté", qu'il y a toujours des gens qui fuient les dictatures, qui viennent demander asile  et meurent en mer ou en chemin. 

Qu'"il faut que les  jeunes  sachent qu'on n'est jamais vacciné  contre la dictature qui peut toujours revenir."

Que "les morts sont là à attendre une Europe avec une éthique, pas une éthique de l'argent, mais une éthique sociale".

Que "les femmes dans l'Europe d'aujourd'hui ont la possibilité de changer l'Europe"

Qu' "il faut que l'Europe trouve une identité politique et sociale qui se fasse valoir, et pas seulement écrite."

Et qu'"elle doit  être tournée vers le futur et conduire à un renouveau du monde occidental, pour le changement de la société européenne."

Quai de Trieste, 27 juillet 2015.

Quai de Trieste, 27 juillet 2015.

Maintenant je m’adresse à toi, lectrice ou lecteur, que je remercie au passage de lire cet article, et permets que je te tutoie, car la question que je vais te poser est intime. Est-ce qu’il t’est déjà arrivé dans les transports en commun, d’être à côté de personnes qui ne sont pas des touristes mais qui discutent dans une langue étrangère – qui n’est pas l’anglais- et de sentir autour, de la part d’autres voyageurs,  une espèce d’agacement, d’hostilité ?

Tu as remarqué ? Je l’observe souvent dans le tram de la ville de province où j’habite, et je n’aime pas ça du tout. Je n’aime pas cette espèce de xénophobie sournoise et silencieuse.  C’est comme si pour  certains, on faisait intrusion dans leur univers francophone.  Et ça les dérange.  D’ailleurs  il y a même des gens qui se lèvent carrément et qui changent de place tellement ça leur est insupportable. Comme si c’était épidermique.

Si je te parle de ça, c’est parce que Boris Pahor raconte la même chose même si ça se passe il y a plus d’un demi-siècle.

 Pour commencer la scène est muette et  se passe en Italie : l’auteur et sa femme sont dans un train, ils sont partis de  Trieste où ils vivent, et ils vont à Florence voir une exposition consacrée au peintre Raphaël. Et comme le voyage est un peu long, ils ont emporté de la lecture. La femme de l’auteur est plongée dans le Corriere delle sera, le journal italien bien connu. Quant au narrateur, il lit un guide touristique italien. Assis à côté d’eux, il y a  un monsieur élégant qui leur sourit très aimablement à chaque fois qu’ils lèvent les yeux.

Tout à coup,  l’auteur s’adresse à sa femme et il lui parle dans leur langue maternelle, c’est-à-dire en slovène. Stupéfaction du monsieur élégant  qui ne peut carrément pas  supporter ce scandale, alors qu’il croyait que ses voisins de train, qui lisaient en italien, étaient Italiens comme lui !  Il les regarde d’un air indigné, il se lève, il change carrément de place et  il continue de leur lancer des regards exaspérés jusqu’à la fin du voyage.

Cette scène se trouve dans un recueil  de nouvelles de Boris Pahor qui s’appelle Arrêt sur le Ponte-Vecchio,

Bon anniversaire, Boris Pahor !
Vue de Trieste en soirée,  25 juillet 2015

Vue de Trieste en soirée, 25 juillet 2015

Trieste, ville funeste, ville d’écrivains d’accord, ville de carte postale peut-être, concurrente de Venise pour les séjours en amoureux, soit  ! Mais, si vous prévoyez d'y passer votre voyage de noces, je vous le déconseille.  Le passé terrible de cet espèce de four à karst austro-mussolinien  et de ses redoutables  « foibe » transpire partout C’est bien le souvenir de juillet 2015 que j’en garde.

Et n'espérez pas vous asseoir tranquillement  au bord de l'Adriatique, la ville ne l'a pas prévu ! A moins que les photos ci-dessous ne vous enchantent ! Ne cherchez pas de plage accueillante non plus. 

Quais de Trieste.
Quais de Trieste.

Quais de Trieste.

Trieste est une ville dure. La présence de nombreux touristes, russes en majorité, n'y change rien. Ni les rayons du soleil dans les verres de Spritz sur les terrasses bondées dès  la fin d'après-midi, ni les glaces délicieuses.

 

Tout le monde connaît la partition de Berlin en 4 zones après la conférence de Yalta en 1945, puis la construction du mur de Berlin en 1961 et sa chute en novembre  1989.

Mais peu de gens connaissent les multiples partitions de Trieste au 20e siècle. Cette ville bien située stratégiquement au nord de l'Istrie, presqu'en face Venise, a été  propice aux grands nettoyages ethniques  et aux épurations politiques.

 Encore autrichien au début du 20e siècle, revendiqué par les Italiens, les Serbes, les Croates et les Slovènes, ce grand port de l’Adriatique devient un des nids de l’Italie fasciste en 1921, occupée par les Allemands en 1943, jusqu’à l’entrée des Yougoslaves de Tito en 1945 et des Néo-Zélandais.

Divisée en 1947 en 2 zones sous contrôle de l’ONU : la zone A anglo-américaine et la zone B yougoslave. Jusqu’à ce qu’en 1954, la zone  A retourne à l’Italie, la B à la Yougoslavie mais partagée entre la Croatie et la Slovénie !  Trieste n’est totalement italienne qu’en 1977 ! mais les conflits sont encore sous-jacents aujourd’hui. Il n’y a qu’à regarder la délicate  répartition de l’espace maritime.

Bon anniversaire, Boris Pahor !

En 1913 à la naissance de Boris Pahor, Trieste fait encore partie de l’Empire austro-hongrois.  On construit à la périphérie de la ville  une usine de décorticage du riz, une « risiera », la Risiera di San Sabba.

Mais dans les années 20, quand Mussolini arrive au pouvoir,  à l'école on  interdit à Boris de parler sa langue maternelle, le slovène. Et  l’enfant voit brûler sous ses yeux le centre culturel slovène. Pour les fascistes, les Slovènes sont des « punaises ».  "Est-ce que les punaises qui infestent un appartement ont une nationalité?" lit-on dans la presse fascisante de l'époque.

la Risiera di San Sabba.
la Risiera di San Sabba.

la Risiera di San Sabba.

En 1943- Boris Pahor a 30 ans- ce nid de fascistes est occupé par les Nazis qui transforment discrètement  la risiera, un ensemble de grands bâtiments de briques un peu à l'écart du centre,  en camp de la mort : ce sera le seul en Italie. Camp avec four crématoire. Le four a été construit par des ouvriers de Trieste à qui les Nazis avaient passé  commande, sans leur en donner la destination : les ouvriers pensaient construire un four industriel ...  ç’en était un, très sinistrement industriel.

En 2015, pour trouver la risiera, ce n'était pas si simple, il n'y avait presque pas de fléchage et nous étions peu nombreux à visiter le site. C'est sans doute pourquoi, ceux qui entretenaient ce lieu de mémoire nous ont remerciés  chaleureusement de notre visite.

Maintenant il y a un site sur lequel vous pouvez découvrir ces lieux.

27 juillet 2015; l'emplacement initial du four.
27 juillet 2015; l'emplacement initial du four.

27 juillet 2015; l'emplacement initial du four.

Le bâtiment principal de la risiera abrite une très instructive et douloureuse exposition.

Le bâtiment principal de la risiera abrite une très instructive et douloureuse exposition.

A cette époque, Boris Pahor rejoint l'armée de libération yougoslave, ce qui lui vaut d'être emprisonné à la Risiera, puis déporté au Struthof, puis à Dachau, puis à Dora, puis  à Bergen-Belsen ...

En 1945, c'est l'entrée de Tito à Trieste : autre grande vague d'épuration. La ville se prête géologiquement à merveille à tous les nettoyages ! Elle est adossée à un massif de karst, roche blanche creusée de gouffres verticaux  qu'on appelle des "foibe". Depuis des siècles,  et à certaines époques encore davantage, on a pris la méchante habitude d'y précipiter les gens, morts ou vifs.

Bon anniversaire, Boris Pahor !

 

Dans les années 50, quand Boris revient à Trieste, il écrit Quand Ulysse revient à Trieste  ! Comme pour d'autres écrivains malmenés de cette époque- et toutes celles et tous  ceux qui ont vécu l’expérience des camps-  on n’avait pas envie d'entendre ce qu'ils avaient à dire.

Ce roman écrit en 1951, paru en 1955, n'a été traduit qu'à partir des années 2000 : traduction  française en 2013 pour le centenaire de son auteur. Quant aux éditeurs italiens, ils ont refusé de publier son témoignage dans les années 80. ci-dessous le lien Étonnants voyageurs. 

Boris Pahor vit toujours à Trieste, ou plus exactement à Prosecco, petit village perché sur les hauteurs de Trieste, près de la « route  Napoléon ».

Cher Boris Pahor, je n’ai pas de verre de prosecco (!)  à lever pour vous souhaiter un bon anniversaire et boire à votre courage et à votre belle santé. Alors permettez-moi, pour vous faire honneur, de lever un verre de Corton Grand Cru, récolté et élevé par mon fils, non loin de l’endroit d’où je vous écris ! Je vous souhaite une belle 107ème année.

Bon anniversaire, Boris Pahor !
Bon anniversaire, Boris Pahor !
Bon anniversaire, Boris Pahor !
Bon anniversaire, Boris Pahor !
Statue de Maximilien de Habsbourg à Trieste, un fil conducteur de " 4M ", à suivre ....

Statue de Maximilien de Habsbourg à Trieste, un fil conducteur de " 4M ", à suivre ....

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