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30 articles avec les yeux de goethe

ET LISEZ RECLUS 1 Ranger la bibiothèque

Publié le par Claude Léa Schneider

Ferrare, juillet 2015. La ville de Giorgio Bassani.

Ferrare, juillet 2015. La ville de Giorgio Bassani.

Aujourd’hui  profitez  donc  du confinement pour ranger une de vos  bibliothèques, sans tricher. J'appelle tricher quand, juché-e sur l'escabeau, on déplace deux ou trois bouquins, qu'on s’empare d’un titre  retrouvé avec plaisir  et qu’on commence à le relire! J’ai déjà commis cette regrettable erreur.  Conséquences :  des crampes dans les mollets, le travail n’avance pas et la préparation du repas sera négligée.

 Or, tous les sous-mariniers vous le diront, plus on est confiné, plus il faut soigner les menus. Pas d'excuses. Vous avez le droit de faire vos courses deux fois par semaine. Il n’y a que dans les  vieux romans de SF qu’on croyait pouvoir se  nourrir de pilules. Avec le paquet de céréales, les chips ou les biscuits apéritif, ça ne marche pas non plus.

ET LISEZ RECLUS 1 Ranger la bibiothèque
ET LISEZ RECLUS 1 Ranger la bibiothèque
ET LISEZ RECLUS 1 Ranger la bibiothèque

Donc ranger la bibliothèque implique de sortir les livres de leur rayonnage, d’essuyer correctement livres et étagères et de reclasser tout. Personnellement, je préfère l’ordre alphabétique par genre. Cet exercice est d’autant plus profitable qu’il assouplit les cervicales et fait travailler les genoux. Que demandez-vous de plus en ce moment, alors que vous avez du mal à vous imposer votre gym matinale quotidienne  ?

Évitez absolument de vous attarder sur certains ouvrages : on les  sort, on les essuie, on les range et c’est tout ! Exemple à la lettre G : Le hussard sur le toit ou encore à la lettre S : L’aveuglement. Certes ce sont de très grands livres, mais est-ce vraiment nécessaire de constater une fois de plus, et alors que vous le savez déjà,  que les expériences du passé ne profitent à personne et qu’au contraire les comportements humains se répètent inlassablement ? Non ! Vous  relirez ces deux livres plus tard, quand vous serez sorti-e de votre quarantaine.

J'ignore de qui est ce malin montage et ne peux malheureusement pas en attribue l'auteur.

J'ignore de qui est ce malin montage et ne peux malheureusement pas en attribue l'auteur.

En revanche, comme le second tour électoral  est reporté en juin, je ne saurais trop vous recommander la suite de L’aveuglement  du même S, à savoir La Lucidité - qu’on peut lire séparément- car   vous verrez ce qu’il en coûte quand 83% des électeurs votent blanc aux élection municipales…

Bon, je n’ai pas commencé à ranger et déjà je m’égare …

Traduction Geneviève Leibrich

Traduction Geneviève Leibrich

Je choisis de ranger en premier cette  bibliothèque ci-dessous, une de mes  préférées : en haut, trois  rayons de théâtre, puis deux rayons de poésie et trois rayons de littérature italienne (traduite, hélas !  je ne le lis pas l’italien)

Avec un petit challenge photographique motivant : dans chacun de ces trois genres  je dois choisir trois livres :  une œuvre intégrale, plus deux livres dont un écrit par une femme. C’est comme ça ! il n’y a pas à discuter.

L'élément une fois rangé.

L'élément une fois rangé.

Je commence : j’ai presque tout le théâtre de mon très cher grinçant Thomas Bernhard, mais je l’ai prêté en bloc à une copine metteure en scène pour un futur spectacle. Je choisis donc, en hommage à nos amis Italiens  ce volume des Comédies choisies de  Goldoni en très agréable édition La Pochothèque, quinze pièces très enlevées,  tellement 18e siècle, dont le célèbre Valet de deux maîtres : on ne s'en lasse jamais.

Les Troyennes d’Euripide, adaptation de Jean-Paul Sartre, mise ne scène de Cacoyannis et musique de Prodomides : un grand moment du TNP vécu avec les copains et copines du lycée, qui m’a fait plonger à 15 ans dans le théâtre antique.

A ma grande honte, je constate qu’il n’y a que quatre auteures sur mes rayons théâtre : Colette, Sagan, Réza et NDiaye Mais pour Colette et Sagan, leur théâtre  n’est pas ce que je préfère. Marie NDiaye, je la réserve pour le rayon romans. Je choisis donc ce Théâtre de Yasmina Réza : confinement oblige, j'aime bien ses pièces en huis-clos !

Choix de théâtre

Choix de théâtre

Dans mon rayon Poésie, mes  trois choix : ce volume de Oeuvres  de Robert Desnos chez Quarto Gallimard.  On y trouve TOUT  Desnos en 1395 pages, ce qui est connu et ce qui l'est moins.  En août 1929, Desnos fait un Voyage en Bourgogne, avec sa femme Youki et Foujita, en "costumes de route "cousus par Foujita ! page 628, étape à Dijon :" Au débarquement, à Dijon, une fête, encore une, nous accueillit. Mais la cité est riche et peut se payer des réjouissances à l'instar de Paris. (...) Un quelconque congrès de la boustifaille avait attiré de nombreux visiteurs. L'avenue de la Gare était encombrée de promeneurs. Ils tournaient en rond autour du square de la Place Darcy, et, de nos fenêtres de l'hôtel de la Cloche, nous pouvions les voir se disperser  dans les rues avoisinantes, tandis que, sagement, nous buvions du vittel-cassis glacé."

Mais c'est du poète que je voulais vous parler. Que choisir ? Allez, le début de Demain, poème écrit en 1942, et qui vous remontera le moral :

"Âgé de cent mille ans, j'aurais encore la force

De t'attendre,  ô demain pressenti par l'espoir.

Le temps, vieillard souffrant de multiples entorses,

Peut gémir : Le matin est neuf, neuf est le soir."

Je possède un certain nombre d'anthologies poétiques, cueillies au fil du temps et j'avais succombé à  celle-ci pour son titre : Poèmes à dire (Seghers) choisis par Daniel Gélin et préfacée par Jean Vilar. On y trouve « Corps perdu », un très beau poème extrait de Cadastre d’Aimé Césaire. 

Ce petit chapitre poésie sera clos par une lumineuse rencontre de 2018 à la Maison de Rhénanie-Palatinat  : Marina Skalova,  jeune poète franco-allemande née à Moscou en 1988  qui  parle aussi le russe " J'ai conçu Atemnot (Souffle court) comme un recueil bilingue en français et en allemand. Ces deux langues sont mes langues d'écriture, sans pour autant être mes langues maternelles. L'écriture a toujours été liée pour moi à une expérience de l'étrangeté, de l'entre-deux. Dans ce texte, la parole s'éveille dans les deux langues, se reflète dans le miroir toujours légèrement déformé que l'autre lui tend, soulignant ainsi  l'altérité et l'étrangeté de chaque langage." (édition CHEYNE)

 

Choix de poésie

Choix de poésie

 Au rayon des romans italiens je choisis deux auteures. Bon je ne vous cache pas que j'ai beaucoup d'admiration pour Silvia Avallone, et notamment son formidable  roman D'Acier. Mais c'est un livre lu en vacances  sur ma liseuse numérique. Et j'ai promis de ne pas tricher !

Alors d'abord Elsa Morante avec L’île d’Arturo. Je me rends compte au passage que je possède une quinzaine de romans de Moravia, oubliés pour la plupart, mais  huit volumes d’Elsa Morante. Une époque où elle était surtout perçue comme la femme du premier. La postérité a déjà heureusement rétabli cette injustice. L’île d’Arturo, c'est l'île de Procida dans le golfe de Naples. Un beau roman d'initiation  (traduit de l'italien par Michel Arnaud  )  poétique et violent comme le paysage.

Il ne saurait pas y avoir pour moi  de "Chronique italienne" sans un écrivain turinois. Alors ? Giuseppe Culicchia ? Umberto Ecco ?  Pavese ?  Eh non, ce sera Natalia Ginzburg et Les Mots de la tribu  (Cahiers rouges, Grasset , traduction de Michèle Causse) et son humour percutant dans toutes les situations. Quel courageux foyer de résistance anti-fasciste a été Turin !

Pour terminer en beauté Giorgio  Bassani et Le Roman de Ferrare (autre Quarto Gallimard).  Ceux qui connaissent ma conférence sur Ferrare savent à quel point cette ville et son auteur fétiche me fascinent. Vous trouverez dans ce volume tous les romans de Bassani: Le Jardin des Finzi-Contini, bien sûr. Mais aussi ce roman admirable et peu lu en France : Le héron. Une journée de la vie d'après-guerre d'Edgardo Lementani en 1948.

Aux inévitables transformations sociales qui s'ensuivront après cette "guerre" virale que nous vivons, puissions-nous mieux résister que le héros de ce roman !

Claude Léa, 24 mars 2020.

Choix de romans italiens

Choix de romans italiens

Turin, la ville de tant d'auteurs et d'artistes sublimes. Photo prise un soir de mars 2009.

Turin, la ville de tant d'auteurs et d'artistes sublimes. Photo prise un soir de mars 2009.

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Voltaire, Rousseau et Mozart amateurs de vin de chocolat et de café

Publié le par Claude Léa Schneider

Voltaire, Rousseau et Mozart amateurs de vin de chocolat et de café

Chères Amies et chers Amis de l'Alliance française de Bourgogne, voici le diaporama que vous n'avez pas pu voir le 23 janvier 2020.

Je place les diapos les unes au-dessous des autres, sinon la lecture n'est pas aisée sur un smartphone.

Merci de votre intérêt et bonne découverte !

Claude Léa Schneider

clasch92@orange.fr

Voltaire, Rousseau et Mozart amateurs de vin de chocolat et de café
Voltaire, Rousseau et Mozart amateurs de vin de chocolat et de café
Voltaire, Rousseau et Mozart amateurs de vin de chocolat et de café
Voltaire, Rousseau et Mozart amateurs de vin de chocolat et de café
Voltaire, Rousseau et Mozart amateurs de vin de chocolat et de café
Voltaire, Rousseau et Mozart amateurs de vin de chocolat et de café
Un livre passionnant, dont il reste peut-être quelques exemplaires à la librairie du musée Magnin

Un livre passionnant, dont il reste peut-être quelques exemplaires à la librairie du musée Magnin

Le château de la Marquise du Châtelet

Le château de la Marquise du Châtelet

Voltaire, Rousseau et Mozart amateurs de vin de chocolat et de café
A visiter en été.

A visiter en été.

Voltaire, Rousseau et Mozart amateurs de vin de chocolat et de café
Voltaire, Rousseau et Mozart amateurs de vin de chocolat et de café
Voltaire, Rousseau et Mozart amateurs de vin de chocolat et de café
L'autre "demeure" de Rousseau.

L'autre "demeure" de Rousseau.

La dernière "demeure" de Rousseau.

La dernière "demeure" de Rousseau.

avec un itinéraire de découvertes

avec un itinéraire de découvertes

Voltaire au  chocolat !

Voltaire au chocolat !

Et Rousseau tout choco !

Et Rousseau tout choco !

Le peintre des déjeuners de chocolat

Le peintre des déjeuners de chocolat

Voltaire, Rousseau et Mozart amateurs de vin de chocolat et de café
Voltaire, Rousseau et Mozart amateurs de vin de chocolat et de café
Voltaire, Rousseau et Mozart amateurs de vin de chocolat et de café
Voltaire, Rousseau et Mozart amateurs de vin de chocolat et de café
Voltaire, Rousseau et Mozart amateurs de vin de chocolat et de café
un CD sort récemment, teaser ci-dessous

un CD sort récemment, teaser ci-dessous

Voltaire, Rousseau et Mozart amateurs de vin de chocolat et de café
Voltaire, Rousseau et Mozart amateurs de vin de chocolat et de café
Pour répondre à une question

Pour répondre à une question

une femme d'avant-garde à découvrir !

une femme d'avant-garde à découvrir !

Les grands textes de la littérature n'ont pas été écrits pour les sujets du bac!

Les grands textes de la littérature n'ont pas été écrits pour les sujets du bac!

Et méritent d'être re-découverts quand on est adulte et qu'on les comprend mieux !

Et méritent d'être re-découverts quand on est adulte et qu'on les comprend mieux !

Voltaire, Rousseau et Mozart amateurs de vin de chocolat et de café
Eh oui, déjà !

Eh oui, déjà !

Voltaire, Rousseau et Mozart amateurs de vin de chocolat et de café
Ah .... et  puis (z)ut ! non do !

Ah .... et puis (z)ut ! non do !

Pour découvrir  celui dont un boulevard dijonnais porte le nom.

Pour découvrir celui dont un boulevard dijonnais porte le nom.

Voltaire, Rousseau et Mozart amateurs de vin de chocolat et de café
Voltaire, Rousseau et Mozart amateurs de vin de chocolat et de café
Voltaire, Rousseau et Mozart amateurs de vin de chocolat et de café
Les livres de Brigitte et Jean MASSIN sur Mozart  sont  passionnants.

Les livres de Brigitte et Jean MASSIN sur Mozart sont passionnants.

Pas si loin de la réalité du caractère de Mozart en fait.

Pas si loin de la réalité du caractère de Mozart en fait.

Très douée aussi, mais c'était une fille...

Très douée aussi, mais c'était une fille...

Le Corton que Voltaire aimait boire "en suisse" : climats Les Perrières et les Bressandes

Le Corton que Voltaire aimait boire "en suisse" : climats Les Perrières et les Bressandes

un grand paysagiste peu connu en France

un grand paysagiste peu connu en France

Et pour finir par un sourire. Merci pour votre accueil et votre fidélité :-) Découvrez aussi les autres articles de ce site.

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Les yeux de Gohette

Publié le par Claude Léa Schneider

Goethe par Tischbein, Playmobil et Michael Sommer !

Goethe par Tischbein, Playmobil et Michael Sommer !

Ça commence un matin par une sonnerie de téléphone. Une  interlocutrice inconnue  me dit qu’elle  appelle de la part d’une maison d’édition (connue)  et elle me demande si je veux être « influenceuse ». Influenceuse ! je me dis : c’est une blague ! un  gag ?!   Je réponds que c’est très gentil de me faire cette proposition, mais que non, désolée, je ne veux influencer personne et que je suis pas qualifiée pour ça.  Et je lui demande : Mais comment vous avez eu mes coordonnées ? Et elle me répond : Sur votre site « Les yeux de Gohette »! Intérieurement je rigole et je raccroche. C’est vrai que j’ai une auto-entreprise  qui s’appelle « Les Yeux de Goethe » et un onglet sur ce blog ! Par ailleurs vous êtes tout excusé-e si vous ne saviez pas que le nom de l’auteur de Faust  se prononce « Gueut»,  mais qu’une personne prétendant travailler dans le domaine culturel ignore le nom d’un auteur mondialement connu, c’est inquiétant.

"Gohette" pour rimer avec  "goélette" ?

"Gohette" pour rimer avec "goélette" ?

Mon compagnon  se souvient d’un prof de fac racontant  qu’il avait été invité à un colloque littéraire aux États-Unis et que  l’un des intervenants américains prononçait Goethe  « Goussi », ce qui avait fait rigoler le prof  toute une journée !

Ça me rappelle aussi que, dans les années 90, un ex-candidat à la Maison blanche-dont j’ai oublié le nom- à qui un journaliste opposait comme argument une citation du même Goethe-  avait répondu très sérieusement : « Donnez-moi son n° de téléphone à ce Goethe, je vais lui dire deux  mots ! » Bon, depuis, en matière culturelle on a vu pire à La Maison blanche, et bien élu celui-là ! Et peut-être même réélu ….  points de suspension,  suspendus dans l’avenir incertain du monde.  C’est  inquiétant.

Les yeux de Gohette

Tout aussi inquiétant est de confondre Beethoven le musicien avec Beethoven le chien du film ! Rappelez-vous : si le chien s’appelle « Beethoven », c’est parce qu’il a aboyé  en entendant la 5e symphonie de Beethoven. Un musicien / un chien. D’accord,  me direz-vous, mais justementcomment ne pas les confondre  ? C’est vrai que Beethoven le musicien avait une abondante chevelure et que Beethoven le chien est un Saint-bernard avec un  poil fourni, mais c’est facile, et c’est la musique qui nous sauve, vous allez voir  :  à ce jour il y a 8 films Beethoven, dont le dernier est « Beethoven et le trésor des pirates » mais il y a 9 symphonies de Beethoven !  Donc si on vous parle de la 9e de Beethoven, il s’agit bien du  musicien qui  a composé aussi La lettre à Élise… Vous le saviez ? Non, La Lettre à Élise n’est pas  de Richard Claydermann, malgré ses 340 disques d'or et de platine. La Lettre à Élise c’est de Ludwig van Beethoven, le musicien allemand! Vous êtes sourd ou quoi ?

L'un des quatre "bras"  du Danube à Vienne :  pas vraiment  ce qu'on imaginait...

L'un des quatre "bras" du Danube à Vienne : pas vraiment ce qu'on imaginait...

Tout ça me rappelle que cet  été, on est allés à Vienne en Autriche et  que, pour préparer ce voyage, on a acheté un guide Le Petit Futé - Vienne, édition 2019-2020, et en cherchant la rubrique « pour s’y rendre » , on a eu la très grande surprise de lire p24 :

Le Danube à  moins de 3h de Paris !!!  Le rédacteur du Petit futé n’aurait pas confondu Vienne en Autriche avec Vienne en France, au bord du Rhône, par hasard ? Et personne n’aurait relu et corrigé cette énorme bourde ?! c’est inquiétant ! Vous allez encore  me dire : Vienne en Autriche et Vienne en France, comment ne pas  les confondre  ? Je vous réponds,  c’est facile, et c’est encore la musique qui nous sauve : Johann Strauss (le fils) a bien composé Le beau Danube bleu, mais il n’a jamais composé de valse qui  aurait ouvert le bal à Schönbrunn en 1867 et qui s’appellerait  La lyonnaise des eaux.  Quelqu’un me dit :  Si ! Si ! mais non !

Maison/musée  Beethoven à Heiligenstadt

Maison/musée Beethoven à Heiligenstadt

Donc en allant à Vienne (Autriche), on a eu une petite pensée pour Beethoven, le musicien, et on est allé à Heiligenstadt, dans ce village viticole, maintenant  dans la banlieue nord de Vienne, autrefois à la campagne,  où le médecin avait  envoyé Beethoven  pour qu’il repose son audition.  Eh bien je vais vous dire : si vous êtes Bourguignon ce n’est pas la peine de faire 1000km pour ça ! C’est surprenant mais Heiligenstadt  ressemble tout à fait  à Talant ! autre ancien village viticole,  limitrophe de Dijon. Vous allez encore me demander : Heiligenstadt/ Talant, comment ne pas les confondre ?  Eh bien je vais vous  répondre : c’est facile ! d’abord les bus  Divia B 10 et Liane 5  ne passent pas  Heiligenstadt : on a vérifié ! Et une autre preuve, et c’est encore la musique qui nous sauve : c’est bien à Heiligenstadt, le 6 octobre 1802 que Beethoven a écrit à ses frères pour leur dire  qu’il devenait  sourd et qu’il en était désespéré. Lettre retrouvée après sa mort  et qu’on appelle  « le testament de Heiligenstadt ».  Pas « le testament de Talant ». Cela dit il y a peut-être quelqu'un à Talant qui a écrit à son frère pour lui dire qu’il devenait sourd, mais pas Beethoven.  Mozart  est venu à Dijon, rue Jeannin, mais pas Beethoven ! Vous allez me dire : comment ne pas les confondre ? Mais là je vous dis stop !

Beethoven : page autographe du "testament de Heiligentstadt".

Beethoven : page autographe du "testament de Heiligentstadt".

Revenons à Goethe, auteur de Faust et de Werther.  Vous me dites :  Ah ! Werther’s Original ?  Mais non ! c’est vrai que les  Werther’s Original  ce sont  de délicieux   caramels au lait,  mais je vous assure, le vrai  Werther, l’« original », c’est bien celui de Goethe, dans  Les souffrances du jeune Werther,  roman culte paru à la Foire du livre de Leipzig en 1774 –eh oui déjà ! qui raconte l’amour réciproque mais impossible de Werther et de Charlotte, dite Lotte, fiancée puis mariée à  Albert ! après quoi Werther désespéré se suicide ! 

 Parce qu’attention quand même : les  deux Werther sont dangereux.  Et vous allez encore me demander : comment ne pas les confondre ?  eh bien cette fois, c’est facile :  c’est la Sécu qui nous sauve: les caramels Werther sont dangereux pour la couronne, pas la couronne des Habsbourg, non, celle que le dentiste venait de vous poser, qui a coûté bonbon, et qui justement est partie dans le caramel.  Tandis que le Werther de Goethe est dangereux pour le cœur et provoque  le suicide.  La Sécu rembourse une partie des soins dentaires et  même un peu plus si vous avez une bonne mutuelle, mais la Sécu ne rembourse pas les soins de désespoir d’amour. C’est comme ça qu’on les différencie.

Les yeux de Gohette

Ça fait un moment que je vous cite des auteurs et des chefs d’œuvre, ça commence à se  mélanger  et vous me demandez : comment ne pas les confondre ? : alors là cette fois, c’est facile et c’est  Playmobil qui nous sauve !  parce qu’un écrivain et metteur en scène allemand qui s’appelle Michael Sommer  a eu l’idée de raconter sur YouTube en vidéos de quelques minutes tous les chefs d’œuvre de la littérature mondiale rien qu’avec des Playmobil. Il fait ça depuis 2013. C’est en allemand ou en anglais et c’est hilarant : suivez le lien ci-dessous (e

Michael Sommer à la bibliothèque de Heidelberg

Michael Sommer à la bibliothèque de Heidelberg

Maintenant pour terminer, même si « Gohette » rime avec goélette, je vous assure que je ne vous ai pas menés en bateau.  Tous les faits que je viens de citer  sont  véridiques, mais je vous déconseille absolument de  raconter  cette histoire des « Yeux de Gohette » à votre chat ; c’est beaucoup trop dangereux pour lui.  Vous me demandez : Pourquoi l’histoire des yeux de Gohette est dangereuse pour le chat ?  Et je vous réponds : vous voulez voir vous voulez voir le Sha –kes- peare, le chat qu’expire ?!

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Edouard Estaunié ingénieur et écrivain spirite 4/4: biblio et bonus

Publié le par Claude Léa Schneider

Edouard Estaunié ingénieur et écrivain spirite 4/4: biblio et bonus

Bonjour à tous, un grand merci pour vos messages d'intérêtpar mail ou postés sur les réseaux.

Avant d'envoyer les images du diaporama, je voudrais répondre à 2 questions qui m'ont été posées le soir de la conférence.

Concernant le décor de l'épée d'académicien d' Edouard Estaunié, je n'ai malheureusement rien trouvé, ni dans le discours de réception, ni sur l'onglet "épée" du site de l'Académie. Les épées décrites et photographiées sont celles réalisées par de grands joailliers, et la plus ancienne présentée est celle de Jacques Bainville en 1935. J'ignore s'il y a un descriptif de son épée caché dans les 6ml de la BPE de Dijon. A vos recherches si vous le souhaitez. Si vous trouvez la réponse, envoyez-la moi et je la publierai sur ce blog.

Concernant l'astronome Camille Flammarion qui en 1869, a prononcé l'éloge funèbre d'Allan Kardec avec ces mots : « Le spiritisme n’est pas une religion mais une science-science dont nous connaissons à peine l’ABC. », je me souviens que, habitant l'Essonne dans mon adolescence, on m'a montré son observatoire à Juvisy sur Orge, en forme de "château-fort"! Il a longtemps été en travaux.

L'article (lien ci-dessous) est extrêmement détaillé, très riche en notes et références et vous y trouverez peut-être les liens qui vous intéressent. La rénovation de l'Observatoire Camille Flammarion est maintenant achevée, et de plus je lis que "L'Observatoire sera desservi à partir de 2018 par une station souterraine de la Ligne 7 du tramway d'Île-de-France, Observatoire." Un petit voyage à Juvisy s'impose peut-être ! Bonnes recherches !

https://fr.wikipedia.org/wiki/Camille_Flammarion

Photos personnelles des documents Edouard Estaunié et des différentes éditions du roman Les Choses voient avec l'autorisation de la BPE de Dijon.

Edouard Estaunié ingénieur et écrivain spirite 4/4: biblio et bonus
Edouard Estaunié ingénieur et écrivain spirite 4/4: biblio et bonus
NB : il se peut que l'intégralité des diaporamas soit plus facilement visible sur ordinateur que sur téléphone.
NB : il se peut que l'intégralité des diaporamas soit plus facilement visible sur ordinateur que sur téléphone.
NB : il se peut que l'intégralité des diaporamas soit plus facilement visible sur ordinateur que sur téléphone.
NB : il se peut que l'intégralité des diaporamas soit plus facilement visible sur ordinateur que sur téléphone.
NB : il se peut que l'intégralité des diaporamas soit plus facilement visible sur ordinateur que sur téléphone.

NB : il se peut que l'intégralité des diaporamas soit plus facilement visible sur ordinateur que sur téléphone.

Edouard Estaunié ingénieur et écrivain spirite 4/4: biblio et bonus
Edouard Estaunié ingénieur et écrivain spirite 4/4: biblio et bonus
Edouard Estaunié ingénieur et écrivain spirite 4/4: biblio et bonus
Edouard Estaunié ingénieur et écrivain spirite 4/4: biblio et bonus
Edouard Estaunié ingénieur et écrivain spirite 4/4: biblio et bonus
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Quelques suggestions de lecture (ou de film)
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Quelques suggestions de lecture (ou de film)

Quelques suggestions de lecture (ou de film)

Edouard Estaunié ingénieur et écrivain spirite 4/4: biblio et bonus

Publié dans Les Yeux de Goethe

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Edouard Estaunié ingénieur et écrivain 3/4: ses expériences spirites

Publié le par Claude Léa Schneider

Edouard Estaunié ingénieur et écrivain 3/4: ses expériences spirites

Attention, cette 3ème partie est déconseillée aux personnes sensibles ! :-)

La 1ère expérience de spiritisme d'Edouard  Estaunié a lieu  en 1896, il a 34 ans, chez des amis, les Morel,  à Versailles, - M. Morel est inspecteur des postes et sa femme est médium. Il est secrétaire de séance et il note, en physicien :  
« mesure  de la table :1,20 m x 0,60m ;  température : 20° ; beau temps. » 

Il est impressionné par cette 1ère expérience. Mais pour l’instant il en reste là. En 1904 apprend que Pierre Curie « très préoccupé par les questions de métapsychisme » a commencé une série d’expériences, mais, poursuit Estaunié dans ses Souvenirs :

« Madame Curie, toute à son matérialisme et au surplus ne se souciant pas d’assumer le risque de polémique ou de ridicule, s’était empressée de détruire le dossier en cours. » 

Sur ce, Pierre Curie meurt accidentellement en avril 1906, et c’est la fin des expériences de métapsychisme.

Edouard Estaunié ingénieur et écrivain 3/4: ses expériences spirites

Mais Estaunié continue plus assidûment entre 1907 et 1908, avec les Arnal, les Morel et surtout sa mère. A  partir de cette période, il rédige un PV à chaque séance. Voici, par exemple, quelques extraits du PV du 9 novembre 1907 :

1er Acte : Mouvement de la table, elle dit : « vous verrez ma puissance » (…)

2ème Acte : Le rideau se gonfle, un léger bruit, le guéridon de bois blanc se pose sur la table. Crépitements grêles de petits coups dans le fond.

3ème Acte :  Un dessous de plat est projeté sur la table ; chacun de nous le tient ; il est enlevé, voltige en l’air, vient se poser sur la tête des assistants à leur demande, est repris de leurs mains. (…)

4ème Acte : (…)Lévitation de la table, pendant qu’elle est soulevée, le guéridon vient dessous, juste au milieu – et la table parlait en frappant sur le guéridon. On vérifie la position de la lumière. On éteint, le guéridon se sauve à sa place, la table (…)épèle « Fini ». (…) Pendant toute la séance, le rideau était agité gonflé, drapait les médiums et l’on sentait des mains à travers la soi du rideau. »

Même si parfois il a des doutes et s’il se demande si ce qui lui arrive n’est pas une sorte de projection de son inconscient, ses doutes sont balayés par le fait que ces séances expriment des prédictions (généralement sur des petites choses matérielles) et que ces prédictions se réalisent !

Edouard Estaunié ingénieur et écrivain 3/4: ses expériences spirites

 Un jour au cours d’une séance, Mme Morel, médium,   lui propose d’appeler un écrivain avec lequel il désirerait communiquer grâce à l’écriture automatique. Ça le tente parce qu’ il a l’impression qu’il pourrait être un médium d’écrivain, (on dit aussi un psychographe). Il demande donc d’invoquer Maupassant - mort en 1993- et ça fonctionne ! La table se met en mouvement, « Maupassant », par l’intermédiaire de la table, lui donne RV pour le lendemain 6h.  Et le lendemain, à 6h, chez sa mère,  la table s’agite, Estaunié se met alors à écrire. Au cours des séances suivantes,  la plume court sur le papier et il a l’impression que « Maupassant » l’aide à écrire le roman en cours (Ferment )sur lequel il était bloqué :

« Partagé entre l’exaltation d’un travail enfin repris et le sentiment profond que j’étais le jouet de mon propre inconscient. »

Ces séances sont sans témoin, sauf sa mère qui se met de plus en plus à croire à la réalité de la collaboration de « Maupassant »…

Edouard Estaunié ingénieur et écrivain 3/4: ses expériences spirites

Ultime étape, et la plus étonnante : début 1912, Estaunié a commencé à écrire laborieusement son roman Les Choses voient, et, c’est la panne ! il n’arrive pas à le terminer.  Au même moment sa mère, déjà très âgée, tombe malade et meurt au mois de février. Estaunié a 50 ans, il a toujours vécu avec elle  et cette mort le laisse complètement désemparé. Il a l’impression physique que sa mère le tient toujours dans ses bras, et il met 5 jours à admettre qu’elle est décédée. Et il continue à lui parler. De plus,  Mme Estaunié voulait être enterrée à Dijon, mais lui veut que ce soit à Paris, au cimetière Montparnasse, et comme par hasard tout près de la tombe de Maupassant …

Edouard Estaunié ingénieur et écrivain 3/4: ses expériences spirites

Quand on regarde la plaque  qu’il fait exécuter pour la tombe de sa mère, sur laquelle il s’est fait représenter à droite, regardez sa main et vous comprendrez pourquoi j’ai mis la photo précédente, ça nous fait une impression des plus  bizarres. C’est un peu nécrophile, non ?  A mon avis, il devient un personnage de Maupassant. Donc, le jour même de la disparition de sa mère, sa première préoccupation c’est d’entrer en communication avec elle. Parce qu’il n’admet pas qu’elle soit morte. D’abord pour lui demander des conseils matériels  et puis pour qu’elle l’aide à terminer son roman Les Choses voient parce qu’il a l’impression que sans elle il n’y arrivera jamais. 

Dans l’ In Memoriam à sa mère qui sert de préface au livre, il écrit :

«  Tu vis toujours. Tu agis. Tu conseilles. Tu préserves. Si tu as cessé d’être visible, ce n’est pas que tu sois partie, c’est que je suis aveugle. »

A la bibliothèque d’étude de Dijon, il y a 2 gros cartons contenant les manuscrits de ces séances de spiritisme de 1912,  que j’ai feuilletés et consultés avec une certaine stupeur et une certaine émotion, je l’avoue, car quand on feuillette ces documents originaux, quoi qu’on en pense, ça ne laisse pas indifférent :

Edouard Estaunié ingénieur et écrivain 3/4: ses expériences spirites

Parallèlement, Estaunié tient un journal rigoureux de ces expériences qu’il appelle Récits spirites, il y en a 760 pages !  et  qui commence ainsi :

 « Ayant été favorisé d’une manière exceptionnelle, et m’étant trouvé non seulement le témoin mais l’acteur principal de faits qui m’ont amené à la certitude de la continuité de la vie, j’estime de mon devoir de ne pas garder pour moi ces faits. (…)   C’est en sorte une observation médicale que je m’efforcerai d’établir. »

Rassurez-vous je ne vais pas vous montrer les 2 cartons de manuscrits spirites,  j’ ai sélectionné 9 feuilles qui me semblent les plus représentatives de ses expériences d’écriture automatique,  qu’il « garantit sous serment » et qu’il décompose en 4 étapes :

Du 19 mars au 16 avril 1912 :  j’apprends à poser ma main.

Ce sont des grands ronds qui se tracent. Estaunié dit que le mouvement imposé à son bras est très violent.

Ce sont des grands ronds qui se tracent. Estaunié dit que le mouvement imposé à son bras est très violent.

Parfois c’est tellement violent que le papier se décrire.

Parfois c’est tellement violent que le papier se décrire.

Du 16 avril au 20 avril : j’apprends à déplacer le bras et je commence à écrire.

Il sent  qu’il entre en communication avec sa mère qui l’appelle: « chéri ». Et puis l’écriture se forme de plus en plus,

Edouard Estaunié ingénieur et écrivain 3/4: ses expériences spirites

Du 20 avril au 4 mai : on m’entraîne à recevoir la suggestion du mot en même temps que j’écris.

Regardez. Les boucles des lettres se forment. Il explique que les progrès ne sont pas constants, il y a des échecs et des retours en arrière. Il y a  un mot qui revient, qui ressemble à « moyenâgeux » et qui lui sert d’exercice. Souvent, au fil de ces pages manuscrites, on trouve ces mots d’exercices, parce que parfois, il y a des retours en arrière, la communication se fait mal.

Edouard Estaunié ingénieur et écrivain 3/4: ses expériences spirites
Mais quand ça marche, ça va parfois tellement vite qu’il récrit en-dessous  après coup pour ne pas perdre le texte.

Mais quand ça marche, ça va parfois tellement vite qu’il récrit en-dessous après coup pour ne pas perdre le texte.

Parfois sa mère lui donne rendez-vous: « à demain ».

Parfois sa mère lui donne rendez-vous: « à demain ».

Et parfois il note un appel « de meuble » , comme un appel téléphonique.

Et parfois il note un appel « de meuble » , comme un appel téléphonique.

Du 4 mai au 16 mai : on libère définitivement ma main.( …) Et tout à coup, à la fin d’une de ces séries, j’eus l’impression unique, extraordinaire, vraiment indescriptible de la suppression des liens qui arrêtaient mon crayon : subitement  celui-ci partit  et j’écrivis avec une incroyable rapidité ce qui suit : »

Suit un texte « dicté par sa mère », entre guillemets, qui conclut :

« Enfin nous y sommes ! (…) Quelle ivresse de sentir que désormais je suis à tes côtés comme jadis, que rien ne m’arrête plus et que ma pensée trouve la tienne dans un nuage. [Maupassant] a été exquis pour moi. Il m’a soutenue, accueillie, dirigée. Aime-le, remercie-le : et surtout que tu ne t’effrayes pas de ce pas terrible qu’est la mort. Nous serons toujours deux pour te recevoir et te guider à notre tour. (…) Tu n’étais pas médium et tu le deviens. Mon chéri, c’est le fil renoué sans la poste. C’est la lettre quotidienne .(…) Ne te décourage pas dans ton ambition. Son aide agit sur toi et tes pensées. Il va te prouver [ce] que tu peux obtenir avec lui. Moi je suis sûre que vous arriverez à la gloire. 

Après ça, « Maupassant » va aider Estaunié à terminer Les Choses voient  en lui donnant 12 pages de  suggestions et il le morigène :

« Le roman [Les Choses voient] est en bonne voie, mais il a besoin d’un fameux coup d’épaule si j’en juge à votre paresse. Donc vous allez reprendre le collier. (…) La première séance de travail aura lieu vendredi vers 9h du matin. (…)Plus de découragement sot, plus de pleurnicheries. Il faut avoir le sentiment du réel et le réel c’est nous.(…)Voilà : j’ai dit. »

Et il « conclut » quelques jours plus tard : "C’est tout, et ce sera poignant et épatant. Croyez-moi. Allons c’est parfait comme écriture. Je laisse votre mère vous parler encore. »

Edouard Estaunié ingénieur et écrivain 3/4: ses expériences spirites

Il termine comme on passe le téléphone à son voisin ! Et quand, sous la main d’Estaunié vient la signature de « Maupassant », eh bien il est sûr que « Maupassant » l’a aidé. A la fin de ces séances de « dictée » très rapide et très intense,   Estaunié se  dit  totalement vidé, épuisé, tant moralement que physiquement.

Ensuite, dernière étape, il aura quelques raps (=coups frappés) et des visions ectoplasmiques jusqu’en 1915. Puis plus rien jusqu’à la fin de sa vie en 1942.

« Interruption sur la ligne du S » comme on dirait dans le RER de Berlin !

Edouard Estaunié ingénieur et écrivain 3/4: ses expériences spirites

Alors, à quoi ça ressemble et de quoi ça parle  Les Choses voient ?

A la bibliothèque d’étude de Dijon,  on m’a sorti toutes les éditions disponibles et je me suis aperçue que ce roman a eu effectivement beaucoup de succès.  On l’a réédité jusque dans les années 50,

on en a fait une dictée à Paris l’année même où il est sorti

on en a fait une dictée à Paris l’année même où il est sorti

et il en existe de belles éditions et rééditions en cuir.

et il en existe de belles éditions et rééditions en cuir.

Regardez  la couverture originale et en relief de cette  réédition de 1931, elle  ressemble à la porte du 29 place St Michel

Regardez la couverture originale et en relief de cette réédition de 1931, elle ressemble à la porte du 29 place St Michel

On va entrer dans cette maison grâce à Mme Thomassin qui a été locataire de cette maison et que je remercie.

Comme dit  Gaston Bachelard dans Poétique de l’Espace- Bachelard qui a été prof à l’université de Bourgogne- « il y a un sens à lire la maison(…) la maison qui est un espace anthropomorphique » et c’est particulièrement vrai dans ce roman.

Pour Estaunié, la maison crée les destins de ceux qui l’habitent et les conserve en mémoire :

 «  Une maison (…) c’est une âme attentive à regarder le passé.(…) Ce sont des yeux qui savent, c’est une oreille qui écoute encore les pauvres disparus, un cœur qui, les ayant perdus, ne cesse de les chercher . »

En visitant, j’ai pu prendre quelques photos, que j’ai rapprochées d’ aquarelles d’une édition des années 30: pour ne pas alourdir cet exposé, j’ai mis dans le « diaporama d’attente » les illustrations des différentes éditions, dont les aquarelles de François de Marliave avec des vues de Dijon. Volontairement je ne les ai pas intégrées au récit.

On entre donc par un long couloir carrelé avec de beaux détails décoratifs, comme ces boiseries « en pli de serviette ».

On entre donc par un long couloir carrelé avec de beaux détails décoratifs, comme ces boiseries « en pli de serviette ».

d’où s’élève un très bel escalier qui conduit aux étages. Quand on compare à l’aquarelle, pas grand-chose n’a changé  en fait.

d’où s’élève un très bel escalier qui conduit aux étages. Quand on compare à l’aquarelle, pas grand-chose n’a changé en fait.

Au bout du couloir il y une cour.

Au bout du couloir il y une cour.

La pièce principale du rez-de chaussée est classée monument historique

La pièce principale du rez-de chaussée est classée monument historique

Par les deux fenêtres on voit la Place St Michel. Très important dans ce roman en huis-clos où on épie derrière les fenêtres et où on écoute aux portes !

Par les deux fenêtres on voit la Place St Michel. Très important dans ce roman en huis-clos où on épie derrière les fenêtres et où on écoute aux portes !

Entre ces murs se joue donc, dans le roman, un drame à huis-clos de l’amour, de la jalousie et de l’argent, un drame en 3 actes  et sur 3 générations  qui est raconté par les meubles de la maison puisque « les choses voient »,

Entre ces murs se joue donc, dans le roman, un drame à huis-clos de l’amour, de la jalousie et de l’argent, un drame en 3 actes et sur 3 générations qui est raconté par les meubles de la maison puisque « les choses voient »,

:  Au début du roman,  la maison est à vendre avec ses meubles,  dont 3 meubles anciens « à la retraite » au grenier :   une horloge, un miroir vénitien et un secrétaire Louis XVI.

: Au début du roman, la maison est à vendre avec ses meubles, dont 3 meubles anciens « à la retraite » au grenier : une horloge, un miroir vénitien et un secrétaire Louis XVI.

C’est l’horloge qui raconte la 1ère partie : une histoire d’amour, de jalousie, et d’un faux en écriture sur une lettre qui conduit  une jeune femme au suicide.

C’est l’horloge qui raconte la 1ère partie : une histoire d’amour, de jalousie, et d’un faux en écriture sur une lettre qui conduit une jeune femme au suicide.

Le miroir raconte l’histoire de la 2ème génération, 25 ans après.

Le miroir raconte l’histoire de la 2ème génération, 25 ans après.

C’est une sombre histoire de spoliation d’héritage et de chantage, dans laquelle, une femme, Noémi,  choquée de devoir contraindre sa fille à épouser un homme qu’elle n’aime pas, pour empêcher la divulgation d’un secret de famille,  a une attaque. Dès lors, elle est comme les meubles, elle voit tout, elle entend tout mais elle ne peut plus parler.

 Le miroir a vu les véritables sentiments  des personnages et il dit :

 « Nous autres miroirs, sommes ainsi faits que l’impalpable nous atteint : aux rayons visibles que nous envoie la forme, s’en mêlent d’autres venant du cœur de l’être et donnant son image. »

L’histoire de la 3ème génération, c’est le secrétaire Louis XVI  qui la raconte et qui explique:

L’histoire de la 3ème génération, c’est le secrétaire Louis XVI qui la raconte et qui explique:

  « Il y a pour les hommes, comme pour les meubles, des styles. » Ses tiroirs contiennent tous les secrets des personnages de la maison. Sur la 3ème génération, il est question d’une reconnaissance de paternité :  Juste, le  père du jeune ingénieur en aéronautique héritier de la maison n’est pas son père génétique. Il le savait et les papiers trouvés dans le secrétaire prouve qu’il le savait,  mais qu’il il n’a rien dit, parce qu’il aime ce fils qu’il a élevé, bien que ce ne soit pas le sien.

« Le Secrétaire a vu un cœur d’homme, celui de Juste et l’a trouvé sublime. »

L’âme de la maison a surgi des récits des 3 meubles. L’aube apparaît. Maintenant la maison agonise et tout va être vendu et dispersé

L’âme de la maison a surgi des récits des 3 meubles. L’aube apparaît. Maintenant la maison agonise et tout va être vendu et dispersé

Je ne sais pas ce que vous en pensez, mais cette volonté de vouloir tout expliquer dans un récit « fantastique » nous gêne. On est loin du Horla ou de Sur l’eau de Maupassant ! On est loin aussi   des Diaboliques Barbey d’Aurévilly  publié en 1874  ou des  Contes cruels  de Villiers de L’Isle Adam  de 1883. Même si leurs thèmes  ont des points communs : vie provinciale, fantastique et drames secrets.

Edouard Estaunié ingénieur et écrivain 3/4: ses expériences spirites

Il faut dire aussi que parmi les contemporains directs d’Estaunié il y a ces 4 grands, dont Marcel Proust  qu’il appelle tout de même « mon arrière petit cadet ». Est-ce un signe ? une intuition ?  un appel ?

On reproche à  Estaunié  qui se veut le romancier de l’invisible et de l’indicible, d’être « trop clair par excès de classicisme ». Le critique Gérald Prince lui reproche « sa passion explicative » et ajoute que « S’il sait décrire le silence, il ne sait pas le respecter ; s’il aime l’inachevé, c’est pour le compléter. » Le critique Paul Renard, conclut : « Il lui a manqué d’avoir un style et une technique correspondant à sa vision du monde. »

J’espère tout de même que vous aurez eu plaisir à le découvrir. J’espère aussi avoir suffisamment mis en lumière sa personnalité complexe, ce contraste si saisissant entre sa vie officielle et sa vie secrète.  Volontairement encore j’ai choisi le plus souvent une iconographie expressionniste ou surréaliste pour mettre en image ce qu’il n’a pas osé écrire, ou ce qu'il appelle "les projections de son inconscient".

Edouard Estaunié ingénieur et écrivain 3/4: ses expériences spirites

Et pour terminer  je  vous propose un jeu : je vais  croiser en 2 couleurs différentes les phrases de la fin de Les Choses voient avec celles d'un autre roman : qui en est l' auteur, et quel est son titre ? saurez-vous le devinez ?

« On ne sait donc jamais qui habite une Maison ! Les choses, comme les hommes en croient le passé mort, et ce passé seul en reste l’hôte !

Rien ne bougeait dans le salon, la salle à manger ou l’escalier. Seulement, par les gonds rouillés et les boiseries dilatées (…) certains petits airs, détachés de la masse du vent (après tout la maison était délabrée) se faufilèrent dans les coins et se risquèrent à l’intérieur. (…)

Écoutez ce bruit de parquet, ce murmure de la pièce vide : c’est l’invisible qui se promène.

Frôlant les murs, ils poursuivaient rêveurs, comme s’ils demandaient aux roses jaunes et rouges de la tapisserie si elles allaient se faner, et questionnaient (doucement car ils avaient du temps devant eux) les lettres déchirées de la corbeille à papier, les fleurs, les livres, qui leur étaient ouverts à présent, et demandaient : Étaient-ce des alliés ? Étaient-ce des ennemis ? Combien de temps résisteraient-ils ?

 De l’air passe…c’est l’invisible qui respire. Il est sur le siège abandonné ; il a touché le sachet qui lui fut cher ; il caresse la glace aimée ; il sourit au cadran immobile dont l’heure  lui serait inutile.

Quoi qui puisse périr et disparaître ailleurs, ce qui repose ici est immuable. Ici, pourrait-on dire  à ces lumières fugaces, à ces airs tâtonnants, qui s’exhalent et se penchent jusque sur le lit, ici vous ne pouvez ni toucher ni détruire.

 Quand on fouille les lettres du tiroir, un parfum s’en exhale qui est le sien. L’invisible, vous-dis-je, ne quitte jamais la Maison. Il l’aide à garder ses secrets, il lui donne son visage, il en est le regard, il la peuple, elle meurt de ne plus le posséder. 

Tous ensemble ils exhalèrent un vain souffle de lamentation, à quoi répondit une porte dans la cuisine, qui s’ouvrit toute grande, ne laissa rien entrer, et se referma en claquant.

 (…) Mais déjà tout s’effaçait. De nouveau la poussière qui tournoie. Le soleil n’éclaire plus qu’un tourbillon de projectiles ténus, une fumée : moins encore, l’impalpable, le rien … »  

Alors, vous avez trouvé ? ………. ou vous donnez votre langue à un chat noir ?

 

Edouard Estaunié ingénieur et écrivain 3/4: ses expériences spirites

 En violet, c'était Les Choses voient, et en turquoise Virginia WOOLF, Vers le Phare, écrit en 1927, 2ème partie Le Temps passe, dans la belle traduction de Françoise PELLAN de l’Université de Bourgogne, 1996, choisie pour l’édition de La Pléiade.

Je remercie très chaleureusement Édouard Bouyé, directeur des Archives départementales de la Côte d'Or, d’avoir assuré, pendant ma conférence, la lecture des textes des auteurs cités, et je vous remercie beaucoup pour l'intérêt que vous portez à mon travail.

Dans le dernier article, vous trouverez les illustrations du roman, la biblio et la sitographie, et tous les bonus. A bientôt !

 

Edouard Estaunié ingénieur et écrivain 3/4: ses expériences spirites

Publié dans Les Yeux de Goethe

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Edouard Estaunié ingénieur et écrivain spirite 2/4 : la face cachée

Publié le par Claude Léa Schneider

Edouard Estaunié ingénieur et écrivain spirite 2/4 : la face cachée

Pour découvrir la face cachée d' Edouard Estaunié, je vous propose à présent de Suivre un Sentier Secret et Sidérant  que j’ai nommé :

« S comme EStaunié »

S comme Stéphane : c’est le 1er titre de son 1er roman, qu’il écrit à 25-26 ans dans le courant de l’année 1887. Mais le 1er janvier 1888 paraît le roman de Maupassant Pierre et Jean.  Écrivain qu’ Estaunié et sa mère apprécient beaucoup. Ils lisent donc Pierre et Jean, et là Estaunié s’aperçoit qu’il y a de flagrantes similitudes avec son Stéphane, qu’il vient d’écrire, qui n’est pas encore publié –il le sera 3 ans plus tard sous le titre de Un Simple.  Mais en attendant il écrit tout de suite à Maupassant pour l’assurer qu’il ne s’agit pas d’un plagiat mais d’une coïncidence.

 

Et chose étonnante, Maupassant, qui est à ce moment-là  un écrivain connu, en vacances à Cannes sur son voilier le Bel-Ami , répond  le 8 février 1888, à ce jeune ingénieur, écrivain novice, une lettre tout à fait bienveillante dont voici un extrait:

Monsieur et cher confrère,

 Quoi d'étonnant à ce que le même sujet nous ait tentés en même temps ? Vous avez eu la malchance de voir mon livre paraître avant le vôtre, alors que l'un et l'autre étaient prêts en même temps. C'est là une fatalité dont vous êtes victime, mais qui n'enlève aucun mérite à votre œuvre. Il est indubitable que vous ignoriez ce que j'écrivais, comme j'ignorais moi-même ce que vous écriviez, alors que, loin l'un et l'autre, sans nous connaître, nous achevions vous Stéphane et moi Pierre et Jean.(…)
Comment se fait-il que souvent deux hommes du même métier achèvent au même jour la même besogne, enfantent deux livres tellement pareils qu'ils semblent s'être communiqué leurs pensées et leurs sujets ? N'est-ce pas qu'ils ont reçu sans s'en douter le même germe d'émotion ? (…)    Je ne puis, Monsieur et cher confrère, que vous plaindre de l'ennui qui vous arrive. Je me permets en même temps de vous féliciter pour ce premier livre que j'ose louer puisqu'il ressemble au mien. Je lui souhaite en tout cas un grand succès et je vous prie de croire à mes sentiments très dévoués.
Signé : Guy de Maupassant

Edouard Estaunié ingénieur et écrivain spirite 2/4 : la face cachée
Edouard Estaunié ingénieur et écrivain spirite 2/4 : la face cachée
Edouard Estaunié ingénieur et écrivain spirite 2/4 : la face cachée

S comme Sud-OueSt/Bourgogne : Bourguignon par sa mère, il est aussi très attaché au Sud-Ouest paternel  jusqu’à avoir une maison de campagne à St Julien de Gras-Capou, dans l’Ariège, à l’ouest de Carcassonne. Voyez sa maison (à gauche)qui porte également une plaque ; à droite, vue de côté, la maison 29 place St Michel à Dijon. Un petit air de famille, non ?

Ses romans se passent principalement  dans le Sud-Ouest et en Bourgogne, avec en point commun, l’atmosphère provinciale étouffante, dans un style très classique, plus proche de Balzac que de Maupassant, finalement. Balzacien, peut-être, mais  apparemment classique et secrètement moderne, c'est ce que nous allons découvrir.

Edouard Estaunié ingénieur et écrivain spirite 2/4 : la face cachée

Coup d’œil rapide (ci-dessous) sur les romans « occitans » de l' "enchanteur oublié".

 

et sur ses romans bourguignons : Les Choses voient et Tels qu’ils furent se passent à Dijon. Solitudes à Vézelay, L’Appel de la Route à Semur en Auxois, L’Empreinte à Nevers, Madame Clapain, son seul roman policier, autour de Langres. Vous voyez au passage quelques rééditions des années 2000.

Edouard Estaunié ingénieur et écrivain spirite 2/4 : la face cachée
Edouard Estaunié ingénieur et écrivain spirite 2/4 : la face cachée
Edouard Estaunié ingénieur et écrivain spirite 2/4 : la face cachée

Quant à son roman, L'Ascension de M. Baslèvre il se passe à Paris, où il habite lui-même, et il raconte la vie confinée d’un vieux fonctionnaire célibataire. Et Estaunié sait de quoi il parle, parce que  j’ai le regret de vous dire que si vous attendiez « S comme Sexy », c’est raté !

On a parlé à son sujet de « littérature célibataire » puisque  on a recensé dans la  quinzaine de romans qu’il a écrits : 109 vieux garçons et vieilles filles, c’est-à-dire 77% de ses personnages !

Vous voulez sa définition de l’amour ? La voici :

  « L’amour est un combat, le corps à corps de deux adversaires acharnés à déchirer les plaies que leur solitude a faites »

La souffrance est pour lui  la 1ère façon d’exister. Il y a des histoires d’amour dans ses romans, mais ses intrigues sont compliquées, avec des héritages et des notaires, notamment dans Les Choses voient.  L’amour est toujours non dit, refoulé, malheureux et il conduit irrémédiablement au désespoir et à la mort …  Et dans irrémédiablement, il y a « diable » !!!

Edouard Estaunié ingénieur et écrivain spirite 2/4 : la face cachée
Edouard Estaunié ingénieur et écrivain spirite 2/4 : la face cachée

Quand il était jeune homme, Estaunié aimait en secret et en silence,  une jeune fille, Jeanne Engel, fille d’une amie de sa mère, qui en a finalement épousé un autre, son ami Henry  Arnal, faute de savoir qu’Estaunié l’aimait –il ne le lui avait pas dit ! 30 ans plus tard, quand Henry Arnal divorce, et après la mort de sa mère, à plus de 50 ans, il finit par épouser Jeanne, qu’il aimait en secret pendant tout ce temps. Mais comment aurait-il pu le lui  dire ? Car les paroles trahissent

Ce qui importe, pour lui, dans nos relations avec les autres, ce sont nos silences - un critique l’appelle « le poète du silence »- car toute parole est mensonge ou trahison, même involontaire : « Les êtres humains sont ainsi faits : les mots qui les atteignent se colorent de leurs propres sentiments, et nous n’entendons jamais que nous-mêmes, quand un autre nous parle. »

 

Edouard Estaunié ingénieur et écrivain spirite 2/4 : la face cachée

Il a certes une vie sociale et officielle très remplie, mais dans sa tête il est seul et toute sa vie il s’est  dit : « irrémédiablement seul. (…) Conscient de la solitude foncière dans laquelle sont les pauvres hommes, livrés à l’Inconnu qui de toutes parts les enserre. »

« Inconnu » est écrit avec une majuscule. C’est non seulement une solitude psychologique mais aussi  une solitude métaphysique  qu’il ressent, une « ceinture d’abîmes qui l’isole de l’univers».

Edouard Estaunié ingénieur et écrivain spirite 2/4 : la face cachée

Il oscille toute sa vie entre l’éducation religieuse qu’il a reçue chez les Jésuites, le jansénisme familial, il récuse les deux, des phases d’athéisme  et une sorte de longue re-conversion  au catholicisme qui en fait ne le satisfait pas.  « Mon scepticisme persiste (…) je demeure perplexe en ce qui concerne le sens de la vie ».

Alors comment en littérature cerner par les mots l’être humain, cet insaisissable ?

Edouard Estaunié ingénieur et écrivain spirite 2/4 : la face cachée

Dans la préface de son roman Solitudes, qu’il écrit pendant un séjour dans les Alpes, au pied de le Meije dans la Barre des Écrins, il écrit :« A l’heure où j’écris ces lignes, j’aperçois depuis ma fenêtre un alpiniste et des guides qui s’apprêtent à escalader la Meije… A ceux qui prétendraient pénétrer complètement le secret d’un cœur humain, fût-il le plus proche, je dirais volontiers qu’autant vaut, comme ces grimpeurs, partir pour une Meije. A l’arrivée, l’unique récompense qui les attend est aussi la découverte de la ceinture d’abîmes les isolant de l’univers, cependant qu’au-delà  le mystère des âmes peuple l’espace sans l’éclairer. »

Edouard Estaunié ingénieur et écrivain spirite 2/4 : la face cachée
Edouard Estaunié ingénieur et écrivain spirite 2/4 : la face cachée

Mais Estaunié est un ingénieur,  passionné de sciences physiques,  qui a l’occasion de fréquenter  quelques grands savants de son temps comme Pierre et Marie Curie, Henri Becquerel, Henri Poincaré, le biologiste Félix Le Dantec … Scientifiquement, il est prêt à toutes les expériences, à toute meilleure connaissance de l’humain, cet être insaisissable et à la connaissance de ce qu’il appelle le « seuil », ce seuil entre la vie et la mort, qui l’obsède. Comment passe-t-on de la vie à la mort ?  Comment franchir ce seuil ?  Lui qui a vécu le choc  de la mort de son père in utero. D’ailleurs initialement Les Choses voient  devaient  s’intituler Le Seuil.

Edouard Estaunié ingénieur et écrivain spirite 2/4 : la face cachée

Au début des années 1900 il écrit : « La matière ! … grand mot qui effraye. Gardons-nous de le limiter au sens étroit de certains. La matière est l’éther subtil du physicien, le support du mouvement, cet inconnu dont l’existence est certaine parce qu’elle est nécessaire. C’est ici qu’on doit s’incliner, adorer presque le lien unifiant les manifestations de l’être…Tout est solidaire…Tout est ordonné. » Et donc pourquoi ne pas  essayer les sciences occultes, puisque justement on en parle ! il y a eu une véritable Fascination de l’Occulte pendant 2 siècles, entre 1750 et 1950, comme l’a montré la grande exposition de Strasbourg en 2011-2012, avec un réveil au milieu du 19e siècle,  plus exactement en 1848, aux États-Unis provoqué par  les 3 sœurs Fox qui agitent les esprits, si l’on peut dire. Elles prétendent entendre des coups frappés par un mort dans la cave de leur maison. Et elles le décrivent. Après ça, elles se rétractent, disent que c’est un canular,  mais quand elles meurent, à la fin du 19e siècle, leur maison est démolie et on découvre effectivement dans la cave, les ossements qu’elles avaient décrits. Alors : vérité ou canular ? qu’importe car le succès de l’événement  est immédiat et planétaire !

Edouard Estaunié ingénieur et écrivain spirite 2/4 : la face cachée

Et d’où vient le mot spiritisme ? C’est un instituteur lyonnais, Léon Hippolyte  Denizard Rivail, (1804-1869), qui invente le mot « spiritisme ».  Il prend le pseudo d’Allan Kardec  et il publie en 1857 le Livre des Esprits qui théorise la pensée spirite, livre qui se répand très rapidement dans tous les milieux, et est immédiatement traduit. Succès planétaire également, particulièrement au Brésil où il est actuellement le Français le plus connu et où il compte aujourd’hui près de 4 millions d’adeptes.  Sur le net vous trouverez même une Kardecpedia ! (cf bibliographie et sitographie)

Edouard Estaunié ingénieur et écrivain spirite 2/4 : la face cachée

Au même moment, entre septembre 1853 et octobre 1855,  Victor Hugo  en exil sur l’île de Jersey,  reste inconsolable de la mort de sa fille Léopoldine qui s’est noyée 10 ans auparavant. Initié par Delphine de Girardin,  Hugo explore ce qu’il appelle « la bouche d’ombre », et il se livre lui aussi  à des expériences de tables tournantes, il dit qu’il communique avec Léopoldine, mais aussi  avec Shakespeare et d’autres génies de l’humanité… Il fait également du dessin spirite, très à la mode,  en fixant un crayon au pied de la table.

Mais ces expériences ne sont pas du tout du goût de sa compagne Juliette Drouet. Voici la lettre qu’elle écrit à Hugo le 14 septembre 1853 : « Quel que soit mon peu de sympathie et d'affinité avec les esprits, pour peu que ton commerce avec l'autre monde continue, je serai forcée de me joindre à eux pour avoir la chance de te voir quelquefois. [...] Quant à vos diableries j'y vois pour l'avenir plus d'inconvénient que de plaisir, quelles que soient d'ailleurs vos convictions personnelles et collectives. Je m'explique mal, mais je sens que ce passe-temps a quelque chose de dangereux pour la raison, s'il est sérieux, comme je n'en doute pas de ta part, et d'impie, pour peu qu'il s'y mêle la moindre supercherie. » Mais Hugo écrit :  « Ceux que nous pleurons ne sont pas absents, ce sont les invisibles. » 

Point de vue partagé plus tard par Estaunié qui écrit  dans Les Choses voient  :

« Ne savez-vous pas qu’il y a dans l’espace plus d’êtres invisibles que de choses perçues ? »

Edouard Estaunié ingénieur et écrivain spirite 2/4 : la face cachée

Estaunié a  une grande admiration pour Selma Lagerlöf, 1ère femme a obtenir  le Prix Nobel de Littérature,  en 1909,  auteur mondialement connue pour  Le Merveilleux Voyage de Nils Holgersson à travers la Suède traduit et publié en France en 1912, mais qui a écrit  2 ans avant Liens invisibles , un recueil de nouvelles au cœur même des préoccupations d’Estaunié. En outre il a préfacé l’édition française d’un autre livre de Selma Lagerlöf : Le Monde des Trolls

Edouard Estaunié ingénieur et écrivain spirite 2/4 : la face cachée

Estaunié, intéressé par les  travaux de Charcot sur l’hypnose,  est venu au spiritisme  dans le cadre de ses activités scientifiques  sur l’énergie et  la télécommunication électrique. A l’époque, des scientifiques, des ingénieurs comme Estaunié mais aussi des médecins, des savants, sont très intéressés par le spiritisme. La science veut mesurer les esprits. Puisque Henri Becquerel,  Marie et Pierre Curie, que fréquente Estaunié,  mesurent  le phénomène physique de la radioactivité qu’on ne voit pas mais qui existe, on pense qu’on va pouvoir mesurer les esprits, qu’on ne voit pas non plus, et peut-être prouver qu’ils existent. On pense  que la photographie va pouvoir en apporter des preuves scientifiques irréfutables et il y a beaucoup de médiums qui se livrent à des expériences. Il y a des séances célèbres chez l’astronome Camille Flammarion par exemple. (photo ci-dessus).

Et, en 1912, à Freiburg, Albert von Schrenk-Notzing photographie  la fameuse médium Eva C qui semble avoir une matérialisation sur la tête et  une apparition lumineuse entre les mains. Le Musée d’Orsay possède par ailleurs toute une collection de photographies spirites, voir ci-dessous.

Il sera temps dans l'épisode suivant de passer concrètement aux expériences spirites d’Estaunié.  Alors à bientôt !

Edouard Estaunié ingénieur et écrivain spirite 2/4 : la face cachée

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Edouard Estaunié ingénieur et écrivain spirite 1/4 : biographie officielle

Publié le par Claude Léa Schneider

 Edouard Estaunié ingénieur et écrivain spirite 1/4 : biographie officielle

Bonjour à tous, merci pour votre fidélité. Vous trouverez ici les grandes lignes de ma conférence du lundi 24 septembre 2018 aux Archives départementales de la Côte d'Or. Par commodité de lecture sur ce blog , j'ai découpé ma conférence en 4 parties, donc 4 articles.

Attention : après une 1ère mise en ligne en début de journée, je m'aperçois que les images intégrées aux § du texte apparaissent sur ordi, mais  ne sont pas lisibles sur téléphone ! (les paramètres de l'hébergeur changent ...) Voici donc la 1ère partie remise à jour avec un plan en 4 articles pour une question de place.

1 biographie officielle

2 S comme EStaunié : la face cachée

3 Les expériences spirites d'Estaunié

4 bibliographie et sitographie en images

Voici pourquoi je me suis intéressée à Édouard Estaunié : au début des  années 2000, quand  j’ai emménagé à Dijon, je  garais  souvent ma voiture devant cette maison au n°29 de la place St Michel :

 

 Edouard Estaunié ingénieur et écrivain spirite 1/4 : biographie officielle
 Edouard Estaunié ingénieur et écrivain spirite 1/4 : biographie officielle

Sur laquelle il y a une plaque où l'on peut lire : «Cette maison inspira à Édouard Estaunié son roman Les choses voient 1913. ». 

Ce titre qui me plaisait bien et qui me faisait gamberger.  Je m’imaginais une histoire fantastique à mi-chemin entre la célèbre interrogation  de Lamartine :

Objets inanimés, avez-vous donc une âme
Qui s'attache à notre âme et la force d'aimer ?...

Et les objets dérangeants des tableaux de  Magritte ou de Dali. Qui était ce célèbre Dijonnais  pour lequel on avait émis un timbre en 1962, à l’occasion du centenaire de sa naissance? Et son roman avait donc  été si important au point qu'on avait posé une plaque commémorative sur la maison qui l'avait inspiré ? 

 Edouard Estaunié ingénieur et écrivain spirite 1/4 : biographie officielle
 Edouard Estaunié ingénieur et écrivain spirite 1/4 : biographie officielle

J'ai donc commencé à chercher à la Bibliothèque d'Etude de Dijon et merci au passage à Alexandre Bakker et à Sébastien Langlois, responsables du fonds Estaunié qui comprend 108 articles et 6ml !

J'ai donc appris que la mère d' Edouard Estaunié, d’un milieu bourgeois et bourguignon aisé, avait épousé en 2e noces Édouard Estaunié, né à Toulouse en 1830, polytechnicien et brillant ingénieur des Mines, qui  était mort d’un accident professionnel (ou de typhoïde ?) en 1862, un mois avant la naissance de leur fils né

le 4 février 1862 à Dijon, 8 rue du Tillot où se trouve également une plaque. Et pour lui faciliter l’entrée dans la vie, sa mère lui a donné  le prénom de son père qui venait de mourir, ce qui fait que, comme m’a dit un jour à  propos de lui un pédopsychiatre : "comme ça il était déjà mort avant de naître ! »

 

 Edouard Estaunié ingénieur et écrivain spirite 1/4 : biographie officielle
 Edouard Estaunié ingénieur et écrivain spirite 1/4 : biographie officielle
 Edouard Estaunié ingénieur et écrivain spirite 1/4 : biographie officielle

Même si sa mère avait  eu une fille d’un premier mariage, il vit en  fils unique une enfance pas drôle du tout, entre sa mère et son  sinistre et sévère  grand-père, et il va à l’école des Jésuites à Dijon.

Vous voyez à quoi ressemble Dijon à l’époque ? Pour vous situer, en 3 images :

En 1862 Dijon est une bourgade très rurale, mais  qui a de beaux restes du temps des Ducs et quelques vestiges des ruines de l’ancien château  dont la démolition ne sera achevée qu’à la fin des années 1890.

Bourgade mais qui  a l’eau courante et le chemin de fer, grâce à l’ingénieur Darcy. Une dizaine d’années avant, Napoléon III et l’impératrice Eugénie sont d’ailleurs venus inaugurer la gare, et admirer les tombeaux des ducs de Bourgogne.

Et pour vous situer, en 3 écrivains : en 1862, au moment où naît Estaunié,  Victor Hugo a 60 ans, il est en exil à Guernesey et il publie Les Misérables, ce qui occasionne des embouteillages et des queues rue de Seine à Paris dès 6h du matin et on se bat pour acheter la 2e partie, comme aujourd’hui pour acheter le nouvel IPhone.  Zola a 22 ans, a raté son bac et travaille chez Hachette.  Maupassant a 12 ans, vit chez sa mère en Normandie et se fait renvoyer de chez les Jésuites.

Estaunié, lui, ne se fait pas renvoyer  de chez les Jésuites! Il n’a pas intérêt : on le  destine à devenir polytechnicien comme son père ! Il part donc poursuivre ses études à Paris où sa mère, qui possède un appartement rue Vaneau dans le 7e , le suit.

 Edouard Estaunié ingénieur et écrivain spirite 1/4 : biographie officielle
 Edouard Estaunié ingénieur et écrivain spirite 1/4 : biographie officielle

Même si à 7 ans il a commencé à en écrire en cachette, il ne devient pas écrivain tout de suite:   à 20 ans, il sort diplômé de l’École Polytechnique et de l’École Supérieure de Télégraphie et il devient ingénieur.

Et à 27 ans, pour  l’Exposition Universelle de Paris de 1889, celle de la tour Eiffel,  il réalise, avec un collègue, le premier dispositif permettant de mesurer les courants électriques dans les lignes téléphoniques :  ils obtiennent une médaille de bronze et les compliments d’Edison ! C’est aussi l’année où on nationalise le téléphone en France en  le réunissant aux Postes et Télégraphes : 10 000 abonnés au tel en France en 1890.

A partir de là il gravit très rapidement les échelons et il mène  une brillante carrière  de haut-fonctionnaire : il dirige le développement du télégraphe et du téléphone en France et il est successivement :

Directeur de l’École d’Application des Postes et Télégraphes où il enseigne également. Il introduit l’enseignement des langues étrangères et prend sur son temps libre pour emmener les élèves ingénieurs au Musée du Louvre, considérant qu’un bon ingénieur doit avoir une solide culture générale.

Directeur du matériel et de la construction
Inspecteur général des Télégraphes

 

 Edouard Estaunié ingénieur et écrivain spirite 1/4 : biographie officielle
 Edouard Estaunié ingénieur et écrivain spirite 1/4 : biographie officielle

Il publie divers ouvrages scientifiques, dont en 1904 un  Traité de communication électrique dans lequel, pour définir à la fois le télégraphe et le téléphone il invente le mot « télécommunication ». Mot particulièrement bien trouvé, au succès international immédiat  et suffisamment large pour y inclure aussi nos modes de communication actuels,  puisqu’aujourd’hui encore on n’en a pas trouvé de meilleur.

 C’est dire si dans son métier il a été un ingénieur moderne, audacieux, novateur, voire visionnaire pour les progrès qu’il a fait accomplir aux futures Télécom.

Suffisamment reconnu pour que à l’École Supérieure des Telecom de Paris,  actuelle Telecom Paris Tech dans le 13ème arrondissement, il y ait  un amphithéâtre moderne qui porte  son nom : Amphi Estaunié,

Et pour que  les  Télécom Physique Strasbourg, anciennement École Nationale Supérieure de Physique de Strasbourg ait donné à sa promotion 2011 le nom de «  promotion Édouard Estaunié »

 Edouard Estaunié ingénieur et écrivain spirite 1/4 : biographie officielle

Mais ce n’est pas tout :

Pendant la Première  Guerre mondiale, alors qu’il n’est déjà plus tout jeune, il devient Inspecteur général du Grand Quartier britannique pour les liaisons franco-anglaises et il assure la liaison télégraphique du quartier général anglais jusqu’en 1917.

En 1919, il préside la Commission de liquidation des biens allemands en Alsace-Lorraine

Et ce n’est toujours pas tout :

Pendant ses loisirs, et en 1911, après une demande de mise en disponibilité de ses fonctions officielles, il poursuit son idée d’enfance et il écrit une bonne quinzaine de romans, ce qui lui vaut :

En 1908, le prix Fémina pour son roman La Vie secrète.  En 1923 l’élection à l’Académie française, carrément ! mais ça n’a l’air de le faire sourire !

 Edouard Estaunié ingénieur et écrivain spirite 1/4 : biographie officielle
 Edouard Estaunié ingénieur et écrivain spirite 1/4 : biographie officielle

Et c’est pas encore tout, du tout :

En 1924, il est à l’initiative de la création de La Société des Amis du Musée de Dijon dont il devient président.

Il devient également Président de l'Académie des Sciences, Arts et Belles Lettres de Dijon.

De 1925 à 1942, il est  président de l’Association bourguignonne des sociétés savantes

En 1926 il est président de la Société des Gens de Lettres de France

Il est aussi commandeur de la Légion d’Honneur, décoré du DSO britannique et de l'ordre de Léopold de Belgique.

 Edouard Estaunié ingénieur et écrivain spirite 1/4 : biographie officielle

Et consécration suprême : dans les années 60,  il est dans les manuels scolaires de Littérature du XXe siècle : au chapitre « Ordre et Tradition » dans le Castex et Surer, et  au chapitre « Le roman avant 1914 » dans le Lagarde et Michard.

Et voilà une vie bien remplie ! mais ce n'est que la face officielle du personnage, celle que l'on trouve sur les sites des institutions culturelles qui lui sont consacrés.

 Edouard Estaunié ingénieur et écrivain spirite 1/4 : biographie officielle

Mais il est aussi un autre, il a une face cachée méconnue.  Je vais  l’orienter côté sombre et spirite dans le prochain article où il ne sera plus tout à fait le même ! A suivre ...

A bientôt !

 Edouard Estaunié ingénieur et écrivain spirite 1/4 : biographie officielle

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Dresde : cité-jardin et poésie contemporaine

Publié le par Claude Léa Schneider

Cité-jardin de Hellerau (quartier de Dresde)

Cité-jardin de Hellerau (quartier de Dresde)

Petit retour sur des moments forts de février 2017, quand la Maison de Rhénanie-Palatinat accueillait une exposition sur Hellerau  et conjointement l'écrivain et poète allemand Durs Grünbein à l'occasion de TemPoésie.

Hellerau est un quartier du nord de la ville de Dresde (en Saxe, Allemagne du Nord)  connu pour avoir été le cadre de  l'implantation d'une des premières cités-jardins.

Hellerau  a attiré de nombreux artistes, compositeurs, écrivains, danseurs, scénographes, pédagogues ... dont le pédagogue écossais Alexander Sutherland Neill  qui a fondé son école à Hellerau avant de la transférer à Summerhill, dans le Suffolk en 1924.

La cité jardin comprenait également un théâtre très moderne -le Festspielhaus- où sont venus Diaghilev, Nijinsky, Rachmaninov ...

Le quartier comprenait aussi une importante fabrique de meubles design très réputée.

L'expérience sociale, artistique et utopique de Hellerau a pris fin en 1933 avec l'arrivée des nazis.

Du temps de la RDA, le Festspielhaus a été occupé par l'Armée rouge jusqu'à la chute du Mur de Berlin.

Aujourd'hui, devenu le Kunstforum Hellerau, c'est un centre artistique européen.

Pour en savoir davantage, suivez les liens ci-dessous (en français)

et un document intéressant avec beaucoup de photos sur 3 cités-jradins, dont Hellerau : (en bilingue)

https://www.dresden.de/media/pdf/europa/Strassburg-hellerau-stockfeld

Dresde : cité-jardin et poésie contemporaine
Hellerau, le Festspielhaus.

Hellerau, le Festspielhaus.

L'écrivain et poète Durs Grünbein est né à Dresde en 1962. Il a vécu dans le quartier de Hellerau. Il raconte des épisodes de son enfance dans son roman Die Jahre im Zoo (Les années au zoo), roman non encore traduit en français, mais dont vous trouverez un extrait ci-dessous, traduit par notre atelier collectif de traduction de la Maison de Rhénanie-Palatinat.

Cette "ouverture", qui est l'incipit du roman, montre les cadrages particuliers (plongée et contre-plongée) qui caractérisent son style narratif qualifié parfois de "baroque post-moderne".

« Tout l’art de Durs Grünbein, qui est l’un des grands auteurs allemands d’aujourd’hui, est de mettre de la tension narrative, de « l’épopée » dans la poésie, d’en faire un récit », écrit Georges-Arthur Goldschmidt dans la préface du recueil Après les satires.

 

 

           

"Ouverture après coup (Ouvertüre im nachhinein  )

La fiabilité des souvenirs, comme chacun le sait d’expérience, ne vaut pas grand-chose.  Matière et mémoire  ont ceci en commun qu’elles peuvent engloutir des mondes entiers sans que la surface des jours montre la moindre ride. En réalité  tout comme disparaissent d’un clic des visages, des quartiers et  des scènes de rue, des pans entiers de vie  peuvent être  balayés avec les lieux  et les sentiments correspondants  comme s’ils n’avaient jamais existé.

Pourtant je me souviens  encore parfaitement de mon  premier cauchemar. Il était resté gravé en moi parce qu’il s’était répété de nombreuses nuits. Jusque-là j’ai dû  être relié à tout et à tous, à la manière des peuples primitifs et des petits enfants : à partir de ce moment je ne fus  plus que l’enfant unique,  dans tout ce qu’il avait de perdu et de raté. Le déroulement était toujours le même. Ça se passait dans notre maison du lotissement de Hellerau à la périphérie de Dresde, où nous avions emménagé peu de temps avant que j’aille à l’école, et ça devait être à l’époque où  l’on apprenait à lire, à écrire et les bases du calcul.

L’obscurité venue, à peine étais-je allongé dans mon lit que l’espace commençait à  s’élargir vers le haut et à tourner autour de moi.  De très haut je me voyais moi-même, minuscule, couché en bas dans mon pyjama à fleurs. Au-dessus de la chambre, séparée seulement de celle où dormaient les parents par une porte coulissante à  vitre dépolie, et qui nous servait de salle de séjour dans la journée, la maison était éventrée.  Le plafond s’était ouvert sur la nuit  comme la coupole d’un observatoire. Entre moi et l’univers il n’y avait plus de toit et au-dessus des armoires  commençait désormais le firmament. J’étais exposé  à l’espace extérieur, humide, froid et incommensurablement noir et j’avais l’impression d’y être aspiré  avec grande force. Mon lit, mon lit que j’aimais tant, ne m’offrait plus aucun appui, le seul lieu où j’étais protégé des agressions du monde. J’étais ce cosmonaute malheureux (on utilisait alors la terminologie soviétique officielle, les Astronautes étant les Américains), celui qui était tombé par erreur par la trappe de sa station spatiale, et qui à présent errait, cordon ombilical coupé, câble sectionné. Ce qui me faisait peur, c’était  que je ne trouvais aucune prise dans cette obscurité où il n’y avait plus ni haut ni bas, et en revanche j’avais l’impression que mon crâne avait été ouvert et que mon cerveau était  à l’air libre, comme un œuf qu’on coupe au petit déjeuner – ce pourquoi il y avait clairement devant mes yeux la forme ronde du coupe-œuf avec lequel une partie de ma famille décapitait à table les œufs à la coque. Je sentais autour de mon front un souffle cosmique glacial, je gelais de tout mon corps et j’étais perdu jusqu’au petit doigt de pied. Une peur infinie m’avait saisi, un sens ancestral de peur panique de devoir me décomposer, me répandre dans l’univers.

Pendant ce temps-là, les parents, dans la pièce voisine, se terraient dans leurs lits et ne pouvaient ou ne devaient pas me sauver, quand bien même je gémissais lamentablement. J’avais l’impression qu’ils se trouvaient à des kilomètres de moi. Au début, ma mère s’était levée et avait essayé de m’apaiser. Mais dans le fond, elle ne comprenait pas grand-chose à ma détresse, et son ignorance bienveillante me fendait le cœur. Derrière, le père disait en ronchonnant que je devais laisser tomber ces sottises. Plus tard ma mère a également renoncé à me croire lorsque, tremblant de froid,  je racontais mon odyssée à travers l’univers. Ma situation restait inconsolable. C’est ainsi qu’au bout d’un moment je m’endormais en pleurnichant doucement, sous le scintillement insensible des étoiles.

Dès lors tout changea, et rien ne fut plus comme aux siècles de mon enfance. Aujourd’hui il me semble que c’est comme si certaines choses dans  ma vie avaient pris un tour particulier, une dérivation, à peine perceptible, mais un peu plus évidente chaque jour, de la normale. Je ne connais pas de meilleur mot pour l’exprimer que aberration, un terme qui rayonne de tous côtés, qui plus tard resta gravé dans ma mémoire en cours d’astronomie. En même temps on pouvait le voir partout : pas un individu qui ne s’écarte à sa manière du commun des mortels. Pas un regard vers le  firmament sans que les constellations  ne s’écartent de l’observateur lorsque le vertige de la rotation de la terre le saisit. Pas une image qui ne génère son illusion d’optique. Je ne sais absolument pas à quoi servait cette série de cauchemars  mais je suis certain qu’elle  a tiré un trait  sur ma conscience à peine éveillée. J’avais sept ans lorsque la certitude d’être mortel m’effleura, le sentiment d’être exposé à l’univers."

Die Jahre im Zoo, traduction: Atelier de traduction de la Maison de Rhénanie-Palatinat, dirigé par Ursula Hurson, Dijon, février 2017.

 

Dresde : cité-jardin et poésie contemporaine

« Ses images sont des radiographies aux rayons X, ses poèmes des ombres de poèmes jetés sur le papier comme provenant d’un éclair atomique. Le secret de sa productivité se trouve dans son insatiable curiosité de l’offre de catastrophes que le siècle tient en réserve sous les étoiles comme sous le microscope » écrit le grand écrivain Heiner Müller qui a contribué à le faire connaître.

Pour ma part, ayant en tête comme tout le monde  l'image de Dresde en ruines après le bombardement de février 1945, et ayant visité la Dresde d'aujourd'hui, j'ai particulièrement apprécié de traduire et découvrir la Dresde à "l'instant G", celle  de la RDA des souvenirs de Durs Grünbein.

"À quoi bon te plaindre, toi qui es né après ? Ta ville natale, mon ami,

Avait disparu depuis longtemps, lorsque ta petite personne vint au monde.

Les yeux en larmes c’est autre chose que les cheveux gris.

Tu files à toute jambe, comme ton nom l’indique : un fruit encore vert.

Dix-sept ans ont suffi,  tout juste le temps de grandir,

Pour effacer ce qui fut. Un gris stricte et uniforme

A scellé les blessures,  et de l’enchantement n’est resté que –  simple gouvernance.

Ce n’est pas par nécessité qu’ils l’ont abattu, le paon de Saxe.

Des lichens ont envahi, indestructibles,  les fleurons de grès.

Élégie, ça revient comme le hoquet. À quoi bon ruminer ?"

traduction: Atelier de traduction de la Maison de Rhénanie-Palatinat, dirigé par Ursula Hurson, Dijon, février 2017.

Gerhard Richter, Familie nach Altem Meister, 1965. Munich, musée Brandhorst.

Gerhard Richter, Familie nach Altem Meister, 1965. Munich, musée Brandhorst.

Petite biblio d'ouvrages traduits ou non.
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J'espère que cet article vous aura intéressé-e ! N'hésitez pas à me laisser un message.

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Flâneries et conf 'errance Aloysius Bertrand

Publié le par Claude Léa Schneider

L'association La VOix des MOts vous propose  en mai prochain un programme d'activités variées pour fêter à Dijon  les 210 ans de la naissance du poète Aloysius Bertrand, inventeur du poème en prose.

Pour ma part, j'aurai le plaisir de vous retrouver les 6, 12 et 13 mai pour une conf' errance très gothique et métal ! (affiche ci-dessous)

Découvrez aussi les expos, les concerts, les rencontres, la librairie permanente, les balades, le pique-nique, etc ... de ces Flâneries Vagabondes : c'est juste en-dessous sur le programme complet. A bientôt !

 

Flâneries et conf 'errance Aloysius Bertrand
Flâneries et conf 'errance Aloysius Bertrand
Flâneries et conf 'errance Aloysius Bertrand
Flâneries et conf 'errance Aloysius Bertrand

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Voltaire, Rousseau, Mozart, 3ème partie : le vin

Publié le par Claude Léa Schneider

Et maintenant, une boisson qui intéresse nos Voltaire, Rousseau et Mozart, nos trois gars du quartier, et  que vous attendez tous : le vin !

Mais d’abord occupons-nous rapidement de la bouteille. La bouteille en verre existe depuis l’Antiquité, mais petite et plutôt  pour contenir des parfums. Elle commence à contenir du vin en Europe dès la fin du Moyen Âge, mais  le rôle de la bouteille se limitait à assurer le trajet de la cave  à la table. Les autorités n’étaient pas favorables à faire voyager les bouteilles sur de plus longues distances, parce que les contenances n’étaient  pas  réglementées et donnaient souvent lieu à des fraudes.

Mais tout change au XVIIIe siècle. Regardons ce tableau de Jean-François de Troy Le déjeuner d'huîtres, commandé par Louis XV pour les petits appartements de Versailles, tableau  où il n’y a que des messieurs. Il faut vous dire qu’à l’époque, les huîtres, comme le chocolat et les artichauts, sont considérés comme aphrodisiaques ! Les convives boivent du champagne, quatre personnages regardent le bouchon qui saute.  Les bouteilles sont foncées et trapues.

Devant la table, une desserte-rafraichissoir sert à garder les bouteilles au frais dans de la glace et à ranger les assiettes (le 18e siècle adore inventer des petits meubles pour tous les usages).

Ce sont les Anglais qui ont mis au point la bouteille en verre noir très épais, avec une large base, bien bouchée grâce au bouchon de liège qui vient d’être inventé. En 1728, Louis XV donne l’autorisation du transport de champagne en  bouteilles. Et en 1750, l’année où Rousseau remporte le prix de l’Académie de Dijon – vous le retiendrez- Louis XV donne l’autorisation du transport des bouteilles de bourgogne.

En 1792, avec la création du système métrique, la bouteille de vin sert aussi de mesure.

 

Voltaire, Rousseau, Mozart, 3ème partie : le vin
Voltaire, Rousseau, Mozart, 3ème partie : le vin
Voltaire, Rousseau, Mozart, 3ème partie : le vin
Voltaire, Rousseau, Mozart, 3ème partie : le vin

Et regardons aussi les verres dans lequel on aime déguster le vin. Vous en possédez peut-être toujours de semblables.

Toujours au 18ème siècle, on s’aperçoit que le vin se bonifie en vieillissant. Les amateurs se tournent alors vers des vins plus évolués, aux arômes  plus complexes. A partir de 1760, les appréciations sur les vins se multiplient dans les récits et les guides de voyage. Ce sont les débuts du discours œnologique qui va se développer au 19ème siècle.

Voltaire, Rousseau, Mozart, 3ème partie : le vinVoltaire, Rousseau, Mozart, 3ème partie : le vin

Rousseau aime le vin, il ne s’en est jamais caché, il l’écrit plusieurs fois dans les Confessions, mais il prend bien la peine de signaler qu’il n’a jamais été « ivre d’alcool » Il fait beaucoup de comparaison entre les vins de Suisse, il préfère « le vin du cru, qui est le vin de pays des gens modestes » aux vins fins qui sont « un luxe des élites sociales »

Dans L'Emile ou De l’Education, 1762, on remarque  qu’apprendre à déguster le vin fait partie de l’éducation reçue par Emile.

 Dans La Nouvelle Héloïse, Julie de Wolmar  présente à son amant une carte des vins  qu’ils dégustent ensemble, ce sont des vins blancs du Valais  et elle conclut:

« Comme on est sûr de ce qui les compose, on peut au moins les prendre sans risque », avec l'idée de bien connaître l’origine de ce que l’on boit et de ce que l’on mange, idée dont nous retrouvons l'importance aujourd'hui.

Alors justement : qu’est-ce qu’on mange ? Dans la France du 18ème siècle, le « régime de Pythagore » jouit d’un regain d’intérêt parmi les naturalistes, des juristes et les écrivains.

Par ailleurs Julie est végétarienne, comme Rousseau, qui l’est parce qu’il considère que la nature humaine est frugivore, et aujourd’hui on dit que Rousseau a été " le premier à poser les bases de l’éthique animale."

Comme vous allez le voir ensuite, Voltaire est également végétarien, mais lui on le considère plus  comme un  précurseur de l’antispécisme, c’est-à-dire : sortons du système d’Aristote, il n’y a pas d’espèces d’en haut et d’espèces d’en bas, comme il le dit dans cet extrait du Dialogue du chapon et de la poularde :

« LA POULARDE.  Eh bien! quand nous serons plus gras, (les hommes) le seront-ils davantage?

LE CHAPON.   Oui, car ils prétendent nous manger.

LA POULARDE.   Nous manger! ah, les monstres!

LE CHAPON.  C’est leur coutume; ils nous mettent en prison pendant quelques jours, nous font avaler une pâtée dont ils ont le secret, nous crèvent les yeux pour que nous n’ayons point de distraction; enfin, le jour de la fête étant venu, ils nous arrachent les plumes, nous coupent la gorge, et nous font rôtir.(…)

LA POULARDE. (…) Nous traite-t-on ainsi dans le reste du monde?

LE CHAPON. (…) Non.(…) dans un pays nommé l’Inde (…) les hommes ont une loi sainte qui depuis des milliers de siècles leur défend de nous manger; (…) un nommé Pythagore, ayant voyagé chez ces peuples justes, avait rapporté en Europe cette loi humaine, qui fut suivie par tous ses disciples.

 

Voltaire, Rousseau, Mozart, 3ème partie : le vinVoltaire, Rousseau, Mozart, 3ème partie : le vin

« LA POULARDE.  Eh bien! quand nous serons plus gras, (les hommes) le seront-ils davantage?

LE CHAPON.   Oui, car ils prétendent nous manger.

LA POULARDE.   Nous manger! ah, les monstres!

LE CHAPON.  C’est leur coutume; ils nous mettent en prison pendant quelques jours, nous font avaler une pâtée dont ils ont le secret, nous crèvent les yeux pour que nous n’ayons point de distraction; enfin, le jour de la fête étant venu, ils nous arrachent les plumes, nous coupent la gorge, et nous font rôtir.(…)

LA POULARDE. (…) Nous traite-t-on ainsi dans le reste du monde?

LE CHAPON. (…) Non.(…) dans un pays nommé l’Inde (…) les hommes ont une loi sainte qui depuis des milliers de siècles leur défend de nous manger; (…) un nommé Pythagore, ayant voyagé chez ces peuples justes, avait rapporté en Europe cette loi humaine, qui fut suivie par tous ses disciples.

(…) Il prouve que nous sommes les alliés et les parents des hommes; que Dieu nous donna les mêmes organes, les mêmes sentiments, la même mémoire, le même germe inconnu d’entendement qui se développe dans nous jusqu’au point déterminé par les lois éternelles, et que ni les hommes ni nous ne passons jamais! En effet, ma chère poularde, ne serait-ce pas un outrage à la Divinité de dire que nous avons des sens pour ne point sentir, une cervelle pour ne point penser? Cette imagination digne, à ce qu’ils disaient, d’un fou nommé Descartes, ne serait-elle pas le comble du ridicule et la vaine excuse de la barbarie?

Aussi les plus grands philosophes de l’antiquité ne nous mettaient jamais à la broche. Ils s’occupaient à tâcher d’apprendre notre langage, et de découvrir nos propriétés si supérieures à celles de l’espèce humaine(…). Les sages ne tuent point les animaux(…). »

Voltaire, Rousseau, Mozart, 3ème partie : le vinVoltaire, Rousseau, Mozart, 3ème partie : le vin

Mozart n’est pas du tout végétarien,  il évoque souvent son « solide appétit », il aime le chapon, la truite le porc, et il est plus gourmand que gourmet. Pour faire simple, sa table serait plutôt représentée par le 1er tableau ci-dessous, pour ne pas dire le 2ème !

 

Voltaire, Rousseau, Mozart, 3ème partie : le vinVoltaire, Rousseau, Mozart, 3ème partie : le vin

A Ferney, Voltaire travaille beaucoup, il est toujours hyperactif,  il  écrit ou dicte une quarantaine de lettres par jour (il y en a 6000 répertoriées), plus ses ouvrages en cours.

C'est à Ferney qu’il écrit le Traité sur la Tolérance, le Dictionnaire philosophique, la Philosophie de l’Histoire, et les 9 volumes des Questions sur l’Encyclopédie ...

Il vit avec sa nièce, veuve, Mme Denis, la  fille de sa sœur. C’est vraiment l’Aubergiste de l’Europe, parce qu’on vient le voir de toute l’Europe. C’est Mme Denis qui reçoit comme maîtresse de maison :

« J’ai quelquefois 50 personnes à table. Je les laisse avec Mme Denis qui fait les honneurs, et je m’enferme ».

Qu’est-ce qu’on mange ? On mange de la nourriture de bonne qualité en petite quantité.  Et qu’est-ce qu’on boit ?  Voltaire se dit bourguignon, parce que Ferney, qui est dans le Pays de Gex, appartenait alors à la Bourgogne. Il a une belle cave :  il y a du  Champagne, des vins du Languedoc, de la vallée du Rhône, du Beaujolais, du Val de Loire, de Malaga, de Tokay.

Mais beaucoup de bourgognes et surtout du Corton.

 

Voltaire, Rousseau, Mozart, 3ème partie : le vin
Voltaire, Rousseau, Mozart, 3ème partie : le vin
Voltaire, Rousseau, Mozart, 3ème partie : le vin

Par son médecin, le docteur Tronchin de Genève, il avait fait la connaissance de Gabriel Le Bault, président du Parlement de Bourgogne, dont la femme, peinte ici par Greuze possédait des vignes à Corton situées aux climats « Les Perrières » et « les Bressandes. » Voltaire écrit  à Le Bault :

 « J’ai beaucoup de bons vins pour les   Genevois qui se portent bien, mais à moi malade, il me faut un restaurant bourguignon. (…) Je ne puis souffrir d’autre vin que le vôtre! (…) Je donne d’assez bon vin de Beaujolais à mes convives de Genève mais je bois le Corton en cachette. (…)Je vous supplie de m’envoyer quatre tonneaux de Corton toutes les années tant qu’il plaira à la nature de me permettre de boire. »

Voltaire ne demande pas seulement du vin à Le Bault, mais il veut jouer au gentleman-vigneron « J’ai la fantaisie de cultiver dans mon terrain hérétique quelques ceps catholiques… serait-ce prendre trop de liberté que de m’adresser à vous pour avoir deux cents pieds des meilleures vignes? Ce n’est qu’un très petit essai que je veux faire. Je sens combien ma terre est indigne d’un tel plant mais c’est un amusement dont je vous aurais obligation. » « Je sais qu’il est ridicule de planter à mon âge (68ans) mais quelqu’un boira un jour le vin de mes vignes et cela me suffit. (…)« Je ne connais rien de plus beau ici-bas que le travail de la vigne. »

Mais il doit bien se rendre à l’évidence, il n’a pas la terre qui convient qu’il ne peut, comme il dit, « que plaisanter avec son terrain calviniste. »

Voltaire, Rousseau, Mozart, 3ème partie : le vin

Mozart est gourmand et buveur sans modération,  l’alcool coule à flots dans son œuvre et dans sa correspondance : il aime particulièrement le tokay et les vins de Moselle, le champagne,et surtout  le Marzemino, un cépage italien de raisins noirs d’Italie du Nord, qu’il cite dans Don Giovanni.

En 1777, il part à avec sa mère à Paris (qui y décédera, c’est pourquoi vous la voyez en médaillon  sur le tableau de la photo ci-dessous), en passant par l’Allemagne. Son père est  obligé de rester à son poste à Salzbourg et Mozart, qui a 21 ans, est comme soulagé :

                             « Mon cœur est aussi léger qu’une plume ! »

Plusieurs fois Mozart voudrait se fixer un peu, il l’écrit à son père  qui  lui répond en substance et  en langage moderne :

                             « ça va pas, non ?! Et ta carrière !!! »

Voltaire, Rousseau, Mozart, 3ème partie : le vinVoltaire, Rousseau, Mozart, 3ème partie : le vin

C’est le cas à Mannheim, où Mozart se fait des amis, mange, se cuite et se lâche, comme il le raconte le 14 novembre 1777 :

« Moi, Johannes Chrysostomus Amadeus Wolfgangus Sigismondus Mozart, je m’accuse de n’être rentré qu’à minuit à la maison, hier et avant-hier (et souvent déjà), et d’avoir de dix heures à ladite heure, chez Cannabich, en sa présence et en compagnie de sa femme, de sa fille, de M. le Trésorier, de Ramm et de Lang, souvent — et sans remords mais très légèrement — rimaillé. De plus, uniquement de cochonneries avec crotte, chier et lécher le cul, en pensée, en paroles, et — mais pas en action. Je ne me serais pas conduit d’une façon si dévergondée, si l’instigatrice — la dénommée Lisel (Elisabeth Cannabich) ne m’y avait poussé et excité ; mais je dois avouer que j’y ai pris grand plaisir. Je reconnais du fond du cœur tous ces péchés et ces écarts dans l’espoir d’avoir assez souvent à les confesser, et prends la ferme résolution d’amender toujours plus la vie dissolue que j’ai commencée à mener. — C’est pourquoi je demande la sainte absolution, si elle peut s’obtenir facilement. Sinon cela m’est égal, car que le jeu continuera. Lusus enim suum habet ambitum comme le chante le bienheureux Meissner, chapitre 9 page 24, et aussi le saint Ascenditor [le cafetier Staiger], patron du potage au café brûlé, de la limonade moisie, du lait aux amandes sans amandes, et tout particulièrement de la glace aux fraises remplie de glaçons, puisqu’il est un grand connaisseur et artiste en matière de choses glacées. »

Voltaire, Rousseau, Mozart, 3ème partie : le vinVoltaire, Rousseau, Mozart, 3ème partie : le vin

Alors, si Mozart aimait tant le vin, quoi d’étonnant si aujourd’hui des viticulteurs bonifient leur vin au son de Mozart ? Je termine exprès par un sujet qui va vous faire parler ! De la musique dans les vignes :

Un vigneron de Toscane  a eu l’intuition que jouer de la musique à la vigne serait bénéfique pour sa croissance et la rendrait épanouie, il travaille avec les universités de Pise et de Florence. Il déclare :

« Avec ces universités nous avons étudié, à la fois sur le terrain et en laboratoire, les effets positifs des ondes sonores sur le système racinaire de la vigne, les feuilles et les fleurs, et en particulier sur l’effet répulsif des ondes sonores sur les parasites et les prédateurs. »

D’autres mettent de la musique dans les caves pour bonifier le vin, c’est le cas d’un  domaine d’Afrique du Sud, dans l’arrière-pays du Cap, dont le propriétaire affirme :

"Nous n'utilisons que du baroque et du classique parce que les deux ont des rythmes mathématiques, et il a été prouvé que les ondes sonores ont un effet positif sur la vie naturelle.(…) "Le vin est un être vivant, avec de nombreuses bactéries, et le processus de fermentation lui-même est fait avec des organismes vivants"

 

Voltaire, Rousseau, Mozart, 3ème partie : le vin

Et plus près  de nous, dans le vignoble de Santenay, dans une  cave,  il y a sur une table, deux haut-parleurs, une chaîne hi-fi et un CD de Mozart, et le jeune viticulteur explique

"Les fréquences musicales ayant des incidences sur les bactéries et les molécules d'eau, je me suis renseigné, et notre oenologue a trouvé l'idée bonne d'essayer sur les levures, dans le vin. Nos recherches nous ont conduits à choisir les fréquences de la Petite musique de nuit de Mozart. (…)  Pour la première fois, il n'y a eu aucun blocage de fermentation. La courbe a été égale et identique dans tous les fûts, ce qui ne nous était jamais arrivés. Les vins sont purs et très en place.

Tout cela vous étonne ? Mais après tout, vous avez bien qu’il faut également faire entendre de la bonne musique aux bébés, bien avant leur naissance…

 Alors, musique !

Voltaire, Rousseau, Mozart, 3ème partie : le vin
Voltaire, Rousseau, Mozart, 3ème partie : le vin
Voltaire, Rousseau, Mozart, 3ème partie : le vin
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Publié dans Les Yeux de Goethe

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