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12 articles avec les yeux de goethe

Dresde : cité-jardin et poésie contemporaine

Publié le par Claude Léa Schneider

Cité-jardin de Hellerau (quartier de Dresde)

Cité-jardin de Hellerau (quartier de Dresde)

Petit retour sur des moments forts de février 2017, quand la Maison de Rhénanie-Palatinat accueillait une exposition sur Hellerau  et conjointement l'écrivain et poète allemand Durs Grünbein à l'occasion de TemPoésie.

Hellerau est un quartier du nord de la ville de Dresde (en Saxe, Allemagne du Nord)  connu pour avoir été le cadre de  l'implantation d'une des premières cités-jardins.

Hellerau  a attiré de nombreux artistes, compositeurs, écrivains, danseurs, scénographes, pédagogues ... dont le pédagogue écossais Alexander Sutherland Neill  qui a fondé son école à Hellerau avant de la transférer à Summerhill, dans le Suffolk en 1924.

La cité jardin comprenait également un théâtre très moderne -le Festspielhaus- où sont venus Diaghilev, Nijinsky, Rachmaninov ...

Le quartier comprenait aussi une importante fabrique de meubles design très réputée.

L'expérience sociale, artistique et utopique de Hellerau a pris fin en 1933 avec l'arrivée des nazis.

Du temps de la RDA, le Festspielhaus a été occupé par l'Armée rouge jusqu'à la chute du Mur de Berlin.

Aujourd'hui, devenu le Kunstforum Hellerau, c'est un centre artistique européen.

Pour en savoir davantage, suivez les liens ci-dessous (en français)

et un document intéressant avec beaucoup de photos sur 3 cités-jradins, dont Hellerau : (en bilingue)

https://www.dresden.de/media/pdf/europa/Strassburg-hellerau-stockfeld

Dresde : cité-jardin et poésie contemporaine
Hellerau, le Festspielhaus.

Hellerau, le Festspielhaus.

L'écrivain et poète Durs Grünbein est né à Dresde en 1962. Il a vécu dans le quartier de Hellerau. Il raconte des épisodes de son enfance dans son roman Die Jahre im Zoo (Les années au zoo), roman non encore traduit en français, mais dont vous trouverez un extrait ci-dessous, traduit par notre atelier collectif de traduction de la Maison de Rhénanie-Palatinat.

Cette "ouverture", qui est l'incipit du roman, montre les cadrages particuliers (plongée et contre-plongée) qui caractérisent son style narratif qualifié parfois de "baroque post-moderne".

« Tout l’art de Durs Grünbein, qui est l’un des grands auteurs allemands d’aujourd’hui, est de mettre de la tension narrative, de « l’épopée » dans la poésie, d’en faire un récit », écrit Georges-Arthur Goldschmidt dans la préface du recueil Après les satires.

 

 

           

"Ouverture après coup (Ouvertüre im nachhinein  )

La fiabilité des souvenirs, comme chacun le sait d’expérience, ne vaut pas grand-chose.  Matière et mémoire  ont ceci en commun qu’elles peuvent engloutir des mondes entiers sans que la surface des jours montre la moindre ride. En réalité  tout comme disparaissent d’un clic des visages, des quartiers et  des scènes de rue, des pans entiers de vie  peuvent être  balayés avec les lieux  et les sentiments correspondants  comme s’ils n’avaient jamais existé.

Pourtant je me souviens  encore parfaitement de mon  premier cauchemar. Il était resté gravé en moi parce qu’il s’était répété de nombreuses nuits. Jusque-là j’ai dû  être relié à tout et à tous, à la manière des peuples primitifs et des petits enfants : à partir de ce moment je ne fus  plus que l’enfant unique,  dans tout ce qu’il avait de perdu et de raté. Le déroulement était toujours le même. Ça se passait dans notre maison du lotissement de Hellerau à la périphérie de Dresde, où nous avions emménagé peu de temps avant que j’aille à l’école, et ça devait être à l’époque où  l’on apprenait à lire, à écrire et les bases du calcul.

L’obscurité venue, à peine étais-je allongé dans mon lit que l’espace commençait à  s’élargir vers le haut et à tourner autour de moi.  De très haut je me voyais moi-même, minuscule, couché en bas dans mon pyjama à fleurs. Au-dessus de la chambre, séparée seulement de celle où dormaient les parents par une porte coulissante à  vitre dépolie, et qui nous servait de salle de séjour dans la journée, la maison était éventrée.  Le plafond s’était ouvert sur la nuit  comme la coupole d’un observatoire. Entre moi et l’univers il n’y avait plus de toit et au-dessus des armoires  commençait désormais le firmament. J’étais exposé  à l’espace extérieur, humide, froid et incommensurablement noir et j’avais l’impression d’y être aspiré  avec grande force. Mon lit, mon lit que j’aimais tant, ne m’offrait plus aucun appui, le seul lieu où j’étais protégé des agressions du monde. J’étais ce cosmonaute malheureux (on utilisait alors la terminologie soviétique officielle, les Astronautes étant les Américains), celui qui était tombé par erreur par la trappe de sa station spatiale, et qui à présent errait, cordon ombilical coupé, câble sectionné. Ce qui me faisait peur, c’était  que je ne trouvais aucune prise dans cette obscurité où il n’y avait plus ni haut ni bas, et en revanche j’avais l’impression que mon crâne avait été ouvert et que mon cerveau était  à l’air libre, comme un œuf qu’on coupe au petit déjeuner – ce pourquoi il y avait clairement devant mes yeux la forme ronde du coupe-œuf avec lequel une partie de ma famille décapitait à table les œufs à la coque. Je sentais autour de mon front un souffle cosmique glacial, je gelais de tout mon corps et j’étais perdu jusqu’au petit doigt de pied. Une peur infinie m’avait saisi, un sens ancestral de peur panique de devoir me décomposer, me répandre dans l’univers.

Pendant ce temps-là, les parents, dans la pièce voisine, se terraient dans leurs lits et ne pouvaient ou ne devaient pas me sauver, quand bien même je gémissais lamentablement. J’avais l’impression qu’ils se trouvaient à des kilomètres de moi. Au début, ma mère s’était levée et avait essayé de m’apaiser. Mais dans le fond, elle ne comprenait pas grand-chose à ma détresse, et son ignorance bienveillante me fendait le cœur. Derrière, le père disait en ronchonnant que je devais laisser tomber ces sottises. Plus tard ma mère a également renoncé à me croire lorsque, tremblant de froid,  je racontais mon odyssée à travers l’univers. Ma situation restait inconsolable. C’est ainsi qu’au bout d’un moment je m’endormais en pleurnichant doucement, sous le scintillement insensible des étoiles.

Dès lors tout changea, et rien ne fut plus comme aux siècles de mon enfance. Aujourd’hui il me semble que c’est comme si certaines choses dans  ma vie avaient pris un tour particulier, une dérivation, à peine perceptible, mais un peu plus évidente chaque jour, de la normale. Je ne connais pas de meilleur mot pour l’exprimer que aberration, un terme qui rayonne de tous côtés, qui plus tard resta gravé dans ma mémoire en cours d’astronomie. En même temps on pouvait le voir partout : pas un individu qui ne s’écarte à sa manière du commun des mortels. Pas un regard vers le  firmament sans que les constellations  ne s’écartent de l’observateur lorsque le vertige de la rotation de la terre le saisit. Pas une image qui ne génère son illusion d’optique. Je ne sais absolument pas à quoi servait cette série de cauchemars  mais je suis certain qu’elle  a tiré un trait  sur ma conscience à peine éveillée. J’avais sept ans lorsque la certitude d’être mortel m’effleura, le sentiment d’être exposé à l’univers."

Die Jahre im Zoo, traduction: Atelier de traduction de la Maison de Rhénanie-Palatinat, dirigé par Ursula Hurson, Dijon, février 2017.

 

Dresde : cité-jardin et poésie contemporaine

« Ses images sont des radiographies aux rayons X, ses poèmes des ombres de poèmes jetés sur le papier comme provenant d’un éclair atomique. Le secret de sa productivité se trouve dans son insatiable curiosité de l’offre de catastrophes que le siècle tient en réserve sous les étoiles comme sous le microscope » écrit le grand écrivain Heiner Müller qui a contribué à le faire connaître.

Pour ma part, ayant en tête comme tout le monde  l'image de Dresde en ruines après le bombardement de février 1945, et ayant visité la Dresde d'aujourd'hui, j'ai particulièrement apprécié de traduire et découvrir la Dresde à "l'instant G", celle  de la RDA des souvenirs de Durs Grünbein.

"À quoi bon te plaindre, toi qui es né après ? Ta ville natale, mon ami,

Avait disparu depuis longtemps, lorsque ta petite personne vint au monde.

Les yeux en larmes c’est autre chose que les cheveux gris.

Tu files à toute jambe, comme ton nom l’indique : un fruit encore vert.

Dix-sept ans ont suffi,  tout juste le temps de grandir,

Pour effacer ce qui fut. Un gris stricte et uniforme

A scellé les blessures,  et de l’enchantement n’est resté que –  simple gouvernance.

Ce n’est pas par nécessité qu’ils l’ont abattu, le paon de Saxe.

Des lichens ont envahi, indestructibles,  les fleurons de grès.

Élégie, ça revient comme le hoquet. À quoi bon ruminer ?"

traduction: Atelier de traduction de la Maison de Rhénanie-Palatinat, dirigé par Ursula Hurson, Dijon, février 2017.

Gerhard Richter, Familie nach Altem Meister, 1965. Munich, musée Brandhorst.

Gerhard Richter, Familie nach Altem Meister, 1965. Munich, musée Brandhorst.

Petite biblio d'ouvrages traduits ou non.
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J'espère que cet article vous aura intéressé-e ! N'hésitez pas à me laisser un message.

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Publié dans Les Yeux de Goethe

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Flâneries et conf 'errance Aloysius Bertrand

Publié le par Claude Léa Schneider

L'association La VOix des MOts vous propose  en mai prochain un programme d'activités variées pour fêter à Dijon  les 210 ans de la naissance du poète Aloysius Bertrand, inventeur du poème en prose.

Pour ma part, j'aurai le plaisir de vous retrouver les 6, 12 et 13 mai pour une conf' errance très gothique et métal ! (affiche ci-dessous)

Découvrez aussi les expos, les concerts, les rencontres, la librairie permanente, les balades, le pique-nique, etc ... de ces Flâneries Vagabondes : c'est juste en-dessous sur le programme complet. A bientôt !

 

Flâneries et conf 'errance Aloysius Bertrand
Flâneries et conf 'errance Aloysius Bertrand
Flâneries et conf 'errance Aloysius Bertrand
Flâneries et conf 'errance Aloysius Bertrand

Publié dans Les Yeux de Goethe

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Voltaire, Rousseau, Mozart, 3ème partie : le vin

Publié le par Claude Léa Schneider

Et maintenant, une boisson qui intéresse nos Voltaire, Rousseau et Mozart, nos trois gars du quartier, et  que vous attendez tous : le vin !

Mais d’abord occupons-nous rapidement de la bouteille. La bouteille en verre existe depuis l’Antiquité, mais petite et plutôt  pour contenir des parfums. Elle commence à contenir du vin en Europe dès la fin du Moyen Âge, mais  le rôle de la bouteille se limitait à assurer le trajet de la cave  à la table. Les autorités n’étaient pas favorables à faire voyager les bouteilles sur de plus longues distances, parce que les contenances n’étaient  pas  réglementées et donnaient souvent lieu à des fraudes.

Mais tout change au XVIIIe siècle. Regardons ce tableau de Jean-François de Troy Le déjeuner d'huîtres, commandé par Louis XV pour les petits appartements de Versailles, tableau  où il n’y a que des messieurs. Il faut vous dire qu’à l’époque, les huîtres, comme le chocolat et les artichauts, sont considérés comme aphrodisiaques ! Les convives boivent du champagne, quatre personnages regardent le bouchon qui saute.  Les bouteilles sont foncées et trapues.

Devant la table, une desserte-rafraichissoir sert à garder les bouteilles au frais dans de la glace et à ranger les assiettes (le 18e siècle adore inventer des petits meubles pour tous les usages).

Ce sont les Anglais qui ont mis au point la bouteille en verre noir très épais, avec une large base, bien bouchée grâce au bouchon de liège qui vient d’être inventé. En 1728, Louis XV donne l’autorisation du transport de champagne en  bouteilles. Et en 1750, l’année où Rousseau remporte le prix de l’Académie de Dijon – vous le retiendrez- Louis XV donne l’autorisation du transport des bouteilles de bourgogne.

En 1792, avec la création du système métrique, la bouteille de vin sert aussi de mesure.

 

Voltaire, Rousseau, Mozart, 3ème partie : le vin
Voltaire, Rousseau, Mozart, 3ème partie : le vin
Voltaire, Rousseau, Mozart, 3ème partie : le vin
Voltaire, Rousseau, Mozart, 3ème partie : le vin

Et regardons aussi les verres dans lequel on aime déguster le vin. Vous en possédez peut-être toujours de semblables.

Toujours au 18ème siècle, on s’aperçoit que le vin se bonifie en vieillissant. Les amateurs se tournent alors vers des vins plus évolués, aux arômes  plus complexes. A partir de 1760, les appréciations sur les vins se multiplient dans les récits et les guides de voyage. Ce sont les débuts du discours œnologique qui va se développer au 19ème siècle.

Voltaire, Rousseau, Mozart, 3ème partie : le vinVoltaire, Rousseau, Mozart, 3ème partie : le vin

Rousseau aime le vin, il ne s’en est jamais caché, il l’écrit plusieurs fois dans les Confessions, mais il prend bien la peine de signaler qu’il n’a jamais été « ivre d’alcool » Il fait beaucoup de comparaison entre les vins de Suisse, il préfère « le vin du cru, qui est le vin de pays des gens modestes » aux vins fins qui sont « un luxe des élites sociales »

Dans L'Emile ou De l’Education, 1762, on remarque  qu’apprendre à déguster le vin fait partie de l’éducation reçue par Emile.

 Dans La Nouvelle Héloïse, Julie de Wolmar  présente à son amant une carte des vins  qu’ils dégustent ensemble, ce sont des vins blancs du Valais  et elle conclut:

« Comme on est sûr de ce qui les compose, on peut au moins les prendre sans risque », avec l'idée de bien connaître l’origine de ce que l’on boit et de ce que l’on mange, idée dont nous retrouvons l'importance aujourd'hui.

Alors justement : qu’est-ce qu’on mange ? Dans la France du 18ème siècle, le « régime de Pythagore » jouit d’un regain d’intérêt parmi les naturalistes, des juristes et les écrivains.

Par ailleurs Julie est végétarienne, comme Rousseau, qui l’est parce qu’il considère que la nature humaine est frugivore, et aujourd’hui on dit que Rousseau a été " le premier à poser les bases de l’éthique animale."

Comme vous allez le voir ensuite, Voltaire est également végétarien, mais lui on le considère plus  comme un  précurseur de l’antispécisme, c’est-à-dire : sortons du système d’Aristote, il n’y a pas d’espèces d’en haut et d’espèces d’en bas, comme il le dit dans cet extrait du Dialogue du chapon et de la poularde :

« LA POULARDE.  Eh bien! quand nous serons plus gras, (les hommes) le seront-ils davantage?

LE CHAPON.   Oui, car ils prétendent nous manger.

LA POULARDE.   Nous manger! ah, les monstres!

LE CHAPON.  C’est leur coutume; ils nous mettent en prison pendant quelques jours, nous font avaler une pâtée dont ils ont le secret, nous crèvent les yeux pour que nous n’ayons point de distraction; enfin, le jour de la fête étant venu, ils nous arrachent les plumes, nous coupent la gorge, et nous font rôtir.(…)

LA POULARDE. (…) Nous traite-t-on ainsi dans le reste du monde?

LE CHAPON. (…) Non.(…) dans un pays nommé l’Inde (…) les hommes ont une loi sainte qui depuis des milliers de siècles leur défend de nous manger; (…) un nommé Pythagore, ayant voyagé chez ces peuples justes, avait rapporté en Europe cette loi humaine, qui fut suivie par tous ses disciples.

 

Voltaire, Rousseau, Mozart, 3ème partie : le vinVoltaire, Rousseau, Mozart, 3ème partie : le vin

« LA POULARDE.  Eh bien! quand nous serons plus gras, (les hommes) le seront-ils davantage?

LE CHAPON.   Oui, car ils prétendent nous manger.

LA POULARDE.   Nous manger! ah, les monstres!

LE CHAPON.  C’est leur coutume; ils nous mettent en prison pendant quelques jours, nous font avaler une pâtée dont ils ont le secret, nous crèvent les yeux pour que nous n’ayons point de distraction; enfin, le jour de la fête étant venu, ils nous arrachent les plumes, nous coupent la gorge, et nous font rôtir.(…)

LA POULARDE. (…) Nous traite-t-on ainsi dans le reste du monde?

LE CHAPON. (…) Non.(…) dans un pays nommé l’Inde (…) les hommes ont une loi sainte qui depuis des milliers de siècles leur défend de nous manger; (…) un nommé Pythagore, ayant voyagé chez ces peuples justes, avait rapporté en Europe cette loi humaine, qui fut suivie par tous ses disciples.

(…) Il prouve que nous sommes les alliés et les parents des hommes; que Dieu nous donna les mêmes organes, les mêmes sentiments, la même mémoire, le même germe inconnu d’entendement qui se développe dans nous jusqu’au point déterminé par les lois éternelles, et que ni les hommes ni nous ne passons jamais! En effet, ma chère poularde, ne serait-ce pas un outrage à la Divinité de dire que nous avons des sens pour ne point sentir, une cervelle pour ne point penser? Cette imagination digne, à ce qu’ils disaient, d’un fou nommé Descartes, ne serait-elle pas le comble du ridicule et la vaine excuse de la barbarie?

Aussi les plus grands philosophes de l’antiquité ne nous mettaient jamais à la broche. Ils s’occupaient à tâcher d’apprendre notre langage, et de découvrir nos propriétés si supérieures à celles de l’espèce humaine(…). Les sages ne tuent point les animaux(…). »

Voltaire, Rousseau, Mozart, 3ème partie : le vinVoltaire, Rousseau, Mozart, 3ème partie : le vin

Mozart n’est pas du tout végétarien,  il évoque souvent son « solide appétit », il aime le chapon, la truite le porc, et il est plus gourmand que gourmet. Pour faire simple, sa table serait plutôt représentée par le 1er tableau ci-dessous, pour ne pas dire le 2ème !

 

Voltaire, Rousseau, Mozart, 3ème partie : le vinVoltaire, Rousseau, Mozart, 3ème partie : le vin

A Ferney, Voltaire travaille beaucoup, il est toujours hyperactif,  il  écrit ou dicte une quarantaine de lettres par jour (il y en a 6000 répertoriées), plus ses ouvrages en cours.

C'est à Ferney qu’il écrit le Traité sur la Tolérance, le Dictionnaire philosophique, la Philosophie de l’Histoire, et les 9 volumes des Questions sur l’Encyclopédie ...

Il vit avec sa nièce, veuve, Mme Denis, la  fille de sa sœur. C’est vraiment l’Aubergiste de l’Europe, parce qu’on vient le voir de toute l’Europe. C’est Mme Denis qui reçoit comme maîtresse de maison :

« J’ai quelquefois 50 personnes à table. Je les laisse avec Mme Denis qui fait les honneurs, et je m’enferme ».

Qu’est-ce qu’on mange ? On mange de la nourriture de bonne qualité en petite quantité.  Et qu’est-ce qu’on boit ?  Voltaire se dit bourguignon, parce que Ferney, qui est dans le Pays de Gex, appartenait alors à la Bourgogne. Il a une belle cave :  il y a du  Champagne, des vins du Languedoc, de la vallée du Rhône, du Beaujolais, du Val de Loire, de Malaga, de Tokay.

Mais beaucoup de bourgognes et surtout du Corton.

 

Voltaire, Rousseau, Mozart, 3ème partie : le vin
Voltaire, Rousseau, Mozart, 3ème partie : le vin
Voltaire, Rousseau, Mozart, 3ème partie : le vin

Par son médecin, le docteur Tronchin de Genève, il avait fait la connaissance de Gabriel Le Bault, président du Parlement de Bourgogne, dont la femme, peinte ici par Greuze possédait des vignes à Corton situées aux climats « Les Perrières » et « les Bressandes. » Voltaire écrit  à Le Bault :

 « J’ai beaucoup de bons vins pour les   Genevois qui se portent bien, mais à moi malade, il me faut un restaurant bourguignon. (…) Je ne puis souffrir d’autre vin que le vôtre! (…) Je donne d’assez bon vin de Beaujolais à mes convives de Genève mais je bois le Corton en cachette. (…)Je vous supplie de m’envoyer quatre tonneaux de Corton toutes les années tant qu’il plaira à la nature de me permettre de boire. »

Voltaire ne demande pas seulement du vin à Le Bault, mais il veut jouer au gentleman-vigneron « J’ai la fantaisie de cultiver dans mon terrain hérétique quelques ceps catholiques… serait-ce prendre trop de liberté que de m’adresser à vous pour avoir deux cents pieds des meilleures vignes? Ce n’est qu’un très petit essai que je veux faire. Je sens combien ma terre est indigne d’un tel plant mais c’est un amusement dont je vous aurais obligation. » « Je sais qu’il est ridicule de planter à mon âge (68ans) mais quelqu’un boira un jour le vin de mes vignes et cela me suffit. (…)« Je ne connais rien de plus beau ici-bas que le travail de la vigne. »

Mais il doit bien se rendre à l’évidence, il n’a pas la terre qui convient qu’il ne peut, comme il dit, « que plaisanter avec son terrain calviniste. »

Voltaire, Rousseau, Mozart, 3ème partie : le vin

Mozart est gourmand et buveur sans modération,  l’alcool coule à flots dans son œuvre et dans sa correspondance : il aime particulièrement le tokay et les vins de Moselle, le champagne,et surtout  le Marzemino, un cépage italien de raisins noirs d’Italie du Nord, qu’il cite dans Don Giovanni.

En 1777, il part à avec sa mère à Paris (qui y décédera, c’est pourquoi vous la voyez en médaillon  sur le tableau de la photo ci-dessous), en passant par l’Allemagne. Son père est  obligé de rester à son poste à Salzbourg et Mozart, qui a 21 ans, est comme soulagé :

                             « Mon cœur est aussi léger qu’une plume ! »

Plusieurs fois Mozart voudrait se fixer un peu, il l’écrit à son père  qui  lui répond en substance et  en langage moderne :

                             « ça va pas, non ?! Et ta carrière !!! »

Voltaire, Rousseau, Mozart, 3ème partie : le vinVoltaire, Rousseau, Mozart, 3ème partie : le vin

C’est le cas à Mannheim, où Mozart se fait des amis, mange, se cuite et se lâche, comme il le raconte le 14 novembre 1777 :

« Moi, Johannes Chrysostomus Amadeus Wolfgangus Sigismondus Mozart, je m’accuse de n’être rentré qu’à minuit à la maison, hier et avant-hier (et souvent déjà), et d’avoir de dix heures à ladite heure, chez Cannabich, en sa présence et en compagnie de sa femme, de sa fille, de M. le Trésorier, de Ramm et de Lang, souvent — et sans remords mais très légèrement — rimaillé. De plus, uniquement de cochonneries avec crotte, chier et lécher le cul, en pensée, en paroles, et — mais pas en action. Je ne me serais pas conduit d’une façon si dévergondée, si l’instigatrice — la dénommée Lisel (Elisabeth Cannabich) ne m’y avait poussé et excité ; mais je dois avouer que j’y ai pris grand plaisir. Je reconnais du fond du cœur tous ces péchés et ces écarts dans l’espoir d’avoir assez souvent à les confesser, et prends la ferme résolution d’amender toujours plus la vie dissolue que j’ai commencée à mener. — C’est pourquoi je demande la sainte absolution, si elle peut s’obtenir facilement. Sinon cela m’est égal, car que le jeu continuera. Lusus enim suum habet ambitum comme le chante le bienheureux Meissner, chapitre 9 page 24, et aussi le saint Ascenditor [le cafetier Staiger], patron du potage au café brûlé, de la limonade moisie, du lait aux amandes sans amandes, et tout particulièrement de la glace aux fraises remplie de glaçons, puisqu’il est un grand connaisseur et artiste en matière de choses glacées. »

Voltaire, Rousseau, Mozart, 3ème partie : le vinVoltaire, Rousseau, Mozart, 3ème partie : le vin

Alors, si Mozart aimait tant le vin, quoi d’étonnant si aujourd’hui des viticulteurs bonifient leur vin au son de Mozart ? Je termine exprès par un sujet qui va vous faire parler ! De la musique dans les vignes :

Un vigneron de Toscane  a eu l’intuition que jouer de la musique à la vigne serait bénéfique pour sa croissance et la rendrait épanouie, il travaille avec les universités de Pise et de Florence. Il déclare :

« Avec ces universités nous avons étudié, à la fois sur le terrain et en laboratoire, les effets positifs des ondes sonores sur le système racinaire de la vigne, les feuilles et les fleurs, et en particulier sur l’effet répulsif des ondes sonores sur les parasites et les prédateurs. »

D’autres mettent de la musique dans les caves pour bonifier le vin, c’est le cas d’un  domaine d’Afrique du Sud, dans l’arrière-pays du Cap, dont le propriétaire affirme :

"Nous n'utilisons que du baroque et du classique parce que les deux ont des rythmes mathématiques, et il a été prouvé que les ondes sonores ont un effet positif sur la vie naturelle.(…) "Le vin est un être vivant, avec de nombreuses bactéries, et le processus de fermentation lui-même est fait avec des organismes vivants"

 

Voltaire, Rousseau, Mozart, 3ème partie : le vin

Et plus près  de nous, dans le vignoble de Santenay, dans une  cave,  il y a sur une table, deux haut-parleurs, une chaîne hi-fi et un CD de Mozart, et le jeune viticulteur explique

"Les fréquences musicales ayant des incidences sur les bactéries et les molécules d'eau, je me suis renseigné, et notre oenologue a trouvé l'idée bonne d'essayer sur les levures, dans le vin. Nos recherches nous ont conduits à choisir les fréquences de la Petite musique de nuit de Mozart. (…)  Pour la première fois, il n'y a eu aucun blocage de fermentation. La courbe a été égale et identique dans tous les fûts, ce qui ne nous était jamais arrivés. Les vins sont purs et très en place.

Tout cela vous étonne ? Mais après tout, vous avez bien qu’il faut également faire entendre de la bonne musique aux bébés, bien avant leur naissance…

 Alors, musique !

Voltaire, Rousseau, Mozart, 3ème partie : le vin
Voltaire, Rousseau, Mozart, 3ème partie : le vin
Voltaire, Rousseau, Mozart, 3ème partie : le vin
Voltaire, Rousseau, Mozart, 3ème partie : le vin

Publié dans Les Yeux de Goethe

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Voltaire, Rousseau, Mozart, café, chocolat ou vin : 2ème partie, texte et photos

Publié le par Claude Léa Schneider

Voltaire, Rousseau, Mozart, café, chocolat ou vin : 2ème partie, texte et photos

Revenons à Dijon au 18e siècle.

A Dijon Charles De Brosses est un magistrat important qui deviendra  président du Parlement de Dijon en 1770. C’est aussi un érudit,  un écrivain qui a fait un important voyage en Italie vers 1740 et dont les lettres passionnantes sont d’ailleurs toujours rééditées.

Rappelons que le Paix de Gex était à l’époque sous la juridiction de Dijon et que De Brosses avait beaucoup d’amis magistrats  à Genève.

A quelles occasions a-t-il rencontré Voltaire, Rousseau et Mozart ? vous allez le découvrir.

Revenons d’abord à Jean-Jacques Rousseau, ce SDF de génie, comme l’appellent certains critiques.

Il est revenu de Turin chez Mme de Warens, comme il était parti, c’est-à-dire à pied et c’est souvent ainsi que se passent la plupart de ses déplacements quand le paysage ou la botanique l’intéressent.

« La chose que je regrette le plus dans les détails de ma vie dont j’ai perdu la mémoire est de n’avoir pas fait des journaux de mes voyages. Jamais je n’ai tant pensé, tant existé, tant vécu, tant été moi, si j’ose ainsi dire, que dans ceux que j’ai fait seul à pied. »  

Revenu à Annecy, Il devient l’amant de Mme de Warens, ils habitent aux Charmettes, mais comme au bout de quelques années, Mme de Warens lui donne un successeur, il s’en va.

C’est en 1742 : il a 30 ans.

Voltaire, Rousseau, Mozart, café, chocolat ou vin : 2ème partie, texte et photos
Voltaire, Rousseau, Mozart, café, chocolat ou vin : 2ème partie, texte et photos
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Voltaire, Rousseau, Mozart, café, chocolat ou vin : 2ème partie, texte et photos
Voltaire, Rousseau, Mozart, café, chocolat ou vin : 2ème partie, texte et photos

Il part à Paris pour gagner sa vie comme secrétaire particulier et surtout comme maître de musique, car il pense que s’il a une chance d’être connu, c’est dans le domaine musical.

      A Paris, il rencontre le philosophe Diderot, ils se lient d’amitié et Rousseau rédige pour lui des articles sur la musique pour l’Encyclopédie. Il a en effet inventé un nouveau système pour écrire la musique (note do et zut). Et Il a aussi écrit un opéra Les muses galantes qui malheureusement n’a pas eu de succès.

Au 18e siècle la toute jeune Académie des sciences, arts et belles-lettres de Dijon est  très active et lance régulièrement des concours. A l’époque, elle siège tout près d’ici. Vous reconnaissez ?

Un jour de 1749 –Rousseau a 37 ans- il va voir Diderot, emprisonné pour 3 mois au donjon de Vincennes  à cause de la censure et il lui lit le sujet du concours de l’Académie de Dijon de l’année, rédigé comme suit :

“Si le rétablissement des sciences et des arts a contribué à épurer les mœurs. »

 

Rousseau a plein d’idées ; il pense  que l'homme est bon par nature, que c'est le progrès qui le rend mauvais.  Il tient à Diderot un discours tellement enflammé - qu’on appellera "l’illumination de Vincennes" - que Diderot lui conseille de participer au concours. Ce qu’il fait.

Et l’année suivante ….

« L'année suivante, comme je ne songeais plus à mon Discours, j'appris qu'il avait remporté le prix à Dijon.

Son Discours sur les sciences et les arts est tout de suite publié et il est immédiatement connu des tous les cercles littéraires de l’époque. Le prix de l’Académie de Dijon le rend  définitivement célèbre. Rousseau remercie comme vous le lisez sur cette lettre mais ne vient pas à Dijon… Sans doute par peur des mondanités et aussi à cause de la lourdeur des transports de l'époque pour un rapide aller-retour (cf document)

Voltaire, Rousseau, Mozart, café, chocolat ou vin : 2ème partie, texte et photos
Voltaire, Rousseau, Mozart, café, chocolat ou vin : 2ème partie, texte et photos
Voltaire, Rousseau, Mozart, café, chocolat ou vin : 2ème partie, texte et photos
Voltaire, Rousseau, Mozart, café, chocolat ou vin : 2ème partie, texte et photos

 En 1754, Jean-Jacques Rousseau concourt à nouveau, sur un autre sujet proposé par l’Académie de Dijon :

« Quelle est la source de l’inégalité parmi les hommes, et si elle est autorisée par la loi naturelle ».

Ce qui lui fait composer le Discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les hommes. Rousseau ne remporte pas le concours, mais peu importe. On a oublié celui qui a eu le 1er prix, c’est le texte de Rousseau qu’on lit, qu’on commente et qui est passé à la postérité.

Son œuvre, qui prône un retour à la nature,  est attaquée par Voltaire qui écrit que la pensée de Rousseau est rétrograde et lui donne envie "de marcher à quatre pattes ».

C’est le début de la querelle entre Voltaire et Rousseau que tout oppose et qui va durer jusqu’à leur mort la même année 1778, avant que la Révolution ne les rassemble dans le même génie.

En 1754 et en 1762,  Rousseau, passe à Dijon, sous le pseudonyme de « Monsieur Renou » -toujours traqué, ou croyant l'être- sans s’y arrêter, et  c’est seulement en 1770, entre le 10 et le 17 juin,  alors qu’il est un philosophe reconnu, qu’il effectue un voyage de cinq jours à Dijon. Les Dijonnais n’ont d’ailleurs pas manqué de se presser pour l’apercevoir : je vous renvoie à la brochure éditée en 2012 à l’occasion du tricentenaire de la naissance de Rousseau et aux  travaux d’Éliane Lochot, conservatrice en chef des archives municipales de Dijon.

Il séjourne chez le secrétaire de l’intendance de Bourgogne, Jacques Robinet, rue de l’Oratoire, aujourd’hui rue Bossuet. Après le repas, J Robinet et JJ ils aiment se promener dans les jardins, ils partagent une passion pour la botanique. Rousseau est en effet un  botaniste reconnu.

 

Voltaire, Rousseau, Mozart, café, chocolat ou vin : 2ème partie, texte et photosVoltaire, Rousseau, Mozart, café, chocolat ou vin : 2ème partie, texte et photos

Et le 17 juin 1770,  Rousseau part pour Montbard où il rend visite aux deux grands Montbardois déjà célèbres,  Buffon, ami de De Brosses, dont Rousseau visite le cabinet de travail, et Daubenton, dont il visite la pépinière, après quoi il part sur Chablis et Auxerre.

Charles De Brosses ainsi que ses amis genevois et dijonnais, dont Legouz de Gerland, n’aiment  pas beaucoup les écrits de Rousseau et son « retour à la nature » : mais ils reconnaissent son génie. Legouz de Gerland déplorait aussi l'inclination de Jean­ Jacques  Rousseau pour  la  vie  solitaire.

Lettre de Legouz de Gerland à Rousseau :

« Quel dommage, Monsieur, qu'un être pensant comme vous et qu'un aussi beau  génie veuille  abandonner la société pour nous livrer  aux bêtes tandis que par  vos leçons  et par  vos  exemples,  vous  pouvez la rendre meilleure. Au lieu d' une retraite  au désert, restez  au milieu du spectacle du monde pour montrer la route du vrai bien ... Le désert est pour les sauvages, la contemplation nous fatigue à la fin et les hommes tels qu'ils sont valent encor mieux  que la solitude »

Lettre de De Brosses  à  Jallabert, ami de Genève, du  18 février  1766 :

"Jean-Jacques est un méchant enfant qui a mordu le sein de sa mère. Que de talens il a prostitué à l'orgueil de faire parler de luy, soit en bien soit en mal, car cela lui est très égal pourvu qu'on en parle !

C'est assurément un des plus beaux génies et des plus grands écrivains de notre siècle. Il a de plus l'étoffe et le fond et non pas le vernis et la simple supercherie d'un excellent philosophe.

 Mais que penser d'un homme qui tourne toute son éloquence en paradoxe, toute sa dialectique en sophismes et qui rassemble toutes les forces prodigieuses de son esprit pour se constituer en cynique de mauvaise foy ?

 J'ai peine à le plaindre d'être malheureux quand je vois que c'est à cela même qu'il met son Plaisir."

Ils sont quand même bien ces magistrats dijonnais des Lumières : ils ne partagent pas les idées de Rousseau, mais ils veulent l’aider.

De Brosses, en particulier, veut lui donner du taf, enfin un job, quoi !

En janvier  1769, il  lui  propose  un  emploi  qui  aurait  consisté à rédiger les remontrances  du  Parlement  de  Dijon.  Les magistrats bourguignons cherchaient un rédacteur qui ait de l’éloquence. De  Brosses  proposa cet emploi à Rousseau en espérant qu’il  serait   heureux   de travailler pour la ville de Dijon qui avait été la première à reconnaître ses qualités. Mais le projet n’a pas eu de suite. On pense que Rousseau a refusé, sa “manie ambulante”, son délire de persécution ajoutés à la censure, l’empêchant de se fixer...

 

Voltaire, Rousseau, Mozart, café, chocolat ou vin : 2ème partie, texte et photosVoltaire, Rousseau, Mozart, café, chocolat ou vin : 2ème partie, texte et photos

Les relations de De Brosses avec Voltaire sont de tout autre nature et peu glorieuses pour Voltaire.

En 1757, d’Alembert écrit avec Voltaire l’article “Genève” de l’Encyclopédie qui fait scandale. Voltaire est obligé de quitter sa propriétés des Délices à Genève, et il achète en octobre 1758 le château de Ferney dans Pays de Gex, en territoire français, mais loin de Versailles, à quatre kilomètres de la frontière, et près de son éditeur, et il loue en plus le château de Tournay qui forme avec Ferney un vaste ensemble d’un seul tenant. Or le château de Tournay appartient à De Brosses qui le loue  alors à Voltaire par un bail à vie. Grosse erreur ! Voltaire se croit chez lui comme à  Ferney qu’il a acheté,  il abat donc des arbres et des murs, sans demander l’autorisation  de De Brosses. Il s’ensuit une querelle où Voltaire se montre particulièrement tenace et chicanier. De plus, c’est là qu’au début Voltaire installe son théâtre et il s’attire l’hostilité des austères calvinistes tout proches.

Voltaire, Rousseau, Mozart, café, chocolat ou vin : 2ème partie, texte et photos
Voltaire, Rousseau, Mozart, café, chocolat ou vin : 2ème partie, texte et photos
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Voltaire, Rousseau, Mozart, café, chocolat ou vin : 2ème partie, texte et photos
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Ferney, sa dernière demeure pendant vingt ans (de 1758 à 1778)  est la période la plus active de la vie de Voltaire. Malgré ses 64 ans, déjà vieux pour l’époque, il entreprend un projet global :  il fait reconstruire entièrement le château,  il aménage le parc, et il transforme un petit village en "pôle  d’activité", y apportant la richesse. Voltaire est devenu riche  lui-même et en est fier :

« Je suis né assez pauvre, j’ai fait toute ma vie un métier de gueux, de barbouilleur de papier, celui de Jean-Jacques Rousseau, et cependant me voilà avec deux châteaux, 70 000 livres de rente et 200 000 livres d’argent comptant. »

De Ferney, quand il n’est pas encore trop âgé,  Voltaire se rend parfois à Fontaine Française,

pour voir une amie, une femme cultivée et intéressée par la littérature de son temps :  Mme de St Julien -future amie de celle qui sera Mme de Staël-  et dont le mari fortuné a fait construire ce château.  Elle aime la chasse, ce qui n’est pas du tout  un loisir partagé par Voltaire, mais il aime bien correspondre avec Mme de St Julien qu’il appelle  son  « papillon philosophe ».

Si vous  visitez le château (en été) vous verrez la chambre qu’occupait Voltaire.

 

Voltaire, Rousseau, Mozart, café, chocolat ou vin : 2ème partie, texte et photosVoltaire, Rousseau, Mozart, café, chocolat ou vin : 2ème partie, texte et photos

On a goûté tout à l’heure au café et au chocolat, maintenant je vous propose une petite tasse de thé, un thé « à l’anglaise », c’est-à-dire sans les  domestiques, on sera entre nous, et pas n’importe où, chez le Prince de Conti, qui loge Rousseau quand il vient  à Paris, c’est lui, de dos, avec cette grande perruque à l’ancienne.   Et dans le  coin gauche du tableau, assis sagement à son clavecin, qui est ce jeune enfant de 8 ans à qui  les beaux seigneurs et les belles dames qui prennent le thé portent une attention très distraite ?  C’est Mozart.

Ce tableau de Carmontelle   date de la même époque (1664) : on y voit Léopold (violon) Nannerl (chant) et Wolfgang (clavecin). On se perd dans les âges, car Léopold passe son temps à rajeunir ses enfants!

Voltaire, Rousseau, Mozart, café, chocolat ou vin : 2ème partie, texte et photos
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Voltaire, Rousseau, Mozart, café, chocolat ou vin : 2ème partie, texte et photos
Voltaire, Rousseau, Mozart, café, chocolat ou vin : 2ème partie, texte et photos

Rappelez-vous la carte des voyages de la famille Mozart : partis de Salzbourg, ils passent une 1ère fois par Paris, entre novembre 1763 et avril 1764, puis ils reviennent, repassant à Paris et Versailles en mai-juin 1766 pour regagner Salzbourg et ils font un détour par Dijon, parce qu’en juillet 1766, il y a la tenue des Etats de Bourgogne, qui a lieu tous les 3 ans, et qu’à cette occasion, le Prince de Condé, gouverneur de la Bourgogne, veut organiser des festivités et comme il a entendu parler du jeune prodige, il invite les Mozart à Dijon. On sait assez peu de choses sur leur séjour à Dijon, mais on suppose qu'ils y restent une quinzaine de jours.

Léopold, vice-maître de chapelle à la cour du prince-archevêque de Salzbourg, est un très bon pédagogue,  mais aussi un redoutable coach- comme certains parents de jeunes sportifs aujourd'hui- il consacre beaucoup de temps à l'éducation musicale de ses deux enfants (7enfants, 2 survivants…).

Les dons exceptionnels de son très jeune fils le décident à faire une tournée de concerts à travers l'Europe. D’autant plus qu’il y a d’autres enfants prodiges à l’époque et que compétition est rude, pour passer aux Victoires de la Musique ! :-)

La majorité des musiciens de l’époque ne pouvaient pas faire une carrière musicale indépendante, comme maintenant, ils étaient obligés de se mettre au service d’une institution ou d’une Cour, à moins d’être engagé par un noble fortuné, ce qui était rare. Léopold Mozart s’est rendu compte qu’il y avait un réseau de Cours européennes, et qu’il fallait exploiter ce réseau. C’est son génie  à lui, et  aussi toutes les observations dans ses notes et  sa correspondance  qui sont passionnantes : c’est  un vrai film de la vie en Europe dans la deuxième moitié du 18ème siècle.

A Dijon, il y a certainement eu 2 concerts qui ont eu lieu ici- aux ArchIves départementales de la Côte-d'Or- autrefois l’Hôtel de Ville, puisque la salle du Palais des Etats était justement occupée, dans la grande salle d’audience, qui est au-dessus de notre tête ! c’est là, très  certainement que De Brosses assista au concert des enfants Mozart du 16 ou du 18 juillet 1766.

 

On le voit par ses notes, Léopold n’a pas du tout été satisfait des prestations des musiciens de Dijon : tous des ânes !

 « Sotrau, violoniste « très médiocre », Fantini, « misérable italien détestable »,  Paquet, Lorenzetti et Mauriat : « asini tutti ». À l’alto, Le Brun « un racleur », les autres au violoncelle ont fait une prestation « misérable » et les deux frères jouant du hautbois sont « rotten » « pourris » ! »

Mais, il  écrit à son ami Lorenz Haguenauer, resté à Salzbourg :

« Je n’ai pas manqué de boire à votre santé un — non, plusieurs verres de bourgogne. Vous savez que je suis un buveur acharné. Ô combien ai-je souhaité trouver dans la cave d’un bon ami de Salzbourg les vins que l’on nous a proposés à profusion ! Je n’ai pas fait attention à quelle fontaine on tire le bon vin de Bourgogne, et si l’on a envie d’en boire, cela ne coûte rien qu’une petite lettre, et il est là ! J’ai presque eu envie de commander un petit tonneau d’une contenance de 240 bouteilles. "

 

Madame d' Epinay

Madame d' Epinay

Après quoi Mozart et sa famille rentrent sur Salzbourg en passant par Lyon et Genève, ce qui désole Voltaire, qui est malade et ne peut pas aller l’écouter. Il écrit le 26 septembre 1766 à Mme d’Epinay :

« Votre petit Mazart (sic), madame, a pris assez mal son temps pour apporter l’harmonie dans le temple de la Discorde. Vous savez que je demeure à deux lieues de Genève : je ne sors jamais ; j’étais malade quand ce phénomène a brillé sur le noir horizon de Genève. Enfin il est parti, à mon très grand regret, sans que je l’aie vu. Je me suis dépiqué en me faisant jouer sur mon théâtre de Ferney des opéras-comiques pour ma convalescence ; toute la troupe de Genève au nombre de cinquante a bien voulu me faire ce plaisir. »

 

Fin de la 2ème partie. Merci pour votre intérêt. A bientôt !

Lemonnier, Le salon de Mme Geoffrin en 1755

Lemonnier, Le salon de Mme Geoffrin en 1755

Publié dans Les Yeux de Goethe

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Voltaire, Rousseau, Mozart, café, chocolat ou vin : "Pour attendre en images"

Publié le par Claude Léa Schneider

Voltaire, Rousseau, Mozart, café, chocolat ou vin : "Pour attendre en images"Voltaire, Rousseau, Mozart, café, chocolat ou vin : "Pour attendre en images"

Bonjour à tous, vous avez été nombreux à me demander le diaporama

"Pour attendre en images" de la conférence du 26 janvier 2017.

Je l'ai envoyé par mail à eux qui m'en ont fait la demande, mais comme c'était lourd, certains ne l'ont pas reçu. Retrouvez ici le diaporama intégral.

Pour une meilleure lisibilité, je l'ai partagé  en sections thématiques : cliquez sur les flèches pour faire défiler les images.

Bonne lecture, belles visites et jolies  balades de printemps-été !

Paris et Dijon
Paris et Dijon
Paris et Dijon
Paris et Dijon
Paris et Dijon

Paris et Dijon

Voltaire : Cirey, Fontaine-Française, Ferney, marquise du Châtelet
Voltaire : Cirey, Fontaine-Française, Ferney, marquise du Châtelet
Voltaire : Cirey, Fontaine-Française, Ferney, marquise du Châtelet
Voltaire : Cirey, Fontaine-Française, Ferney, marquise du Châtelet
Voltaire : Cirey, Fontaine-Française, Ferney, marquise du Châtelet
Voltaire : Cirey, Fontaine-Française, Ferney, marquise du Châtelet
Voltaire : Cirey, Fontaine-Française, Ferney, marquise du Châtelet

Voltaire : Cirey, Fontaine-Française, Ferney, marquise du Châtelet

Rousseau : Montmorency, Ermenonville, tricentenaire, musique ...
Rousseau : Montmorency, Ermenonville, tricentenaire, musique ...
Rousseau : Montmorency, Ermenonville, tricentenaire, musique ...
Rousseau : Montmorency, Ermenonville, tricentenaire, musique ...
Rousseau : Montmorency, Ermenonville, tricentenaire, musique ...
Rousseau : Montmorency, Ermenonville, tricentenaire, musique ...

Rousseau : Montmorency, Ermenonville, tricentenaire, musique ...

Café et chocolat
Café et chocolat
Café et chocolat
Café et chocolat
Café et chocolat
Café et chocolat
Café et chocolat
Café et chocolat
Café et chocolat

Café et chocolat

Vin et bouteillesVin et bouteilles

Vin et bouteilles

De Voltaire et sur Voltaire : choix personnel
De Voltaire et sur Voltaire : choix personnel
De Voltaire et sur Voltaire : choix personnel
De Voltaire et sur Voltaire : choix personnel
De Voltaire et sur Voltaire : choix personnel
De Voltaire et sur Voltaire : choix personnel

De Voltaire et sur Voltaire : choix personnel

Pour frissonner et réviser l'orthographePour frissonner et réviser l'orthographe

Pour frissonner et réviser l'orthographe

Jean-Jacques Rousseau, Charles de Brosses, rapprochement et choix
Jean-Jacques Rousseau, Charles de Brosses, rapprochement et choix
Jean-Jacques Rousseau, Charles de Brosses, rapprochement et choix
Jean-Jacques Rousseau, Charles de Brosses, rapprochement et choix
Jean-Jacques Rousseau, Charles de Brosses, rapprochement et choix

Jean-Jacques Rousseau, Charles de Brosses, rapprochement et choix

Mozart : pour lire, voir et rire
Mozart : pour lire, voir et rire
Mozart : pour lire, voir et rire
Mozart : pour lire, voir et rire
Mozart : pour lire, voir et rire
Mozart : pour lire, voir et rire

Mozart : pour lire, voir et rire

Publié dans Les Yeux de Goethe

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Voltaire, Rousseau, Mozart, café, chocolat ou vin : 1ère partie, texte et photos

Publié le par Claude Léa Schneider

Voltaire, Rousseau, Mozart, café, chocolat ou vin : 1ère partie, texte et photos
Voltaire, Rousseau, Mozart, café, chocolat ou vin : 1ère partie, texte et photos
Voltaire, Rousseau, Mozart, café, chocolat ou vin : 1ère partie, texte et photos

Voltaire, Rousseau, Mozart, trois gars du quartier : café, chocolat... ou vin ?

Un très grand merci à vous qui avez été près d'une centaine à notre spectacle du 26 janvier 2017 qui associait -dans le très beau cadre des Archives départementales de la Côte d'Or où Mozart est venu en 1766- conférence, lecture, musique et dégustation.

Nous sommes désolés d'avoir dû refuser des réservations,  nous étions déjà largement dans les limites d'accueil de la salle. Nous espérons vous accueillir à l'occasion d'un prochain spectacle.

Retrouvez sur ce blog les grandes lignes du texte et de nombreuses photos de ma conférence du 26 janvier 2017.

Dans cet article : 1ère partie :

Voltaire, Rousseau et Mozart : gressins, chocolat et café, Voltaire à Cirey

Je vous présente nos trois gars du quartier –appellation familière- parce qu’ils sont là, dans notre quartier Jeannin, parce qu’ils ont tous les trois un rapport avec Dijon et la Bourgogne et ils ont aussi plusieurs traits en commun :

  • Leurs dates les placent pleinement dans le XVIIIe siècle, mais  Voltaire est  mort à 84 ans, Rousseau à 66 ans, et Mozart à 35 ans
  • Un Bourguignon les a connus tous les trois : le Président Charles De Brosses
  • Ce sont des hyperactifs et ils ne tiennent pas en place : Le père de Voltaire, pourtant austère notaire janséniste, disait plaisamment:
  • « J’ai pour fils deux fous, l’un en prose, l’autre en vers. »

      en prose, c’était Armand, l’aîné et en vers François Arouet le jeune,  dont Voltaire est le pseudonyme.

  • Ils ne sont pas issus de la noblesse et  ne sont pas des courtisans, parce que dans n’importe quelle Cour d’Europe, on fait antichambre, et ils détestent attendre.
  • Bien sûr, ce sont tous les trois des génies.
  • Ils ont fait  de nombreux voyages  à travers l’Europe (cartes ci-dessous) :
Cartes des voyages de Voltaire, de Rousseau et du jeune Mozart
Cartes des voyages de Voltaire, de Rousseau et du jeune Mozart
Cartes des voyages de Voltaire, de Rousseau et du jeune Mozart

Cartes des voyages de Voltaire, de Rousseau et du jeune Mozart

Rousseau parle de « sa manie ambulante », il a besoin de marcher tout le temps.

Quant à Mozart, on estime que sur les 35 années de sa courte vie, il a passé 250 jours en route, en voiture de l’époque -hors séjour- et la majeure partie avant 15 ans.

  • Et tous les 3 aiment le café, le chocolat et le vin, mais de façon différente.

Pourquoi il y aura des gressins dans la dégustation de tout à l’heure ? Vous allez le savoir tout de suite

Et pourquoi certains avec du jambon et d’autres non ? ça vous le saurez plus tard.

Voltaire, Rousseau, Mozart, café, chocolat ou vin : 1ère partie, texte et photos
Voltaire, Rousseau, Mozart, café, chocolat ou vin : 1ère partie, texte et photos
Voltaire, Rousseau, Mozart, café, chocolat ou vin : 1ère partie, texte et photos
Voltaire, Rousseau, Mozart, café, chocolat ou vin : 1ère partie, texte et photos

  Gressins

   Jean-Jacques Rousseau naît dans une famille protestante de langue française, à Genève qui est à l’époque est une république calviniste. Sa mère meurt 9 jours après sa naissance, son père est horloger, il est violent, il se déplace beaucoup et ne s’occupe pas de son fils. Jean-Jacques est placé chez un oncle, puis en pension à 10 ans. A 12 ans, il commence un apprentissage de graveur, mais il est malheureux et maltraité. Et à 16 ans il s’enfuit. À pied. Il part en Savoie.  Il a faim, il est recueilli par un curé, qui le confieà  une jeune femme : Madame de Warens.

   Elle habite Annecy, dans une maison cossue -Les Charmettes- elle est récemment convertie au catholicisme et mandatée par l’évêque pour s’occuper des candidats à la conversion, pour laquelle elle est payée. On sait maintenant que la conversion de Jean-Jacques lui a rapporté 10 écus !

    Elle veut donc que Jean-Jacques se convertisse au catholicisme, et que pour ça, il aille  à l’hospice des Catéchumènes à Turin, ville d’Italie qui appartient alors au Duché de Savoie. Rousseau hésite puis accepte, mais pas pour des raisons religieuses

Voltaire, Rousseau, Mozart, café, chocolat ou vin : 1ère partie, texte et photosVoltaire, Rousseau, Mozart, café, chocolat ou vin : 1ère partie, texte et photos

Plus tard dans les Confessions, il dit pourquoi :

(…) l’idée d’un grand voyage flattait ma manie ambulante, qui déjà commençait à se déclarer. Il me paraissait beau de passer les monts à mon âge, et de m’élever au-dessus de mes camarades de toute la hauteur des Alpes. Voir du pays est un appât auquel un Genevois ne résiste guère. (…) M’envoyer à Turin, c’était, selon moi, s’engager à m’y faire vivre, à m’y placer convenablement.(…) Si jeune, aller en Italie, avoir déjà vu tant de pays, suivre Annibal à travers les monts, me paraissait une gloire au-dessus de mon âge. »

Mme de Warens confie JJ à un couple d’amis, les Sabran et  ils mettent 20 jours pour faire Annecy-Turin à pied ! mais en passant par la route du Mont Cenis. Ce voyage lui plaît beaucoup :

 « Ce fut une longue promenade.(…) Ce souvenir m’a laissé un goût vif pour tout ce qui s’y rapporte, surtout pour les montagnes et pour les voyages pédestres. » « Mon regret d’arriver si vite à Turin fut tempéré par le plaisir de voir une grande ville. »

    Arrivé à Turin, tout va très vite : sa conversion dure 11 jours, après quoi on le met dehors avec le produit de sa quête à l’église, et il est bien déçu parce qu’il pensait qu’on allait lui donner un emploi ! il vivote à Turin de petits bouots de laquais-secrétaire et surtout, dit-il, grâce à

 « cet excellent pain de Piémont que j'aime plus qu'aucun autre », ce sont justement les gressins, qu’il mange avec du lait caillé, qui lui permettent de survivre. Et quelques mois plus tard, il rentre à Annecy à pied par le même chemin.

 

Voltaire, Rousseau, Mozart, café, chocolat ou vin : 1ère partie, texte et photos
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Chocolat

Vous allez me dire :  mais Rousseau n’a pas mangé de chocolat à Turin ? pourtant les Ducs de Savoie ont introduit le chocolat à Turin au 16ème siècle !  Et deux siècles après, on en trouve  dans toute l’Europe !

Eh bien non, parce qu’à l’époque de Rousseau, 500 g de chocolat équivaut environ à 5 jours de salaire d’un ouvrier ! Le chocolat et le café, produits courants, voire de 1ère nécessité pour nous, sont exotiques et coûteux au 18ème.

    Le chocolat est introduit en France en 1615 à l’occasion du mariage de Louis XIII  avec Anne d’Autriche, infante d’Espagne, dont les nombreuses servantes  savent parfaitement préparer le chocolat. On me signale cependant une controverse : le chocolat aurait été introduit auparavant à Bayonne ...

Plus tard, Mazarin emploie un chocolatier turinois qui l’accompagne dans ses déplacements. Et comme Louis XIV n’est pas friand de chocolat, la reine Marie-Thérèse déguste en cachette 4 à 5 tasses de chocolat épais par jour ! C’est un produit de très haut luxe et de prestige réservé à la Cour, qui se présente sous la forme d’une pâte de cacao mélangé à du sucre de canne et à des épices, qu’on presse dans un moule, et qu’on râpe dans un liquide chaud, généralement de l’eau,  pour en faire en boisson épaisse comme le montre cette porcelaine de Saxe.

Voltaire, Rousseau, Mozart, café, chocolat ou vin : 1ère partie, texte et photos
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Voltaire, Rousseau, Mozart, café, chocolat ou vin : 1ère partie, texte et photos
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Le poète italien Metastasio, dans sa Cantate du chocolat,  en donne la recette à une jeune bergère nommée Philis, en voici un extrait :

« Tu seras peut-être curieuse de savoir  comment  on  dissout  la pâte de chocolat. Fais bouillir sur des charbons ardents quelques verres d 'eau limpide dans un vase allongé; jettes-y la pâte  que tu  veux faire fondre; aussitôt tu verras la liqueur monter en bouillonnant.D'une main prompte et vigilante éloigne le vase du feu : qu'il puisse cependant  recevoir  encore  l'action  de  la  chaleur. Arme-toi d 'un bâton court et  dentelé qu'on  nomme moulinet,  introduis-le dans la chocolatière, et, la pressant entre  les deux mains, imprime­ lui en divers sens des mouvements  répétés. Le liquide se divise, la mousse s'élève; verse-la dans la tasse, renouvelle l'action du moulinet, verse encore; alors enfin tu  peux savourer la liqueur. Assieds-toi, cause,  médis  doucement  du  prochain. »

Le double sens érotique de cette cantate ne vous aura pas échappé ! eh oui, le chocolat est considéré comme un aphrodisiaque,  comme un « amant alimentaire » et à ce titre réprouvé par l’Eglise. Etre

« admis au chocolat » dans les appartements du Régent Philippe d’Orléans, c’est une invitation galante.

Quant à Voltaire, qui est riche, il en consomme plusieurs tasses, généralement debout, quand il travaille « de cinq heures du matin à trois heures de l’après-midi », non pas comme aphrodisiaque mais comme stimulant intellectuel. Et à la fin de sa vie à Ferney, comme sur le tableau de Jean Huber,  c’est presque son unique aliment.

 

S’il y a un peintre du chocolat au 18e siècle, c’est le genevois Jean-Etienne Liotard. Ce tableau avec la jeune femme en vert s’appelle  Le déjeuner, le premier repas de la journée, qui nous fait sortie du jeûne de la nuit, puisqu’autrefois on dînait à midi et on soupait le soir. La pub qui dit en ce moment « on ne dîne plus, on soupe », reprend cette ancienne terminologie. Mais noter qu’on appelle toujours « un déjeuner » un ensemble composé d’une grande tasse et d’ une soucoupe, dont on se sert aujourd’hui pour le petit déjeuner.

Mais il faut du temps avant que l’usage du chocolat s’installe dans les familles même riches, comme sur ce tableau de la fin du 18e où on le consomme encore avec solennité.

 

Voltaire, Rousseau, Mozart, café, chocolat ou vin : 1ère partie, texte et photos
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Voltaire, Rousseau, Mozart, café, chocolat ou vin : 1ère partie, texte et photos
Voltaire, Rousseau, Mozart, café, chocolat ou vin : 1ère partie, texte et photos

Café

Le tableau de François Boucher qui fait le fond de notre affiche, s’appelle aussi Le déjeuner, il rentre davantage dans l’intimité familiale, puisqu’il montre une famille au complet qui prend le café le matin.

Le café, autre boisson chaude exotique, est arrivé en Europe  au XVIe siècle via Istanbul. On l’aime aussi beaucoup au 18e, son usage se répand vite, il est moins cher que le chocolat, et  encore aujourd’hui -dans un café-  un café est toujours  moins cher qu’un  chocolat chaud.

Vous pouvez aller dans le plus ancien café de Paris : le Procope,  qui date de 1686, c’est le rendez-vous des artistes, des philosophes, Voltaire et Rousseau y sont venus, mais aussi des bourgeois, des artisans qui viennent discuter des idées nouvelles. Montesquieu, dans les Lettres persanes, ne manque pas d’y faire allusion :

« Le café est très en usage à Paris : il y a un grand nombre de maisons publiques où on le distribue. Dans quelques-unes de ces maisons on dit des nouvelles, dans d’autres on joue aux échecs. Il y en a une où l’on apprête le café de telle manière qu’il donne de l’esprit à ceux qui en prennent : au moins, de tous ceux qui en sortent, il n’y a personne qui ne croie qu’il en a quatre fois plus que lorsqu’il y est entré. »

Au Procope, il y a toujours le bureau où Voltaire aimait s’installer pour travailler, et on appelle toujours un « Voltaire » un expresso avec du chocolat chaud (le verre et l’ordi ne sont pas d’époque !)

Mozart raffole aussi du café et du chocolat qu’il va boire  au café Tomaselli, fondé en 1700,  place du vieux marché à Salzbourg, ou au Café Staiger, ouvert par Anton Staiger en 1753, aujourd’hui place Mozart. Le café est très présent dans la musique de Mozart. Mais je le certifie, Mozart n’est jamais entré dans un café Mozart et n'a jamais mangé de "Mozartkugeln" !

 

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Qui dit café, dit service à café et  folie des services à café et vous en savez quelque chose, puisque celui hérité de Tatie Louisette prend beaucoup trop de place dans votre placard !

Le plus somptueux d’Europe est certainement celui d’Auguste Le Fort à Dresde, tout en or, dans son trésor de la Voûte verte. Mais Auguste le Fort, c’est   un peu le Louis XIV de la Saxe, de la Pologne et de la Lituanie. Il possède la fortune et le droit. Mais comme vous le savez, en Europe, les lois somptuaires réglementent le luxe, limitent  l’usage  des  métaux   précieux, et  favorisent l’essor de la faïence et de la porcelaine.

En France, un médecin, Nicolas de Blégny   définit  dans Le Bon Usage du thé, du café et du chocolat, dans quoi on doit boire le café :

« […] les personnes de qualité qui prennent par délice la boisson de café, ont accoutumé de la faire servir en compagnie sur des soucoupes de cristal, de porcelaine, ou de faïence de Hollande, mais plus ordinairement sur des porte-chiques qu’on appelle cabarets à café. (…) La chique désigne  une tasse de la plus petite espèce. »

Et puis, l’usage du café, du chocolat et du thé se développant, on invente alors des services pour ces 3 boissons chaudes exotiques, on les appelle des cabarets.

 

Voltaire, Rousseau, Mozart, café, chocolat ou vin : 1ère partie, texte et photos
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Voltaire, Rousseau, Mozart, café, chocolat ou vin : 1ère partie, texte et photos
Voltaire, Rousseau, Mozart, café, chocolat ou vin : 1ère partie, texte et photos
Voltaire, Rousseau, Mozart, café, chocolat ou vin : 1ère partie, texte et photos

Voltaire à Cirey

En 1734, Voltaire est menacé d’emprisonnement à la suite de la publication des Lettres Philosophiques. Son amie, la marquise du Châtelet, lui donne alors asile  dans son château de  Cirey, qui se trouve en pleine campagne, très isolé. « Pour venir à Cirey, il  faut  vous  aimer » écrit Voltaire qui vit avec elle la seule passion amoureuse de sa vie.

La marquise du Châtelet née Emilie de Breteuil, a douze ans de moins. Son père, voltairien de la première heure, lui a donné une éducation hors-normes pour l’époque, notamment en maths et en physique. Avec Voltaire, qui parle anglais, elle apprend l’anglais et est la première à traduire les Principes mathématiques de Newton. Pour Voltaire, c’est aussi une période de création intense.

Et quand Mme Pompon-Newton, c’est le surnom que lui donne Voltaire, parce qu’elle est coquette – et un peu trop maquillée !-  et savante,  meurt en 1749, à 43 ans, Voltaire quitte Cirey, complètement  abattu.

 

D’autant plus qu’ils s’amusaient bien, recevaient beaucoup, et l’on ne manquait pas de déguster du chocolat, et d’ailleurs le gâteau Voltaire que vous dégusterez tout à l’heure évoque cette période. Le château plaisait beaucoup à Voltaire qui y a fait faire des travaux et construire un petit théâtre où il joue ses pièces, comme partout où il passe.Leurs journées bien remplies et leur vie trépidante  épuisaient parfois leurs invités comme en témoigne cette lettre :

 

Lettre de   Madame de Graffigny, 1738.  « Nous sortons de l'exécution du troisième acte joué aujourd'hui, il est minuit, nous allons souper… Je suis rendue. C'est le diable, oui le diable, que la vie que nous menons. Après souper, Madame du Châtelet chantera un opéra entier... On ne respire point ici. Nous jouons aujourd'hui l'Enfant Prodigue... Nous avons répété Zaïre...Il faut se friser, se changer, s'ajuster, entendre chanter un opéra. Oh! Quelle galère".  

Fin de la première partie, la suite prochainement ...

 

Nicolas Lancret,  Dame buvant du café dans un jardin avec des enfants.

Nicolas Lancret, Dame buvant du café dans un jardin avec des enfants.

Publié dans Les Yeux de Goethe

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Café, chocolat ...ou vin ?

Publié le par Claude Léa Schneider

Café, chocolat ...ou vin ?
Café, chocolat ...ou vin ?

Avec une dégustation "d'époque" comprise dans le prix d'entrée : gressins, soupe, gâteau Voltaire, boisson chaude... Venez nombreux !

Publié dans Les Yeux de Goethe

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Les Yeux de Goethe de retour le 26 janvier !

Publié le par Claude Léa Schneider

Les Yeux de Goethe de retour le 26 janvier !

Bonjour à tous,

Une animation du Quartier Jeannin à Dijon, qui associe Jeannin Janime, Arteggio, les Archives départementales de la Côte d'Or, trois musiciens dont le violoniste Thierry Juffard - article ici http://www.almanachdeclaudelea.com/2016/09/thierry-juffard-violoniste.html et Les Yeux de Goethe, et que nous sommes très heureux et fiers de vous proposer ! Vous en saurez davantage sur le document ci-dessous.

Une  dégustation "d'époque" est comprise dans le prix du billet.

Venez nombreux !

 

Les Yeux de Goethe de retour le 26 janvier !

Publié dans Les Yeux de Goethe

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Actualité Zola

Publié le par Claude Léa Schneider

Affiche du film
Affiche du film
  • Pourquoi n'y a t-il aucun tableau de Cézanne dans la maison de Zola à Médan ? Peut-être aurons-nous la réponse le 21 septembre, quand sortira en salles le film très attendu de Danièle Thompson : Cézanne et moi.
  • Zola et Cézanne, copains de collège et amis pendant quarante ans, se sont brouillés. Pourquoi ? La réponse est peut-être partiellement dans L'Oeuvre, ce roman paru en 1886 dans lequel Zola a mis toute son expérience des milieux de la peinture et dont le héros, Claude Lantier, est un peintre finalement en échec.
  • Mais la découverte récente d'une lettre amicale de Cézanne à Zola écrite en 1887 semble infirmer cette thèse.
Une photo du film.
Une photo du film.
  • A mon avis, l' Affaire Dreyfus, qui éclate ensuite, y est aussi pour quelque chose, même si cette thèse curieusement est rarement évoquée.
  • On s'offusque aujourd'hui de la violence verbale, mais que dire des propos antisémites de l'époque. Il suffit de lire, pour s'en rendre compte, le Journal (pourtant édulcoré) de la très jeune Julie Manet, fille de Berthe Morisot et filleule de Renoir, qui répète assez naïvement tout ce qu'elle entend ...
  • Aix-en Provence est la ville de Cézanne - et celle de Zola dans son enfance et son adolescence. Or Aix est majoritairement anti-dreyfusarde et Zola publiquement et courageusement dreyfusard.
  • Quelles réponses nous apportera le film de Danièle Thompson ? nous avons hâte de le savoir, d'autant que Guillaume Gallienne sera Cézanne, et Guillaume Canet Zola !
La salle de bain de la maison de Médan.
La salle de bain de la maison de Médan.
  • Certaines scènes du film auront -elles été tournées dans la maison de Zola à Médan, actuellement en travaux depuis 2012, et qui deviendra "La Maison de Zola et le Musée Dreyfus" quand elle rouvrira ses portes en 2017 ? Nous le saurons bientôt.
  • https://www.maisonzola-museedreyfus.com/index_fr.html

  • J'ai eu la chance de faire une des dernières visites guidées de la Maison de Médan avant fermeture pour travaux ce qui m'a permis de comprendre comment Zola, fils d'ingénieur, et féru de technique de pointe, a aménagé sa maison.

  • Je me suis également intéressée à la genèse de son roman Au Bonheur des Dames et à l'histoire des Grands magasins de Dijon et de quelques grandes villes européennes.

  • Ces conférences, constamment remises à jour, sont disponibles. Toutes les formules sont possibles : en salle, avec dégustation, chez vous ...

  • Et pour terminer, la bande-annonce du film !

Pour exemple, 2 conférences (avec variantes)  sur Zola.Pour exemple, 2 conférences (avec variantes)  sur Zola.

Pour exemple, 2 conférences (avec variantes) sur Zola.

Publié dans Les Yeux de Goethe

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Les chapeaux des impressionnistes

Publié le par Claude Léa Schneider

Les chapeaux de Sara Tintinger Photo Alain Doire
Les chapeaux de Sara Tintinger Photo Alain Doire

Mon amie Sara Tintinger

  • Ce que je sais sur les chapeaux, je l'ai entièrement appris de mon amie Sara Tintinger, Meilleur Ouvrier de France et Chevalier de l’Ordre des arts et des ­lettres, une des rares modistes à savoir encore coudre la paille sur une machine Anita. Elle a travaillé chez Marie Mercié, Dior, Thierry Mugler, Sonia Rykiel et partage aujourd'hui son activité entre les commandes de grands noms de la mode parisienne et son atelier dijonnais : http://www.bibibob.fr/
  • Au cours de l'été 2012, visitant l'exposition du Musée d'Orsay L'Impressionnisme et la Mode et constatant qu'il n'y avait aucune section consacrée aux chapeaux pourtant si présents sur les toiles impressionnistes, je lui ai proposé que nous fassions ensemble une conférence sur ce sujet.
  • Elle a mis à ma disposition tous les ouvrages de sa bibliothèque, j'ai beaucoup lu, elle m'a beaucoup expliqué, je l'ai beaucoup regardée travailler, et nous avons donné plusieurs fois en duo cette conférence-projection-savoir-faire, qui depuis vit de façon autonome et s'enrichit de nos expériences individuelles.
Affiche du Musée d'Orsay
Affiche du Musée d'Orsay

Pourquoi ces chapeaux ?

  • Nous sommes remontées aux sources historiques pour comprendre l'omniprésence du chapeau dans cette 2ème moitié du XIXe siècle.
  • Car non seulement l'usage du chapeau obéit à un code moral rigide et obligé pour tous, mais c'est aussi le moteur d'une industrie très florissante : plus de 14 000 chapelleries en France à l'époque.
  • Fabrication de chapeaux et garnissage de toutes techniques : feutre, paille, plumes, fleurs ...., métiers souvent très pénibles et sous-payés, naissance d'un véritable prolétariat de la chapellerie et essor d'un métier féminin autant admiré que mal considéré, celui de modiste.
Affiche d'une version en plein air de cette conférence
Affiche d'une version en plein air de cette conférence

Une affaire de chimie

  • Tout cela bien sûr, à replacer dans le contexte de la Révolution industrielle, car ce sont les progrès considérables de la chimie qui ont permis la production de masse et l'évolution des teintures et des couleurs en tubes, sans lesquelles il n'y aurait pas eu de peinture hors de l'atelier.
  • Pour le peintre impressionniste, le chapeau est tout autant un marqueur social, un accessoire de mode dont il faut saisir le mouvement sur une silhouette, qu'un fidèle compagnon qui le protège pendant les longues stations à peindre en plein air.

Immédiatement disponible

  • C'est tout cela que j'aurai le plaisir de vous faire découvrir, à l'aide d'une iconographie riche et colorée, car cette conférence est immédiatement disponible.
  • En attendant, saurez-vous reconnaître les auteurs des 3 tableaux ci-dessous ?
Eh eh ! Pas si facile ...Eh eh ! Pas si facile ...Eh eh ! Pas si facile ...

Eh eh ! Pas si facile ...

Publié dans Les Yeux de Goethe

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